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Chief Editor

ID: 92971
Added: 2006-01-17 23:06
Modified: 2006-02-03 23:16
Refreshed: 2012-02-10 18:05

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Le financement des très petites entreprises urbaines : étude d'impact d'un projet de microfinance à Antananarivo (Madagascar)
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Flore Gubert et François Roubaud1

L'émergence d'expériences de programmes de microfinance à Madagascar date du début des années 1990, avec l'apparition des premières institutions mutualistes (AECA en 1990, CECAM en 1993) et non mutualistes (SIPEM et EAM en 1990). Après une phase de développement et de croissance marquée par l'extension géographique des activités de microfinance, la consolidation des réseaux existants et la création de nouvelles structures, le secteur compte aujourd'hui une dizaine d'intervenants dont cinq sont des institutions de type mutualiste (CECAM, AECA, OTIV, ADéFI et TIAVO). À la fin de l'année 2002, ces dernières regroupaient près de 136 000 membres et le total des encours de crédit s'élevait à 56 milliardsde francs malgaches (environ 4,5 millions d'euros)2.

Ce développement très rapide a été fortement encouragé et soutenu par les bailleurs de fonds. Conscients du succès de la microfinance à travers le monde et de son rôle en matière de lutte contre la pauvreté, ces derniers en ont d'ailleurs fait l'un de leurs axes prioritaires lors du Sommet Mondial du Microcrédit qui s'est tenu à Washington, en 1997. Plus récemment, l'Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé l'année 2005, année internationale du microcrédit. Les chefs d'État et de gouvernement des pays du sud se sont également engagés à soutenir les institutions de microfinance et à faciliter leur insertion dans les circuits financiers classiques lors du XeSommet de la Francophonie de Ouagadougou, en 2004. Aujourd'hui, la microfinance constitue l'une des rares mesures clairement identifiée dans les DSRP (Documents Stratégiques de Réduction de la Pauvreté) pour réduire la pauvreté urbaine. Pourtant, l'idée de faciliter l'accès au crédit des populations pauvres n'est pas nouvelle. Comme le souligne Morduch (1999), elle était même l'un des éléments centraux des stratégies de développement mises en œuvre par de nombreux pays en développement dès les années

1 IRD-Paris, DIAL.

2 Ces informations sont disponibles à l'adresse suivante : http://www.madagascar-contacts.com/microfinance/.

1950 et jusque dans les années 1980. Or, la plupart des expériences de programmes de microfinance menées au cours de cette période se sont soldées par des échecs en raison de taux de remboursement très faibles, d'une forte dépendance aux financements extérieurs et d'une réallocation progressive des fonds destinés prioritairement aux populations pauvres au profit des plus favorisés (Adams et von Pischke, 1992). Qu'en est-il aujourd'hui ? Certes, nombre de programmes de microfinance actuels font état de taux de remboursement exceptionnels (de 95 % ou plus). De plus, ils comptent davantage de femmes au sein de leur clientèle, lesquelles n'ont traditionnellement pas accès aux services financiers. Mais il reste difficile de juger de la pertinence de ces programmes en tant qu'instrument de lutte contre la pauvreté. En effet, il existe relativement peu d'analyses d'impact de programmes de microfinance, tout particulièrement en Afrique subsaharienne, mobilisant des méthodologies rigoureuses qui permettent à la fois d'identifier avec précision les caractéristiques des populations en bénéficiant et de mesurer les changements que ces programmes induisent1.

L'objectif de ce travail est de contribuer à pallier cette lacune. À partir d'un panel de micro-entrepreneurs d'Antananarivo (Madagascar), dont certains sont clients d'une même institution de microfinance (IMF), il s'attache à montrer dans quelle mesure celle-ci remplit les objectifs assignés par ses promoteurs, à savoir :

1) la fourniture de services financiers aux populations généralement exclues des circuits de financement formels;

2) la promotion d'activités génératrices de revenu au sein de ces populations. L'exposé débute par une description succincte du mode de financement du secteur informel à Antananarivo.

Il se poursuit par une présentation des caractéristiques des clients de l'IMF concernée par l'étude. Il présente enfin la méthodologie et les résultats de l'analyse de l'impact des financements accordés par cette IMF à sa clientèle. La richesse de l'étude tient à la dimension en panel des données qui autorisent un suivi de l'impact entre 2001 et 2003, soit avant et après la crise politique malgache provoquée par les élections présidentielles de décembre 2001.

1. SECTEUR INFORMEL ET ACCÈS AU CRÉDIT À ANTANANARIVO : ÉTAT DES LIEUX

Les résultats d'une enquête réalisée en septembre 2001 auprès d'un échantillon représentatif d'unités de production informelles (UPI)2 de l'agglomération d'Antananarivo (Phase 2 de l'Enquête 1-2-3) fournit un certain nombre d'enseignements sur le financement du secteur informel et sur le taux de pénétration des IMF intervenant à Antananarivo.

1 Voir par exemple, pour une synthèse de la question, Techniques Financières et Développement, n° 70, 2003 ou Littlefield et al., 2003.

2 Une unité de production informelle est une unité de production dépourvue de numéro statistique et/ou de comptabilité écrite formelle. Le numéro statistique a été retenu, car à Madagascar c'est le seul type d'enregistrement administratif obligatoire pour toutes les unités de production, quelle que soit leur taille.

1.1. Le mode de financement des UPI

En 2001, plus de 88 % du stock de capital dont disposent les UPI a été financé à partir de fonds propres (épargne, héritage, don) (tableau 1). Le secteur financier, qu'il soit formel ou informel (banques, IMF, usuriers, clients, etc.), ne joue donc qu'un faible rôle dans le financement du capital des UPI.

L' Enquête 1-2-3 sur l'emploi, le secteur informel et la pauvreté

L'Enquête 1-2-3 est un dispositif de trois enquêtes emboîtées touchant des populations statistiques différentes : individus, unités de production informelles, ménages. La première phase est une enquête sur l'emploi, le chômage et les conditions d'activité des individus vivant dans les ménages. La deuxième phase est une enquête spécifique auprès des chefs des unités de production informelles (UPI) sur leurs conditions d'activité, leurs performances économiques, leur mode d'insertion dans le tissu productif et leurs perspectives. La troisième phase, enfin, est une enquête sur la consommation des ménages.

Après une première application expérimentale conduite par DIAL et la Direction de la Statistique et de la Comptabilité Nationale (DSCN) en 1993 au Cameroun, l'Enquête 1-2-3 a été réalisée à quatre reprises à Madagascar, en 1995, 1998, 2002 et 2004 (la phase 1 étant reconduite annuellement), dans le cadre du projet MADIO (Rakotomanana et al., 2000). Limité au départ à l'agglomération d'Antananarivo, son champ géographique a été étendu à l'ensemble des grands centres urbains en 2000 (pour la phase 1 seulement). L'Enquête 1-2-3 a également été réalisée en 2001 et 2002 dans les capitales économiques de sept pays de l'UEMOA (Abidjan, Bamako, Cotonou, Dakar, Lomé, Niamey, Ouagadougou) et dans deux pays latinoaméricains (Colombie, Pérou).

 

Tableau 1. – Mode de financement du capital du secteur informel en 2001 (%)

 

Épargne, don, héritage

Prêt familial

Prêt auprès d'usuriers

Prêt bancaire

Autres

Industrie

85,2

0,5

0,0

0,0

14,1

Commerce

93,3

0,6

0,0

0,0

6,1

Services

87,5

2,2

4,9

0,0

7,2

Total

88,3

1,5

3,0

0,0

7,2

Source : Enquête 1-2-3 2001, phase 2, MADIO.

Notes : Le réinvestissement des revenus tirés de l'activité informelle est inclus dans la catégorie « Épargne, don et héritage ». La catégorie « Autre » comprend les prêts auprès des clients, des fournisseurs ou des associations de producteurs.

Il en est également ainsi pour le financement de l'activité. Au cours de l'année 2001, seuls 5 % des chefs d'UPI ont eu recours à l'emprunt pour financer leur besoin en fonds de roulement. En outre, la majorité d'entre eux (67 %) l'a fait de façon informelle en sollicitant l'aide de membres de sa famille.

1.2. Le taux de pénétration des IMF intervenant à Antananarivo

Len on recours à l'emprunt tient au moins en partie à une méconnaissance de l'offre de financement existante. En effet, seules 30 % des UPI déclarent connaître une IMF et, parmi elles, moins de la moitié a connaissance des services proposés par ce type d'institution. En conséquence, moins de 3 % des UPI d'Antananarivo se sont déjà adressées à une IMF pour obtenir un financement. Sur ce petit nombre, enfin, seules 35 % ont vu leur demande satisfaite (soit moins de 1 % de l'ensemble des UPI de l'agglomération d'Antananarivo). Les autres n'ont pas obtenu satisfaction par manque de garanties (61 %), en raison d'un apport initial insuffisant (12 %) ou pour d'autres facteurs (dossier incomplet, activité jugée non viable, etc.)1.

Ainsi, en dépit d'une forte expansion du secteur de la microfinance depuis le début des années 1990, celui-ci ne touche encore qu'une très petite minorité d'UPI. Pourtant, 21 % d'entre elles citent les difficultés d'accès au crédit parmi les principales difficultés qu'elles rencontrent et 29 % sollicitent une aide dans ce domaine. Une question émerge de ce constat : les microentrepreneurs informels, en principe groupe-cible des IMF du fait de leur exclusion des circuits financiers classiques, sont-ils effectivement atteints ?

2. CARACTÉRISATION DE LA CLIENTÈLE D'UNE IMF OPÉRANT À ANTANANARIVO

La discussion qui suit s'appuie sur deux sources de données : la phase 2 de l'Enquête 1-2-3, dont il a été fait mention précédemment et qui porte sur plus de 1 000 UPI représentatives de l'ensemble du secteur informel, et le premier passage d'une enquête réalisée au cours de la même année (2001), auprès d'un échantillon représentatif de 198 entrepreneurs clients ou anciens clients de l'IMF. Outre la représentativité statistique de leurs univers respectifs (secteur informel d'une part et clients de l'IMF de l'autre), le grand intérêt de ces deux enquêtes est d'avoir accordé une attention toute particulière à la reconstitution des agrégats économiques (chiffre d'affaires, valeur ajoutée, etc.) et des comptes d'entreprises qui n'en tiennent pas, et d'avoir appliqué des questionnaires rigoureusement identiques. Grâce à ces deux sources de données, il est possible de comparer les caractéristiques moyennes des UPI d'Antananarivo avec celles de la clientèle de l'IMF.

1 En théorie, les IMF n'exigent aucune garantie de la part de leurs clients. Mais cela ne se vérifie pas toujours dans les faits. À Madagascar, ainsi, certaines institutions intervenant en milieu urbain exigent des garanties allant de 60 à 130 % du montant de crédit accordé (nantissement de matériels, gage de voiture, caution solidaire, caution sur salaire, promesse d'hypothèque, etc.).

Il convient d'emblée de noter que les clients de l'IMF appartiennent quasiment tous – à plus de 99 % – au secteur informel au sens où il est défini dans la phase 2 de l'Enquête 1-2-3 (voir tableau 2). Sans que cela soit explicitement spécifié dans les objectifs de l'IMF, les micro-entreprises du secteur formel (i.e. qui sont enregistrées et tiennent une comptabilité), qui pourtant représentent 3 % des unités de production de moins de cinq personnes et 15 % des emplois, ne font pas partie de sa clientèle. Faute d'informations sur les demandes d'adhésion rejetées par l'IMF, nous ne sommes pas en mesure de savoir si cette caractéristique provient d'un processus d'auto-sélection de la part des microentreprises formelles qui ne s'adressent pas à l'institution ou s'il résulte d'un ciblage volontaire de la part de l'IMF parmi les microentreprises1. Toujours est il que cette spécificité est plutôt favorable du point de vue de la lutte contre la pauvreté dans la mesure où le secteur informel est de loin le moins rémunérateur2; de plus, elle légitime l'usage de la phase 2 comme univers de référence de la clientèle de l'IMF.

2.1. Caractéristiques socio-démographiques des chefs d'établissement

Les dirigeants des UPI clientes de l'IMF sont en majorité des femmes (64 %) et sont plus instruits que la moyenne des dirigeants d'UPI de l'agglomération d'Antananarivo. En effet, alors que 45 % de ces derniers ont fait moins de 5 ans d'étude, cette proportion n'est que de 5 % parmi les dirigeants d'UPI clientes de l'IMF (tableau 2).

1 Les procédures et les conditions d'adhésion à l'IMF ne sont pas clairement spécifiées par l'institution elle-même.

2 En 2001, le revenu mensuel moyen des travailleurs du secteur informel était près de deux fois inférieur à celui perçu par les actifs du secteur formel, avec respectivement 224 000 Fmg et 404 000 Fmg. De plus, l'incidence de la pauvreté (avec la ligne internationale de un dollar par jour en parité de pouvoir d'achat) était de 1,5 % pour les ménages dont le chef exerçait dans le secteur public, 11 % lorsqu'il appartenait au secteur privé formel et 25,6 % quand il travaillait dans le secteur informel. 70 % des pauvres de la capitale appartenaient à ce type de ménage.

Tableau 2. – Caractéristiques des chefs d'UPI (%)

 

UPI clientes de l'IMF

Ensemble des UPI d'Antananarivo

Sexe

 

 

Homme

36,4

53,6

Femme

63,6

46,4

Âge

 

 

< 21 ans

  0,0

  5,5

21-30 ans

28,9

24,1

31-40 ans

34,8

32,7

41-50 ans

31,8

25,5

51-61 ans

  5,1

  9,3

> 61 ans

  0,0

  2,9

Statut familial

 

 

Chef de ménage

91,4

51,8

Conjoint du chef

  1,5

31,7

Enfant du chef

  3,0

14,0

Autres parents du chef

  4,0

  2,3

Niveau d'éducation

 

 

Pas d'étude

  1,5

31,7

< CEPE (5 ans)

  3,0

14,0

BEPC/CFEPCES (9 ans)

  4,0

  2,3

CFECP (11 ans)

21,7

10,1

BAC (12 ans)

21,7

  7,0

DUES/DUEL (> 12 ans)

18,2

  6,6

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

En dehors du niveau d'instruction, un autre facteur discriminant concerne le statut familial du dirigeant : plus de 91 % des dirigeants d'UPI clientes de l'IMF sont chefs de ménage, alors que cette proportion n'est que de 52 % au sein de l'ensemble des UPI d'Antananarivo.

2.2. Caractéristiques générales des UPI

La répartition des UPI selon la branche d'activité montre que les UPI clientes de l'IMF sont sur-représentées dans les secteurs du transport et de la confection, tandis qu'elles sont sous-représentées dans les secteurs du BTP, du commerce de produits transformés et des services aux ménages et aux entreprises. Ce résultat suggère qu'un certain nombre d'activités du secteur informel (commerces ou services ambulants notamment) n'entrent pas dans la cible de l'IMF en raison d'une rentabilité jugée trop faible ou de leur caractère trop risqué1.

1 Cette hypothèse nous a d'ailleurs par la suite été confirmée par le directeur de l'institution en question.

Tableau 3. – Caractéristiques générales des UPI (%)

 

UPI clientes de l'IMF

Ensemble des UPI d'Antananarivo

Branche d'activité

 

 

Industrie

40,0

32,4

Agricole

  3,5

  0,0

Agro-alimentaire

  5,1

  2,5

Confection

25,3

13,6

Autres industries

  6,1

  9,0

BTP

  0,0

  7,3

Commerce

24,8

36,6

Produits primaires

16,7

16,8

Produits transformés

  8,1

19,8

Services

35,4

31,0

Services aux ménages et entreprises

  9,6

22,9

Restauration

  4,6

  2,8

Transport

21,2

  5,3

Caractéristiques d'enregistrement

 

 

N° statistique

59,1

20,9

Comptabilité écrite

  4,5

  3,9

Notes personnelles

71,7

15,4

Pas de comptes

23,7

80,7

Type de local

 

 

Ambulant

  0,0

11,7

Poste sur la voie publique

  2,0

11,8

Véhicule

17,7

  4,6

Au domicile des clients

  0,5

13,7

À domicile

38,9

22,5

Poste improvisé sur un marché public

  2,5

  4,8

Local professionnel

38,4

30,8

Année de création

 

 

Avant 1981

  4,6

12,8

1982-1991

21,9

21,1

1992-1996

29,1

18,9

1997-1999

36,2

27,8

2000-2001

  8,2

19,4

Âge moyen des UPI

7,9 ans

10,6 ans

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

L'examen des caractéristiques d'enregistrement montre quant à lui que 79 % des UPI de l'agglomération d'Antananarivo ne disposent pas de numéro statistique et près de 81 % ne tiennent pas de comptabilité. Ces chiffres sont bien moindres dans le cas des UPI clientes de l'IMF. Néanmoins seules trois d'entre elles (0,75 %) peuvent être considérées comme ne faisant pas partie du secteur informel parce qu'elles possèdent à la fois un numéro statistique et une comptabilité écrite formelle. Ces chiffres montrent que la clientèle de l'IMF est bien incluse dans le secteur informel comme annoncé précédemment; ce qui ne signifie en rien une égalité de traitement à l'intérieur de ce secteur.

Pour finir, les UPI se caractérisent par une grande précarité des conditions d'activité. Ainsi, moins de 31 % des microentrepreneurs d'Antananarivo disposent d'un local spécifique pour leur activité (atelier, boutique, etc.), 36 % travaillent à domicile ou chez leurs clients et plus de 23 % ont une activité ambulante ou située sur la voie publique. La situation des UPI clientes de l'IMF est à cet égard sensiblement meilleure puisque aucune n'exerce d'activité ambulante et 2 % seulement exercent une activité dans la rue. En outre, plus de 38 % disposent d'un local professionnel.

2.3. Main-d'œuvre et emploi

Le secteur informel est principalement constitué de micro-unités (tableau 4). La répartition des UPI clientes de l'IMF selon leurs effectifs initial et actuel diffère toutefois de celle de l'ensemble du secteur informel de l'agglomération d'Antananarivo. Le tableau 4 montre en effet une très nette sous-représentation au sein de la clientèle de l'IMF des UPI constituées d'une seule personne, suggérant une politique de ciblage en faveur des UPI de plus grande taille. L'effectif moyen des UPI clientes de l'IMF est en conséquence deux fois plus élevé que celui de l'ensemble des UPI, tout en demeurant faible (trois personnes en moyenne).

Tableau 4. – Effectifs des UPI (%)

 

UPI clientes de l'IMF

Ensemble des UPI d'Antananarivo

Effectif initial des UPI

 

 

Auto-emploi

30,8

74,5

2 personnes

41,9

16,7

3 personnes

14,1

  5,4

4 personnes et plus

13,1

  3,4

Effectif actuel des UPI

 

 

Auto-emploi

19,7

69,5

2 personnes

35,4

17,9

3 personnes

21,7

  6,9

4 personnes et plus

23,2

  5,7

Taille moyenne actuelle des UPI

  3,5

  1,5

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

2.4. Performances économiques

L'analyse de quelques agrégats économiques (chiffre d'affaires et valeur ajoutée par unité de production) montre l'échelle réduite de l'activité dans le secteur informel (tableau 5). La comparaison des nombres relatifs à la clientèle de l'IMF avec ceux portant sur l'ensemble des UPI de l'agglomération d'Antananarivo suggère là encore que la clientèle de l'IMF appartient à un secteur informel plutôt « haut de gamme ». Tous secteurs confondus, le volume d'activité des UPI clientes de l'IMF est en effet six à neuf fois supérieur en moyenne à celui de l'ensemble des UPI de l'agglomération, selon l'indicateur retenu et la date d'adhésion à l'institution1. Cette différence de performances se retrouve au niveau de la productivité apparente du travail (mesurée par le rapport de valeur ajoutée sur le nombre d'heures de travail au cours du mois précédent l'enquête). Elle est en moyenne de 0,39 € pour l'ensemble des UPI de l'agglomération d'Antananarivo alors qu'elle atteint 1,36 € pour les UPI clientes de l'IMF.

Tableau 5. – Niveau d'activité des UPI
(Valeur moyenne pour le mois précédent l'enquête – en euros)

 

UPI clientes de l'IMF

Ensemble des UPI d'Antananarivo

 

Adhésion antérieure à janvier 2000

Adhésion postérieure à janvier 2000

 

CA

VA

CA

VA

CA

VA

Industrie

 

 

 

 

 

 

Agriculture/élevage

1 607

  551

1 631

1 054

/

/

Agro-alimentaire

  615

  170

3 758

1 628

    223

  77

Confection

2 801

1 435

1 456

  861

    142

  71

Autres industries

2 109

1 071

  838

  341

    147

  87

BTP

/

/

        /

/

    201

138

Commerce

 

 

 

 

 

 

Produits primaires

2 885

  309

3 070

  634

    559

  97

Produits transformés

7 108

1 621

4 066

  771

    499

117

Services

 

 

 

 

 

 

Ménages et entreprises

1 491

1 280

  315

  133

    142

  89

Restauration

1 688

  791

1 220

  522

    483

163

Transport

  668

  398

  713

  538

    463

233

Ensemble

2 145

  918

1 886

  669

    316

106

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

Notes : CA : chiffre d'affaires. VA : valeur ajoutée. En 2001, le taux de change était de 6 100 FMG pour 1 €.

1 Il est évidemment possible que le dynamisme relatif des UPI clientes de l'IMF soit consécutif à l'octroi de prêts de la part de l'institution. L'objectif de la section suivante est justement de faire la part entre les différences de performances qui résultent de la politique de ciblage de l'IMF et celles qui résultent des financements accordés par l'institution.

Ainsi, l'analyse descriptive des données qui vient d'être présentée permet d'aboutir aux conclusions suivantes :

– en termes de ciblage, l'IMF remplit bien sa mission en touchant une clientèle de petites entreprises urbaines du secteur informel;

– cependant, si l'univers de référence effectif de l'IMF est bien inclus dans le secteur informel, celle-ci s'adresse à la frange « supérieure » de ce secteur. En moyenne, les entreprises clientes de l'IMF génèrent plus de chiffre d'affaires ou de valeur ajoutée que la moyenne des unités de production du secteur informel, à la fois parce qu'elles disposent de plus de facteurs de production (capital, travail, etc.), mais aussi parce que leur productivité est supérieure;

– le profil socio-démographique des chefs d'UPI clients de l'IMF est lui aussi marqué. En particulier, ils sont nettement plus éduqués, plus féminins, et beaucoup plus souvent des chefs de ménage. Ce résultat est intéressant, puisque les femmes chefs de famille monoparentale, bien plus souvent en situation de pauvreté et de précarité1, bénéficient d'un appui privilégié de l'IMF sans qu'il nous soit possible d'en déterminer réellement la cause (stratégie délibérée de l'IMF ou plus grande réceptivité de cette sous-population ?);

– enfin, la clientèle de l'IMF se recrute dans trois branches d'activité : les transports, la confection et le commerce de produits primaires.

3. IMPACT DES FINANCEMENTS ACCORDÉS PAR L'IMF SUR LES PERFORMANCES DES MICROENTREPRISES

L'objectif de cette section est de mesurer l'impact des financements accordés par l'IMF sur l'activité des UPI qu'elle finance, de façon à voir si les différences de performances constatées dans la section précédente résultent de la politique de ciblage de l'institution ou si elles s'expliquent par les crédits qu'elle octroie.

3.1. Présentation de la méthodologie

3.1.1. Exposé du problème

Évaluer l'impact (au niveau micro-économique) de l'intervention d'une IMF revient à se poser la question suivante : en quoi la situation des microentreprises clientes de l'institution (mesurée par le chiffre d'affaires, le nombre d'employés, l'insertion dans le tissu économique, etc.) est-elle différente, en moyenne, de ce qu'elle aurait été si cette institution n'avait pas existé ?

1 95 % des ménages dirigés par des femmes sont des familles monoparentales, dont l'incidence de la pauvreté est deux fois supérieure à celle de l'ensemble des ménages de la capitale (34,5 % vs 17,4 %).

La difficulté à laquelle doit faire face l'évaluateur lorsqu'il cherche à répondre à cette question tient à l'existence de biais de sélection. Ceuxci ont une double origine :

• Biais résultant des comportements de sélection du personnel de l'IMF

En dehors des éventuels critères d'attribution propres à l'institution, les agents d'une IMF peuvent décider ou non de satisfaire la demande de crédité manant d'une UPI sur la base decritères, observables ou inobservables, qui ne sont pas indépendants de la variable d'intérêt (ici les performances de l'UPI). Pour cette raison, s'il apparaît que le fait d'être client de l'IMF accroît le volume d'activité, cette conclusion peut tout aussi bien découler de l'« écrémage » lors de la sélection que de l'effet des financements accordés.

• Auto-sélection des bénéficiaires potentiels

Différents facteurs influencent la décision de demander un prêt auprès d'une IMF. Certains sont observables par l'évaluateur, tels que l'âge du micro-entrepreneur, son niveau d'étude, etc. tandis que d'autres ne le sont pas, tels que la motivation, le sérieux, la confiance en soi, etc. Le risque est alors de conclure que le supplément d'activité est consécutif aux financements accordés par l'IMF quand celui-ci résulte simplement du fait que les clients de l'IMF sont dès l'origine plus sérieux et motivés que la moyenne des micro-entrepreneurs.

Quand les biais de sélection découlent de caractéristiques que l'évaluateur est en mesure d'observer, il est possible de corriger ces biais. Dans le cas contraire, les résultats de l'évaluation sont à considérer avec une certaine prudence. Lorsque les données ont une dimension en panel, toutefois, l'effet des caractéristiques inobservables peut être purgé en introduisant un effet fixe individuel ou en ayant recours aux estimateurs en double différence1.

3.1.2. La méthode des « groupes appariés »

Les méthodes existantes pour évaluer les résultats d'un projet varient selon un continuum de niveaux de complexité. À une extrémité du spectre, on trouve les évaluations qui se chargent uniquement de déterminer si les indicateurs clés de l'activité des participants au programme ont atteint les objectifs fixés ou tout simplement progressé. Ces dernières sont relativement simples à réaliser et permettent d'obtenir rapidement des résultats, ce qui explique qu'elles soient les plus répandues (cf. Cerise, 2003). Ce type d'évaluation présente toutefois des limites. Il n'autorise pas des interprétations convergentes sur le degré auquel il est possible d'attribuer un changement à une intervention donnée. En outre, il ne s'intéresse généralement qu'aux participants au programme; il ne réalise aucune comparaison avec les groupes qui n'y ont pas participé et ne cherche pas à isoler les effets du programme, d'autres événements ayant pu survenir simultanément.

1 Une autre solution est de recourir à une modélisation jointe des résultats potentiels du traitement et de l'affectation au traitement (modèle de sélection par les inobservables). Heckman et al. (2000) montrent toutefois que les biais en cas de mauvaise spécification peuvent être importants et que les résultats sont assez sensibles aux hypothèses sur la loi des perturbations.

À l'autre extrémité du spectre, on trouve des évaluations quantitatives faisant intervenir des techniques statistiques (parfois complexes) pour mesurer le « contrefactuel » (c'est-à-dire ce qui se serait passé en l'absence de l'intervention)1.

L'une de ces méthodes consiste à identifier des groupes de non-participants (ou groupes-témoins) présentant des caractéristiques analogues à celles des participants (le groupe traité) et à les comparer entre eux. Parmi les critères généralement pris en compte pour l'appariement figurent notamment l'âge, le sexe, l'activité professionnelle, la branche d'activité, etc. Sont en revanche exclues, faute d'observation satisfaisante, certaines dimensions pertinentes telles que la motivation ou la confiance en soi2. Une autre méthode consiste à comparer la situation des bénéficiaires du programme avant et après sa mise en œuvre. À défaut d'informations sur la situation des bénéficiaires avant la mise en œuvre du programme, il est également possible, mais moins satisfaisant, de recourir à une comparaison de leur situation entre deux dates postérieures à la mise en œuvre. Une troisième méthode, dite de double différence, compare quant à elle la situation d'un groupe de bénéficiaires et de non bénéficiaires (première différence), avant et après intervention (seconde différence).

Compte tenu des bases de données qui étaient à notre disposition lors de la réalisation de l'étude, la méthode que nous avons retenue est celle dite du matching (Rubin, 1977; Rosenbaum et Rubin, 1983; Heckman et al., 1997), plus connue dans la littérature française comme méthode des « groupes appariés », dont l'application a pendant longtemps été confinée à l'évaluation de programmes de formation. Concrètement, cela a consisté à sélectionner, à partir des fichiers de données de la phase 2 de l'Enquête 1-2-3 des micro-entreprises non clientes présentant des caractéristiques comparables à celles de la clientèle de l'IMF et à apparier ces micro-entreprises entre elles sur la base d'un score de propension.

1 Pour une synthèse de ces méthodes, voir Banque mondiale, 2000

2 Il en résulte qu'on ne peut jamais être complètement sûr que les différences observées entre les deux groupes à la fin du programme soient imputables au programme et non à des différences qui existaient déjà entre les caractéristiques inobservées des participants et des non-participants.

Ce score n'est autre que la probabilité de faire partie de la clientèle de l'IMF, estimée à partir d'une analyse multivariée1. En d'autres termes, à chaque UPI cliente de l'IMF a été associée une UPI non cliente dotée de caractéristiques similaires (en moyenne) et qui aurait donc eu autant de chance d'obtenir un crédit si elle s'était adressée à l'institution. Une fois l'appariement réalisé, de simples tests non paramétriques de comparaison de moyennes ont été effectués afin d'évaluer ce qu'aurait été la situation potentielle de la clientèle de l'IMF si elle n'avait pas bénéficié de crédits2. Avant de présenter les résultats de l'analyse d'impact proprement dite, il est intéressant de voir comment la clientèle de l'IMF perçoit l'impact des financements qui lui sont accordés.

3.2. Impact perçu par la clientèle

Le questionnaire adressé aux clients de l'IMF contient un module intitulé« Changements induits parle crédit ». L'échantillon étant statistiquement représentatif, les réponses formulées par les enquêtés nous informent sur la façon dont la clientèle dans son ensemble perçoit l'action de l'institution. 87 % des clients de l'IMF interrogés déclarent que les prêts contractés ont induit un changement positif sur leur entreprise (tableau 6).

Tableau 6. – Impact perçu des prêts octroyés (%)

 

En augmentation/positif

En baisse/négatif

Inchangé

Ne sait pas

Niveau de production

76,1

3,9

18,1

1,5

Qualité des produits

67,8

1,5

28,0

2,7

Diversification de la production

45,8

0,6

53,3

0,3

Niveau des ventes

67,5

5,1

26,8

0,6

Effectifs employés

13,3

1,5

84,6

0,6

Niveau des actifs

42,2

0,3

56,6

0,9

Niveau de trésorerie

74,1

5,1

18,7

1,5

Changement global induit

87,1

3,0

9,3

0,6

Source : Enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

Note : Ces statistiques portent sur 198 clients et 332 prêts.

1 Les résultats de la régression, estimée à l'aide d'un modèle probit, sont disponibles auprès des auteurs. Parmi les variables retenues figurent l'âge du micro-entrepreneur, son sexe, son niveau d'étude et le type d'apprentissage suivi, la branche d'activité de l'UPI, le type de local, la date de création de l'UPI, l'effectif à la création et la valeur initiale du stock de capital. Pour les clients, toutes ces variables sont mesurées ex ante, c'est-à-dire avant adhésion à l'IMF.

2 Précisons ici qu'il n'est possible de construire un « contrefactuel » que pour les micro-entreprises dont le score se situe à l'intérieur de la zone où la distribution des scores des microentreprises clientes et celle des non clientes se chevauchent. Dans la présente étude, ainsi, nous n'avons pu obtenir de « contrefactuel » pour les UPI clientes de l'IMF dont le score est proche de 1.

Ce changement s'est manifesté par une augmentation du niveau de la production (76 % des cas), une amélioration de la qualité des produits (68 %) ou encore une diversification de la production (46 %). L'impact perçu des prêts sur la main-d'œuvre paraît en revanche négligeable.

3.3. Mesure objective de l'impact

Compte tenu de la grave crise politique de 2002 et de ses répercussions sur la dynamique économique, il est important de tenter d'isoler l'effet spécifique de la crise dans notre analyse d'impact. Grâce aux données fournies par le dispositif d'évaluation, nous sommes en mesure de distinguer deux sous-périodes. Dans un premier temps, nous estimons l'impact de l'IMF en septembre 2001, soit juste avant le déclenchement de la contestation populaire et après la plus longue phase de croissance économique qu'a connue le pays depuis l'indépendance. Dans un second temps, nous mobilisons la deuxième enquête de suivi sur un panel de clients et de témoins réalisée en mars 2003, soit neuf mois après la résolution du conflit, pour apprécier la performance du projet après la rupture de 2002.

3.3.1. Impact de l'IMF en 2001

Plusieurs variables relatives à l'activité des UPI ont été retenues pour l'analyse d'impact : le chiffre d'affaires, la production, la valeur ajoutée, l'excédent brut d'exploitation, l'emploi, le capital et la productivité du capital et du travail. Les résultats sont présentés dans le tableau 7. Pour chaque variable, le gain net est égal à la différence entre les performances moyennes des UPI clientes et celles de leurs jumelles, rapportée à la performance moyenne des jumelles. Le test effectué est un test de comparaison de moyennes. Dans la première colonne, chaque UPI cliente de l'IMF est appariée avec une UPI non cliente ayant, statistiquement parlant, les mêmes chances qu'elles d'obtenir un crédit. Dans la seconde colonne, c'est avec cinq UPI non clientes jumelles et non plus une seule qu'est appariée chaque UPI cliente de l'IMF. Ce second estimateur utilise davantage d'informations et est, à ce titre, plus pertinent que le premier1.

Quel que soit l'indicateur de performance retenu, l'impact des financements accordés par l'IMF est globalement positif pour les UPI qui en ont bénéficié. En outre, cet effet positif est la plupart du temps significativement différent de zéro. Si l'on se concentre par exemple sur le premier indicateur d'output, il apparaît qu'être client de l'IMF donne lieu à un gain net de chiffre d'affaires de 149 % en moyenne. Tous les autres indicateurs de performance témoignent de la même évolution. Il en est ainsi du niveau de la production : les UPI clientes de l'IMF obtiennent un supplément de production moyen d'une valeur de 704 euros par mois, soit une augmentation de 134 % par rapport à la situation de référence. En ce qui concerne l'emploi, enfin, l'impact est également positif et significatif puisque les UPI clientes de l'IMF comptent en moyenne un employé de plus que les UPI du groupe-témoin, soit une augmentation de 57 %. Ce dernier résultat diffère de l'impact sur l'emploi tel qu'il est perçu par la clientèle. Il montre que les chefs d'UPI ont parfois des difficultés à évaluer ce que serait la situation de leur entreprise en l'absence des financements accordés par l'IMF et met en exergue les limites d'une évaluation fondée sur la seule perception des bénéficiaires.

1 Dans tous les cas, l'écart du score de propension entre chaque client et son jumeau est inférieur à 5 points de pourcentage.

Tableau 7. – Gains nets du projet (%) (sept. 2001)

 

Mode d'appariement

 

UPI ayant le score de propension le plus proche

5 UPI ayant le score de propension le plus proche

Outputs

 

 

Chiffre d'affaires

+ 148,7 (***)

+ 144,0 (***)

Production

+ 134,0 (***)

+ 142,4 (***)

Valeur ajoutée

+ 103,7 (***)

+ 125,3 (***)

Excédent brut d'exploitation

+ 112,9 (***)

+ 131,2 (***)

Facteurs de production

 

 

Nombre actuel d'employés

+ 56,6 (***)

+ 68,0 (***)

Valeur actuelle du stock de capital

+ 67,2

– 4,6

Productivité

 

 

VA/L1

+ 66,9 (***)

+ 61,5 (***)

VA/L2

+ 182,2 (**)

+ 164,1

VA/K

+ 14,9

+ 21,0

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

Notes : Le nombre d'UPI clientes de l'IMF appariées est 168; le nombre d'UPI non clientes de l'IMF et servant de contrôle est 87 (certaines sont utilisées plusieurs fois). VA : Valeur ajoutée; L1 : Nombre de travailleurs; L2 : Nombre d'heures de travail par mois. K : valeur du capital au coût du remplacement; * : significatif au seuil de 1%; ** : significatif au seuil de 5%; *** : significatif au seuil de 1%.

Ces résultats conduisent à la question suivante : l'impact du crédit varie-t-il en fonction de différents groupes de bénéficiaires ? Pour y répondre, le choix a été fait de classer les UPI clientes selon leur date d'adhésion à l'institution. Concrètement, les UPI ont été réparties en deux groupes, l'un rassemblant les UPI ayant adhéré avant le 1er janvier 2000, l'autre rassemblant les UPI ayant adhéré après cette date (ce seuil a été retenu parce qu'il permet de disposer de deux groupes de taille significative). Ensuite, les mêmes calculs que ceux présentés précédemment ont été effectués. Les résultats obtenus fournissent plusieurs enseignements d'intérêt (tableau 8). Tout d'abord, les gains nets enregistrés par les UPI ayant adhéré avant janvier 2000 sont dans l'ensemble bien supérieurs à ceux enregistrés par les adhérents récents. Ensuite, lorsque l'on se concentre sur les seuls adhérents récents de l'IMF on constate que l'impact du projet est positif sur la plupart des indicateurs de performance retenus, mais bien souvent non significatif d'un point de vue statistique. Ces résultats suggèrent que l'impact positif des crédits octroyés n'est perceptible que lorsque l'adhésion à l'IMF remonte à plus de deux ans ou, plus vraisemblablement, qu'il ne l'est que pour les UPI ayant déjà bénéficié de plusieurs prêts.

Tableau 8. – Gains nets du projetselon la date d'adhésion à l'IMF (%) (sept. 2001)

 

Membres de l'IMF ayant adhéré avant le 1er janvier 2000

Membres de l'IMF ayant adhéré après le 1er janvier 2000

Outputs

 

 

Chiffre d'affaires

+ 213,2 (***)

+ 111,7 (***)

Production

+ 293,6 (***)

+ 56,2 (**)

Valeur ajoutée

+ 251,3 (**)

+ 35,2

Excédent brut d'exploitation

+ 251,2 (**)

+ 45,9

Facteurs de production

 

 

Nombre actuel d'employés

+ 130,5 (***)

+ 12,9

Valeur actuelle du stock de capital

+ 227,4

– 26,7

Productivité

 

 

VA/L1

+ 110,9(***)

+ 41,9 (**)

VA/L2

+ 448,1 (**)

+ 64,4

VA/K

– 99,9

+ 8,7

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2 et enquête quantitative auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO.

** Significatif au seuil de 5%; *** : significatif au seuil de 1%. Les chiffres entre parenthèses sont les écart-types.

Notes : Col.1 : le nombre d'UPI clientes de l'IMF appariées est 73 (sur 88); le nombre d'UPI non clientes et servant de contrôle est 50 (sur 913). Col.2 : Le nombre d'UPI clientes de l'IMF appariées est 95 (sur 110); le nombre d'UPI non clientes et servant de contrôle est 55 (sur 913). Le mode d'appariement est ici un jumeau par UPI. VA : Valeur ajoutée; L1 : Nombre de travailleurs; L2 : Nombre d'heures de travail par mois. VA/L1 est exprimée en milliers de FMG/travailleur; VA/L2 est exprimée en milliers de FMG/heure; K : valeur du capital au coût du remplacement.

3.3.2. Impact de l'IMF en 2003, après la crise : une analyse de panel

Afin d'analyser l'impact du projet dans la durée, un dispositif de suivi consistant en la réalisation d'un second passage d'enquête a été mis en place. L'objectif était de réinterroger l'ensemble des 168 clients retenus à l'issue du processus d'appariement, ainsi que leurs 87 jumeaux.

Ce second passage d'enquêtea été réali séen mars 2003, soit quelques mois après la fin de la crise politique. Au total, 130 clients et 67 témoins ont été retrouvés, ce qui équivaut à des taux d'attrition respectifs de 78 % et 77 %. Il n'est malheureusement pas possible d'identifier précisément les causes de cette déperdition (fermeture des entreprises pour raisons économiques, déménagements des propriétaires, refus de répondre, etc.). Les seules informations disponibles sur les UPI non retrouvées concernent les clients de l'IMF. Sur les 38 clients sortis du panel, 40 % sont en contentieux avec l'IMF tandis que l'IMF est sans nouvelles pour les 60 % restants. En faisant l'hypothèse raisonnable que la proportion de refus à l'enquête n'est pas sensiblement différente chez les clients et les témoins, on peut conclure que la participation au projet n'a pas eu d'effet sur le taux de survie des entreprises dans la crise. En outre, l'attrition ne semble pas sélective : en effet, les caractéristiques des UPI du panel ne diffèrent pas de manière significative de celles des UPI qui n'ont été enquêtées qu'en 2001, à l'exception de la proportion d'UPI commerciales, significativement inférieure dans le panel1.

Si le protocole de suivi ne fournit pas d'informations précises sur la dynamique démographique des entreprises (taux de mortalité et de création), il permet en revanche d'apprécier l'impact de l'IMF sur les entreprises qui étaient déjà en activité avant la crise. Pour les 108 clients et 54 témoins correspondants du panel2, nous avons calculé les gains nets du projet, en suivant la mêmeméthodologie que précédemment. L'intérêt de l'exercice réside dans le fait que nous pouvons apprécier l'impact dynamique du projet avant et après la crise de 2002, donc dans deux contextes économiques très contrastés.

En 2003, les gains nets du projet restent toujours significativement positifs, mais ils se sont fortement érodés (tableau 9). Dans un contexte général de baisse de la demande – entre 2001 et décembre 2002, le revenu réel des ménages de l'agglomération a chuté de plus de 20 % (Ramilison, 2003) – et de décapitalisation des entreprises, les clients survivants ont en moyenne moins bien supporté la crise que leurs jumeaux. À titre d'exemple, alors que la valeur ajoutée moyenne créée par les UPI clientes dépassait celle des témoins de 7 830 euros en 2001, l'écart n'est plus que de 4 760 euros (constants) en 2003. En fait, ce diagnostic mérite d'être nuancé pour deux raisons. D'une part, lorsqu'on met en relation les variables d'output des entreprises avec les facteurs de production mis en œuvre pour les obtenir (travail et capital), les indicateurs de performances qui en résultent, notamment la productivité apparente du travail, sont nettement à l'avantage des clients et en augmentation entre 2001 et 2003. D'autre part, si l'on ne raisonne plus sur les résultats économiques moyens mais sur les médianes – moins sensibles aux erreurs de mesure – les clients s'en sont systématiquement mieux tirés que les témoins. Pour toutes les variables d'output considérées, en effet, les gains nets du projet sont positifs et croissants entre 2001 et 2003. Cette différence d'appréciation suivant que l'on s'appuie sur les moyennes ou les médianes s'explique par le fait que la crise a touché davantage les plus grosses UPI, beaucoup plus nombreuses chez les clients. Dans un contexte de réduction de la demande globale, les ménages ont réorienté leurs achats sur les biens de première nécessité, au détriment des entreprises fabriquant ou commercialisant des biens et des services à plus forte élasticité-revenu.

1 Les tests d'attrition sont disponibles sur demande auprès des auteurs.

2 Nous intéressant à la dynamique interne des entreprises, nous avons exclus de l'analyse les 22 clients retrouvés qui ont changé d'activité entre 2001 et 2003. De plus, du fait de l'attrition, un certain nombre de clients du panel ont perdu leur « jumeau » du groupe témoin. Chacune de ces UPI a été appariée à l'entreprise du groupe témoin retrouvée dont le score de propension était le plus proche. Dans tous les cas, l'écart des scores de propension entre chaque client et son « témoin » reste inférieur à 5 %.

Tableau 9. – Gains nets du projet 2001-2003 (en euros constants de 2001)

 

Années

Variations 2001/2003 (double différence)

 

2001

2003

Moyennes

Médianes

Outputs

 

 

 

 

Chiffre d'affaires annuel

+ 22 263 (***)

+ 15 940 (***)

– 6 322 (n.s.)

+ 1 383

Production annuelle

+ 14 346 (***)

+ 7 122 (***)

– 7 224 (*)

+ 1 131

Valeur ajoutée annuelle

+ 7 830 (***)

+ 4 756 (***)

– 3 074 (n.s.)

+ 218

Excédent brut d'exploitation annuel

+ 7 406 (***)

+ 4 288 (***)

– 3 118 (n.s.)

+ 203

Facteurs de production

 

 

 

 

Nombre actuel d'employés

+ 1,69 (***)

+ 1,83 (***)

+ 0,15 (n.s.)

– 0,5

Valeur actuelle du stock de capital

+ 5 561 (n.s.)

+ 3 919 (***)

– 1 642 (n.s.)

– 71

Productivité

 

 

 

 

VA/L1

+ 116,5 (**)

+ 103,1 (**)

– 13,4 (n.s.)

+ 1,9

VA/L2

+ 2,3 (n.s.)

+ 4,8 (n.s.)

+ 2,5 (n.s.)

– 0,1

VA/K

– 0,09 (n.s.)

– 0,06 (*)

+ 0,03 (n.s.)

+ 0,8

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2, enquêtes quantitatives auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO et enquête de suivi 2003, DIAL/INSTAT.

Notes : Voir Tableau 7. Le nombre d'UPI clientes de l'IMF appariées est 108; le nombre d'UPI non clientes et servant de contrôle est 54. En 2001, le taux de change était de 6 100 FMG pour 1 €. * : significatif au seuil de 1%; ** : significatif au seuil de 5%; *** : significatif au seuil de 1%.

Bien que les gains nets du projet se soient en moyenne réduits entre les deux dates, l'analyse en double différence montre que la plupart de ces différences ne sont pas statistiquement significatives. Ce résultat signifie que les UPI clientes n'ont fait ni mieux ni moins bien que les témoins pendant la crise. En conséquence, si l'impact du projet reste positif en 2003, cet effetest entièrement imputable aux bénéfices engrangés avant la crise, cette dernière ayant enrayé la dynamique positive que l'IMF procurait à ces clients en période de croissance.

En découpant l'échantillon de clients en quartiles selon le chiffre d'affaires en 2001, nous avons cherché à savoir si la performance relative des clients pendant la crise était liée à leur taille.

L'analyse en double différence permet là encore de répondre à cette question. Comme le montre le tableau 10, l'absence d'écart en moyenne cache d'importantes disparités suivant la taille. La performance relative des clients est une fonction décroissante du volume d'activité au début de la crise. Si les UPI clientes des deux premiers quartiles ont continué à accroître l'avantage dont elles bénéficiaient par rapport aux témoins, les clients du troisième quartile ont seulement réussi à le stabiliser, tandis que les UPI du dernier quartile ont vu leur position relative très substantiellement amputée.

Tableau 10. – Gains nets du projetentre 2001 et 2003, selon le chiffre d'affaires en 2001 (euros)

Chiffre d'affaires 2001

Double différence

1er quartile

+ 5 167 (***)

2e quartile

+ 6 146 (*)

3e quartile

+ 12 974 (n.s.)

4e quartile

– 49 578 (**)

Sources : Enquête 1-2-3 2001, phase 2, enquêtes quantitatives auprès de la clientèle de l'IMF 2001, MADIO et enquête de suivi 2003, DIAL/INSTAT.

Notes : En 2001, le taux de change était de 6 100 FMG pour 1 €. * : significatif au seuil de 1%; ** : significatif au seuil de 5%; *** : significatif au seuil de 1%.

Si l'impact positif du projet est clairement établi en phase de croissance, son effet en période de récession est plus incertain. Le fait que la dynamique des clients n'ait pas été systématiquement meilleure (ni pire) que celle des témoins entre 2001 et 2003 ne permet pas réellement de trancher. Pour être en mesure de le faire, il aurait fallu que les témoins soient parfaitement comparables aux clients au point d'entrée en crise. Cependant, cette condition n'était plus vérifiée, puisque ces derniers avaient déjà atteint une taille très supérieure aux témoins, grâce justement aux crédits octroyés par l'IMF. Faute de « contrefactuel » approprié, il n'est donc pas possible de savoir si la performance mitigée des clients pendant la crise est due au fait que celle-ci a affecté de manière privilégiée les plus grosses UPI (clientes ou non), ou que l'IMF n'a pas réussi à protéger ses clients, toutes choses égales d'ailleurs.

Finalement, malgré les difficultés engendrées par la crise de 2002, l'impact de l'IMF reste très largement positif en 2003. La perception de la clientèle est d'ailleurs en ligne avec ce constat objectif. Pour 82 % des clients enquêtés en 2003, les changements induits par l'ensemble des prêts octroyés par l'IMF sont positifs, contre moins de 3 % qui affirment le contraire. Comme l'enquête fournit l'appréciation du client pour chacun des prêts qu'il a obtenu depuis son adhésion à l'IMF, nous pouvons mesurer l'impact perçu pour les prêts obtenus avant et pendant la crise. A des fins de comparaison, nous ne commentons ici que les résultats concernant les clients du panel.

Tableau 11. – Impact perçu des prêts octroyés, sept. 2001 et mars 2003 (solde d'opinion)

 

Échantillon complet

 

Panel

 

Avant 2001

Entre 2001 et 2003

Variations

 

Avant 2001

Entre 2001 et 2003

Variations

Niveau de production

+ 73,4

+ 80,0

+ 6,6

 

+ 76,9

+ 81,7

+ 4,8

Qualité des produits

+ 59,6

+ 63,8

+ 4,2

 

+ 70,4

+ 64,8

– 5,6

Diversification de la production

+ 47,1

+ 56,9

+ 9,8

 

+ 55,4

+ 56,3

+ 0,9

Niveau des ventes

+ 65,7

+ 62,3

– 3,4

 

+ 71,0

+ 63,4

– 6,6

Effectif employé

+ 22,9

+ 29,2

+ 6,3

 

+ 32,3

+ 31,0

– 0,7

Niveau des actifs

+ 37,8

+ 43,9

+ 6,1

 

+ 45,2

+ 52,1

+ 6,9

Niveau de trésorerie

+ 57,2

+ 66,9

+ 9,7

 

+ 65,1

+ 69,0

+ 3,9

Changement global induit

+ 77,4

+ 82,3

+ 4,9

 

+ 86,0

+ 87,3

+ 1,3

Nombre de prêts concernés

376

130

 

186

71

Nombre de clients enquêtés

228

228

228

 

108

108

108

Sources : Enquêtes quantitatives auprès de la clientèle de l'IMF 2003, DIAL/INSTAT.

 

Notes : Le solde d'opinion est égal à la différence entre le % d'opinions positives et négatives.

 

Dans l'ensemble, les déclarations des clients présentent une grande cohérence, comme le montre le jugement qu'ils portent sur les mêmes prêts dans les deux enquêtes, en 2001 et 2003 (pour les prêts antérieurs à 2001). Massivement, les prêts reçus entre septembre 2001 et mars 2003 sont jugés positivement par les clients (tableau 11). Le solde d'opinion concernant les changements induits est très positif (+ 87,3 %), et même légèrement supérieur au solde correspondant aux prêts antérieurs à septembre 2001 (+ 86 %). Quelle que soit la rubrique considérée, les soldes d'opinion sont toujours largement positifs et peu différents de ceux obtenus pour les prêts d'avant la crise. En évolution, ils ont légèrement baissé par rapport à 2001, pour le niveau des ventes et la qualité des produits. Ce résultat est conforme avec les caractéristiques de la période de crise : contraction de la demande engendrant un dépla-cement vers des produits bas de gamme.

Mentionnons pour finir que les prêts octroyés sont non seulement perçus comme ayant un impact favorable sur l'activité de l'entreprise, mais qu'ils jouent aussi sur les conditions de vie de la famille des clients. Tous les soldes d'opinion sont largement positifs : amélioration du niveau de vie (+ 75,5 %), de la santé (+ 71,1 %), de la scolarité des enfants (+66,5 %), etc.

4. CONCLUSION

Cette étude a cherché à mesurer l'impact d'une IMF intervenant auprès de micro-entrepreneurs de l'agglomération d'Antananarivo. L'analyse s'est appuyée sur les résultats de deux enquêtes ad hoc : l'une réalisée en 2001 sur un échantillon représentatif d'unités de production informelles de l'agglomération d'Antananarivo; l'autre réalisée en 2001 et 2003 sur un panel de clients de l'IMF en question. Mesuré en 2001, trois mois avant le déclenchement de la crise politique, l'impact de l'IMF apparaît largement positif. La comparaison des performances des UPI clientes de l'IMF avec celles des UPI jumelles montre en effet que, dans un contexte de croissance économique, l'accès au crédit contribue à accroître sensiblement le niveau d'activité et la productivité des micro-entreprises. Sur la période 2001-2003, en revanche, la dynamique des clients de l'IMF n'apparaît pas significativement différente de celle de leurs jumeaux. L'impact des financements accordés par l'IMF est donc plus incertain en période de récession. L'absence de « contrefactuel » approprié ne permet toutefois pas de savoir si les performances mitigées des clients pendant la crise résultent d'un effet de structure (la crise a touché les plus grosses UPI et celles-ci étaient surreprésentées au sein de la clientèle de l'IMF), lui-même dû à l'impact positif du projet, ou si elles résultent du fait que les financements octroyés par l'institution n'ont guère offert de protection durant cette phase de récession. Néanmoins, grâce aux bénéfices engrangés avant la crise, l'impact de l'IMF mesuré en 2003 n'en demeure pas moins largement positif puisque les performances des clients de l'institution à cette date demeurent meilleures que celles de leurs jumeaux. Pour finir, l'analyse des caractéristiques des bénéficiaires a montré que si l'IMF, conformément à sa mission, touchait bien une clientèle de petites entreprises urbaines du secteur informel, elle ne s'adressait qu'à la frange « supérieure » de ce secteur. Ce phénomène de sélection des clients potentiels vers les « plus riches des pauvres » a déjà été souligné dans d'autres études. Il est lié à la professionnalisation et la sécurisation financière des IMF.

Si la mise en œuvre de protocoles et de techniques d'évaluation scientifiquement contrôlés permet de progresser dans le domaine des études d'impact de projets ou de politiques (représentativité et robustesse des résultats, quantification d'« effets nets », toutes choses égales d'ailleurs, etc.), il convient de rester modeste quant aux enseignements que l'on peut en tirer. Certes du point de vue des clients de l'IMF, il apparaît clairement que les crédits ont un impact positif très significatif sur leur activité et sont bien perçus comme tels par les bénéficiaires. Pour l'IMF aussi, ces résultats, qui se traduisent par un fort indice de satisfaction de sa clientèle, le bilan est positif (encore conviendrait-il de tenir compte de ses coûts de fonctionnement). En revanche, si l'on adopte une perspective plus générale de politique publique, le diagnostic final est loin d'être définitivement établi. Compte tenu du très faible taux de pénétration des IMF à Antananarivo, il est vraisemblable que l'impact significatif et substantiel à l'échelle microéconomique soit extrêmement faible à l'échelle macroéconomique. En outre, il faudrait s'interroger sur d'éventuels effets de substitution, par exemple si la réussite des clients de l'IMF avait conduit à la faillite de concurrents moins favorisés. Enfin, dans le domaine des politiques publiques, cette évaluation d'impact reste très partielle. Comment, par exemple, mesurer les conséquences en termes de pauvreté de mesures alternatives: à budget donné, vaut-il mieux réhabiliter les infrastructures routières, améliorer la qualité de l'enseignement primaire ou encore mettre en place une IMF ? L'immensité du chantier à défricher en matière d'évaluation d'impact, qui prend aujourd'hui un nouveau départ sous l'acronyme anglais de PSIA (Poverty and Social Impact Analysis) face à la relative faiblesse des instruments existants ne doit pas nous conduire à abandonner mais plutôt à aller de l'avant sur cette voie, tant les questions posées gardent toute leur pertinence et restent à ce jour sans réponse satisfaisante.

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