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40e anniversaire du CRDI

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Bill Carman

ID : 30974
Ajouté le : 2003-06-02 10:52
Mis à jour le : 2004-10-30 15:20
Refreshed: 2012-02-11 23:28

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Préface
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— David Brooks

Extraction minière et environnement ne semblent pas faire bon ménage et ont même l'air incompatibles. À la lecture de ce qui s’écrit sur l’extraction de l’or à petite échelle dans l’Amazone ou de la houille dans les immenses mines de charbon en Amérique du Nord, qu’il s’agisse de l’exploitation d’une simple carrière de sable ou de gravier ou bien d’opérations métallurgiques complexes, on a l’impression que l’héritage laissé par l’industrie minière, c’est la destruction du sol avec la pollution de l’air et de l’eau. En réalité, naturellement, la situation est beaucoup plus complexe. Il est vrai que l’extraction minière ne va jamais sans perturbation de l’environnement – superficiel ou souterrain, selon que l’extraction se fait à ciel ouvert ou en profondeur –, et que le minerai recherché ne constitue le plus souvent qu’une petite partie des matériaux à déplacer, d’où les énormes quantités de résidus à traiter. Il est vrai aussi que pendant nombre d’années et dans la plupart des régions du monde (le Nord tout autant que le Sud), on a exploité les mines sans faire grand cas de la protection de l’environnement – ou de la santé et de la sécurité des mineurs ou de la culture et du bien-être des collectivités locales. Toutefois, l’image des sociétés minières peu respectueuses de la nature ou des autochtones n’est plus juste. Dans certaines circonstances, et dans certaines sociétés et certains pays, on apporte aujourd’hui presque autant de soin à protéger l’environnement, les mineurs et les collectivités avoisinantes qu’à mettre une roche en caisse.

Le financement d’études par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) repose sur le principe qu’on ne peut trouver de solutions aux problèmes des pays en développement qu’en faisant de la recherche dans ces régions. L’intérêt, dans cette perspective, ce ne sont pas tant les exemples passés de destruction du milieu naturel que la dynamique du nouveau contexte des affaires dans lequel les décisions des entreprises et la législation nationale concourent à éviter les dommages évitables et à atténuer ceux qui ne le sont pas. Naturellement, il reste autant de cas où persistent les anciennes conditions, aussi est-il également intéressant de savoir où et pourquoi ne s’est pas formé ce nouveau tandem entreprises-État.

Le Mining and Environment Research Network (MERN) était arrivé à une première conclusion saisissante : les sociétés minières performantes dans l’extraction de minerai sont également celles qui réussissent le mieux à protéger l’environnement dans leurs opérations extractives. C’est dire que dans les conditions propices, le compromis entre économie et environnement ne serait pas aussi marqué qu’on l’imaginait autrefois. Le MERN ayant par la suite conclu à l’absence de lien absolu entre les atteintes environnementales et une législation minière énergique, il serait peut-être bon que les États adoptent une approche mieux éclairée pour l’élaboration de leur politique concernant l’environnement minier. Les attitudes des entreprises sont en train d’évoluer, tout comme les politiques gouvernementales et la société civile; et le contexte des affaires qui met les trois parties en présence est en mutation lui aussi. Pousser les recherches est un impératif qui va presque de soi.

Le CRDI a commencé à s’intéresser à l’exploitation minière dans les pays en développement avant la naissance du courant écologiste actuel et avant de s’orienter vers la politique sur l’environnement minier. Durant les années 80, les projets de recherche subventionnés par le CRDI portaient essentiellement sur la politique scientifique et technologique en matière d’exploitation minière ou sur les mesures destinées à améliorer l’efficacité des opérations extractives. Sauf dans deux ou trois projets de recherche où l’on examinait, entre autres, les conditions sanitaires dans les mines de Bolivie (notamment les effets de la vie et du travail en haute altitude), l’environnement était un aspect bien secondaire des études. Il aura fallu attendre 1991 pour que soit mis en oeuvre un projet formellement consacré à l’étude de l’exploitation minière sous l’angle environnemental. Chose assez ironique, la première étude du genre formera le volet bolivien des travaux menés dans la phase initiale du MERN, dont il est question dans le chapitre 8 de cet ouvrage. Il y aura par la suite des travaux sur les effets du mercure provenant de l’extraction de l’or. On commencera également à subventionner des projets très connexes, dont certains moins axés sur les problèmes environnementaux en eux-mêmes que sur les conflits découlant du pouvoir de l’industrie minière d’usurper des ressources auparavant collectives. Le différend à propos de l’eau qui opposa la Southern Peru Copper Company à la collectivité d’Ilo, située juste au nord de la frontière entre le Pérou et le Chili, en est un bon exemple. (C’est un groupe communautaire appelé LABOR qui se chargea des recherches, avant de porter l’affaire devant le Tribunal international de l’eau de La Haye, où il obtint gain de cause.) À peu près à la même époque, les recherches s’étendirent aux incidences de la conjoncture et des politiques macroéconomiques sur le lien entre la dégradation de l’environnement et les opérations minières dans les divers pays d’Amérique latine.

Si c’est aujourd’hui la protection de l’environnement, et non plus l’efficacité technique, qui est l’objet premier de la recherche sur l’exploitation minière subventionnée par le CRDI, la priorité géographique, elle, n’a pas changé. Sauf une série de projets qui portaient sur l’extraction artisanale de minerais (principalement des pierres précieuses) en Afrique et en Asie, les travaux concernaient presque tous l’Amérique latine. Cette orientation n’a rien d’étonnant : le programme du CRDI en Amérique du Sud est axé sur les pays de la région andine, laquelle, peut-être plus que toute autre dans le monde, est tributaire de l’exploitation minière pour la santé de son économie. La recherche semble devoir se poursuivre dans cet axe. Lors de la parution de cet ouvrage, le CRDI procédait à une recension des travaux de recherche faits sur le continent en ce qui a trait à l’extraction minière et à l’environnement, et des chercheurs les ayant réalisés. On espère en dégager une stratégie à long terme en vue de l’élaboration d’un programme intégré de recherche, probablement axé sur la santé des écosystèmes. (L’approche écosystémique est une nouvelle méthode utilisée pour mettre en évidence les conséquences pour la santé humaine des interventions anthropiques néfastes sur le milieu naturel.) Il s’agirait de déterminer quels changements dans les politiques des États ou des sociétés et quelles formes de participation de la collectivité à la prise de décision seraient le plus efficaces pour protéger les écosystèmes locaux et régionaux et, par conséquent, la santé humaine.

Mais l’essentiel pour l’immédiat, ce serait d’avoir une analyse bien documentée de l’étendue et des incidences des changements récents dans le contexte des affaires, d’après le comportement des sociétés minières et la politique gouvernementale. On en trouve une excellente, qui porte sur une large éventail de sociétés et de conditions, dans le premier ouvrage du MERN.



 

David B. Brooks
Scientifique en chef
Centre de recherches pour le développement international
Ottawa, Canada


1 Établi à l’origine au Science Policy Research Unit, Université de Sussex, Royaume-Uni, le MERN (réseau de recherche sur l’extraction minière et l’environnement) a aujourd’hui son siège à l’International Centre for the Environment, Université de Bath, Royaume-Uni.







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