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Ce texte est extrait du rapport annuel 2006-2007 du CRDI. Trop souvent, dit Connie Freeman, lorsque des personnes du Nord essaient de comprendre l’Afrique, elles pensent à un vieux scénario dont l’intrigue est usée à la corde et la fin, prévisible. Ce scénario classique présente l’Afrique comme un continent sans grand espoir. Mais la directrice du Bureau régional de l’Afrique orientale et australe du CRDI, à Nairobi, a été témoin de certains virages, qui laissent entrevoir que les choses sont tout autres. Les solides taux de croissance économique qu’ont connus récemment bon nombre de pays d’Afrique — bien que loin de garantir un recul du taux de pauvreté — constituent un tremplin prometteur pour le progrès social ainsi qu’une occasion pour l’Afrique d’enfin mettre derrière elle les effets de la crise de l’endettement. L’impatience grandissante de la population à l’égard de la piètre gouvernance est un autre signe encourageant, et Mme Freeman croit qu’elle a aidé à propulser plusieurs pays vers un leadership plus ouvert et plus responsable. « Les gens en ont assez des dictatures militaires, des autocraties, de se faire dire quoi faire, d’avoir peur, d’être menacés par la guerre tout le temps », dit-elle. Ainsi, alors que, par le passé, par exemple, la réaction normale face à la corruption était de « hausser les épaules », aujourd’hui, l’humeur a changé. Mme Freeman croit que les nouvelles attentes de la population pourraient bien avoir contribué à la réalité actuelle : « il y a maintenant plus de pays en Afrique dont le gouvernement est représentatif d’une façon ou d’une autre qu’il y en a eu dans toute l’histoire du continent. » L’érosion de la dépendance Une autre tendance lourde et porteuse d’espoir est ce que Mme Freeman appelle « l’érosion de la dépendance ». Ces dernières décennies, on s’attendait, selon elle, à ce que les pays industrialisés jouent un rôle de premier plan pour réparer les dommages causés à l’Afrique par l’esclavage et par d’autres formes de pillage colonial.
Dans le même ordre d’idées, l’Afrique du Sud a rejeté le financement des institutions financières internationales (juste après la période de l’apartheid), de façon à ne pas être liée par les conditions externes qui accompagnent ce financement. Le CRDI est bien placé pour contribuer au développement de l’Afrique dans ce nouveau contexte puisque bon nombre de ces nouvelles dimensions ont été les pierres angulaires de la programmation du Centre. « Contrairement à d’autres bailleurs de fonds ou organismes d’aide, le CRDI finance des travaux de recherche exécutés par des Africains, élaborés sur le continent et ancrés dans la réalité locale, affirme Mme Freeman. Ce que nous avons toujours fait, c’est soutenir les Africains et renforcer leurs capacités afin qu’ils puissent prendre les commandes de leur propre processus de développement. » Elle souligne aussi que l’amélioration des normes de gouvernance a beaucoup retenu l’attention du CRDI : avec la fin de l’autocratie au Kenya, par exemple, le Centre a appuyé un programme de recherche sur la transition à la démocratie, qui mettait l’accent en grande partie sur l’éthique au sein du gouvernement et sur des mesures de lutte contre la corruption. Changements climatiques et climat de changement Cela ne veut pas dire pas que le rôle futur du CRDI en Afrique ne consistera qu’à « maintenir le cap ». Des défis nouveaux ou plus imposants nécessitent de nouveaux programmes et de nouvelles approches. Par exemple, on considère généralement les changements climatiques comme un problème non pas qui point à l’horizon, mais qui a bel et bien des effets aujourd’hui.
« Les populations de l’Afrique se sont toujours adaptées aux changements climatiques au fil du temps, explique Mme Freeman. Elles ont recours à toutes sortes de techniques. Notre prémisse est la suivante : trouvons ce que sont ces techniques et aidons-les à envisager des manières de les améliorer. Bien que nous sachions que les gens s’adaptent, nous ne savons pas comment ils s’adaptent et nous ne possédons pas ces connaissances sous une forme qui puisse s’appliquer à d’autres contextes, ailleurs en Afrique. » Un autre problème pressant est la migration continue et massive des habitants des zones rurales, qui entraîne la création d’établissements spontanés à la lisière des villes, où il n’y a pas de services et où les conditions de vie sont « extrêmes ». Mme Freeman estime qu’« il nous faut trouver des façons de rendre la vie urbaine plus acceptable et moins dangereuse ». Pour y arriver, deux projets visant des « villes ciblées »menés dans des régions différentes de l’Afrique — un à Kampala, en Ouganda, et l’autre à Dakar, au Sénégal — adoptent une approche systémique pour résoudre certains problèmes qui se recoupent, notamment en matière d’agriculture urbaine, de gestion de l’environnement, d’emploi et de services publics. L’objectif est en partie de repérer le potentiel positif dans des circonstances négatives : par exemple, en trouvant des moyens sûrs d’utiliser les eaux usées comme engrais pour les cultures urbaines, on pourrait résoudre deux problèmes et améliorer le bilan social. Connie Freeman est convaincue que la recherche est une denrée particulièrement importante à un moment où les Africains essaient de bâtir un nouvel avenir. « Plusieurs types de transitions sont en cours, dit-elle. Et les gens sont beaucoup plus ouverts à la recherche en période de transition — on peut proposer de nouvelles idées et les mener beaucoup plus loin. »
2007 |
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