ID : 5064
Ajouté le : 2002-07-03 11:59
Mis à jour le : 2004-06-28 8:42
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L'amélioration de la santé et des conditions de vie dans le bidonville Gilbert Hill
1998-07-10
Jennifer Goldstone
[Légende : Le bidonville Gilbert Hill, à Mumbai.]
La transformation des mentalités aide les habitants d'un bidonville de Mumbai (autrefois Bombay) à améliorer leur état de santé et leurs conditions de vie. Pourtant, en 1992, lorsqu'une université locale a voulu instaurer un programme de développement communautaire, les priorités étaient fort différentes.
Les femmes voulaient des programmes qui leur permettraient de gagner un revenu; la santé et l'éducation ne faisaient pas partie de leurs priorités, affirme Mariamina Varghese, vice-chancelier à l'Université pour les femmes SNDT. Les résidents ne comprenaient pas que des problèmes de santé comme la diarrhée étaient liés aux bouches d'égout à ciel ouvert, aux ordures ménagères répandues à l'extérieur des maisons et au trop-plein des eaux usées sanitaires dans les toilettes publiques. Ils n'avaient pas le sentiment que leur environnement leur appartenait, explique-t-elle; ils estimaient que la qualité de l'environnement relevait des autorités municipales responsables de la région.
L'approche participative
Dans ce bidonville musulman d'environ 150 000 personnes, les familles sont nombreuses; les conditions de vie des femmes, médiocres; et les taux d'alphabétisation et le revenu familial, très bas. Au début, Gilbert Hill était exclu des autres projets de développement, les résidents ayant refusé d'y prendre part. Mais les attitudes ont commencé à changer lorsque l'Université pour les femmes SNDT a non seulement accepté de faire part à la collectivité des résultats d'une étude sur la santé et la nutrition des femmes et des enfants, mais lui a aussi demandé de participer à la collecte des données, à la planification et à la mise en oeuvre du projet de recherche.
L'idée de cette étude participative, financée par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), est née lors d'un colloque national sur la nutrition urbaine, parrainé par le CRDI et l'Unicef et organisé par Mariamina Varghese en 1989. Bien que l'objectif initial ait été modeste, les méthodes utilisées par l'équipe de recherche pour identifier et examiner les questions touchant la santé des femmes ont été fort utiles à d'autres organismes tels que l'Unicef.
Les discussions communautaires
Le projet a débuté par des discussions entre le personnel de l'université et la collectivité. Étant donné que la majorité des femmes étaient confinées chez elles et n'avaient pas grand pouvoir de décision, Varghese et ses collègues ont décidé d'inclure dans l'étude des hommes et d'autres membres de la famille qui, à la pensée de pouvoir augmenter le revenu familial, se sont vite montrés coopératifs. Ainsi, un exploitant d'une station de télédistribution a accepté de diffuser des vidéos sur la situation des filles et l'importance de l'éducation. (À Gilbert Hill, des groupes de femmes se réunissent habituellement les après-midi pour regarder la télévision.) Varghese affirme que ces vidéos ont aidé à inciter les femmes à participer au projet.
Connues pour leur franc parler (ou, plus rarement, leur activité politique), huit femmes ont été choisies pour aider à organiser des communautés au sein du bidonville. L'université a donné à chacune d'elles un petit salaire de 300 roupies par mois pour visiter les gens à la maison et mobiliser des préposés à la collecte d'information pour l'étude sur la santé et la nutrition. La nécessité d'augmenter les taux d'immunisation est ressortie à l'évidence de l'étude préliminaire qui a aussi révélé une importante prévalence des cas de déshydratation et de malnutrition. Les résultats ont étonné les résidents de Gilbert Hill, pour qui la nutrition n'était pas une priorité, affirme Shobha Udipi, chef du département des sciences de l'alimentation et de la nutrition à l'Université SNDT.
Un vaste programme
Après d'autres discussions, les résidents de Gilbert Hill et le personnel de l'université ont convenu d'un vaste programme d'activités portant sur la santé, l'éducation, la production de revenu et l'environnement. Par exemple, des étudiants de l'université ont fait des exposés sur la nutrition et un médecin a visité tous les coins du bidonville pour discuter avec les gens de diarrhée et de prévention de la maladie. Sur une période de sept mois, 800 femmes ont subi des tests sanguins : 90 % d'entre elles étaient anémiques. Le personnel de l'université leur a expliqué en quoi consiste l'anémie et son traitement et leur a distribué un supplément nutritionnel à base de fer, de sel et de vitamine C. L'université a aussi commencé à acheter des céréales et du riz de meilleure qualité pour les offrir aux résidents du bidonville pour le même prix ou moins que ce que les femmes payaient pour ces aliments au marché local.
Dans le cadre du projet, des adolescentes qui avaient fait quelques études ont été payées pour donner des classes d'alphabétisation. L'université a aidé les résidents qui assistaient à ces classes à lancer des projets rémunérateurs comme la fabrication de fleurs artificielles. Elle a aussi mis sur pied des classes de couture, acheté des machines à coudre et trouvé des contrats aux femmes du bidonville pour coudre des sarraus de laboratoire pour les étudiants. Des filles ont aussi commencé à s'échanger des renseignements sur la peinture au henné afin de pouvoir tirer un revenu de cette technique.
Un optimisme inébranlable
Auparavant, je manquais de confiance en moi et je me croyais bonne à rien, dit Shenaz Sheith, âgée de 18 ans. Aujourd'hui, j'ai fini mon secondaire, j'ai l'intention de m'inscrire à l'Université pour les femmes SNDT, j'enseigne la technique de peinture au henné et je travaille comme jardinière d'enfants. Désormais, comme Sheith, plusieurs jeunes filles et nombre de femmes du bidonville Gilbert Hill envisagent l'avenir avec optimisme.
Depuis 1993, l'université a travaillé au sein de comités de développement locaux mis sur pied dans le cadre du Programme de planification des services urbains du gouvernement indien, lequel prévoit la représentation à chaque comité d'une femme par 10 à 40 familles. Le projet n'a pas encore été accepté partout à Gilbert Hill, indique l'agent de projet Meenaxi Kamath. Il faut du temps pour convaincre tout le monde de ses bienfaits. Les organisatrices continuent de visiter les gens à la maison et de discuter avec eux des possibilités qu'offre le projet.
Une énorme différence
L'énorme différence quant à la propreté des rues et des ruelles ainsi qu'à l'apparence des maisons de 80 % des résidents des zones où s'est rendu le projet et des 20 % restants en a incité plusieurs à prendre part au projet. (Des centres communautaires ont aussi été construits dans le cadre du projet.) Il s'agit maintenant de poursuivre l'assainissement du bidonville et d'y améliorer la qualité de vie. Jusqu'à présent, l'université a aidé les gens à écrire aux autorités municipales et a facilité les négociations afin que les résidents du bidonville puissent affecter eux-mêmes des gens du quartier à l'entretien des toilettes et à l'enlèvement des ordures ménagères. Jusqu'en mai 1998, ces travailleurs ont reçu une certaine rétribution tirée des fonds du projet, mais c'est maintenant au tour de la collectivité d'aider à payer les préposés au nettoyage et les éboueurs.
Dans les premiers temps, les gens estimaient que leur travail faisait partie du projet de l'université, conclut Varghese. Aujourd'hui, ils considèrent que c'est une façon de s'occuper de leur propre développement.
Jennifer Goldstone est coordonnatrice des communications pour la division internationale de l'Association des universités et collèges du Canada. Elle a visité le projet lors d'un séjour en Inde en avril 1998. (Photo : J. Goldstone)
Renseignements :M.A. Varghese, Vice-chancelier, Université pour les femmes SNDT (Shreemati Nathibai Damodar Thackersey), 1, N. Thackersey Road, Mumbai - 400 020, Inde; tél : (91-22) 203-1881; télec. : (91-22) 201-8226; courriel : sndt@bom2.vsnl.net.in
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