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Chief Editor

ID: 92972
Added: 2006-01-17 23:38
Modified: 2006-03-24 12:05
Refreshed: 2012-02-10 18:05

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Deuxième partie
INÉGALITÉS ET REDISTRIBUTIONS
III. INÉGALITÉS ET TRANSFERTS INTRA MÉNAGES
Modélisation du travail des hommes et des femmes dans un modèle d'équilibre général calculable appliqué au Népal
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Ismaël Fofana, John Cockburn et Bernard Decaluwé1

Les femmes sont généralement considérées plus sujettes à la pauvreté que les hommes. Cette situation est due à la conjonction de plusieurs facteurs dont, entre autres, un accès plus réduit aux actifs et intrants productifs tels que le crédit, une discrimination sur le marché du travail et, en général, une inégalité entre les hommes et les femmes dans la répartition du revenu du ménage. Toutefois, une augmentation importante de la participation féminine au marché du travail a été constatée dans de nombreux pays en développement au cours de la dernière décennie, concomitante à une période de libéralisme économique dans ces pays. Reste à savoir dans quelle mesure cet accroissement du taux de participation des femmes au marché du travail s'est traduit par une réduction de leur temps de loisir et de travail domestique. En définitive la question cruciale est de savoir si cette augmentation de la participation des femmes au marché du travail leur a été bénéfique et si elle a accru leur bien être ainsi que celui du ménage.

Dans notre étude, nous utiliserons un modèle d'équilibre général calculable (EGC) pour l'économie népalaise pour évaluer les effets de la libéralisation des échanges commerciaux sur le travail et le loisir des hommes et des femmes. Il est largement reconnu aujourd'hui que les modèles EGC sont d'excellents outils d'analyse macro et méso-économique, qui permettent d'appréhender, dan sun cadre d'équilibre général, les effets directs et indirects des chocs macroéconomiques sur la production, la demande de facteurs et la répartition des revenus. La distinction entre hommes et femmes sur le marché du travail, l'introduction d'une offre endogène de travail marchand et, finalement, la prise en compte de la production domestique par les hommes et les femmes seront modélisées successivement pour analyser les principaux changements qui en résultent dans les activités et le revenu des hommes et des femmes. Ainsi, nous serons en mesure d'apporter des éléments de réponse à la question de savoir comment la libéralisation des échanges commerciaux affecte la participation des femmes au marché du travail, l'inégalité dans la distribution des revenus entre les hommes et les femmes et le temps qu'ils et elles consacrent aux activités de loisir et de production domestique.

1 Centre inter-universitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi, Réseau politiques économiques et pauvreté, Université Laval, Québec.

Aux sections 1 et 2, nous présenterons une brève revue de la littérature ainsi que les traits saillants de l'économie népalaise.À la section 3, nous traiterons des spécificationsincorporées dans les différents modèles construits et, à la section 4, nous analyserons les simulations. Nous tirerons enfin les conclusions de cette étude à la section 5.

1. REVUE DE LA LITTÉRATURE

Jusqu'ici, très peu d'études se sont penchées sur la problématique du genre face aux politiques et aux chocs macroéconomiques. Fontana et Wood (2000) et Fontana (2001) ont construit des modèles EGC pour le Bangladesh et la Zambie, afin d'analyser les effets des politiques macroéconomiques sur la participation des femmes au marché du travail et sur leur production domestique. Ils considèrent les activités de loisir et de production des services domestiques comme des secteurs à part entière, se comportant de manière similaire aux activités ou aux secteurs marchands. En commentant leurs résultats, les auteurs mentionnent que la libéralisation des échanges commerciaux avec le reste du monde par le biais d'une réduction des tarifs douaniers augmente le travail marchand et le revenu des femmes et pourrait avoir des conséquences perverses sur le loisir des femmes et sur les personnes dépendantes du ménage. Plus récemment, Siddiqui (2004) a proposé une étude semblable pour le Pakistan et a obtenu des résultats similaires. Utilisant une méthodologie différente des précédentes, Fofana et al. (2005b) trouvent, au contraire, qu'en Afrique du Sud, la libéralisation commerciale conduit à des augmentations des taux de salaire et de participation des hommes au marché du travail, ceux-ci étant particulièrement concentrés dans le secteur minier fortement exportateur et premier bénéficiaire de la libéralisation commerciale.

2. L'ÉCONOMIE NÉPALAISE

L'économie népalaise affiche une croissance modérée depuis les années 1980 (tableau 1). Le taux d'épargne est demeuré stagnant, et le pays a connu un essor des investissements au début des années 1990. Le taux moyen d'inflation mesuré par l'indice des prix à la consommation se situait autour de 8 % par an au cours des années 1990.

Tableau 1. – Indicateurs macroéconomiques (en pourcentage)

Période/Année

Taux de croissance du PIB

Épargne/PIB

Investissements/PIB

Indice des prix à la consommation

Agriculture

Industrie

Services

Moyenne 1981-1990

1,4

9,0

7,2

12

19,1

9,8

Moyenne 1991-1997

2,3

8,0

7,2

13,5

22,5

11,1

1993-1994

7,6

9,0

7,7

16,5

22,4

8,9

1994-1995

-0,3

3,9

6,0

15,2

25,1

7,6

1995-1996

4,4

5,9

7,9

10,3

27,2

8,1

1996-1997

4,1

3,2

5,0

12,5

25,3

7,8

1997-1998

2,0

4,6

5,0

13,1

24,8

7,5

1998-1999

3,5

4,0

4,5

13,0

20,5

8,0

Sources : Asian Development Bank, Asian Development Outlook et Fonds monétaire international.

Les exportations du Népal ont augmenté rapidement au cours des deux dernières décennies (tableau 2). Elles ont également connu des changements majeurs dans leur composition. La part des exportations de produits agricoles et alimentaires a baissé de 70 % au début des années 1980, à 1 % vers la moitié des années 1990, pour s'établir ensuite à 15 % en 2000. En revanche, les exportations manufacturières (en particulier, les produits textiles) ont augmenté fortement pour représenter la presque totalité des recettes d'exportation du Népal, vers la moitié des années 1990. Les exportations népalaises sont principalement composées de tapis et de vêtements avec, pour destination première, l'Europe et les États-Unis.

Tableau 2. – Exportations par principales catégories (en pourcentage)

Catégories

1980

1990

1995

2000

Valeur totale (millions de dollars)

93,7

179,9

286,3

971,0

Tous les produits alimentaires

21,4

13,2

1,1

10,4

Produits agricoles de base

48,0

  3,0

  0,1

  4,4

Carburants

    0

    0

    0

    0

Minerais et métaux

  0,1

  0,3

    –

    –

Biens manufacturés

30,5

83,5

98,9

85,2

Source : United Nations Commission of Trade and Asian Development, Handbook of Trade and Development Statistics, 1995.

Les importations népalaises ont rapidement augmenté au cours des deux dernières décennies (tableau 3). Elles sont composées principalement de biens manufacturiers, de produits énergétiques et de produits alimentaires et boissons. Après une période de repli substantiel de 1980 à 1996, la part des biens manufacturiers dans les importations totales a connu un rapide essor à la fin du siècle dernier. En revanche, la part des produits énergétiques, alimentaires et boissons a baissé au cours de la même période.

Tableau 3. – Importations (en pourcentage)

Catégories

1980

1990

1995

1996

2000

Valeur totale (millions de dollars)

226,3

574,7

601,7

1350,0

1713,0

Produits alimentaires et boissons

    4,3

  14,8

  15,1

  15,0

  12,5

Produits agricoles de base

    0,6

    7,0

    5,0

    5,0

    7,0

Carburants

  17,7

    8,7

  19,5

  20,0

    9,7

Minerais et métaux

    1,2

    2,0

    4,9

    5,0

    4,4

Biens manufacturés

  73,1

  67,4

  47,4

  47,0

  66,4

Sources : United Nations Commission of Trade and Asian Development, Handbook of Trade and Development Statistics, 1995.

Au cours de la dernière décennie, le taux de tarif moyen pondéré des importations du Népal est passé de 41 % en 1991-1992, à 13 % en 1995-1996, puis à 6 % en 1996-1997, pour s'établir enfin à 13 % en 1999-2000 (tableau 4). Ces taux se situaient généralement entre 10 et 20 % pour les principales catégories de produits importés en 1999-2000 (tableau 5).

Tableau 4. – Évolution du taux de tarif à l'importation

Période

Tarif moyen pondéré (% des importations totales)

1991-1992

41

1994-1995

13

1996-1997

  6

1999-2000

13

Source : P.R. Sapkota (2001 a).

 

Tableau 5. – Tarif à l'importation par catégorie de produit 1999-2000

Catégories

Tarif sur les importations (en %)

Animaux vivants

   5,0

Grains, sucre, et autres produits vivriers

  15,6

Boisson, tabac, produits énergétiques et pharmaceutiques

  11,7

Fertilisation, cosmétiques, savon, produits chimiques, plastiques

  15,3

Produits du cuir, bois, papier, soie

  10,9

Laine, coton, fibres, tapis

  13,2

Vêtements, chaussures, céramique, articles en verre et articles en pierre

  21,1

Articles ferreux et autres métaux

  12,9

Matériel roulant, machines et équipements

  11,9

Montres, instruments de musique, armes, meubles et produit artistiques

  20,6

Tarif moyen

13,14

Source : Fonds monétaire international.

Pour la même période, la tranche supérieure du taux d'imposition direct des particuliers a été réduite de 45 à 33 %. Des douzaines de produits industriels locaux ont aussi été exonérés de la taxe sur les produits (droit d'accise) afin de simplifier la législation fiscale. Les taxes sur les ventes ont été combinées en un seul taux de 15 %. Enfin, une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 10 % a été introduite en juillet 19971.

À la fin des années 1990, la contribution des recettes douanières se chiffrait à environ 17 % des recettes publiques du Népal (tableau 6), occupant ainsi la deuxième place après les taxes sur la production et la consommation intérieures des produits (21 %). La contribution totale des prélèvements fiscaux aux finances publiques était d'environ 51 %. Le reliquat était financé par d'autres recettes (12 %), les dons de l'étranger (8 %), l'emprunt à l'étranger (21 %) et l'emprunt intérieur (8 %).

1 Sapkota (2001 a).

Tableau 6. – La structure des recettes publiques du Népal (en pourcentage)

Type de recette

90/91

91/92

92/93

93/94

94/95

95/96

96/97

97/98

98/99

Droits de douane

12,8

14,0

14,4

15,9

18,3

16,5

17,0

16,1

16,9

Taxes sur la consommation et la production

15,9

20,5

20,7

22,0

23,0

21,8

22,0

21,3

20,8

Droits d'accise

5,1

5,9

5,3

4,8

4,3

4,4

4,7

5,5

5,2

Taxes sur les ventes1

8,5

16,0

12,5

14,2

15,7

14,5

14,6

13,5

14,2

Recettes foncières et d'immatriculation

2,3

2,6

2,7

2,5

2,4

2,4

2,1

1,9

1,8

Taxes sur les propriétés, profits et revenus

3,5

4,0

4,7

6,1

7,6

8,1

8,8

9,8

11,5

Total des recettes fiscales

34,5

41,1

42,4

46,6

51,3

48,8

50,0

49,1

50,9

Autres recettes

10,8

15,1

12,7

12,8

12,9

14,5

13,2

13,2

12,1

Total des recettes

45,3

56,2

55,1

59,4

64,2

63,3

63,1

62,4

63,0

Dons de l'extérieur

9,1

6,8

13,8

7,3

7,5

10,9

12,2

10,2

7,7

Prêts de l'extérieur

26,4

28,3

25,2

27,8

23,6

21,3

18,5

20,9

21,0

Prêts de l'intérieur

19,2

8,6

5,9

5,5

4,6

4,5

6,1

6,4

8,3

Total

100

100

100

100

100

100

100

100

100

Finance publique (millions de roupies2)

23 704

24 052

27 483

32 958

38 311

44 397

48 893

52 788

56 464

Source : His Majesty's Government of Nepal, Economic Survey, divers nu méros.

Si on regarde l'évolution du marché du travail, on constate que la part de l'emploi féminin s'est accrue rapidement depuis 1990, particulièrement dans l'industrie, du fait de la croissance du secteur textile (tableau 7).

Tableau 7. – Évolution de la part de l'emploi de femmes par secteur (en pourcentage)

 

1950

1960

1970

1980

1990

1998

Agriculture

38,9

39,0

39,1

39,5

40,3

55,9

Industrie

25,4

21,1

18,5

5,1

13,6

33,5

Services

7,3

11,4

11,7

12,6

11,7

30,0

Sources : Labor Statistics Database 1998-2002, Bureau international du travail et Nepal Labor Force Survey 1998-1999.

Dans les zones urbaines, les hommes sont surtout actifs dans le secteur des services (notamment dans l'activité commerciale), tandis que les femmes le sont dans l'agriculture (tableau 8). Dans les zones rurales, l'agriculture est bien évidemment la principale activité aussi bien pour les hommes que pour les femmes. D'autre part, le secteur manufacturier emploie 4 % des travailleuses et 8 % des travailleurs; ce travail est plus urbain que rural. Les femmes représentent un tiers de la main-d'œuvre industrielle. L'agriculture et les services privés de travail domestique sont les secteurs d'activité à forte intensité de travail féminin.

1 Produits intérieurs et importés.

2 1 000 roupies équivalent à environ 14 dollars américains.

Tableau 8. – Emploi par sexe, localité, et industrie (1998-1999)

 

Népal*

Urbain*

Rural *

 

Tous

H

F

Tous

H

F

Tous

H

F

Agriculture

76,1

67,0

85,2

40,4

28,2

57,1

80,2

72,2

87,9

Industrie

  5,8

  7,9

  4,0

13,3

14,6

11,5

  5,1

  6,9

  3,2

Services

18,0

25,1

10,8

46,3

57,1

31,5

14,7

20,8

  8,8

TOTAL

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

Source : Népal Labor Force Survey 1998-1999; * en pourcentage; H = hommes; F = femmes.

Le salaire mensuel total des employés rémunérés en 1998-1999 était légèrement supérieur à 2100 roupies (tableau 9). Le salaire mensuel moyen des hommes était 1,75 fois supérieur à celui des femmes. En général, l'écart salarial en faveur des hommes diminuait progressivement avec le niveau de qualification et de rémunération rattaché à l'emploi. Cet écart était relativement important pour les travailleurs agricoles, les artisans et les métiers annexes.

Tableau 9. – Salaires mensuels moyens de tous les travailleurs salariés (roupies)

 

Tous

Hommes

Femmes

Rapport Hommes/Femmes

Législateurs, hauts responsables

8 037

8 068

7 525

1,07

Professionnels

5 079

5 141

4 631

1,11

Forces armées

3 306

3 258

4 250

0,77

Opérateurs d'équipement et de machines

2 981

2 995

2 037

1,47

Techniciens

2 971

3 057

2 678

1,14

Employés de bureau

2 832

2 836

2 805

1,01

Artisans et métiers annexes

2 773

2 973

1 393

2,13

Employés dans les services

2 507

2 506

2 525

0,99

Travailleurs et travailleuses agricoles

2 109

2 756

  957

2,88

Occupations élémentaires

1 491

1 692

1 054

1,61

Tous

2 143

2 389

1 368

1,75

Source : Nepal Labor Force Survey 1998-1999.

3. LES MODÈLES

Notre modèle d'équilibre général calculable (EGC) est une variante de celui construit par Sapkota (2001 a) pour le Népal, mais il s'en écarte sur plusieurs points majeurs. Ce modèle possède onze branches de production, à savoir : cinq branches agricoles, cinq branches non agricoles et un secteur public1. Six secteurs exportent une partie de leur production, et tous les secteurs produisent des biens sujets à la compétition des importations. Il existe quatre types de facteurs : le travail marchand des hommes et celui des femmes, qui sont supposés être parfaitement mobiles entre toutes les branches de production; les capitaux agricoles et les capitaux non agricoles, qui sont mobiles dans les branches agricoles et non agricoles, respectivement. Les ménages sont regroupés en sept catégories représentatives, dont : les ménages sans terre des montagnes2 (HMO), les petits propriétaires des montagnes (HMS), les grands propriétaires des montagnes (HML), les ménages sans terre des Terai 3 (TEO), les petits propriétaires des Terai (TES), les grands propriétaires des Terai (TEL) et les ménages urbains (URB).

Dans la présente section, nous présentons successivement les différentes étapes de la modélisation du travail (marchand et domestique) ainsi que la demande de loisir tant des hommes que des femmes.

• Nous partons d'un modèle de base, dans lequel nous postulons que les firmes ne font aucune différence entre le travail des hommes et des femmes, qui sont supposés, par conséquent, être parfaitement substituables. En outre, le tempsconsacré aux activités de production domestique et au loisir n'est pas pris en considération (Modèle 0).

• Dans une deuxième étape, le marché du travail (avec ses offres et ses demandes) est décomposé en travail des hommes et des femmes. Ces dernières sont alors considérées par l'employeur comme des substituts imparfaits dans la production sectorielle. Le temps de travail offert par les hommes et les femmes est exogène pour chaque ménage, et maintenu constant à son niveau de l'année de référence (Modèle 1).

• Dans une troisième étape, les offres de travail marchand des hommes et des femmes sont ensuite déterminées de manière endogène par le ménage. Dans ce contexte, les heures disponibles pour les activités hors-marché (c'est-à-dire les activités non destinées au marché)4 des hommes et des femmes sont supposées être des substituts imparfaits dans la fonction d'utilité du ménage (Modèle 2).

1 Voir Fofana et al. (2005a) pour une description plus détaillée du modèle et de la base statistique.

2 Nous suivons la classification des ménages de Sapkota (2001 a) selon la superficie de la propriété foncière; ménages sans terre = moins de 0,5 ha; petits propriétaires = entre 0,5 et 2 ha; et grands propriétaires fonciers = plus de 2 ha.

3 Terai est la région qui possède la terre arable la plus fertile du Népal.

4 Comprenant le loisir pur et travail domestique.

• Finalement, nous séparons le temps de loisir pur et le travail domestique en modélisant de manière explicite la production de services domestiques du ménage. La consommation de services domestiques et le temps de loisir des hommes et des femmes apparaissent alors dans la fonction d'utilité du ménage au même titre que la consommation des produits marchands (Modèle 3).

3.1. Désagrégation du travail de marché selon le sexe – Modèle 1

Le marché du travail est segmenté en travail des hommes et celui des femmes1 pour mettre en relief le différentiel salarial observé dans l'économie népalaise. Chaque marché satisfait l'hypothèse néoclassique de concurrence parfaite : homogénéité parfaite de la main-d'œuvre2, parfaite mobilité sectorielle et géographique, etc. Le travail dit de marché ou travail marchand comprend à la fois le travail salarié ou rémunéré et le travail non salarié des autonomes produisant des biens ou des services marchands (selon la définition du système de comptabilité national de 19933).

Du côté de la demande sectorielle de facteurs (ou production sectorielle de biens et services marchands), les firmes considèrent que le travail marchand des hommes et des femmes ne sont pas des substituts parfaits dans le processus de production sectorielle. La valeur ajoutée du secteur i est représentée par une fonction à élasticité de substitution constante (Constant Elasticity of Substitution ou CES) emboîtées en deux paliers. Au premier palier, le travail marchand des hommes (LMm) et des femmes (LMf) sont agrégés en travail composite (LM).

Image

Où ρ est un paramètre lié à l'élasticité de substitution, et où les suscrits m et f représentent les hommes et les femmes, respectivement. Comme dans le modèle de référence, le travail agrégé et le capital sont combinés en une fonction CES dans la valeur ajoutée sectorielle, et la production est une combinaison fixe (Leontief) de la valeur ajoutée et des intrants intermédiaires.

1 Les appellations « hommes » et « femmes » regroupent aussi bien les adultes (hommes et femmes) que les enfants (garçons et filles). Nous ne faisons pas ici la distinction des classes d'âge.

2 Différents niveaux de qualification peuvent également être introduits (voir Fontana, 2001).

3 Entendons par là l'autoproduction de biens primaires (production agricole, collecte de bois et d'eau, etc.), la transformation traditionnelle des produits, la production de services de logement et le travail bénévole destiné à la production des biens. Ces produits peuvent être entièrement ou partiellement consommés par le ménage.

Avec cette spécification, on peut déduire la demande relative de travail marchand des hommes et des femmes qui dépend de la part distributive du travail entre les hommes et les femmes (α), de leur taux de salaire relatif (wm et wf), et de l'élasticité de substitution sectorielle (σ).

Image

Contrairement au modèle de base, les coûts salariaux sectoriels moyens diffèrent maintenant d'un secteur à l'autre en fonction de la composition de la main-d'œuvre, c'est-à-dire en fonction des parts respectives en travail masculin et féminin et des taux de salaires.

Image

La somme des offres de travail des ménages constitue l'offre totale (exogène) dans chaque marché de l'emploi.

Image

Chaque marché est en équilibre lorsque l'offre totale de travail marchand (TLM) s'égalise avec la somme des demandes sectorielles de travail.

Image

3.2. Temps hors-travail marchand et offres endogènes de travail – Modèle 2

En suivant l'approche de Ashenfelter et Heckman (1974), nous supposons à ce stade que chaque membre du ménage ne fait aucune distinction entre son temps de loisir pur (repos, sommeil, divertissement) et celui consacré au travail domestique. Les activités de production domestique et le loisir pur sont considérés comme de parfaits substituts. Autrement dit, en décidant d'offrir plus (ou moins) de travail marchand, le membre du ménage réduirait (ou augmenterait) son temps hors-travail sans pour autant distinguer lequel du temps de loisir pur ou du temps consacré au travail domestique sera pénalisé (ou avantagé). Ainsi, le ménage agit comme s'il possédait et maximisait une fonction d'utilité unitaire, continue et deux fois différentiable.

L'utilité unitaire du ménage est modélisée par la fonction d'utilité élargie de Stone-Geary définie sur les biens marchands et le temps hors-travail marchand.

Image

avec, Image; L et Imagereprésentent, respectivement, les niveaux total et minimal de temps hors-travail marchand atteints par les membres du ménage; C et Imageles niveaux total et minimal de la consommation de produits marchands, respectivement. Les β sont les parts marginales du budget qui déterminent la répartition de la consommation discrétionnaire (C — Image) et du loisir discrétionnaire (LImage) des hommes et des femmes.

Les temps hors-travail marchand des hommes et des femmes sont des biens normaux. Ils sont non seulement imparfaitement substituables entre eux, mais également par rapport aux autres produits marchands.

Le ménage fait face aux contraintes suivantes :

• Contrainte budgétaire

Image

Pi sont les prix à la consommation et où S et TR représentent, respectivement, le niveau d'épargneet les paiementsde transferts (impôt/taxes et transferts aux autres agents), R le revenu hors-travail marchand (revenus du capital, dividendes et transferts reçus), w le taux de salaire, LM le temps consacré au travail marchand, et Y le revenu nominal. Les suscrits iet h représentent les produits de consommation et les catégories de ménages, respectivement.

• Contrainte de temps

Image

Imageet Imagesont les dotations totales en temps (exogènes) des hommes et des femmes dans le ménage.

Le revenu intégral (« full income ») YF est obtenu des équations [2.2], [2.3] et [2.4] :

Image

Image

Les fonctions de demande de consommation et d'offre de travail sont obtenues en maximisant l'utilité (2.1) sous la contrainte (2.5) :

Image

Imageest le temps disponible pour le travail et le loisir excédentaire, c'est-à-dire, après déduction du temps minimumet incompressible Imagenécessaire à la satisfaction des besoins de base ou de maintenance (sommeil, alimentation, soins personnels, etc.) du temps maximum disponible Image1.

Image

Image

CT est le revenu réel disponible pour la consommation « présente », après que le ménage ait décidé du revenu qu'il désirerait consacrer à la consommation « future » (S), et aux transferts (TR).

Le bien-être est mesuré par la variation équivalente de Hicks, où les suscrits 0 et 1 représentent l'état initial (avant simulation) et final (après simulation), respectivement :

1 Le temps maximum disponible pour un individu est de 24 heures par jour.

Image

Image

3.3. Prise en compte du travail domestique – Modèle 3

Les ménages consacrent une proportion importante de leur temps à produire des services « domestiques », qui ne sont ni achetés ni vendus sur le marché, donc entièrement consommés par les ménages euxmêmes. Bien que les récents développements de la théorie économique aient souligné l'importance des activités productives se déroulant au sein du ménage, peu d'attention a été accordée à la distinction des activités de production domestique et des activités de loisir pur. Le Centre international de recherche sur les femmes (CIRF) affirme qu'il est peu probable que la production domestique et les activités de loisir soient affectées de la même manière par des changements de technologie et de taux de salaire, ou de variables socioéconomiques, et qu'il est donc important de séparer ces deux activités dans l'analyse empirique.

Afin de prendre en considération le travail domestique, nous nous appuyons sur une version simplifiée du modèle de Graham et Green (1984) qui furent parmi les premiers à intégrer la production de services domestiques dans l'analyse de comportement des ménages. Nous considérons ces services comme des substituts imparfaits aux produits marchands et aux temps de loisir pur des hommes et des femmes. Nous postulons que, pour prendre leur décision, les ménages maximisent une fonction d'utilité définie sur les produits marchands (C), les services domestiques (CZ)1 et le temps de loisir de ses membres (Image) :

Image

Image

Pour simplifier le modèle, nous supposons que :

– les produits marchands et domestiques et les temps de loisir des membres du ménage sont des substituts imparfaits dans la fonction d'utilité du ménage;

– les services domestiques sont produits par le travail des hommes et des femmes, et n'exigent ni capital, ni intrants intermédiaires;

– le temps consacré aux différentes activités (loisir, production domestique et activités marchandes) est parfaitement séparable, c'est-à-dire qu'une personne ne peut pas consacrer son temps simultanément à deux activités différentes ;

– dans les conditions d'équilibre, la productivité marginale du temps des hommes et des femmes pris séparément est identique pour toutes les activités (loisir, production domestique et travail de marché).

1 Notre modèle présente un seul produit domestique agrégé; il est cependant possible d'en avoir plus d'un.

 

Compte tenu de ces hypothèses, les ménages maximisent la fonction d'utilité unitaire [3.1] sous les contraintes suivantes :

• Contrainte technologique utilisée dans la production des biens domestiques :

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Z est une fonction à élasticité de substitution constante (CES), LZm et LZf représentent le temps de travail des hommes et des femmes consacré à la production domestique.

• Contrainte budgétaire :

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• Contrainte de temps :

Image

Image

La valeur du service domestique est égale à son coût de production, c'est-à-dire à la somme des coûts d'opportunité du travail des hommes et des femmes consacré à sa production, ces derniers étant mesurés par leur taux de salaire du marché.

Image

Le ménage consomme la totalité des services domestiques produits puisqu'il n'existe, par définition, aucun marché pour les écouler1.

Image

1 Il n'est évidemment pas possible de distinguer la nature des activités de production domestique des ménages et en particulier de faire la distinction entre la production de biens de consommation (par exemple, cultiver un jardin) ou au contraire de biens d'investissement (par exemple, améliorer son logement).

La contrainte budgétaire du ménage est exprimée en termes de revenu intégral (FY) en réarrangeant les équations [3.3] à [3.7] :

Image

Image

Avec :

Image

Pz et Z représentent le prix et le volume des services domestiques, respectivement.

Les fonctions de demande de produits (marchands et domestiques) et d'offre de travail (des hommes et des femmes) qui en résultent sont :

Image

Imageet Image

Les changements de bien-être sont mesurés en variations équivalentes.

Image

La demande relative du travail des hommes et celui des femmes dans la production domestique dépend de la part distributive du travail domestique entre les hommes et les femmes (α) dans la fonction de production domestique, de leur taux de salaire relatif, et de l'élasticité de substitution (σ).

Image

3.4. Le bouclage macroéconomique

Les principales règles debouclage sont introduites de façon cohérente avec la mesure du bien-être en variation équivalente (VE), elle-même basée sur la consommation (de biens marchands, de services domestiques et de temps de loisir). Elles visent notamment à déterminer la méthode assurant l'égalité entre la valeur nominale des investissements et la somme des épargnes.

Pour assurer la comparabilité des résultats de simulations avec l'année de base, nous fixons la valeur réelle des investissements à sa valeur de l'année de base étant donné que le niveau d'investissement n'est pas pris en compte dans la VE. La propension marginale à épargner des ménages est également fixe, mais le niveau de leur épargne peut varier avec leur revenu. De la même façon, l'épargne des firmes peut varier avec leur niveau de revenu. L'entrée de capitaux étrangers (ou épargne étrangère) et, donc, la balance du compte courant, sont fixées en devises pour éviter des variations de consommation financées par de la dette extérieure. Par conséquent, toute augmentation des importations, suite, par exemple, à une réductiondes tarifs douaniers, doit être financée par une augmentation équivalente des exportations, et ce, à travers une dépréciation du taux de change réel. Le taux de change nominal est le numéraire de nos modèles.

D'autre part et puisqu'il n'est pas possible de capter les effets de bien-être des services publics, nous maintenons constantes les dépenses gouvernementales en termes réels. Pour compenser les pertes de recettes fiscales dues à la réduction des tarifs douaniers (notre simulation), une taxe compensatrice neutre est introduite afin de générer suffisamment de revenu pour que l'épargne gouvernementale soit suffisante pour équilibrer l'épargne totale et l'investissement nominal.

4. SIMULATIONS

Nous avons simulé l'élimination des droits d'entrée à l'importation avec chacun des modèles afin d'illustrer les types de changements majeurs qui se produisent lorsque nous complexifions le comportement de notre économie. Les mêmes règles de bouclage macroéconomique et l'introduction d'une taxe de vente uniforme comme mécanisme compensatoire de rééquilibrage du budget du gouvernement sont utilisés dans la comparaison des résultats de chacun de nos modèles. Notre discussion se limite à quelques aspects-clés des résultats.

4.1. Le modèle de référence – Modèle 0

Nous commençons notre analyse avec le modèle de référence dans lequel aucune distinction n'est faite entre le travail des hommes et des femmes.

L'abolition des tarifs sur les importations amène les consommateurs à substituer les biens importés moins chers aux biens produits sur place, ce qui entraîne une baisse de la demande des biens locaux, particulièrement dans les secteurs qui étaient initialement les plus protégés ou à forte intensité d'importations (tableau 10). Dans la mesure où le déficit commercial (épargne étrangère) est postulé inchangé, l'augmentation des importations conduira à une baisse des prix domestiques et à la dépréciation du taux de change réel afin de favoriser les secteurs à vocation exportatrice.

Étant donné la faible dispersion initiale des taux de tarifs à l'importation, il n'est pas surprenant de constater que c'est généralement l'effet exportation qui détermine les variations dans la production. Les trois secteurs les plus intensifs en exportation – cultures de rente, autres services privés, et l'industrie manufacturière – constituent trois des quatre secteurs ayant la plus forte croissance dans la production, le quatrième étant le secteur des mines, qui avait le taux de tarif initial le plus faible. Par contre, étant donné que les prix à l'exportation sont supposés fixes (hypothèse du petit pays), ce sont les secteurs qui subissent la plus forte concurrence des importations qui encaissent les plus fortes baisses de prix.

Tableau 10. – Effets sectoriels et effets du commerce international (Modèle 0)

 

 

Parts

Volumes

Prix

Secteurs

Tarif

Import Cons

Export Prod

VAi VA

Import

Ventes locales

Export

Prod =VA

Import

Cons

Ventes locales

Prod

VA

Riz non décortiqué

17,0

3,5

 

9,6

5,3

-0,2

 

-0,2

-14,5

-5,3

-4,9

-4,9

-4,78

Cultures alimentaires

10,0

0,4

 

6,8

2,1

-0,2

 

-0,2

-9,1

-4,9

-4,9

-4,9

-4,81

Cultures de rente

17,8

0,2

12,3

14,4

5,7

0,2

2,6

0,5

-15,1

-5,4

-5,4

-4,8

-4,75

Bétail et pêches

10,1

3,2

8,4

8,4

1,9

-0,2

2,2

0,0

-9,1

-5,4

-5,2

-4,8

-4,80

Forêts

10,0

0,0

6,8

5,3

1,7

-0,5

2,0

-0,3

-9,1

-5,1

-5,1

-4,8

-4,75

Mines et carrières

6,0

28,1

3,7

0,5

1,0

0,8

3,5

0,9

-5,6

-5,4

-5,3

-5,1

-4,91

Manufactures

14,6

12,1

31,8

12,1

3,1

0,4

3,3

1,3

-12,7

-8,7

-8,0

-5,6

-4,90

Construction

13,6

4,7

 

14,2

2,4

-1,0

 

-1,0

-12,0

-6,3

-6,0

-6,0

-4,91

Électricité, gaz et eau

17,5

16,4

 

1,5

4,9

-0,5

 

-0,5

-14,9

-7,3

-5,5

-5,5

-4,91

Secteur public

14,5

46,8

 

5,2

2,4

-1,4

 

-1,4

-12,7

-9,6

-5,9

-5,9

-4,90

Autres services privés

15,5

9,3

12,5

22,0

3,7

-0,2

2,7

0,1

-13,5

-7,3

-6,5

-5,7

-4,91

Total

14,6

11,1

17,6

100,0

2,9

-0,3

3,0

0,1

12,8

-6,1

-6,1

–5,4

-4,85

Importations

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

non

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

compétitives

0,12

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes : Import = importations; Export = exportations; Cons = consommation domestique; Prod = production domestique; VA = valeur ajoutée; Import/Cons = taux de pénétration des importations; Export/Prod = intensité des exportations; VAi/VA = VA sectorielle/VA totale.

La baisse générale des prix engendre une diminution dans les rendements de tous les facteurs de production (tableau 11). Étant donné la plus forte réduction des prix dans les secteurs non agricoles, ce sont les facteurs utilisés de manière intensive dans ces secteurs – le capital et le travail – dont les rendements baissent le plus : – 4,91 et – 4,90 %, respectivement1. Par contre, les rendements de la terre sont ceux qui baissent le moins (− 4,68 %).

1 Les variations sont exprimées en pourcentage par rapport aux valeurs de l'année de base. Rappelons que le capital est mobile entre secteurs non agricoles, la terre est mobile entre secteurs agricoles et le travail est mobile entre tous les secteurs.

Tableau 11. – Variations dans les taux de rendements des facteurs (Modèle 0)

 

Rapports

Parts dans les rendements

Variations dans taux de rendement

Secteurs

Ki/Li

Ti/Li

Travail

Capital

Terre

Salaire

Capital

Terre

Riz non décortiqué

0,0

1,2

8,9

0,0

21,2

– 4,90

 

– 4,68

Cultures alimentaires

0,0

0,7

8,5

0,0

11,0

– 4,90

 

– 4,68

Cultures de rente

0,0

1,9

10,2

0,0

38,2

– 4,90

 

– 4,68

Bétail et pêches

0,0

0,8

9,6

0,0

15,0

– 4,90

 

– 4,68

Forêts

0,0

2,1

3,5

0,0

14,6

-4,90

 

– 4,68

Mines et carrières

2,8

0,0

0,3

1,4

0,0

– 4,90

– 4,91

 

Manufactures

0,7

0,0

14,9

18,3

0,0

– 4,90

– 4,91

 

Construction

1,5

0,0

11,6

31,7

0,0

– 4,90

– 4,91

 

Électricité, gaz et eau

2,7

0,0

0,9

4,2

0,0

– 4,90

– 4,91

 

Secteur public

0,0

0,0

10,8

0,0

0,0

– 4,90

 

 

Autres services privés

1,2

0,0

20,7

44,6

0,0

– 4,90

– 4,91

 

Total

0,6

0,5

100

100

100

– 4,90

– 4,91

– 4,68

Note : Ki/Li : Rapport capital-travail sectoriel; Ti/Li : Rapport terre-travail sectoriel.

Les revenus nominaux de toutes les catégories de ménages chutent à la suite de la baisse des rendements des facteurs induite par la libéralisation des échanges (tableau 12). Cependant, cette chute des revenus est moins importante pour les grands propriétaires étant donné la réduction moindre dans les rendements de la terre. Les ménages urbains, qui dépendent surtout des rendements du capital, ainsi que les petits propriétaires et les sans-terre, qui tirent la majorité de leurs revenus du travail, en sortent les grands perdants.

Tableau 12. – Variations dans les revenus des ménages (Modèle 0)

 

Part de revenu (en pourcentage)

Variation du revenu

 

HMO

HMS

HML

TEO

TES

TEL

URB

HMO

HMS

HML

TEO

TES

TEL

URB

Salaires

91,0

86,8

40,4

91,2

82,4

47,2

19,9

-4,5

-4,2

-2,0

-4,5

-4,0

-2,3

-1,0

Rendements du capital

  1,1

  5,2

14,5

  1,8

  4,4

  9,3

62,0

-0,1

-0,3

-0,7

-0,1

-0,2

-0,5

-3,0

Rendements de la terre

  0,0

  2,4

35,3

  0,0

  1,8

37,4

12,2

  0,0

-0,1

-1,7

  0,0

-0,1

-1,7

-0,6

Autres revenus

  7,9

  5,7

  9,8

  7,0

11,3

  6,0

  5,9

-0,3

-0,2

-0,3

-0,2

-0,4

-0,2

-0,2

Total

100

100

100

100

100

100

100

-4,84

-4,84

-4,67

-4,80

-4,78

-4,73

-4,83

Sans-terre des montagnes (HMO), petits propriétaires des montagnes (HMS), grands propriétaires des montagnes (HML), sans-terre de Terai (TEO), petits propriétaires de Terai (TES), grands propriétaires de Terai (TEL) et urbains (URB). En pourcentage de variation à partir de l'année de base.

Nous avons introduit une taxe additionnelle à la consommation pour compenser la perte des recettes douanières de l'État. La taxe uniforme déterminée de manière endogène, s'établit à 1,3 %, ce qui explique la baisse des prix à la consommation après la taxe additionnelle (Cons), plus importante que celle des prix avant la taxe additionnelle (Cons HT du tableau 13). En pondérant les prix à la consommation par les parts relatives de produits consommés par chaque ménage, nous obtenons leur indice de prix à la consommation. Ce sont les ménages urbains qui bénéficient le plus de la libéralisation commerciale étant donné leur forte consommation de produits importables (particulièrement les produits à taux de pénétration élevé) dont les prix baissent le plus. Par contre, les ménages ruraux, qui consomment relativement plus de biens agricoles, en bénéficient moins, comme en témoigne la plus faible réduction dans leurs indices de prix.

Tableau 13. – Variations dans les indices des prix à la consommation (Modèle 0)

 

Pénétration

Variations de prix

Parts dans la consommation

Secteurs

Import

Import

Local

Cons

Cons HT

HMS

HML

HMO

TES

TEL

TEO

URB

Riz non décortiqué

  3,5

-14,5

  -4,9

  -5,3

  -4,0

24,9

25,6

21,0

42,8

39,7

34,6

12,2

Cultures alimentaires

  0,4

  -9,1

  -4,9

  -4,9

  -3,6

12,1

11,8

15,1

  7,5

  6,8

11,3

  3,9

Cultures de rente

  0,2

-15,1

  -5,4

  -5,4

  -4,2

15,5

16,8

19,3

11,7

11,0

16,0

12,2

Bétail et pêches

  3,2

  -9,1

  -5,2

  -5,4

  -4,1

  5,6

  4,4

  5,8

  4,0

  3,3

  4,5

  3,8

Forêts

  0,0

  -9,1

  -5,1

  -5,1

  -3,9

  5,0

  2,3

  9,6

  1,5

  5,9

  6,3

13,4

Mines et carrières

28,1

  -5,6

  -5,3

  -5,4

  -4,2

  0,4

  0,4

  0,6

  0,3

  0,3

  0,5

  0,4

Manufactures

12,1

-12,7

  -8,0

  -8,7

  -7,5

26,8

26,5

19,5

20,2

20,2

16,8

19,5

Construction

  4,7

-12,0

  -6,0

  -6,3

  -5,1

  0,0

  0,0

  0,0

  0,0

  0,0

  0,0

  0,0

Électricité, gaz et eau

16,4

-14,9

  -5,5

  -7,3

  -6,1

  0,0

  0,1

  0,1

  0,1

  0,3

  0,1

  0,5

Secteur public

46,8

-12,7

  -5,9

  -9,6

  -8,4

  5,2

  5,4

  5,1

  6,9

  8,2

  6,4

  9,6

Autres services privés

  9,3

-13,5

  -6,5

  -7,3

  -6,1

  4,5

  6,7

  3,8

  5,0

  4,4

  3,7

24,6

Total

11,1

-12,8

  -6,1

  -6,1

  -4,8

100

100

100

100

100

100

100

Variation dans les indices de prix hors taxe à la consommation

-5,94

-5,98

-5,97

-5,96

-5,96

-5,97

-6,58

Variation dans les indices de prix à la consommation

-4,71

-4,76

-4,75

-4,73

-4,74

-4,75

-5,37

Sans-terre des montagnes (HMO), petits propriétaires des montagnes (HMS), grands propriétaires des montagnes (HML), sans-terre de Terai (TEO), petits propriétaires de Terai (TES), grands propriétaires de Terai (TEL) et urbains (URB). En pourcentage de variation à partir de l'année de base. Intensité Import = Intensité à l'importation (importations/consommation domestique).

Bien que leurs revenus nominaux baissent, les ménages bénéficient également de la baisse des prix, de telle sorte que leurs revenus réels baissent peu ou même augmentent, dans le cas des ménages urbains (tableau 14). Ces variations dans le revenu nominal et les prix à la consommation améliorent légèrement le bien-être de l'ensemble des ménages, témoignant ainsi du faible niveau initial des droits d'entrée au Népal. Les ménages urbains sont les grands gagnants de la libéralisation étant donné la plus faible réduction de leur consommation et la plus forte baisse de leurs prix à la consommation. Les grands propriétaires terriens (HML et TEL) sont peu défavorisés, alors que les sans-terre et les petits propriétaires terriens sont les grands perdants.

Tableau 14. – Variations du revenu, des prix et du bien-être (Modèle 0)

Variations

HMO

HMS

HML

TEO

TES

TEL

URB

All

Revenu nominal

– 4,84

– 4,84

– 4,67

– 4,80

– 4,78

– 4,73

– 4,83

– 4,76

Indice des prix à la consommation

– 4,71

– 4,76

– 4,75

– 4,73

– 4,74

– 4,75

– 5,37

– 4,84

Pourcentage de la VE par rapport au revenu nominal initial

– 0,06

– 0,04

0,05

– 0,03

– 0,02

0,01

0,17

0,05

Sans-terre des montagnes (HMO), petits propriétaires des montagnes (HMS), grands propriétaires des montagnes (HML), sans-terre de Terai (TEO), petits propriétaires de Terai (TES), grands propriétaires de Terai (TEL) et urbains (URB). En pourcentage de variation à partir de l'année de base.

4.2. Désagrégation du travail de marché selon le sexe – Modèle 1

Nous procédons maintenant à la désagrégation du facteur travail du modèle de base en travail masculin et travail féminin avec une élasticité de substitution finie (imparfaite substitution) dans la production de biens et services. Bien que les résultats globaux varient très peu (et ne sont donc pas présentés), nous constatons des impacts très différents sur les taux de salaire des hommes et des femmes.

Nous avons vu dans le modèle de base que les prix agricoles baissent moins que les prix non agricoles. Vu que l'agriculture est plus intensive en main-d'œuvre féminine, et compte tenu de l'imparfaite substituabilité entre le travail des hommes et celui des femmes, le taux de salaire des femmes baisse moins que celui des hommes : – 4,65 contre – 5,05 (tableau 15). En prenant en considération l'imparfaite substituabilité du travail des hommes et des femmes, on introduit plus de rigidité dans le modèle menant à un élargissement du différentiel de prix entre les secteurs agricoles et non agricoles; les prix agricoles baissent moins et les prix non agricoles baissent plus.

Tableau 15. – Variations dans les taux de salaires (Modèle 1)

 

Var. prix

Part des Femmes

Part dans les salaires des

Variations dans les taux de salaires

Variations dans les parts salariaux

Secteurs

VA

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Riz non décortiqué

-4,74

52,3

6,9

12,1

-5,05

-4,65

0,0

-0,2

Cultures alimentaires

-4,77

52,3

6,6

11,6

-5,05

-4,65

0,0

-0,2

Cultures de rente

-4,73

42,2

9,6

11,2

-5,05

-4,65

0,7

0,5

Bétail et pêches

-4,71

71,9

4,4

18,0

-5,05

-4,65

0,1

-0,1

Forêts

-4,75

26,4

4,2

2,4

-5,05

-4,65

-0,1

-0,3

Mines et carrières

-4,92

30,8

0,3

0,2

-5,05

-4,65

1,0

0,8

Manufactures

-4,91

36,9

15,3

14,3

-5,05

-4,65

1,4

1,2

Construction

-4,94

17,1

15,7

5,2

-5,05

-4,65

-0,9

-1,1

Électricité, gaz et eau

-4,93

10,4

1,3

0,2

-5,05

-4,65

-0,4

-0,6

Secteur public

-4,96

21,1

13,9

6,0

-5,05

-4,65

-1,4

-1,6

Autres services privés

-4,92

34,6

21,9

18,6

-5,05

-4,65

0,2

0,0

Total

-4,84

38,4

100,0

100,0

-5,05

-4,65

0,0

0,0

Étant donné que le taux de salaire des femmes baisse moins (− 4,65 %) que les revenus des ménages, la part du salaire féminin dans les revenus familiaux augmente légèrement, alors que celle du salaire masculin baisse (tableau 16). Par ailleurs, les revenus des ménages urbains et des petits propriétaires de Terai chutent davantage que dans le modèle 0 (tableau 12) du fait que la part de leur revenu salarial familial générée par les femmes est plus faible. Dans toutes les autres catégories de ménages, pour lesquelles le revenu salarial féminin représente plus de la moitié de celui des hommes, la baisse des revenus est légèrement moins importante dans ce modèle comparativement à celui traitant les travailleurs sans distinction de sexe.

Tableau 16. – Variations dans les revenus des ménages (Modèle 1)

 

Part de revenu (en pourcentage)

Variation du revenu

 

HMO

HMS

HML

TEO

TES

TEL

URB

HMO

HMS

HML

TEO

TES

TEL

URB

Salaires

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Hommes

51,4

53,1

24,5

52,4

55,4

29,6

15,6

-2,6

-2,7

-1,2

-2,6

-2,8

-1,5

-0,8

- Femmes

39,6

33,7

15,9

38,8

27,0

17,7

4,4

-1,8

-1,6

-0,7

-1,8

-1,3

-0,8

-0,2

Rendements du capital

1,1

5,2

14,5

1,8

4,4

9,3

62,0

-0,1

-0,3

-0,7

-0,1

-0,2

-0,5

-3,1

Rendements de la terre

0,0

2,4

35,3

0,0

1,8

37,4

12,2

0,0

-0,1

-1,6

0,0

-0,1

-1,7

-0,6

Autres revenus

7,9

5,7

9,8

7,0

11,3

6,0

5,9

-0,3

-0,2

-0,3

-0,2

-0,4

-0,2

-0,2

Total

100

100

100

100

100

100

100

-4,82

-4,84

-4,66

-4,78

-4,80

-4,73

-4,85

Sans-terre des montagnes (HMO), petits propriétaires des montagnes (HMS), grands propriétaires des montagnes (HML), sans-terre de Terai (TEO), petits propriétaires de Terai (TES), grands propriétaires de Terai (TEL) et urbains (URB). En pourcentage de variation à partir de l'année de base.

Les indices de prix à la consommation baissent un peu moins que dans le modèle 0 (tableau 17) étant donné la rigidité introduite par l'imparfaite substitution du travail des hommes à celui des femmes. Par ailleurs, cette rigidité explique la faible réduction dans les gains de bien-être en variation équivalente dans l'ensemble (0,047 % contre 0,048 % dans le modèle 0). Nous observons également de légères pertes de bien-être par rapport au modèle 0 pour plusieurs catégories de ménages. D'ailleurs, seuls les grands propriétairesterriens (HMO et TEO) enregistrent un accroissement de bien-être par rapport au modèle 0, et ce, parce que la contribution des femmes est relativement plus importante dans le revenu salarial du ménage.

Tableau 17. – Variations du revenu, des prix et du bien-être (Modèle 1)

Variations

HMO

HMS

HML

TEO

TES

TEL

URB

All

Revenu nominal

– 4,82

– 4,84

– 4,66

– 4,78

– 4,80

– 4,73

– 4,85

– 4,75

Indice des prix à la consommation

– 4,70

– 4,75

– 4,74

– 4,72

– 4,73

– 4,74

– 5,37

– 4,83

Pourcentage de la VE par rapport au revenu nominal initial

– 0,06

– 0,05

0,04

– 0,03

– 0,04

0,01

0,16

0,05

Sans-terre des montagnes (HMO), petit propriétaires des montagnes (HMS), grands propriétaires des montagnes (HML), sans-terre de Terai (TEO), petits propriétaires de Terai (TES), grands propriétaires de Terai (TEL) et urbains (URB). En pourcentage de variation à partir de l'année de base.

Nous en concluons que la libéralisation commerciale au Népal augmente le salaire relatif des femmes, ainsi que leur part dans les revenus familiaux. En comparant les variations dans les taux de salaires des femmes (− 4,65 %) et des hommes (− 5,05 %) avec les variations dans les indices des prix à la consommation, nous enregistrons une augmentation du taux de salaire réel des femmes pour toutes les catégories de ménages, particulièrement celui des ménages urbains. Par contre, le taux de salaire réel des hommes baisse pour les ménages ruraux, alors qu'il augmente pour les ménages urbains.

4.3. Temps hors-travail et offre de travail marchand endogènes – Modèle 2

Dans ce modèle, nous introduisons davantage de réalisme dans nos hypothèses puisque nous postulons que les individus vont ajuster leur offre de travail marchand, et par conséquent, leur temps hors-travail marchand (loisir pur et travail domestique) selon les variations dans leur taux de salaire et leur revenudisponible pour la consommation discrétionnaire (revenu nominal net des transferts et taxes, de l'épargne, et du coût des consommations minimales). Alors qu'une augmentation du taux de salaire fait hausser l'offre de travail par un effet substitution et un effet revenu indirect, une augmentation du revenu disponible pour la consommation discrétionnaire le fait diminuer suite à un effet revenu direct. Dans la plupart des catégories de ménages, on observe une augmentation de l'offre de travail marchand, étant donné une plus faible réduction du taux de salairepar rapport à la consommation discrétionnaire (tableau 18). De plus, cette augmentation est plus forte chez les femmes pour qui la réduction du salaire est moins importante. La principale exception concerne les ménages urbains, où la plus forte baisse des prix à la consommation réduit les coûts des consommations minimales et, par conséquent, améliore le revenu disponible pour la consommation discrétionnaire. Toutefois, cette réduction dans l'offre de travail urbain est suffisamment fortepour contrecarrer les augmentations chez les ménages ruraux, de telle sorte que l'offre globale de travail masculin – diminue alors que celle féminine augmente. Finalement, l'augmentation de l'offre relative de travail féminin réduit l'écart dans les variations des taux de salaires masculin et féminin par rapport au modèle précédent.

Tableau 18. – L'offre du travail des hommes et des femmes (Modèle 2)

Variation

HMO

HMS

HML

TEO

TES

TEL

URB

ALL

Taux de salaire des hommes

–4,894

–4,894

–4,894

–4,894

–4,894

–4,894

–4,894

–4,894

Taux de salaire des femmes

–4,891

–4,891

–4,891

–4,891

–4,891

–4,891

–4,891

–4,891

Consommation discrétionnaire

–4,898

–4,896

–4,892

–4,896

–4,895

–4,894

–4,874

–4,890

Indice des prix à la consommation

–4,680

–4,727

–4,721

–4,702

–4,706

–4,718

–5,335

–4,812

Offre de travail de marché des hommes

0,17

0,09

–0,11

0,08

0,06

0,00

–1,20

–0,14

Offre de travail de marché des femmes

0,35

0,41

0,14

0,25

0,30

0,30

–3,01

0,07

Temps hors– travail des hommes

–0,004

–0,002

0,002

–0,002

–0,001

0,000

0,021

0,003

Temps hors– travail des femmes

–0,008

–0,006

–0,002

–0,006

–0,005