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« Négligez de consulter la population aujourd'hui et elle se soulèvera demain. » |
Les chercheurs ont utilisé un modèle de simulation mis au point par l’Institut hydraulique danois (DHI) pour recréer sur ordinateur certains des réseaux hydrographiques du pays, en prenant soin de tenir compte des variations saisonnières. Ils ont inséré dans le modèle des données cartographiques de même que des données sur l’eau, les précipitations et le climat. Ils ont établi la carte des droits d’utilisation de l’eau grâce à un système d’information géographique (SIG).
Ils ont également créé une base de données des droits coutumiers (ou traditionnels) d’utilisation de l’eau grâce à des travaux et à des enquêtes menés sur le terrain, parcelle par parcelle.
On s’est assuré le concours de membres de groupes d’irrigation et d’agriculteurs pour réunir cette information, qui a servi à faire des projections afin de déterminer quelle stratégie serait la plus
efficace : celle que le gouvernement préconisait ou celle que les collectivités indigènes estimaient la plus convenable.
Tout un éventail d’acteurs, dont des chercheurs, des membres de mouvements sociaux de la base et d’ONG, des techniciens du secteur public, des universitaires et de hauts fonctionnaires ont débattu et convenu, avec les chercheurs, des questions à traiter, des méthodes à utiliser et des résultats attendus de la recherche.
Les chercheurs avaient simulé deux scénarios : accorder des concessions selon une unité de volume par unité de temps (litres par seconde) aux fins d’utilisations précises ou gérer l’eau selon les utilisations traditionnelles et coutumes existantes reposant sur la propriété collective de la ressource, aux fins d’utilisations multiples. Ils avaient également évalué la quantité d’eau perdue (notamment au cours de la filtration et en raison de fuites).
La recherche a révélé que la stratégie mise de l’avant par le gouvernement (unité de volume par unité de temps) se traduirait par une utilisation encore plus inefficace de l’eau, accentuerait les différences dans l’accessibilité à l’eau existant déjà entre les collectivités et, dans de nombreux cas, entraînerait même des pénuries d’eau.
Le 8 octobre 2004, le gouvernement de la Bolivie a promulgué la Loi 2878 (Ley numero 2878, de Promoción y Apoyo al Sector Riego). Cette loi tient compte des constats de la recherche menée par Agua Sustentable en ce qu’elle reconnaît les usages et les droits traditionnels et garantit aux indigènes et aux agriculteurs des droits d’utilisation de l’eau aux fins d’irrigation. La Loi 2878 a d’ailleurs reçu l’approbation générale.
L’adoption de cette loi, qui codifie les droits relatifs à l’un des principaux usages faits de l’eau en Bolivie, marque un grand pas vers la formulation d’une loi sur l’eau plus générale. Par ailleurs, pour l’une des toutes premières fois en Bolivie, les données probantes issues de la recherche ont servi de base à une loi. Qui plus est, l’adoption de cette loi prouve que les politiques touchant à
l’eau ne doivent pas nécessairement faire l’objet de controverses qui dégénèrent en conflit.
Mise en application de la loi
Une deuxième phase du projet a été entreprise en avril 2005, avec, comme objectif principal, la mise à l’épreuve des méthodologies de recherche dans des conditions plus complexes, afin d’élaborer une réglementation qui permette la mise en application de la loi et de veiller à ce que cette mission d’ordre législatif donne lieu à des avantages concrets.
L’une des premières mesures prises par le nouveau gouvernement, élu à la fin de 2005, fut de créer un ministère de l’Eau chargé de gérer la ressource et les enjeux connexes.
Les membres de l’équipe d’Agua Sustentable ont grandement contribué à cette démarche en facilitant l’organisation de groupes de pression en faveur de ce ministère, en participant aux travaux menant à sa constitution et en y assumant des rôles clés dès sa création. Le premier sousministre aux services de base, par exemple, est un membre de l’équipe d’Agua Sustentable.
À l’heure actuelle, les chercheurs testent et peaufinent la procédure de reconnaissance et d’enregistrement des droits légitimes à l’eau. Leurs travaux permettront de créer un registre des droits traditionnels à l’eau qui habilitera les indigènes, les paysans et les petits exploitants agricoles à exercer leurs droits ancestraux d’utilisation de la ressource.
Les économistes et d’autres professionnels du développement sont d’avis qu’il est important de bien établir et de garantir les droits d’utilisation de l’eau et d’autres ressources naturelles afin d’assurer la croissance économique, l’équité et la gestion durable des ressources.
L’utilisation des systèmes d’information géographique les plus avancés ainsi que le développement d’une base de données commune permettant d’inscrire les droits des utilisateurs de l’eau sont des moyens très efficaces et économiques de garantir aux petits agriculteurs boliviens leurs droits à l’eau traditionnels, de les encourager à investir pour accroître le rendement de leurs terres et de contribuer à désamorcer les conflits.
Les chercheurs doivent maintenant examiner si la démarche élaborée par Agua Sustentable pourrait permettre de résoudre d’autres conflits relatifs à l’eau ou être utilisée dans d’autres pays. La Loi 2878 prévoit la création d’un office national qui sera chargé d’accorder les droits d’utilisation de l’eau. Agua Sustentable cherche à présent à définir comment les outils mis au point dans le cadre de son projet de recherche pourraient être adaptés de façon à permettre d’appliquer les modalités fondées sur la recherche à la gestion des voies d’eau à l’échelle internationale.
Informe Científico: Regulación de Derechos de Agua en Bolivia
2005-08
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