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Dans son Rapport sur le Développement dans le monde 2000/2001, consacré à la pauvreté, la Banque mondiale relève que « sur les 6 milliards d'habitants de la planète, 2,8 milliards, soit presque la moitié, disposent de moins de 2 dollars par jour pour vivre, et 1,2 milliard ont moins de 1 dollar ». Le constat dans la grande majorité des pays en développement, montre que les politiques économiques et sociales n'ont pas permis d'améliorer de manière significative les conditions de vie des populations, particulièrement dans les zones rurales. Pour réduire la pauvreté, de nombreuses interventions sont pourtant possibles. Cependant, l'un des principaux obstacles à une participation accrue des plus défavorisés au développement économique est leur difficulté d'accéder à des ressources financières. La majorité des populationspauvres n'intéresse pas le secteur bancaire classique. En Afrique, par exemple, 90 % de la population, voire 100 % en milieu rural, n'ont pas accès aux services financiers des banques (Gentil et Servet, 2002). Cela n'est pas le résultat d'une volonté d'exclusion, mais provient du fait que ce service n'a pas de rentabilité pour une banque soumise à des contraintes de profitabilité immédiate et à certains ratios prudentiels. Les populations sont dans l'impossibilité de donner une garantie matérielle dont la valeur permettra de couvrir le prêt en cas de problème de remboursement. À cela s'ajoute, la difficulté des banques à sanctionner l'emprunteur défaillant. Au-delà de la perte de l'accès au crédit, des sanctions supplémentaires engendreraient des coûts plus importants que la valeur réelle du prêt. Enfin, les coûts de transaction individuels de ces prêts de petite taille sont très élevés. D'où l'émergence de la microfinance, qui apparaît comme unsecteur intermédiairepouvant satisfaire les besoins importants de services financiers pour ceux qui n'ont pas accès au secteur bancaire. 1 CERDI-CNRS, Université d'Auvergne – 65, Boulevard François Mitterrand, 63000 Clermont-Ferrand, L.Bassolle@u-clermont1.fr. Cet article est issu de mon Mémoire de DEA soutenu en septembre 2003. Tous mes remerciements aux Professeurs Jean-Louis Arcand, Adama Diaw et Patrick Plane, au Docteur Aliou Diagne pour leurs critiques et commentaires pertinents. Je remercie également Maria Dontcheva, Aurélien Beko, Issa Faye, Thierno Deme, Fousseini Traore, Paul Gyselinck pour leurs observations La microfinance s'est développée en tant qu'approche du développement économique qui s'intéresse spécifiquement aux populations à faible revenu. Les services fournis comprennent généralement les dépôts d'épargne monétaire et la gestion des crédits. Au-delà de leur fonction d'intermédiaire financier de nombreuses institutions de microfinance (IMFs) jouent un rôle d'intermédiation sociale à travers le groupement de personnes, le renforcement de la confiance, la formation dans le domaine financier et la gestion des compétences au sein d'un groupe. Mais il est intéressant de savoir comment les IMFs font face aux problèmes précités qui empêchent l'accès des populations pauvres aux prêts des banques commerciales classiques ? Quel est le mécanisme d'offre de crédit qui facilite l'accès de ces populations aux prêts des IMFs ? Au lieu de faire des prêts individuels, la plupart des IMFs choisissent de prêter à des groupes pauvres conjointement responsables du prêt octroyé. Chaque membre reçoit un prêt, de façon individuelle, à la condition d'accepter la responsabilité du remboursement des crédits accordés aux autres membres. Si le groupe n'arrive pas à rembourser totalement les prêts, il est pénalisé et perd l'accès au crédit futur. Ce choix de crédit de groupe avec co-responsabilité permet de pallier les problèmes que rencontrent les banques commerciales. Le crédit de groupe1 utilise en effet le capital social au sein des communautés pour avoir des informations sur les emprunteurs, ce qui lui confère la capacité de réduire les problèmes traditionnels d'asymétries informationnelles (Narajan et Pritchett, 1999). Ce capital social permet une meilleure circulation de l'information entre le prêteur et l'emprunteur; il réduit les problèmes de sélection adverse et de hasard moral dans le marché du crédit. À partir de ce capital social, le crédit de groupe avec co-responsabilité devient une garantie de remboursement pour le prêteur. La formation du groupe revient aux membres, et permet l'utilisation de l'information locale afin de connaître le type (niveau de risque) de chaque emprunteur. Cette auto sélection peut aboutir : soit à des groupes homogènes de même type (Ghatak, 1999), soit à des groupes hétérogènes et homogènes (Sadoulet et Carpenter, 2001). Après la signature du contrat, pour éviter l'opportunisme, c'est-à-dire le hasard moral, la responsabilité conjointe autorise une surveillance mutuelle et une pression des pairs qui facilitent le respect de l'arrangement contractuel (Stiglitz, 1990; Besley et Coate, 1995; Diagne, 1998). Enfin, la responsabilité conjointe rend possible des actions d'entraide mutuelle auprès des membres qui rencontrent des difficultés de remboursement. Ces différents facteurs de la coresponsabilité permettent d'améliorer la performance de remboursement, ce qui pérennise l'activité de crédit et lui confère la capacité de réduire la pauvreté. 1 Le crédit de groupe ne permet pas seulement l'accès des pauvres au crédit afin de pouvoir financer des activités génératrices de revenus, mais est un facteur de cohésion sociale dans les communautés rurales (Rhyne et Otero, 1994; Bhatt et Tang, 1998). De récentes études théoriques1 ont montré que les principes qui soustendent le mécanisme de crédit de groupe avec coresponsabilité aboutis-sent à une performance très importante en matière de remboursement. L'intérêt accordé au crédit de groupe s'explique en grande partie par le succès du programme de crédit mis en place par la Gramen Bank2 au Bangladesh. Selon Pitt et Khander (1996), à la suite de ces expériences, les programmes de prêts de groupe avec coresponsabilité ont été mis en place de façon relativement satisfaisante au Cameroun, en Corée du Sud, et en Malaisie. Dans ces pays, les taux de remboursement avoisinent 95 %. Mais, des systèmes similaires d'offre de crédit aux populations pauvres ont rencontré de nombreuses difficultés de remboursement en Inde, et en Égypte, au Venezuela, au Kenya, au Lesotho, et enfin au Malawi qui nous intéresse plus particulièrement ici. En effet, la Compagnie Financière Rurale du Malawi (MRFC) a dupliqué le principe de crédit de groupe avec co-responsabilité en zone rurale. Malgré l'utilisation de cette méthode, les taux de remboursement des groupes ne correspondent pas aux objectifs escomptés. Depuis la création du MRFC en 1994, les taux de remboursement des programmes suivent une tendance décroissante importante : 89 % en 1995, mais seulement 70 % en 1998. Au vu de cette situation, il convient de s'interroger sur les raisons de cette non-performance : (i) quels ont été les effets de la co-responsabilité sur le comportement des groupes de crédit ? quelle est la raison de la baisse du taux de remboursement ? (ii) existerait-il enfin une alternative à la co-responsabilité dans le crédit de groupe ? Au vu de l'importance de ces questions, nous analysons, dans une première section, les arguments théoriques et empiriques relatifs à la coresponsabilité et la performance du crédit de groupe en matière de remboursement. Dans une seconde section, nous présentons les données, et testons les effets des facteurs de la co-responsabilité. 1. LA CORESPONSABILITÉ : ARGUMENTS THÉORIQUES ET EMPIRIQUES.1.1. Coresponsabilité dans le crédit de groupeL'existence d'asymétrie d'information est cruciale dans les analyses du fonctionnement du marché de crédit. On parle de sélection adverse quand certaines caractéristiques de l'emprunteur ne sont pas parfaitement connues du prêteur, mais affectent sa probabilité de remboursement. Les modèles de référence supposent, par exemple, que les emprunteurs ont une information privée qui concerne soit leurs caractéristiques intrinsèques (Jaffee et Russel, 1976), soit les caractéristiques de leurs projets d'investissement (Stiglitz et Weiss, 1981). Dans un contrat de micro-crédit, le prêteur peut faire face à ce problème d'asymétrie d'information en offrant un lot de contrats avec des termes différents, qui permettent de séparer les bons emprunteurs des mauvais. Par le mécanisme du crédit de groupe, le prêteur arrive à réduire, voire à éliminer la sélection adverse, tout en déléguant la formation du groupe aux membres (figure 1). 1 Pour une revue de la littérature sur le sujet, se rapporter à Morduch (1999). 2 Pitt et Khander (1996) présentent une description détaillée et une évaluation empirique de la Gramen Bank du Bangladesh. Ce principe d'auto-sélection utilise l'information locale privée, à laquelle le prêteur n'a pas accès (ou du moins non sans coût) pour différencier les types d'emprunteurs. Hoff et Stiglitz (1990), ont montré que les emprunteurs détiennent assez d'informations sur leurs partenaires et sur la structure du marché du crédit de leur localité. De ce fait, le crédit de groupe avec co-responsabilité permet la formation de groupes homogènes où tous les membres ont une parfaite information sur les caractéristiques de leurs partenaires : le risque du projet, le niveau de solvabilité (Varian, 1990; Van Tassel, 1999; Ghatak, 1999; Ghatak et Guinnane, 1999). Une fois que le prêt est octroyé, le rendement du projet dépend de l'action de l'emprunteur, de son comportement, et du niveau d'effort. De façon classique, on s'attendrait à ce que l'emprunteur choisisse des actions qui égalisent le bénéfice marginal et le coût marginal. En situation d'asymétrie informationnelle, cette prévision ne se réalise pas nécessairement, et dans un contrat sans garantie, l'emprunteur et le prêteurn'ont pas le même objectif (Ghatak et Guinnane, 1999). L'emprunteur n'internalisant pas entièrement les coûts d'échec du projet, il peut entreprendre des actions concourant à l'échec du projet financé; on parle alors de hasard moral. Dans la dynamique du contrat de crédit, nous avons deux types de hasard moral (Conning, 2000 : le hasard ex-ante et le hasard moral ex-post (figure 1). Le hasard moral ex-ante apparaît avant l'échéance du contrat. Les membres du groupe utilisent par exemple le prêt à d'autres fins que le projet. Ce type de hasard moral est expliqué par le fait que l'information du prêteur sur les actions et le niveau d'effort potentiel des emprunteurs est imparfaite. Pour faire face à ce problème de comportement opportuniste, le prêteur peut procéder à une surveillance des emprunteurs après que le crédit soit octroyé. Mais la présence d'asymétries information-nelle rend toutefois cette surveillance coûteuse. Dans le mécanisme de crédit avec coresponsabilité, le prêteur délègue cette surveillance aux membres du groupe. Pour Stiglitz (1990) et Armendàriz de Aghion (1999), la co-responsabilité améliore la surveillance mutuelle et contribue à des choix de projets efficaces. En sachant que le groupe perd l'accès au crédit futur si au moins un membre est défaillant, des efforts de contrôle mutuel sont exercés afin d'obtenir un signal concernant l'effort de production des pairs. Figure 1. – Dynamique du Contrat de Crédit de Goupe1
La question du hasard moral ex-post apparaît lorsque, à l'échéance, certains membres ne peuvent pas (échec du projet), ou décident volontairement de ne pas rembourser le prêt. Le prêteur est incapable de savoir si l'échec est dû à des raisons légitimes, tels que des chocs idiosynchratiques, ou au comportement stratégique de l'emprunteur. La coresponsabilité dans le crédit de groupe permet encore de pallier ce problème. Du fait de leur proximité, les membres du groupe ont une position privilégiée pour obtenir des informations concernant les activités de leurs pairs, permettre une surveillance efficace des actions entreprises et même exercer des pressions pour obliger certains membres à respecter leur contrat et réduire le hasard moral ex-post (Bowles, Carpenter et Gintis, 2001). Si la coresponsabilité dans le crédit de groupe limite l'incidence économique des asymétries informationnelles, il convient alors de se demander pourquoi la coresponsabilité n'améliore pas nécessairement les taux de remboursement. 1.2. Problème de Défaut StratégiqueLe problème de défaut stratégique a été analysé par Diagne (1998), Besley et Coate (1995). Il se définit par l'absence de volonté de la part de l'emprunteur de respecter son contrat malgré la réussite de son projet. Besley et Coate (1995) constatent un effet négatif de la coresponsabilité sur le niveau de remboursement. Cette défaillance stratégique serait due à certains membres qui n'entendent pas supporter le remboursement d'un autre partenaire défaillant, entraînant par la même la défaillance de tout le groupe. Ces auteurs conçoivent un modèle de théorie des jeux avec deux emprunteurs homogènes au sein d'un groupe, où le choix ne porte pas sur le type du projet mais sur la volonté de rembourser ou pas l'emprunt. Le modèle prévoit une sanction1 du ou des membre(s) défaillant(s). L'emprunteur maximise son utilité (lorsqu'il rembourse) par rapport à deux contraintes : l'information sur le choix possible de son partenaire et le montant de la sanction infligée par le prêteur. Un emprunteur dont le projet réussit, tandis que celui de sonpartenaire échoue et que la sanction est inférieure au remboursement, choisit de ne pas rembourser sa part de sorte que le groupe est défaillant. On remarque que l'élément principal de cette défaillance stratégique procède de l'obligation de payer pour le partenaire, ce qui est l'essence de la co-responsabilité. Diagne (1998) analyse la défaillance stratégique dans une optique totalement différente de Besleyet Coate (1995). Les analyses qui précèdent mettaient l'accent sur l'avantage d'information que possèdent les membres du groupe par rapport auprêteur, c'est-à-dire une asymétrie informationnelle entre le groupe et l'institution de micro-finance. Pour Diagne (1998), la défaillance stratégique est due à l'existence d'une forme d'asymétrie informationnelle jusque là non analysée dans la théorie économique sur le crédit de groupe. Il s'agit de l'information imparfaite et asymétrique entre les membres au sein du groupe concernant la volonté de rembourser de leur partenaire. Il considère que la principale raison de défaillance dans le crédit de groupe n'est pas l'incapacité, mais l'absence de volonté à rembourser le crédit. Le fait que l'information sur la volonté à rembourser est privée, les membres du groupe ne sont pas sûrs des intentions de remboursement de leurs pairs, même s'ils ont une parfaite information sur leurs capacités à rembourser. Si un membre a des doutes sur la volonté d'au moins un partenaire, il est optimal pour lui de ne pas respecter son contrat. Car s'il rembourse sa part r et qu'au moins un membre est défaillant et que la pression des pairs n'a pas eu d'effet positif, tout le groupe est considéré comme défaillant et son utilité se retrouve réduite de U(r). Par contre s'il décide de ne pas rembourser, il perd toujours le crédit futur, mais cette fois-ci son utilité est intacte, ce qui est optimal pour lui. À la différence de Besley et Coate (1995), l'élément capital qui entraîne la défaillance stratégique est l'absence d'importance pour le crédit futur. Or, l'accès au crédit futurest une incitationutilisée pour le remboursement dans le crédit de groupe avec coresponsabilité. Ces deux études montrent clairement que l'inefficacité de la coresponsabilité à améliorer la performance du groupe réside dans les règles mêmes qui la fondent. 1 Soit Y la production issue des projets financés. Le prêteur impose une pénalité en cas de défaillance d'un membre de co (Y). Il est supposé que co(Y) < Y et c'o(Y) > 0 : le niveau de la pénalité augmente avec la production mais reste toujours inférieur à cette dernière. 2. RÉSULTATS EMPIRIQUES2.1. Données utiliséesLes données utilisées dans cette étude proviennent du MRFC1. Créé en 1994, le MRFC regroupe plusieurs programmes de microfinance. L'enquête a été réalisée par Diagne, Simtowe, Chimombo et Mataya de juin 1998 à août 1999 auprès de 96 groupes de crédit, provenant de trois programmes : Seasonal Agriculture Loans, Mudzi Seasonal Agriculture et Mudzi Non-Farm Business. La différence principale entre les programmes porte sur le type réducteur d'activité agricole (tabac, maïs, coton, riz). Les groupes ont été sélectionnés selon les niveaux de remboursement de la période 1996/1997 au sein de trois strates : les groupes à remboursement total (tous les membres ont honoré leur contrat de prêt de 1996/1997), les groupes à remboursement partiel (certains membres du groupe n'ont pas remboursé leur prêt de la période 1996/1997 au début de l'enquête) et les groupes de défaillance totale (aucun membre du groupe n'a remboursé son prêt de la période 1996/1987 au début de l'enquête). La sélection des échantillons a été aléatoire au sein de ces strates, et les informations recueillies lors de l'enquête couvrent la période de 1995 à 1999. Malgré l'application des principes de coresponsabilité, les groupes des programmes de crédit du MRFC ne présentent pas des taux de remboursement satisfaisants. En effet, une année après sa création, la proportion des membres au sein des groupes qui rembourse totalement leur prêt a décrue de 89 % en 1995 à 70 % en 1998 (figure 2). Cela a entraîné une augmentation du taux de défaillance externe de 11 % à 30 %. 1 Malawi Rural Finance Company. Figure 2. – Évolution du Taux de remboursement de 1995-1998
Source : RDD/IFPRI 1998 Rural Finance Survey. Une analyse des raisons de cette défaillance croissante (tableau 1) permet de comprendre qu'au sein des groupes, la principale cause n'est pas l'incapacité de respecter son contrat, mais l'absence de volonté à le respecter nonobstant le succès du projet financé (soit 25 % des causes de défaillance). Cela voudrait dire que les emprunteurs au sein des groupes sont davantage tentés par la défaillance stratégique en présence de coresponsabilité. Ces problèmes de défaillance sont plus importants dans les groupes d'activité agricole de type « maïs » (37 %). Après la défaillance stratégique, cette baisse du taux de remboursement s'explique par l'absence de profits suffisants (24 %) et les causes naturelles (21 %). L'absence de profits suffisants est une raison importante dans les groupes d'activités non-agricoles (36 %), alors que les causes naturelles sont plus fréquentes dans les groupes de coton/riz (41 %) et de maïs (38 %).
2.2. Analyse économétriqueCompte tenu des éléments d'analyse qui précèdent, l'étude empirique essaiera de tester les deux propositions suivantes. • Hypothèse 1 : en situation de coresponsabilité dans un contrat de crédit de groupe, l'auto-sélection, la surveillance mutuelle, la pression des pairs et l'entraide mutuelle permettent d'améliorer le taux de remboursement. • Hypothèse 2 : la perte de d'accès au crédit futur en cas de défail-lance d'au moins un membre augmente les problèmes de défaillance stratégique, ce qui détériore le taux de remboursement du groupe. Pour analyser les effets des règles de coresponsabilité sur la performance du groupe de crédit, nous considérons deux types de taux de défaillance : au niveau interne, c'est-à-dire la défaillance entre les membres du groupe (défaillance interne), et au niveau externe, vis-à-vis de l'institution de crédit (défaillance externe). Ce choix nous permet de mieux saisir la dynamique du mécanisme de remboursement au sein du groupe. En effet, nous avons deux niveaux de remboursement; à l'échéance du contrat, le groupe des emprunteurs choisit la même stratégie, rembourser ou ne pas rembourser le prêt. Le groupe sera alors considéré comme défaillant ou pas. Si les emprunteurs choisissent des stratégies différentes, on se retrouve à un second niveau de remboursement. Ceux qui remboursent au premier niveau font jouer la pression des pairs afin que les autres respectent leur contrat, ou leur viennent en aide par la clause de l'entraide mutuelle pour que le groupe ne perde pas l'opportunité des crédits futurs. À ce stade du remboursement, le niveau de la pression des pairs et la possible entraide mutuelle sont fonction de la valeur que les bons emprunteurs accordent au crédit futur.
avec y1 et y2 les variables binaires de défaillance interne et externe; xi est le vecteur des déterminants de la coresponsabilité à savoir: l'auto sélection, la pression des pairs, la surveillance mutuelle et la défaillance stratégique, ci est le vecteur des variables de contrôle. Nous utilisons les mêmes variables explicatives dans les deux modèles, ce qui permet certes de tester les propositions, mais également de saisir la dynamique du remboursement du groupe. Si le coefficient de la pression des pairs est statistiquement significatif dans le modèle 1, cela peut s'expliquer par le fait que les individus sensibles à l'obtention de crédits futurs exercent une pression ex ante sur leurs partenaires pour qu'ils choisissent des projets moins risqués. Si le coefficient de la variable est statistiquement significatif dans le modèle 2, on met évidence une pression ex post. Autrement dit les pairs font pression lorsque les problèmes de remboursement se manifestent.
2.2.1. Défaillance interneLa surveillance mutuelle au sein du groupe est une variable continue qui représente le pourcentage des membres qui ne connaissent pas la composition du groupe lors du cycle de prêt. Moins les membres ont de l'information sur la composition du groupe, plus ils sont incités à se surveiller mutuellement. La colonne 2 du tableau 2 permet de constater qu'au sein des groupes, en moyenne 13 % des membres ont une information limitée sur leurs partenaires. Cette incitation à la surveillance mutuelle devrait améliorer la performance du groupe tout en limitant les problèmes de hasard moral ex-ante, elle agit négativement et significativement (5 %) sur la probabilité de défaillance interne. La surveillance mutuelle améliore la performance du groupe en matière de remboursement. La pression des pairs est prise en compte par deux variables. La première est une variable binaire et renseigne sur la volonté des emprunteurs à appliquer la pression des pairs au cas où un membre serait défaillant. Au sein des groupes, moins de la moitié (28 %) des membres sont fermes sur leur volonté de mettre en pratique ce principe de la coresponsabilité (tableau 2). Les résultats permettent de constater que cette volonté améliore la probabilité de remboursement de façon significative (10 %). Si les membres du groupe ontune grande volonté d'appliquerla pression des pairs, ils peuvent donc faire faceaux problèmes que la surveillance mutuelle aurait constaté sur le comportement de certains membres. En plus de l'information sur la volonté potentielle à exécuter la pression des pairs, nous avons essayé d'analyser l'effet de cette pression sur les défaillants. Malgré le faible niveau de la volonté d'appliquer ce principe de crédit de groupe, le pourcentage d'emprunteurs sûrs de l'effet positif (contraindre le défaillant à rembourser) est de 37 % (tableau 2). L'effet de la pression des pairs est très positif sur le comportement des emprunteurs susceptibles de faire défaut à l'échéance du contrat (significatif à 1 %). Plus les membres sont sûrs de l'efficacité de la pression des pairs, mieux sera le taux de remboursement interne. Pour contrôler l'effet des risques naturels, nous recourons à la corrélation des activités au sein du groupe « Activité commune ». On s'attendrait, dans un premier temps, à cequ'elle réduise letaux de remboursement (problème de risque covariant). Mais, l'utilisation de cette variable peut avoir un autre effet. On considère que la corrélation des activités permet de faciliter la surveillance au sein du groupe; et donc cette corrélation améliore le taux de remboursement. Le comportement de défaillance stratégique est pris en compte par la variable continue qui représente la proportion des emprunteurs au sein d'un groupe qui sont sûrs à 100 % que les non-défaillants au sein du groupe n'auront pas accès au crédit futur si au moins un des membres est défaillant (coresponsabilité totale). Comme l'approche théorique l'a montré, la coresponsabilité en situation d'information imparfaite sur les intentions des partenaires, peut conduire à une défaillance stratégique des bons emprunteurs. Même s'il n'existe pas d'information imparfaite et incomplète sur les intentions, on assistera à un remboursement total si et seulement si, tous les membres accordent de l'importance au crédit futur. Cette hypothèse de l'existence d'un comportement de défaillance stratégique se vérifie au niveau des résultats dans la mesure où cette variable agit positivement et significativement sur la probabilité de défaillance interne. Une analyse statistique permet de remarquer que malgré les effets positifs des facteurs de la coresponsabilité sur la probabilité de remboursement, le taux de remboursement a décrû de 89 % depuis la création du MFRC à 70 % en 1998 (figure 2). Au sein des groupes, la principale raison dedéfaillance, n'est pas l'incapacité d'honorer le contrat dû à l'échec du projet, mais l'absence de volonté à le respecter (25 % des causes de défaillance). Les emprunteurs seraient donc portés à davantage de défaillance stratégique en présence de coresponsabilité. 2.2.2. Défaillance externeDans la logique de la coresponsabilité, les problèmes internes au groupe ne devraient pas affecter l'institution de crédit si les membres décident réellement de coopérer. La volonté d'appliquer la pression des pairs après l'échéance du contrat agit négativement (significatif à 1 %) sur la probabilité de faire défaut (tableau 2). En effet, lorsque les problèmes de remboursement existent au seindu groupe, lanonpassivité des emprunteurs face aux sanctions potentielles résultant de la pression des pairs, permet au groupe de réduire ses problèmes et de respecter son contrat avec l'institution de crédit. L'entraide mutuelle au sein du groupe est saisie à partir d'une variable continue qui capte le niveau de l'entraide lorsque la pression des pairs, après l'échéance du contrat, ne réussit pas à obliger un défaillant à respecter son contrat de crédit. Elle permet d'améliorer la performance des groupes de crédit (significatif à 5 %). L'absence d'effet positif de la pression des pairs pourrait s'expliquer par le fait que la cause du problème de remboursement ex-ante émane de phénomènes qui ne sont pas sous son contrôle (sécheresse, mauvaise récolte, etc.). Face à cette situation, la coopération au sein du groupe peut jouer en sa faveur. C'est en cela que l'entraide mutuelle permet d'améliorer le niveau de remboursement du groupe. Si l'échec de la pression a pour cause un refus de l'emprunteur d'honorer ses obligations, l'entraide mutuelle pourrait jouerpositivement sous réserve toutefois qu'un pourcentage élevé du groupe accorde une importance au crédit futur. 2. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONSCette étude a permis d'analyser les effets de la coresponsabilité sur la performance du crédit de groupe à partir de données issues des groupes de crédit de l'institution MRFC au Malawi. Le travail ne valide pas la proposition 1 de façon robuste, car l'effet de l'auto sélection n'est pas pertinent. Toutefois, on a constaté que les principaux éléments de la coresponsabilité, qui agissent positivement sur le comportement des groupes issus de l'échantillon, sont : la pression des pairs, la surveillance et l'entraidemutuelle. Nous remarquonségalement que la pression des pairs agit en amont (interne) et en aval (externe) des problèmes de remboursement. Il en est de même de la surveillance mutuelle. Cela confirme l'analyse selon laquelle la surveillance mutuelle et la pression des pairs permettent de réduire le problème de l'aléa moralet améliorent la performance du groupe. Les résultats montrent que l'entraide mutuelle reste l'ultime recours lorsque la pression des pairs se trouve incapable de contraindre les défaillants à rembourser après l'échéance du contrat de crédit. Nonobstant ces effets positifs de la coresponsabilité sur le comportement des emprunteurs, le MRFC continuait d'avoir des taux de remboursement décroissants de cycle en cycle. Le premier modèle a permis de comprendre les causes de cette baisse des remboursements. Les estimations économétriques valident la proposition 2 de façon robuste dans la mesure où son effet marginal sur la probabilité de défaillance reste le plus important (tableau 2). Ce constat confirme l'explication du comportement de défaillance stratégique qui trouve son origine dans les règles de la coresponsabilité. Ce constat ne doit pas être considéré comme une inefficacité totale de la responsabilité conjointe, mais doit plutôt susciter une réflexion sur la solution au problème de défaillance stratégique. Pour réduire l'asymétrie informationnelle il convient, dans un premier temps d'éviter des groupes de taille trop importante. Dans un second temps, il faut souligner l'importance de la formation des groupes. En outre, il faut éviter d'avoir des groupes se constituant autour d'emprunteurs qui exercent la même activité (risque covariant). Afin de faire face au problème de défaillance stratégique, et de protéger les bons emprunteurs, c'est-à-dire ceux qui accordent une grande importance au crédit futur, nous suggérons le relâchement d'une règle de coresponsabilité, c'est-à-dire la perte du crédit futur de tous les membres du groupe si au moins un membre est défaillant. BIBLIOGRAPHIEArmendariz de Aghion B., « On the Design of a Credit Agreement with Peer Monitoring », Journal of Development Economics, vol. 60, n° 1, October 1999, p. 79-104. Besley T. et Coate S., « Group Lending, Repayment Incentives and Social Collateral », Journal of Development Economics, vol. 46, n° 1, February 1995, p. 1-18. Bhat N. et Tang S., « The Problem of Transaction Costs in Group-Based Microlending: An Institutional Perspective », World Development, vol. 26, n° 4, April 1998, p. 623-637. 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