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IDRC Communications

ID : 88045
Ajouté le : 2005-09-20 14:47
Mis à jour le : 2009-03-29 9:36
Refreshed: 2012-02-11 23:44

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Avant-propos
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Pierre Beemans-Vice-président Centre de recherches pour le développement international

Il faudrait être bien candide, ou obstinément aveugle, pour affirmer qu’après un demisiècle d’efforts soutenus et des milliards et des milliards de dollars dépensés, les organismes internationaux de développement ont enfin pris « le bon pli ». Le moins que l’on puisse dire est que d’une manière tout à fait perceptible, nous avons échoué. Il est vrai que des résultats absolument remarquables ont été observés : grâce, pour une large part, aux programmes mis en place par ces organismes, grâce à l’implication de leurs équipes et grâce aux progrès de la science et de la technologie (S & T), davantage de gens ont aujourd’hui davantage à manger, vivent plus longtemps et en meilleure santé, et ont davantage accès à l’éducation et à des moyens de communication plus rapides que jamais auparavant.

Et pourtant, davantage de gens que jamais auparavant vivent aujourd’hui dans un état de pauvreté extrême - physique, sociale et morale. Dans la plus grande partie de l’Afrique subsaharienne, les systèmes d’éducation, de santé et d’emploi se sont écroulés. La Terre agonise aujourd’hui sous l’effet du poison et de la crasse que nous avons produits, avec notre croissance industrielle toujours plus forte, justifiée par des modèles de développement humain centrés sur la consommation. Les niveaux de population dépassent la capacité de bien des pays à satisfaire les besoins humains fondamentaux, pour ne pas parler de la croissance de la demande sociale de consommation ostentatoire. Les pays développés aussi bien que les pays en développement affrontent actuellement une vague de désintégration sociale dont la criminalité, la corruption et la violence ne sont que les aspects les plus visibles. Du fait d’un basculement global des systèmes de valeurs socioculturels, caractérisé par la culture pop occidentalisée et la détérioration des liens communautaires et familiaux, ce sont des sociétés entières qui se retrouvent privées de leurs repères spirituels et culturels traditionnels, et confrontées à des phénomènes d’aliénation sociale et spirituelle.

Je ne veux pas dire par là qu’il faille imputer tous ces problèmes aux modèles de développement et aux organismes internationaux de développement. Cependant, on peut penser que quelque part, en cours de route, quelque chose nous a échappé, ou que nous n’y avons jamais accordé l’attention nécessaire. La plupart, sinon l’ensemble des organismes internationaux, sont inspirés par une vision du monde essentiellement scientifique, technologique, économique et positiviste. Peut-être n’avons-nous pas su entendre ce que disaient les gens à l’extérieur de notre vision du monde et de nos organisations.

Les gens se placent généralement, comme ils placent leurs décisions de tous les jours et leurs espoirs, dans le contexte de systèmes de croyance moraux et religieux. Or, les organismes de développement ont généralement considéré ces systèmes de croyance comme extérieurs à nos modèles de développement, quand ils ne les y ont pas opposés. En tant qu’institution forte de 30 ans d’expérience dans l’analyse de la manière dont les S & T peuvent permettre de résoudre les problèmes de développement des pays du Sud, le Centre de recherche pour le développement international (CRDI) a décidé, il y a quelques années, de lancer une modeste enquête destinée à permettre de mieux comprendre en quoi notre champ d’action est lié à la dimension spirituelle et religieuse du bien-être humain. Pour une organisation telle que la nôtre, habituée à concevoir la religion et la spiritualité comme relevant du domaine privé et n’ayant pas leur place dans nos activités professionnelles, ni dans un domaine public comme celui du « développement international », c’était là un domaine d’étude nouveau et sujet à controverse. Nous étions incertains quant à la manière dont il convenait d’aborder la question, et quant à savoir qui interroger.

En fin de compte, nous avons eu la chance de rencontrer quatre personnes issues de différentes origines culturelles et géographiques, chacune croyante dans sa propre tradition religieuse et chacune formée dans les sciences naturelles ou dans les sciences sociales, disposées à travailler de concert pour explorer la manière dont se rencontrent la science, la religion et le développement dans leurs visions du monde personnelles et professionnelles respectives. Bien que nous ayons eu l’intention de faire également intervenir d’autres représentants de diverses traditions religieuses et de diverses disciplines scientifiques, nous avons décidé de nous en tenir pour commencer à la « masse critique » constituée de ces quatre intervenants, et d’escompter le renfort d’autres personnalités au fur et à mesure du déroulement de l’enquête. L’objet du présent ouvrage est de promouvoir cette étape plus large de l’enquête.

Au CRDI, nous ne sommes pas encore fixés quant à savoir où s’effectueront ces recherches, dans le cadre du CRDI ou au-delà. Tout du moins espérons-nous pouvoir ainsi enrichir nos idées sur le développement et sur notre manière de travailler. Nous espérons également apporter de ce fait une contribution utile au débat international qui se fait jour actuellement sur les liens entre les conceptions religieuses, les conceptions scientifiques et les conceptions en termes de développement sur l’amélioration de la condition humaine. Et naturellement, nous serions ravis de trouver le soutien nécessaire à la poursuite de notre enquête, dans ce qui me paraît être l’un des grands défis auxquels se trouvent confrontés les gouvernements et les organismes de développement : comment mettre la créativité scientifique, technique et économique du monde moderne au service de l’amélioration de la condition humaine tout en respectant et en reflétant les valeurs sous-jacentes concernant le bien-être humain et notre relation au monde que nous offrent nos traditions religieuses et culturelles.







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