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Lisa Waldick

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Ajouté le : 2002-07-03 11:59
Mis à jour le : 2004-06-28 8:49
Refreshed: 2012-02-11 20:41

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Communiquer avec les populations indigènes : les enseignements du Guyana


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1998-07-17
John Eberlee

[Légende : Ellen Hagerman et des amis à Surama.]

Des communications bilatérales efficaces sont un élément essentiel des activités de développement auprès des populations indigènes. C'est ce qui ressort d'une étude sur les communications interculturelles effectuée au Guyana.

Nombre d'experts en développement estiment qu'il suffit de mettre à la disposition des populations indigènes des technologies de pointe, alors qu'en réalité ils devraient s'efforcer d'améliorer les communications, affirme Ellen Hagerman, récemment diplômée de l'Université du Québec à Montréal. En 1996, lors de sa recherche pour sa thèse de maîtrise, Hagerman a passé six mois à Surama, un village amérindien du centre-sud du Guyana en bordure de la forêt ombrophile internationale Iwokrama. (Surama est situé à environ 90 minutes de Georgetown à vol d'oiseau et à 24 heures par la route en gravier.) Son étude sur le terrain a été financée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), dans le cadre de l'ancien programme de bourses de recherche pour les jeunes canadiens.

Les obstacles à la communication

Au départ, j'avais l'intention d'étudier l'efficacité des communications dans le village même puisque le programme Iwokrama portait sur les moyens d'améliorer les communications avec les villages amérindiens, dit Hagerman. Mais elle s'est vite rendu compte qu'il fallait plutôt se pencher sur les obstacles aux communications entre les villages amérindiens et les étrangers, c'est-à-dire les représentants du gouvernement, des organismes de développement, les touristes, voire elle-même.

Les habitants de ces villages en avaient assez de voir débarquer des étrangers venus leur
dire : Voilà quels sont vos problèmes et voici les solutions , sans vraiment prendre le temps de comprendre leur situation
, affirme Hagerman. Une fois, des représentants d'un ministère du gouvernement et d'un organisme des Nations Unies sont arrivés à Surama sans s'annoncer. En route, ils ont ramassé tous les villageois qu'ils ont pu trouver, mais ils ont oublié d'inclure les conseillers du village [...] tous les deux étaient fort contrariés de découvrir qu'ils n'avaient pas été conviés à la réunion.

De la nécessité des pompes à main

Après les présentations d'usage, les visiteurs ont demandé aux villageois quels étaient leurs besoins en eau. Ce à quoi les Amérindiens ont répondu : Ici, l'eau ne pose aucun problème. En fait, Hagerman a affirmé aux intervenants que l'eau du village ne l'avait jamais rendu malade. Après quinze minutes de prétendues consultations toutefois, les représentants officiels ont conclu que les villageois avaient besoin de pompes à main, faites en Inde et qui seraient fournies par le gouvernement du Guyana.

Même lorsque l'instituteur a affirmé que le village avait déjà eu des expériences malheureuses avec des pompes à main, les représentants ont aussitôt rétorqué que ces problèmes étaient sûrement dus à ce que les villageois ne savaient pas s'en servir, poursuit-elle.

Même si d'aucuns pourraient prétendre que les représentants ont fait l'effort de poser des questions aux villageois, il ne fait aucun doute qu'ils ont réagi à leurs réponses de manière condescendante, en laissant clairement entendre qu'ils étaient les meilleurs juges.

Un jargon universitaire fastidieux

À une autre occasion, des représentants de Surama et des villages avoisinants ont été invités à une consultation publique sur la politique sur l'utilisation des terres au Guyana, organisée par le gouvernement en collaboration avec le Centre Carter d'Atlanta. La consultation a bien mal commencé lorsque les villageois ont reçu un document préparatoire de 75 pages. Les Amérindiens ont été complètement déconcertés par le texte, dit Hagerman. Et même si le jargon universitaire m'était familier, lorsqu'on m'a demandé de lire le document afin d'aider les villageois à le comprendre, j'en mis presque deux jours à le déchiffrer, ajoute-t-elle.

La réunion devait avoir lieu à 9 heures, à une trentaine de kilomètres de Surama. La plupart d'entre nous ont dû quitter le village très tôt pour arriver à temps, déclare Hagerman. Même si certains sont venus à bicyclette (la majorité avec un passager sur le cadre), nous avons rencontré en chemin le chef d'un village voisin qui était parti au milieu de la nuit puisqu'il devait se rendre à la réunion à pied. Hagerman souligne aussi qu'à d'autres occasions, des chefs de village ont dû pagayer pendant deux jours pour se rendre à temps à une réunion et apprendre qu'elle avait été annulée. Rien d'étonnant à ce les habitants de plusieurs villages privilégient les émetteurs-récepteurs portatifs comme moyen de communication.

Le forum sur l'utilisation des terres

Lors du forum sur l'utilisation des terres, le conférencier a fait un exposé de quatre heures, qui portait entre autres sur des questions de protocole pour l'établissement de ministères. Bien qu'il ait occasionnellement fait une pause pour demander à l'auditoire s'il y avait des questions, les Amérindiens sont restés silencieux. Après son départ, ils ont admis qu'ils n'avaient aucune idée de quoi il avait parlé, rapporte Hagerman. Selon elle, le niveau de langage utilisé par le conférencier intimidait les villageois et confirmait l'impression qu'ils avaient d'être incapables de participer à la réunion, estimant ne pas avoir assez d'instruction. Pourtant quand on leur pose des questions claires, dans une ambiance où ils se sentent à l'aise, ils n'ont aucune difficulté à nous faire part de leurs préoccupations.

Je suis convaincue qu'il faut consacrer un minimum de temps [aux consultations]. Plusieurs Amérindiens ont fait remarquer qu'étant donné ce qu'il en coûte, il est inutile d'envoyer des représentants officiels s'ils ne savent pas comment s'y prendre et n'arrivent à rien, déclare Hagerman.

Recommandations

Se fondant sur les résultats de sa recherche, Hagerman recommande que les représentants du gouvernement et des organismes de développement qui participent à des projets sur les collectivités indigènes fassent parfois l'effort de séjourner chez eux au lieu de loger dans les installations touristiques les plus proches. Loin de favoriser les communications, loger ailleurs est déjà une façon de prendre ses distances, souligne-t-elle. Le simple fait de passer un jour ou deux dans un village veut dire beaucoup pour les Amérindiens.

Depuis la fin de son étude sur le terrain, Hagerman a fait part des résultats à l'équipe du programme Iwokrama qui a réagi très positivement à sa recherche. J'ai eu le sentiment que les gens étaient vraiment intéressés à faire les changements nécessaires et à me demander des suggestions, conclut-elle.

John Eberlee est rédacteur pour le magazine Explore.
(Photo : E. Hagerman)


Renseignements :

Ellen Hagerman, 191, rue McLeod, app. 15, Ottawa (Ontario) K2P 0Z8; tél. : (613) 563-3910; télec. : (819) 776-6491; courriel : ehagerman@sprint.ca


Des liens à explorer...

Encadré : Le choc de deux cultures : les Amérindiens et les écotouristes.

CRDI Explore, Avril 1993 : Savoir indigène et traditionel.

Des touristes chez les Amérindiens du Venezuela: sur la pointe des pieds, par Lauren Walker.

Iwokrama : Un don à l'humanité, par Claudette Earle.

Traditions agricoles chez les Pemóns au Venezuela, par John Eberlee.


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