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Chief Editor

ID: 92939
Added: 2006-01-16 23:15
Modified: 2006-02-03 22:34
Refreshed: 2012-02-10 18:05

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II. LA MICROFINANCE ET SES ENJEUX
Microfinance et performance de remboursement au Bangladesh : Comment améliorer l'allocation des prêts des IMF's ?
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Marie Godquin1

Le principal objectif des institutions de microfinance (IMFs) est de donner accès aux pauvres aux services financiers (épargne et crédit) afin de limiter les contraintes financières aux quelles ils font face et de lutter contre la pauvreté. Qu'elle soit à but lucratif ou non, toute IMF cherche à obtenir des taux de remboursement les plus élevés possible. Des taux de remboursement élevés sont en effet associés à des bénéfices élevés pour l'IMF comme pour ses emprunteurs2. Ils permettent à l'IMF de baisser les taux d'intérêt qu'elle pratique sur ses prêts et ainsi de réduire le coût financier du créditet de rendrele crédit accessibleà des emprunteurs plus nombreux tout en limitant les subventions croisées entre emprunteurs3. L'amélioration des taux de remboursement peut aussi permettre de réduire la dépendance aux subventions de l'IMF. Il est aussi parfois considéré que des taux de remboursement élevés sont révélateurs de l'adéquation des services de l'IMF aux besoins de ses clients. Enfin le fait que la performance de remboursement soit un indicateur clef des bailleurs de fonds – dont beaucoup d'IMFs dépendent encore pour leurs activités – en fait également une variable dont la maîtrise est de prime importance pour les IMFs.

Les principaux facteurs influençant le remboursement des prêts sont liés aux asymétries d'information, aux chocs négatifs aux quels font face les emprunteurs ou à la mauvaise qualité d'institutions telles que la justice ou l'éducation. Les asymétries d'informations apparaissent lorsqu'il est coûteux pour l'IMF d'obtenir des informations sur les caractéristiques ou le comportement de l'emprunteur. Ces asymétries génèrent des problèmes de sélection adverse – attribution de prêts aux emprunteurs très risqués – ainsi que des problèmes d'aléa moral – situation où l'emprunteur agit d'une manière non appropriée (il fait peu d'effort ou des efforts insuffisants pour faire fructifier son prêt ou l'utilise de manière non appropriée) –. Les problèmes de sélection adverse et d'aléa moral augmentent la proportion d'emprunteurs qui ne peuvent rembourser leur prêt à la date d'échéance car le rendement de l'utilisation de leur prêt ne le leur permet pas. Les emprunteurs qui ont assez d'argent pour rembourser peuvent cependant décider de faire défaut sur le remboursement. Le coût pour eux, associé à cette stratégie peut en effet être faible si l'institution requiert peu de collatéral et si le système légal fournit peu de soutien à l'IMF pour obtenir le remboursement de prêts défectueux. Les IMFs doivent donc développer des méthodologies de prêt qui permettent de contourner ces problèmes de sélection adverse, d'aléa moral et de défaut stratégique.

1 TEAM, Université de Paris I – Panthéon Sorbonne, et CNRS, France.

2 Si une bonne performance de remboursement est un pré requis de la pérennité financière, elle n'en est pas une condition suffisante. Des coûts administratifs importants ou une rotation élevée des emprunteurs peuvent en effet être la contrepartie de ces taux de remboursement élevés.

3 Lorsque les emprunteurs diffèrent dans leurs probabilités de non remboursement et qu'il est difficile pour l'IMF de prélever un taux d'intérêt différent pour chaque emprunteur, les emprunteurs qui ont une probabilité de défaut plus élevée seront subventionnés par les emprunteurs moins risqués.

Dans cet article, nous souhaitons contribuer à l'amélioration de la performance de remboursement des IMFs en examinant les déterminants des taux de remboursement et en portant une attention particulière aux « innovations de la microfinance » tels que le prêt groupé, l'utilisation de services non financiers et de mécanismes incitatifs dynamiques. Cette étude questionne également l'adéquation des politiques d'attribution des prêts et ce à partir de la comparaison des déterminants de la taille des prêts à ceux de la performance de remboursement. Nous utilisons une approche objective de la performance de remboursement dans la mesure où nous retenons une variable construite à partir des déclarations des emprunteurs et non à partir des taux de remboursements avancés par leurs IMFs.

Après correction de l'endogénéité de la taille du prêt, les résultats indiquent que les services non financiers ont un impact positif sur la performance de remboursement mais que l'homogénéité des groupes de prêt et les liens sociaux entre les membres de ces groupes ne sont pas systématiquement associés à de meilleurs taux de remboursement.

Après une rapide présentation du cadre conceptuel (section 1), la section 2 propose une rapide revue de littérature et la section 3 donne quelques détails sur le contexte de l'étude. La section 4 présente le modèle économétrique. Les résultats sont discutésen section 5 et l'article conclue sur les implications en terme de politique économique et de recherche future.

1. AMÉLIORER LA PERFORMANCE DE REMBOURSEMENT : PRÉSENTATION DU CADRE D'ANALYSE CONCEPTUEL

Un taux de remboursement parfait (100 %) à l'échéance peut être assimilé à un optimum de premier rang. Si l'IMF ne peut atteindre un tel taux à l'aide des différents éléments de la structure incitative de sa méthodologie de prêt, elle utilisera des stratégies de second rang afin d'accroître sa performance de remboursement. Elle cherchera ainsi à attribuer des prêts plus élevés aux emprunteurs moins risqués ou à réduire la durée des retards de remboursement.

1.1. Optimum de premier rang en matière de remboursement

Le rationnement du crédit et l'utilisation de collatéral sont les deux méthodes les plus fréquemment utilisées par les banques pour limiter les problèmes d'asymétrie d'information sur le marché ducrédit. Ces méthodes conduisent mécaniquement à l'exclusion des emprunteurs pauvres du marché du crédit. Afin d'expliquer comment la microfinance réussit avec succès à prêter à ces emprunteurs pauvres, de nombreux travaux utilisent des modèles d'agence pour montrer qu'en prêtant à des groupes d'emprunteurs conjointement solidaires sur le remboursement de leurs prêts, les contrats de microfinance permettent de remédier à la sélection adverse et aux problèmes d'aléa moral liés aux asymétries d'information. D'autres modèles démontrent également que l'utilisation de contrats de prêts groupés permet également d'améliorer les taux de remboursement car les interactions sociales rendent plus coûteuse pour les emprunteurs la stratégie de non-remboursement. Les liens sociaux et l'homogénéité des groupes d'emprunteurs influencent également la performance de remboursement car ils favorisent le contrôle des actions des emprunteurs (peermonitoring) et la pression au remboursement (peer pressure) des membres du groupe de même qu'ils peuvent directement résulter de l'auto sélection efficace des membres du groupe de prêt. L'utilisation d'échéances fréquentes pour le remboursement ou de mécanismes incitatifs dynamiques1 sont d'autres mécanismes utilisés par les institutions de microfinance pour augmenter leur performance de remboursement. Par ailleurs, l'offre de services non financiers en complément des services d'épargne et de crédit accroît la capacité des emprunteurs de rembourser tout en augmentant la valeur qu'ils portent à leur relation à l'institution de microfinance. L'ensemble des mécanismes susmentionnés sont appréciés comme des innovations financières qui permettent aux IMFs de prêter aux pauvres tout en respectant des objectifs de viabilité financière. Lorsque l'utilisation de ces mécanismes est insuffisante pour permettre à l'IMF d'atteindre un taux de remboursement de 100 %, taux qui correspond à l'optimum de premier rang, et lorsque les emprunteurs n'ont pas tous la même probabilité de défaut, l'IMF peut chercher à atteindre un optimum de second rang où le montant total des prêts remboursés à temps est maximum. Dans la section suivante, nous expliquons pourquoi les emprunteurs sont intéressés par des prêts plus larges et pourquoi les IMFs devraient, afin d'atteindre l'optimum de second rang, attribuer des prêts plus importants aux emprunteurs ayant des probabilités de rembourser à temps plus élevées.

1 On parle de mécanismes incitatifs dynamiques pour faire référence à la menace de ne plus attribuer de prêt à un emprunteur qui n'a pas respecté le calendrier de remboursement de son prêt. Les mécanismes incitatifs dynamiques sont d'autant plus forts que l'IMF attribue des prêts plus importants à chaque nouveau cycle de crédit aux emprunteurs ayant fait preuve d'une bonne discipline dans leur remboursement.

1.2. L'optimum de second rang : accroître la valeur des dettes remboursées à l'échéance

1.2.1. Le contexte

Considérons une institution de microfinance qui fournit des prêts à des groupes solidaires à un taux d'intérêt unique. Les emprunteurs de cette IMF diffèrent de par leur village, groupe solidaire, capacités et préférences.

Lorsque le rationnement du crédit est très important, il existe un éventail diversifié de projets productifs et la productivité moyenne du capital est croissante. Le profit espéré de l'emprunteur augmentera donc avec la taille du prêt pour une durée de prêt donnée.

L'emprunteur peut acquérir des informations sur l'argent nécessaire pour chacun des projets qu'il peut gérer de même que sur les rendements et la probabilité de réussite de ces projets avant de faire une demande de prêt. Les projets qu'il envisage doivent être tels que, à chaque échéance de remboursement partiel ou final, la somme des bénéfices générés par le projet et des bénéfices générés par les autres activités du ménage est supérieure à la somme due. Cet ensemble de projets envisageables sera plus ou moins large en fonction des caractéristiques propres au village où habite l'emprunteur : dynamisme économique de la zone, distance des lieux de commercialisation, saturation de la concurrence sur les différents projets. Un troisième niveau de sélection réduisant l'ensemble des projets pouvant être entrepris par l'emprunteur peut s'effectuer par le groupe de prêt dans la mesure où les membres du groupe de prêt peuvent inciter l'emprunteur à entreprendre un projet similaire – de par sa taille, type d'activité et probabilité de succès – aux leurs. La bonne gestion d'un tel projet serait en effet plus facile à surveiller et un tel projet réduirait les différences en terme de probabilité de remboursement qui engendre de facto des subventions croisées des membres du groupe.

1.2.2. Le comportement de l'emprunteur : demande de crédit et remboursement

Nous considérons un emprunteur qui a la possibilité d'emprunter auprès d'une institution de microfinance. La demande de prêt de cet emprunteur est caractérisée par la taille du prêt qui maximise le rendement espéré du prêt.

La durée optimale du prêt dépend de la distribution dans le temps des bénéfices issus du projet, de la taille du projet, des préférences de l'emprunteur pour la consommation présente et de la conditionnalité de l'attribution des prêts au remboursement des prêts précédents. Il y a traditionnellement peu de flexibilité dans les maturités proposées des microcrédits et ainsi nous considèreront la durée du prêt comme une variable exogène. L'emprunteur sélectionne pour chaque taille de prêt le projet qui lui permet de maximiser ses bénéfices espérés.

Comme ces derniers sont une fonction croissante de la taille du prêt, l'emprunteur préfèrera toujours des prêts plus gros. Il demandera donc à l'IMF le prêt le plus important qui lui soit possible de demander étant donné l'ensemble des projets qu'il peut entreprendre – ensemble défini par les caractéristiques de l'emprunteur, de son environnement et celles de son groupe de prêt.

Pour un emprunteur particulier et une durée de prêt donnée, il est montré (Freimer et Gordon, 1965) que la probabilité de remboursement décroît avec la taille du prêt comme le montre la Figure 1 où Pmin représente la probabilité de non-remboursement minimale, i.e. celle qui est liée à des facteurs extérieurs aux choix de l'emprunteur comme la maladie ou la destruction accidentelle de ses actifs productifs. La vitesse de l'évolution de la probabilité de non-remboursement avec la taille du prêt varie selon les emprunteurs en fonction de leurs dotations initiales et des coûts qu'ils associent aux stratégies d'aléa moral et de défaut stratégique.

Figure 1. – Montant optimal des prêts – Côté offre

Image

1.2.3. Réaction de l'IMF : augmenter la valeur des prêts remboursés à temps

Si, comme évoqué en fin de section précédente, l'IMF ne peut atteindre un taux de remboursement de 100 % à l'aide des différents mécanismes incitatifs de sa méthodologie de prêt, l'IMF devra se fixer un nouvel objectif en matière de performance de remboursement. Afin de ne pas dépasser ce nouveau taux cible de défaut, l'IMF attribuera des prêts plus grands aux emprunteurs moins risqués, comme le montre la figure 1, si elle peut observer des différences dans les probabilités de remboursement de ses emprunteurs.

2. REVUE DE LITTÉRATURE EMPIRIQUE

À la suite de la littérature théorique sur le microcrédit, on s'attend à ce que le fait de prêter à des groupes solidaires sur le remboursement de leur prêts soit associé à une meilleure performance de remboursement et ce plus particulièrement via l'auto-sélection des membres du groupe et leur contrôle des activités des autres membres du groupe. On s'attend également à ce que l'homogénéité des groupes de prêt ainsi que les liens sociaux accroissent la performance de remboursement car ils doivent être associés à de meilleures dynamiques de groupe. En effet, l'homo-généité des groupes de prêt peut résulter d'une auto-sélection efficace (homogénéité des risques) et peut faciliter le contrôle des activités des membres du groupe (homogénéité en terme de pouvoir économique, d'intérêt). De forts liens sociaux entre les membres du groupe devraient avoir le même effet car ils rendent plus aisé le contrôle par les pairs et augmentent le coût du défaut stratégique du fait d'une sanction sociale plus forte. Les mécanismes incitatifs dynamiques et l'utilisation de services non financiers sont des outils propres de la microfinance et ne reposent pas sur les pratiques de prêt groupé. Les modèles théoriques leur attribuent également un rôle positif dans l'augmentation de la performance de remboursement.

Différents travaux ont cherché à vérifier empiriquement les différentes prédictions de ces modèles théoriques. Bratton (1986) s'intéresse à la performance comparée des prêts individuels et prêts groupés à partir de données sur le Zimbabwe. Il constate que les prêts groupés ont une meilleure performance que les prêts individuels les années de bonne récolte maisune performance moindreles années desécheresse, lorsqu'il est plus probable que certains membres du groupe ne peuvent honorer leurs dettes. Paxton (1996) analyse les déterminants de la performance de remboursement de 140 groupes de prêt au Burkina Faso. Elle attire l'attention sur le fait qu'un « effet de domino »1 négatif peut plus que compenser l'effet positif du prêt groupé. Zeller (1998) utilise des informations sur 146 groupes de prêt à Madagascar et fournit des arguments en faveur du prêt groupé. Dans son article, Zeller montre que le groupe a aussi un rôle d'assurance ce qui permet d'augmenter les performances de remboursement de ses membres.

1 Paxton définit l'effet de domino comme la situation où au moins un des membres du groupe ne rembourse pas uniquement parce que d'autres membres de son groupe ne remboursement pas leur prêt.

Afin d'étudier la source des effets positifs des prêts groupés, certaines études s'intéressent à l'impact de niveaux différenciés de sélection par les pairs, de contrôle par les pairs et de pression au remboursement par les autres membres du groupe. Wenner (1995) teste si la sélection par les pairs a un impact sur la performance de 25 groupes de crédit du Costa Rica et s'intéresse à l'utilisation d'information locale des membres des groupes de prêts en vue de la sélection de leurs pairs. Son étude montre que les groupes de prêt utilisent de l'information privée pour sélectionner leurs membres et que ce mécanisme de sélection accroît la performance de remboursement des groupes1. L'étude susmentionnée de Zeller (1998) confirme également le rôle positif de la sélection par les pairs (règlement interne) sur la performance de remboursement. Wydick (1999) étudie, à l'aide de données sur 137 groupes de crédit au Guatemala, comment la cohésion sociale affecte les performances des groupes en terme detaux de remboursement, d'auto assurance du groupe et d'aléa moral. Il montre que le contrôle par les pairs dans les groupes urbains et la pression au remboursement des pairs dans les groupes ruraux affecte significativement la performance de remboursement. Contrairement aux conclusions sur l'impact positif des dynamiques de groupes des trois articles précédents, Diagne et al. (2000) ont trouvé, en travaillant sur des données du Malawi, que le contrôle et la pression par les pairs ainsi que la responsabilité solidaire avaient un impact faible ou négatif sur la performance de remboursement et que la sélection par les pairs était limitée.

Les liens sociaux et l'homogénéité des groupes sont censés augmenter l'impact positif des dynamiques de groupe cependant, les études empiriques sur ce point ont produit des résultats mitigés. L'étude de Sharma et Zeller (1997), basée sur l'analyse des taux de remboursement de 128 groupes de crédit au Bangladesh, a mis en avant un impact négatif non attendu des lienssociaux préexistants ainsi que de l'homogénéité des membres du groupe en terme d'actifs et de type d'entreprise. L'étude de Zeller (1998) examine les effets de l'homo-généité des actifs ou des projets des membres du groupe sur les performances de remboursement. Alors que cette analyse confirme le rôle positif que joue la cohésion sociale, elle conclue également que la diversification des risques, jusqu'à un certain niveau, a un impact significatif et positif sur la performance de remboursement. Cela peut être en partie expliqué par ce que Paxton (1996) appelle le problème d'appariement (« matching problem »). Un problème d'appariement survient lorsque les termes d'un contrat de prêt commun ne sont plus appropriés aux besoins de tous les membres du groupe, au moment du renouvellement des prêts. Si l'homogénéité de départ des membres du groupe et l'expérience dans la conduite d'activités de groupe étaient le pendant de bonnes performances de remboursement pour les premiers prêts, avec le temps, l'impact négatif des problèmes d'appariement et de l'absence de diversification des risques (qui limite les possibilités d'auto assurance des membres du groupe) vont plus que compenser l'impact positif de l'homogénéité du groupe.

1 Wenner questionne l'intérêt de l'utilisation de cette information locale en montrant que les coûts supportés par l'emprunteur pour obtenir cette information dépassent les bénéfices liés à l'amélioration de la performance de remboursement.

Parallèlement à la technique de prêt groupé, la méthodologie de prêt des IMFs prévoit fréquemment l'utilisation de mécanismes incitatifs dynamiques ainsi que de services non financiers. Par ailleurs, la formule de certains programmes de microfinance est parfois qualifiée de formule « crédit plus » ou encore d'intermédiation financière et sociale dans la mesure où ils proposent des services (comme des services de santé ou d'alphabétisation) ou de la formation qui dépassent les services financiers. Contrairement aux mécanismes liés aux prêts groupés, ces deux éléments importants des méthodologies de prêt des programmes de microfinance ont été peu documentés jusqu'à présent. Dans l'étude de Diagne et al. (2000), le facteur ayant le pouvoir incitatif le plus important pour le remboursement est la valeur que les groupes de prêt associent à l'accès à de nouveaux crédits dans le futur. Pour Sharma et Zeller (1997), le rationnement du crédit, jusqu'à un certain seuil, a un impact significatif positif sur les performances de remboursement. Dans une étude sur la Grameen Bank, Khandker et al. (1994) ont montré que le taux de non-remboursement augmentait avec la période d'activité de la branche dans la région. Ces auteurs expliquent ce résultat par la possible diminution de la rentabilité des nouveaux projets. Ce résultat pourrait également provenir d'une diminution des mécanismes incitatifs dynamiques avec le temps, surtout si les emprunteurs observent que l'octroi de nouveaux crédits n'est pas systématiquement refusé aux emprunteurs en retard de paiement ou n'ayant pas remboursé leurs prêts précédent. Khandker et al. (1994) ont aussi montré que la formation des membres, qui peut être associée à des services non financiers, avait une influence positive sur le remboursement.

La plupart des études sur les déterminants des taux de remboursement introduisent également des variables de contrôle sur les caractéristiques de l'emprunteur et de sa zone. Khandker et al. (1994) se posent ainsi la question de savoir si les défauts de remboursement sont aléatoires, influencés par des comportements imprévisibles ou influencés de manière systématique par des caractéristiques locales qui peuvent affecter les conditions de production locale ou l'efficacité de la branche. Leur test empirique sur des prêts en retard de paiement de la Grameen Bank semble confirmer cette dernière hypothèse. L'électrification rurale, la taille des routes, les infrastructures d'éducation primaire et la densité des banques commerciales de même que la paie du gérant de la branche sont positivement corrélées avec un faible taux de non-remboursement. Paxton (1996) montre également que l'accès à d'autres sources de crédit, la présence de marchés et une localisation urbaine sont liées à une meilleure performance de remboursement. Au sujet de l'influence des caractéristiques personnelles des emprunteurs, Zeller (1998) a montré que les préjugés traditionnels à l'encontre des femmes, des jeunes et des familles de grande taille n'avaient pas lieu d'être. Matin (1997), a mis en avant que la participation à de multiples ONG – ce qu'il associe à l'accès à différentes sources de crédit peu cher – des emprunteurs de la Grameen Bank a un impact négatif sur le remboursement. Il a également montré que l'éducation et la surface de terre cultivée qui peuvent être assimilées à des proxis de richesse de l'emprunteur influencent positivement le remboursement. Par ailleurs, dans l'étude de Matin, la taille du prêt n'avait pas d'impact sur le remboursement alors que plus un emprunteur était membre du programme depuis longtemps, moins sa performance de remboursement était bonne.

Les études susmentionnées attribuent un rôle partagé aux mécanismes associés au prêt groupé alors que le rôle des services non financiers et des mécanismes incitatifs dynamiques est très peu documenté. Il était donc important de réaliser des analyses complémentaires sur l'impact de ces innovations financières de la microfinance. Dans cet article, nous testons l'impact des liens sociaux et de l'homogénéité des groupes ainsi que l'impact des services non financiers et des mécanismes incitatifs dynamiques sur la performance de remboursement. L'impact des principales caractéristiques du contrat de prêt et de l'emprunteur sera également pris en compte.

3. DONNÉES

Nous utilisons dans cet article les données issues d'une enquête quasi-expérimentale conduite au Bangladesh en 1991-1992 par le BIDS (Bangladesh Institute of Development Studies) et la Banque mondiale. Cette enquête a été conçue pour mesurer l'impact de la microfinance sur différentes dimensions de la pauvreté au Bangladesh. L'enquête couvre 1 798 ménages venant de 87 villages issus de 29 thanas (départements) différents1. Parmi ces ménages, 1 538 ménages étaient éligibles aux programmes de microfinance, ce qui signifie qu'ils étaient assez pauvres (ils détiennent moins de 0,5 acre soit moins de 2 023 mètres carrés de terre cultivable) pour avoir accès aux services de microfinance. Trois principaux programmes de microfinance, la Grameen Bank, la BRAC (Bangladesh Rural Advancement Committee) et la BRDB (Bangladesh Rural Development Board), couvrent ces villages et 905 ménages en étaient membres. Nous concentrons notre analyse sur ces ménages et utilisons 2 349 observations correspondant à 485 prêts de la BRAC, 430 prêts de la BRDB, 1081 prêts de la Grameen Bank et 353 prêts émis par d'autres fournisseurs de crédits (le tableau 1 décrit ces autres fournisseurs de crédit).

1 Ces thanas ont été choisis au hasard à partir de la liste des 391 thanas du Bangladesh.

Tableau 1. –Autres fournisseurs de crédit (353 observations)

Gouvernement

  2,8 %

Krishi Bank

10,2 %

Banque commerciale

10,5 %

Cooperative

  2,3 %

Autre ONG

  7,4 %

Famille

33,1 %

Amis et voisins

21,8 %

Commerçant

  3,7 %

Propriétaire

  5,1 %

Autres

  3,8 %

Nous avons construit, à l'aide de l'information sur la date d'échéance du prêt et sur la date à laquelle le prêt a été complètement remboursé, plusieurs variables indicatrices individuelles de performance de remboursement. Ces variables peuvent être considérées comme des indicateurs réels de la performance de remboursement du fait qu'elles sont construites à partir des indications des emprunteurs (vraisemblablement à partir de leur livret de remboursement) et l'information n'est donc pas transformée par les programmes de microfinance en fonction de leur définition de ce qui constitue un retard de remboursement. Comme l'indique le tableau 2, le taux de remboursement à temps est significativement inférieur aux taux de 95 % ou 98 % communément mis en avant dans les communications des programmes de microfinance. Cependant, lorsqu'un délai de grâce de 12 mois est accordé à l'emprunteur, le taux de remboursement des microcrédits passe de 50 % à 94 %. Le tableau 2 montre également que quel que soit le délai de grâce considéré, les taux de remboursement de la microfinance sont toujours largement supérieurs à ceux que connaissent les autres fournisseurs de crédit (dont le taux de remboursement à l'échéance est de 14 %).

Tableau 2. – Différentes mesures du taux de remboursement

Taux de remboursement

IMFs

BRAC

BRDB

GB

Autres prêteurs

ROT

0,50
(1 700)

0,37
(388)

0,50
(317)

0,55
(995)

0,14
(303)

RTG3

0,76
(1 591)

0,65
(341)

0,65
(286)

0,84
(964)

0,37
(172)

RTG6

0,84
(1 479)

0,74
(315)

0,77
(254)

0,89
(910)

0,43
(153)

RTG12

0,94
(1 355)

0,90
(270)

0,90
(234)

0,96
(851)

0,60
(119)

ROT : Dummy = 1 si l'emprunteur a remboursé son prêt sans retard.

RTG3 : Dummy = 1 si l'emprunteur a remboursé son prêt avec un retard inférieur à trois mois.

RTG6 : Dummy = 1 si l'emprunteur a remboursé son prêt avec un retard inférieur à six mois.

RTG12 : Dummy = 1 si l'emprunteur a remboursé son prêt avec un retard inférieur à douze mois.

(Le nombre d'observations disponibles pour le calcul de chacun des taux de remboursement est donné entre parenthèses.)

Les caractéristiques des contrats de microcrédit diffèrent également de celles des autres prêteurs comme on peut le voir dans les tableaux 3 et 4. Les programmes de microfinance proposent des prêts significativement plus petits et 70 % des microcrédits étaient inférieurs à la taille optimale désirée par l'emprunteur1 contre 30 % seulement pour les prêts des autres prêteurs. Nous ne disposons pas de l'information sur les autres dimensions du rationnement comme les demandes de crédit rejetées ou découragées.

1 On considère que ces prêts sont rationnés car l'emprunteur mentionne qu'il aurait désiré emprunter une somme plus importante à ce prêteur, au même taux d'intérêt, pour le même motif et à la même date.

Tableau 3. – Statistiques descriptives sur les contrats de microcrédit

Variables

Description

Impact théorique sur le remboursement

Nombre d'observations

Moyenne

Écart type

Min

Max

PRIN

Montant du prêt (en taka)

1996

2 931,057

1 381,296

1 000

10 000

DURATION

Maturité du prêt (en jours)

 

1981

400,371

187,873

0

2 542

BRAC

Dummy : = 1 si le prêt provient de la BRAC

 

1996

0,243

0,429

0

1

BRDB

Dummy : = 1 si le prêt provient de la BRDB

 

1996

0,215

0,411

0

1

SEX

Dummy : = 1 si l'emprunteur est un homme; 2 si c'est une femme

 

1996

1,661

0,474

1

2

PASSET

Actifs productifs du ménage en valeur (en taka)

 

1996

35 756,800

57 856,670

0

459 001

SELFEAGR

Dummy : = 1 si l'emprunteur a des revenus d'activité agricole indépendante

 

1996

0,712

0,453

0

1

NBLR

Nombre de proches qui possèdent de la terre

 

1996

2,809

3,309

0

13

AGEGP

Nombre de mois d'interaction du groupe de prêt depuis sa création à l'échéance du prêt

+

1949

33,177

22,104

0

114

SAMEEDU

Dummy : = 1 si l'emprunteur et le leader du groupe ont le même niveau d'éducation (plus ou moins deux ans)

+

1996

0,578

0,494

0

1

SAMEAGE

Dummy : = 1 si l'emprunteur et le leader du groupe ont le même âge

+

1996

0,394

0,489

0

1

NFSL

Dummy : = 1 si l'IMF met à disposition de l'emprunteur des services d'alphabétisation

+

1996

0,678

0,467

0

1

NFSH

Dummy : = 1 si l'IMF met à disposition de l'emprunteur des service de santé de base

+

1996

0,696

0.460

0

1

CRD

Dummy : = 1 si l'emprunteur aurait voulu emprunter plus que le montant attribué au taux d'intérêt du prêt

+

1996

0,712

0.453

0

1

PREVLOAN

Montant du prêt précédent (en taka)

 

1996

1 621,738

1 700,985

0

8 000

 

Tableau 4. – Détails du contrat de prêt des autres prêteurs

 

N

Moyenne

Écart type

Min

Max

PRIN

353

5 753,853

17 961,540

1 000

190 000

DURATION

203

356,143

350,453

0

2 772

INTEREST RATE

353

36,255

53,648

0

300

SEX

353

1,102

0,303

1

2

PASSET

353

68 135,710

105 246,500

0

609 602

SELFEAGR

353

0,816

0,388

0

1

NBLR

354

3,500

3,579

0

15

CRD

353

0,309

0,463

0

1

En reconstruisant l'historique des prêts auprès des programmes de microcrédit, nous avons pu constater que si la taille moyenne du prêt augmente avec le cycle de crédit, elle n'en reste pas moins variable pour chaque cycle de crédit (voir tableau 5), ce qui semble indiquer une certaine marge de manœuvre des agents de crédit pour la fixation de la taille du prêt. Cela peut en partie être expliqué par le fait que les tailles recommandées des prêts des programmes étudiés, pour un cycle donné, varient en fonction de la zone d'habitation de l'emprunteur – municipalité, zone semi rurale ou zone reculée. Cependant pour les trois IMFs étudiées, la variance des prêts augmente avec les cycles de prêts pour les premiers cycles (pour les cycles suivants, elle diminue du fait d'une diminution importante du nombre d'observations). Cela implique que la taille des prêts proposés au sein des groupes devient moins homogène avec le temps. La taille minimale, moyenne et maximale des prêts augmente avec le cycle de crédit ce qui reflète l'utilisation de mécanismes incitatifs dynamiques (renouvellement des prêts et augmentation de leur taille à chaque cyclede prêt conditionnellementau remboursement du prêt précédent).

Seuls 0,7 % des microcrédits n'avaient pas de durée spécifiée contre 40 % des prêts des autres prêteurs. La maturité des microcrédits est par ailleurspeu variable avec88,13 % des prêtsayant une maturité comprise entre 11 et 13 mois. Ce pourcentage est de seulement 33 % pour les prêts des autres fournisseurs de crédit.

Les taux d'intérêt des programmes de microfinance sont fixes, 16 % annuel pour les trois institutions étudiées (20 % après 1991 pour la BRAC et la Grameen Bank suite à l'augmentation au Bangladesh des salaires des employés de banque). Le taux d'intérêt prélevé par les autres fournisseurs de crédit est beaucoup plus variable et est compris entre 0 % et 300 %. 34 % de ces prêts sont des prêts sans intérêt1 alors que 30 % sont des prêts dont le taux d'intérêt dépasse 20 %.

Tableau 5.– Variation du montant du prêt en fonction du cycle de crédit

BRAC Cycle de crédit

Moyenne

Écart type

Min

Max

N

1

2 048,566

11 47,083

1 000

6 000

274

2

2 888,553

1 411,682

1 000

8 000

150

3

3 707,317

1 600,686

1 500

7 000

  41

4

3 785,714

1 155,493

1 500

5 000

  14

5

      3 750

   758,287

3 000

5 000

  6

 

BRDB Cycle de crédit

Moyenne

Écart type

Min

Max

N

1

   2 036,09

   727,709

1 000

6 000

266

2

2 828,467

1 093,83

1 000

6 000

137

3

3 552,632

1 289,862

2 000

6 000

  19

4

       5 800

2 167,948

3 000

8 000

  5

5

      6 000

1 732,051

5 000

8 000

  3

 

Grameen Bank Cycle de crédit

Moyenne

Écart type

Min

Max

N

1

2 253,667

           947

1 000

10 000

300

2

2 963,736

    929.047

1 000

  6 000

273

3

3 727,848

1 192.662

1 000

10 000

237

4

4 202,532

     1148.3

1 000

  6 500

158

5

4 777,108

1 003.813

2 000

  6 500

  83

6

5 166,667

    784.464

4 000

  6 500

  27

7

5 333,333

1 154.701

4 000

  6 000

  3

1 La famille est le prêteur pour 70 % des prêts sans intérêt et les amis et voisins représentent 15 % des prêteurs de ce type de prêt.

Les programmes de microfinance sont moins flexibles que les autres fournisseurs de crédit quant au motif d'attribution des prêts : 85 % des prêts sont obtenus pour financer des activités non agricoles ou commerciale, 6 % pour des activités agricoles et 9 % pour des dépenses personnelles (pour les autres prêteurs, ces chiffres sont respectivement 24, 41 et 35 %). Cependant, différentes études mettent en avant les différences qui peuvent exister entre les motifs mentionnés et les motifs réels des prêts1.

La croissance du porte feuille des prêts dans l'échantillon est similaire à celle du porte feuille de ces IMFs pour la période considérée. Le taux de croissance du porte feuille de prêt de la Grameen Bank était en effet de 32,73 % sur la période 1986-1991 dans notre échantillon et est ainsi comparable au taux de 37,8 % calculé par Khandker et al. (1995).

Tableau 6. – Services non financiers proposés par les IMFs

6a. Accès aux services non financiers

 

BRAC

BRDB

GB

Accès à la santé de base

      56,7

48,14

80,57

Accès à l'alphabétisation

66,39

32,79

85,66

Accès à des informations marketing

        6,8

20,23

40,43

Accès à de la formation professionnelle et technique

32,78

72,79

8,05

N

    485

    915

    430

 

6b, Nombre de services non financiers aux quels l'emprunteur a accès :

 

BRAC

BRDB

GB

Aucun

0,82

        1,4

2,13

Un

25,36

42,09

18,41

Deux

31,75

5,12

31,54

Trois ou plus

42,06

      51,4

47,92

N

     485

     915

     430

 

6c, Type de service non financier proposé lorsque l'emprunteur n'a accès qu'à un seul service :

 

BRAC

BRDB

GB

Service de santé primaire

39,84

3,87

36,68

Alphabétisation

        25,2

6,63

47,24

Informations marketing

    0

    1,1

    0

Formation professionnelle et technique

    0

    58,01

    0

1 Comme 109 des 1996 microcrédits étudiés correspondent à des prêts attribués avant que le prêt précédent ne soit complètement remboursé, il est possible que certains de ces prêts ait été utilisés pour refinancer les prêts précédents. Rahman (1999) montre par ailleurs que 70 % des 217 prêts de la Grameen Bank qu'il a étudié étaient utilisés pour des motifs autres que les motifs approuvés par la banque, les utilisations alternatives incluant le prêt d'argent.

Les données ne nous permettent pas de mettre en avant des différences importantes selon les IMFs concernant les caractéristiques de leurs emprunteurs ou les modalités de leurs prêts1. Des différences surviennent cependant lorsque l'on s'intéresse aux services non financiers proposés par ces programmes (cf. tableau 6, section A-C). Quatre principaux services non financiers sont proposés par ces programmes : santé, alphabétisation, conseils de marketing et formation professionnelle et technique. Au moins un de ces services était accessible en complément de presque tous les prêts; cependant, seuls 7 % des emprunteurs de la BRAC avaient accès à des services de marketing et seulement 8 % des emprunteurs de la Grameen Bank avaient accès à de la formation professionnelle et technique. C'est pourquoi nous centrerons notre analyse empirique des services non financiers sur les services de santé et d'alphabétisation.

4. LE CADRE DE L'ANALYSE ÉCONOMÉTRIQUE

Suite à la discussion de la littérature théorique, nous décrivons l'interaction entre l'emprunteur et les IMFs à partir du modèle suivant :

Étape un : L'emprunteur sollicite un prêt d'un montant le plus élevé possible qu'il/elle peut espérer obtenir en fonction de ses projets, de ses caractéristiques, des caractéristiques de son environnement, et de son groupe.

Étape deux : Avant d'accorder un prêt à un emprunteur, l'agent de crédit de l'IMF, évalue la probabilité de défaut du demandeur en utilisant l'information qu'il possède sur ce dernier, sur le groupe d'emprunteurs, sur l'environnement, et sur le niveau d'efficacité des mécanismes incitatifs de remboursement. Si la probabilité de défaut est inférieure à la probabilité de défaut maximum acceptée par l'IMF, il accordera le prêt à l'emprunteur. Dans le cas contraire, l'agent de crédit accordera un prêt d'un montant inférieur, montant correspondant pour cet emprunteur à la probabilité de défaut maximum acceptée.

Étape trois : l'emprunteur rembourse son prêt dans les temps ou pas, selon son environnement, ses caractéristiques/capacités, les caractéristiques de son groupe et les caractéristiques du contrat d'emprunt.

La déclinaison en trois étapes des relations de microcrédit, met en avant la possible endogènéité des principales caractéristiques du contrat2 dans l'estimation du remboursement. La détermination du montant du prêt dans l'étape deux et du remboursement dans l'étape trois pourrait en effet être basée sur les mêmes variables omises – variables observées par l'IMF et l'emprunteur mais non disponibles dans la base de données (telles que les caractéristiques de l'environnement, les enquêtes réalisées par l'agent de crédit sur l'historique des emprunts du demandeur, et la situation géographique de l'emprunteur).

1 La seule différence significative concerne la proportion inférieurede femmes dans le porte feuille de la BDRB qui est un programme gouvernemental (34 % contre plus de 70 % pour la BRAC et la Grameen Bank au moment de l'enquête, 10 % pour les autres prêteurs). Cette composition plus masculine a conduit la BRDB à avoir des emprunteurs en moyenne plus éduqués.

2 Dans cet article, le montant du prêt est la seule caractéristique du contrat de prêt pour laquelle nous avons corrigé l'endogénéité. Nous avons également cherché à corriger l'endogénéité de la maturité des prêts mais nous n'avons pas pu trouver d'instruments satisfaisants. Ceci peut s'expliquer par la faible variabilité de la durée des prêts des IMF's.

Nous avons construit une variable dummy individuelle pour le remboursement dans les temps et nous utilisons un modèle probit pour estimer la probabilité pour un emprunteurde rembourser sonprêt à l'échéance1. Nous avons utilisé la méthode de Smith et Blundell (1986) pour tester l'exogéneité pour les modèles probit. L'endogéneité du montant du prêt ne peut pas être rejetée.

Les précédentes discussions nous conduisent à la stratégie d'estimation suivante :

• Premier temps : Estimation du montant du prêt :

Image

Xj représente les variables associées à la structure du groupe de prêt soit ici les liens sociaux et l'homogénéité du groupe. Nous avons utilisé l'âge du groupe à l'échéance du prêt (i.e. le nombre de mois entre la date à laquelle le groupe a été crée et la date de remboursement) comme proxy des liens sociaux intra groupe. Nous postulons en effet que la connaissance des caractéristiques et du comportement des autres membres ainsi que le niveau des liens sociaux augmentent avec la maturité du groupe d'emprunteurs (AGEGP) et nous supposons ainsi que la capacité des membres du groupe à surveiller et influencer chacun des autres membres augmente avec l'âge du groupe. La variable AGEGP est supposée avoir un impact positif sur les performances de remboursement. Les variables d'homogénéité du groupe sont basées sur les caractéristiques partagées (âge, niveau d'éducation) de l'emprunteur et de son responsable de groupe. Suivant le cadre théorique présenté précédemment, nous présumons que les variables d'homogénéité des groupes (SAMEEDU, SAMEAGE) ont un impact positif sur la performance de remboursement.

1 Nous avons également effectué des estimations utilisant des définitions moins strictes de la performance de remboursement (remboursement avant trois, six ou douze mois après l'échéance du prêt). Ces estimations conduisent à réduire de manière importante l'échantillon pour ne conserver que les prêts dont l'échéance était de trois à douze mois avant l'enquête.

Yj décrit les variables des services non financiers. Nous utilisons l'accès à l'alphabétisation (NFSL) et l'accès aux soins médicaux (NFSH) pour les services non financiers fournis par l'IMF. L'accès à de tels services nous permet d'espérer un impact positif sur le remboursement comme nous l'avions vu dans le cadre conceptuel.

Zi est une variable représentant les mécanismes incitatifs dynamiques qui sont approximés ici par le rationnement du crédit. Le pouvoir incitatif des mécanismes dynamiques est supposé avoir un impact positif sur le remboursement.

Wj représente les variables de contrôle exogènes. Les variables de contrôle rassemblent les caractéristiques des emprunteurs, de leur ménage et des informations de base sur le prêt (durée pour le prêt et variable muette pour l'IMF ayant octroyé le prêt).

IVp représente les instruments utilisés pour le montant du prêt. Nous utilisons la valeur du précédent prêt comme instrument principal de l'estimation du montant du nouveau prêt. La valeur du précédent prêt apparaît comme un bon estimateur du montant du nouveau prêt car il ne devrait pas affecter le remboursement du prêt actuel et parce qu'il était déterminé sur les mêmes variables inobservables que le prêt actuel.

• Deuxième temps : Test de l'exogéneité (Smith et Blundell, 1986) du montant du prêt dans la détermination de la performance de remboursement :

Image

Ri, la variable latente du modèle, représente la capacité de l'emprunteur à générer plus d'argent avant la date d'échéance que le montant (principal + intérêts) dont il doit s'acquitter.

Nous observons le remboursement Image, lequel prend la valeur 1 si Ri> 0 et 0 si Ri< 0.

L'exogéneité est rejetée si le coefficient du terme d'erreur (η) est significativement différent de 0. Cela signifierait en effet que la structure du terme d'erreur est la suivante : Image

L'application de ce test ne permet pas de rejeter l'endogéneité du montant emprunté et confirme que nous avons utilisé une variable instrumentale appropriée pour le montant du prêt.

• Troisième temps : Estimation de la performance de remboursement :

Image

• Quatrième temps : Des prêts plus importants, pour qui ?

Après le commentaire des résultats de l'estimation économétrique de la probabilité de remboursement, nouscomparons ses facteurs déterminants à ceux du montant du prêt. Si nous supposons que le montant du prêt reflète la perceptionde l'IMF des capacités de l'emprunteur, cette méthode nous permet d'analyser l'adéquation de l'attribution des prêts de l'IMF.

Comme nous l'avons vu, le montant du prêt est le résultat conjoint des facteurs de demande (étape un) et d'offre (étape deux). C'est pour cette raison que nous ne pouvons pas supposer de manière simplificatrice que le montant des prêts reflète les capacités que l'IMF attribue à un emprunteur spécifique. Nous devons considérer séparément les cas suivants :

(a) si la demande de l'emprunteur en terme de montant du prêt est supérieure au montant du prêt final, le montant du prêt reflète la perception de l'IMF;

(b) si la demande est identique au montant du prêt attribué, cela peut signifier que l'IMF aurait accordé à l'emprunteur un prêt plus élevé s'il en avait initialement fait la demande. Dans ce cas précis nous ne savons passi le montantdu prêt reflètela perception exacte de l'IMF sur la capacité de l'emprunteur à rembourser.

L'estimation dans le montant du prêt utilisé dans cette étape est donc effectuée à partir du sous échantillon des emprunteurs rationnés (environ 70 % de l'échantillon)1. Comme le montant des prêts est sensé augmenter avec le cycle d'emprunt (utilisation des mécanismes incitatifs dynamiques), nous avons complété cette analyse des facteurs explicatifs du montant des prêts par une analyse des facteurs explicatifs des variations du montant des prêts pour différents cycles de crédit. Nous avons utilisé la différence entre la taille du prêt et la taille moyenne des prêts pour le cycle de prêt et l'IMF concernés (spécification II) ainsi que la taille du prêt pour des sous échantillons correspondant au premier cycle de prêt (spécification III) et au second cycle de prêt (spécification IV)2.

1 Les emprunteurs sont considérés être rationnés s'ils déclarent qu'ils auraient voulu emprunter plus auprès du même prêteur, au même taux d'intérêt et pour le même motif le jour où ils ont emprunté.

2 Nous ne disposions pas de suffisamment d'observations pour effectuer la même analyse sur les cycles de prêt plus élevés (le coefficient de détermination ajusté correspondant au troisième cycle de prêt, était de 1,85 % seulement, pour 193 observations).

5. RÉSULTATS ET DISCUSSION

Les résultats de l'analyse des facteurs explicatifs des taux de remboursement sont présentés dans un premier temps avant d'être comparés aux facteurs permettant d'expliquer l'attribution des prêts des IMFs.

5.1. Comportement de remboursement de l'emprunteur

Le résultat de l'estimation du modèle probit du comportement de remboursement est reporté dans le tableau 7. Ce modèle a été implémenté à partir d'un sous-ensemble de la base de données qui contenait uniquement les observations de prêts dont la date de maturité avait été dépassée au moment de l'enquête et pour lesquels l'information sur toutes les variables explicatives était disponible. Le tableau 7 représente cinq spécifications du modèle empirique de l'équation (3). La première colonne fournit les résultats du modèle contraint dans lequel seul le montant instrumenté des prêts et les variables de contrôle exogènes ont été introduits. Les variables de groupe, de services non financiers et de mécanismes incitatifs dynamiques ont été rajoutées séparément à ce modèle contraint dans les colonnes deux à quatre. La dernière colonne représente le modèle complet.

Pour chacune des cinq spécifications, le test de Smith et Blundell ne rejette pas l'endogéneité du montant des prêts dans la détermination de la performance de remboursement. Pour chacune des spécifications, le montant des prêts a été instrumenté par le montant du prêt précédent et les variables de la spécification concernée.

Le coefficient du montant des prêts (PPRIN) est significatif et négatif pour les cinq spécifications comme dans l'étude de Sharma et Zeller (1997). Ce signe négatif est théoriquement expliqué par le fait que le montant des prêts augmente le gain associé à l'aléa moral (ex post et ex ante). Le tableau 2 a montré cependant que la plupart des prêts non remboursés à maturité étaient intégralement remboursés un an plus tard. Dans ce contexte, l'aléa moral peut alors être interprété comme le choix d'un projet avec une maturité plus longue (et une valeur attendue plus élevée) que celle du prêt plutôt que le choix d'un projet plus risqué. Le signe négatif relatif au montant du prêt peut également être attribué aux difficultés que pourrait rencontrer l'emprunteur pour rembourser un montant plus élevé sur une période donnée (habituellement 1 an). Il se peut que pour une maturité donnée, les prêts de taille importante ne sont pas en adéquation avec les besoins des emprunteurs et ne soient pas appropriés à l'économie locale. Cette dernière remarque doit être mise en relation avec le signe positif et non significatif à travers les spécifications de la maturité du prêt (DURATION).

Tableau 7. – Déterminants de la performancede remboursement de la microfinancea

 

(1)

(2)

(3)

(4)

(5)

PPRIN

– 0,0005

– 0,0005

– 0,0004

– 0,0005

– 0,0004

 

(– 11,87)***

(– 11,94)***

(– 7,56)***

(– 11,87)***

(– 7,72)***

DURATION

0,0018

0,0018

0,0019

0,0018

0,0018

 

(4,92)***

(4,90)***

(5,23)***

(4,91)***

(5,14)***

BRAC

– 0,8872

– 0,8083

– 0,7788

– 0,8855

– 0,7247

 

(– 9,72)***

(– 8,69)***

(– 7,95)***

(– 9,69)***

(– 7,36)***

BRDB

– 0,4776

– 0,3305

– 0,3902

– 0,4806

– 0,2866

 

(– 4,83)***

(– 3,09)**

(– 3,71)***

(– 4,84)***

(– 2,58)***

SEX

0,1204

0,1363

0,0888

0,1185

0,1025

 

(1,60)

(1,81)

(1,15)

(1,57)

(1,32)

PASSET

0,0000

0,0000

0,0000

0,0000

0,0000

 

(3,37)***

(3,22)**

(3,16)**

(3,37)***

(3,08)**

SELEAGR

0,2636

0,2638

0,2741

0,2663

0,2805

 

(3,48)***

(3,44)***

(3,6)***

(3,50)***

(3,62)***

NBLR

0,0589

0,0569

0,0579

0,0585

0,0551

 

(5,57)***

(5,35)***

(5,42)***

(5,49)***

(5,09)***

NFSL

 

0,2260

 

 

0,1957

 

 

(3,01)**

 

 

(2,56)**

NFSH

 

0,1668

 

 

0,1215

 

 

(2,05)*

 

 

(1,46)

AGEGP

 

 

– 0,0067**

 

– 0,0057

 

 

 

(– 3,17)

 

(– 2,65)**

SAMEEDU

 

 

0,0010

 

0,0048

 

 

 

(0,01)

 

(0,07)

SAMEAGE

 

 

0,0860

 

0,0898

 

 

 

(1,26)

 

(1,31)

CRD

 

 

 

0,0249

0,0419

 

 

 

 

(0,34)

(0,57)

CONS

0,3286

0,0044

 

0,3149

– 0,0672

 

(1,39)

(0,02)

 

(1,32)

(– 0,26)

N

1 664

1 664

1 664

1 664

1 664

Log Likelihood

– 1 022,37

– 1 018,94

– 1 015,39

– 1 022,29

– 1 013,04

Pseudo R2

0,114

0,117

0,120

0,114

0,122

a Les coefficients ont été obtenu à l'aide d'un probit, les statistiques de Student sont données dans les parenthèses.

* Degré de significativité de 10 %;** Degré de significativité de 5 %;*** Degré de significativité de 1 %.

Le signe négatif et significatif des variables muettes pour la BRAC et la BRDB indique que la Banque Grameen (institution de comparaison) possède une meilleure performance de remboursement que les deux autres IMFs.

Dans notre échantillon, les emprunteurs de sexe féminin (SEX) n'affichent pas de manière significative une performance de remboursement supérieure. Même si le coefficient est positif il n'est pas significatif. Le fait qu'en moyenne les femmes présentent une probabilité de défaut plus faible peut être en partie expliqué par le fait qu'elles reçoi-vent en moyenne des prêts plus petits. Mes résultats sur la performance de remboursement des femmes ne justifient a priori pas l'application d'un programme de microfinancedonnant la prioritéaux femmes comme cela a été fait parfois. Cependant, en utilisant la même base de données, Pitt et Khandker (1998) ont montré que prêter aux femmes avait un meilleur impact en terme de réduction de la pauvreté.

La valeur des actifs productifs du ménage (PASSET), la variable muette pour le travail indépendant dans l'agriculture (SELFEAGR) et le nombre de parents possédant de la terre (NBLR) étaient utilisées comme variables de contrôle pour la richesse des ménages et de son réseau social. Ces variables ont montré un impact positif significatif sur le remboursement à temps. Ce résultat peut s'expliquer par une plus grande capacité des ménages riches à faire face aux chocs. Il est également vraisemblable que les ménages qui possèdent plus d'actifs productifs ont plus facilement accès à des projets plus rentables ou moins risqués.

Les liens sociaux à l'intérieur du groupe, identifiés par l'âge du groupe (AGEGP), ont un impact négatif significatif sur le taux de remboursement1. S'il y a peu de recomposition des groupes, l'âge du groupe correspond à la durée d'adhésion au programme et on retrouve le résultat de l'impact négatif de la durée d'adhésion sur le remboursement mis en avant dans l'étude de Matin (1997). Nous pouvons expliquer ce résultat inattendu de deux manières. Dans un premier temps, nous pouvons nous référer à ce que Paxton (1996) appelle leproblème d'appariement : lorsque les périodes d'adhésions s'allongent, les besoins de crédit des différents membres du groupe évoluent différemment ce qui peut entraîner des tensions intra groupe. On peut également penser qu'il devient plus coûteux aux membres du groupe de s'auto-assurer lorsque le montant des prêts augmente et ce d'autant plus quand les emprunteurs qui ont accédé à un prêt de faible montant sont toujours solidaires du remboursement des emprunteurs ayant reçu des prêts plus élevés. Un pouvoir décroissant des pénalités sociales peut aussi expliquer ce résultat : mieux les membres du groupe se connaissent, moins ils sont enclins à se contrôler et de se sanctionner. Cette tendance semble plus que compenser l'impact positif de l'assurance intragroupe. La compréhension des facteurs qui conduisent l'âge du groupe de prêt à avoir un impact négatif sur le taux de remboursement nécessite une recherche plus approfondie. La composition des groupes de prêt devraitelle être renouvelée après quelques années ? Les prêts individuels devraient-ils succéder aux prêts groupés après quelques années et si c'est le cas, au bout de combien d'années ?

1 Nous n'avons pas la possibilité de savoir si certains emprunteurs sont des membres nouveaux de groupes préexistants ou des membres anciens dans des groupes nouvellement créés dans la mesure où il n'a pas été demandé aux emprunteurs quand leur groupe a été créé mais uniquement quand ils ont joint leur groupe. Il y a aujourd'hui beaucoup de recomposition des groupes de prêt, et plus particulièrement dans le cas de la BRDB qui prévoit que ses membres restent dans le programme pour cinq à sept ans. Cela ne s'applique pas ici dans la mesure où l'enquête a été conduite en 1991-1992 et que ces programmes s'étaient implantés depuis peu dans la plupart des villages.

L'homogénéité des groupes (SAMEEDU, SAMEAGE) ne montre aucune influence significative sur le taux de remboursement comme dans l'étude de Wydick (1999)1. Nous n'avons pas ici traité de l'influence positive de l'homogénéité en terme de risques résultant d'une sélection par les pairs (Ghatak, 1999). Néanmoins, l'étude de Zeller (1998) ainsi que l'étude de Sharma et Zeller (1997) mettent en évidence l'influence négative de ce type d'homogénéité sur le taux de remboursement.

L'accès à l'alphabétisation (FACL) et aux services de santé (FACH) affiche une influence positive et significative. Les emprunteurs qui ont accès aux soins sont plus aptes à éviter ou mieux gérer des problèmes de santé passagers. Mais l'influence positive de ce facteur n'est plus significative dans la dernière colonne où les variables relatives aux groupes et mécanismes incitatifs dynamiques ont été rajoutées. Les emprunteurs qui ont accès à l'alphabétisation ont peut-être accès à des projets plus rentables ou sont mieux à même de fairefructifier leur argent. L'influence positive de l'alphabétisation sur le taux de remboursement est même plus significativeque l'accès aux services de santé. Le caractère innovant des programmes éducatifs (pour enfants et adultes) proposés par ces IMFs peut expliquer cerésultat. Le programme d'éducation de la BRAC, par exemple, met l'accent principalement sur l'éducation des filles enzones rurales, leurdonnant l'opportunité d'atteindre des niveaux d'enseignements supérieurs grâce à des horaires flexibles et leur attribuant des bourses dépendant de leurs résultats scolaires. L'accès aux services non financiers peut aussi améliorer la valeur de la relation avec l'IMF et ainsi augmenter le coût d'un non-remboursement qui conduirait à l'exclusion du programme.

L'influence des mécanismes incitatifsdynamiques devait être supérieure pour les emprunteurs rationnés. La variable rationnement de crédit (CRD) a bien l'influence positive attendue mais son coefficient n'est pas significatif.

Ces résultats ne reflètent que les impacts marginaux des innovations de la microfinance puisque que les trois IMFs étudiées ont introduit ces mécanismes incitatifs dans leur méthodologie. Il est donc probable que cela conduise à sous-estimer l'impact de ces innovations financières.

1 Dans l'étude de Wydick, l'homogénéité sexuelle des groupes est la seule variable de lien social ayant un impact sur le remboursement et cet impact est négatif, pour les groupes urbains. Nous n'avons pas inclus ce type d'homogénéité ici dans la mesure ou les trois programmes étudiés ne forment que des groupes unisexes.

L'analyse des variations de la vraisemblance selon les différentes spécifications semble indiquer que le modèle complet (colonne 5) est le plus approprié. La part de la variance expliquée par nos variables reste faible ce qui témoigne d'un certain nombre de variables manquantes. Ces variables peuvent être des variables de contexte comme le degré de monétisation, le dynamisme économique de la zone ou l'exposition de la région aux dégâts naturels1 (Khandker et al., 1994; Zeller, 1998); des variables relatives aux programme tels leurs coûts de fonctionnement (Khandker et al., 1994) ou des variables relatives à l'emprunteur comme les chocs individuels.

5.2. La détermination du montant des prêts est-elle efficace ?

Le tableau 8 présente les résultats de l'estimation du montant des prêts pour les emprunteurs rationnés (quatrième temps). Nous considérons que les IMFs attribuent des prêts plus élevés pour les projets dont elles anticipent une probabilité de défaut plus faible. L'analyse précédente montre clairement qu'il y a des facteurs qui influencent la probabilité de défaut et qu'il est efficient pour une IMF d'utiliser ce type d'information pour diminuer la valeur de ses impayés.

Le coefficient de la variable « sexe de l'emprunteur » (SEX) est négatif, ce qui signifie que les IMFs attribuent des prêts de montant plus faible aux femmes. Si, au Bangladesh, les prêts accordés aux femmes par les IMFs sont prédominants, le fait que ces prêts soient d'un montant inférieur, semble suggérer un certain biais à l'encontre de l'emprunt féminin. Nous avons montré, cependant, que les femmes n'avaient pas une performance de remboursement plus faible que les hommes, ce qui confirme les résultats de Zeller (1998) selon lesquels le biais tradition-nel observé sur l'emprunt féminin est injustifié. Les IMFs attribuent des prêts plus élevés aux ménages possédant plus d'actifs productifs et ces ménages affichent également un meilleur taux de remboursement. Les deux autres coefficients relatifs à la richesse des ménages et de leurs proches (SELFEAGR et NBLR) ne montrent pas d'influence significative sur le montant du prêt. Mais l'utilisation de ces facteurs dans le choix d'attribution du montant du prêt pourrait accroître les inégalités entre emprunteurs. Il semble donc préférable que les agents de crédit ne prennent pas ces variables en considération lors des attributions de prêt.

1 Nous n'avons pas utilisé d'effet fixe village car nous ne disposions que de peu d'observations par village.

Tableau 8. – Déterminants de la taille des prêtsa

 

(1)

(2)

(3)

(4)

DURATION

1,3390

1,3194

0,8993

1,9184

 

(7,68)***

(6,87)***

(3,96)***

(4,31)***

BRAC

– 93,0995

34,8472

– 202,4050

– 131,1337

 

(– 1,4)

(0,5)

(– 2,12)**

(– 0,92)

BRDB

– 68,4574

79,6920

– 175,2989

– 78,1494

 

(– 0,92)

(0,98)

(– 1,66)*

(– 0,52)

SEX

– 108,7201

– 186,7730

– 199,1072

– 175,7549

 

(– 1,99)**

(– 3,04)**

(– 2,51)**

(– 1,45)

PASSET

0,0011

0,0010

0,0003

0,0015

 

(2,31)**

(1,97)**

(0,4)

(1,38)

SELFEAGR

– 12,8999

14,8222

11,6931

23,6703

 

(– 0,24)

(1,8)*

(1,03)

(1,41)

NBLR

8,7989

– 27,0551

– 8,9203

– 62,6599

 

(1,2)

(– 0,45)

(– 0,11)

(– 0,55)

NFSL

216,7072

281,3405

239,9620

218,4354

 

(4,16)***

(4,83)***

(3,18)**

(1,98)**

NFSH

222,4859

238,5985

212,2208

321,3028

 

(3,84)***

(3,68)***

(2,56)**

(2,62)**

AGEGP

2,7045

2,1302

9,1766

1,2264

 

(1,97)**

(1,73)*

(4,03)***

(0,39)

SAMEEDU

– 83,2923

– 174,0838

– 68,7365

– 198,3234

 

(– 1,71)*

(– 3,18)**

(– 0,95)

(– 1,9)*

SAMEAGE

100,1637

180,9802

213,1835

252,3748

 

(2,1)**

(3,38)**

(2,91)**

(2,44)**

PREVLOAN

0,5394

 

 

 

 

(29,54)***

 

 

 

CONS

1 304,6500

– 692,5682

1 639,9290

2 027,0000

 

(8,63)***

(– 4,09)***

(7,75)***

(5,92)***

N

1386

1386

593

392

ADJ R2

0,6024

0,0988

0,1443

0,1026


Variables dépendantes et échantillon : Spécification I : Montant du prêt, échantillon : prêts rationnés. Spécification II : Écart de la taille du prêt au prêt moyen proposé par l'IMF pour le cycle de prêt correspondant, échantillon : prêts rationnés. Spécification III : Montant du prêt, échantillon : crédits rationnés du premier cycle de prêt. Spécification IV : Montant du prêt, échantillon : crédits rationnés du second cycle de prêt.

a Les coefficients sont les coefficients des moindres carrés ordinaires. Les statistiques de Student sont données dans les parenthèses.

* Degré de significativité de 10 %.

** Degré de significativité de 5 %.

*** Degré de significativité de 1 %.

La durée du prêt (DURATION) influence positivement le montant du prêt. Nous avons cependant constaté une faible variabilité de la durée des prêts. En effet, 88,13 % des prêts possèdent des maturités comprises entre 11 et 13 mois.

Le coefficient de l'ancienneté du groupe emprunteur (AGEGP) est positif et significatif. On s'attend en effet à ce que les liens sociaux et autres avantages du groupe tel que le partage d'information, croissent avec l'ancienneté du groupe. Cependant, comme nous l'avons vu plus haut, cette ancienneté du groupe a une influence négative sur la performance de remboursement. Si les IMFs veulent attribuer des prêts plus importants aux membres des groupes avec lesquels elles ont des relations bien établies, elles doivent également développer des incitations spécifiques à leurs emprunteurs expérimentés afin d'obtenir de meilleurs taux de remboursement.

L'homogénéité des groupes en terme d'âge (SAMEAGE) a une influence positive sur le montant des prêts alors que l'homogénéité du groupe en terme d'éducation (SAMEEDU) présente un impact négatif sur le montant des prêts. Cependant, comme nous l'avons montré dans l'analyse précédente, ces facteurs n'ont pas une influence significative dans la détermination du taux de remboursement. De nombreuses IMFs privilégient la constitution de groupes homogènes1 et il serait nécessaire de conduire des recherches complémentaires pour savoir quel type d'homogénéité, s'il en existe, est désirable.

L'accès aux services non financiers (NFSL, NFSH) démontre une influence positive sur le montant du prêt. Ces services peuvent en effet améliorer les capacités des emprunteurs et ainsi améliorer leur probabilité de succès dans la conduite de leur projet comme le montre l'analyse des performances de remboursement. Le montant du précédent prêt (PREVLOAN) a une influence positive et significative sur le montant du nouveau prêt. Cela s'explique par la méthodologie employée par les IMFs qui augmentent la taille des prêts accessibles à chaque nouveau cycle de prêt. Les IMFs utilisent aussi des intervalles de montant de prêts différents pour un cycle d'emprunt donné, en fonction de la résidence de l'emprunteur dans une municipalité, dans une zone semi rurale ou dans une zone reculée. Le montant des précédents prêts contient cette information.

Comme les IMFs ont tendance à augmenter systématiquement le montant des prêts avec le cycle d'emprunt, il peut être plus approprié d'analyser les méthodes d'attribution à partir des variations des montants des prêts pour différents cycles de prêt. Les Spécifications II à IV présentent les méthodes alternatives d'analyse de l'attribution des prêts basées sur la dispersion autour du montant moyen des prêts de l'IMF pour le cycle de prêt (spécification II), sur le montant des prêts pour le sous échantillon des prêts correspondant au premier cycle de crédit (spécification III) et au second cycle (spécification IV). Ces spécifications alternatives confirment nos précédents résultats. La valeur du précédent prêt (PREVLOAN) semble ainsi suffisante pour prendre en compte les mécanismes incitatifs dynamiques dans l'estimation de l'attribution des prêts à travers le montant du prêt.

1 La Constitution de la Grameen Bank, reproduite dans Rahman (1999, p. 161) énonce par exemple que « tous les groupes devront être formés avec des personnes partageant les mêmes opinions (like-minded), qui sont dans une situation économique similaire et ont confiance entre elles. »

6. CONCLUSION

Les programmes de microfinance sont maintenant un élément clé des stratégies de lutte contre la pauvreté. Les innovations financières qu'ils utilisent, que ce soient les prêts groupés, l'utilisation de services non financiers ou de mécanismes incitatifs dynamiques ont accru l'intérêt des gouvernements et des chercheurs en tant que moyens de lutte contre la pauvreté, de façon viable financièrement. Dans cette étude, nous avons testé le pouvoir explicatif des modèles théoriques qui attribuent les performances de remboursement des IMFs à ces innovations financières. Nous avons utilisé des données de ménage qui nous ont permis de construire des variables de performance de remboursement détaillées.

Nos résultats suggèrent que l'accès aux services non financiers a un impact positif sur la performance de remboursement ce qui plaide en faveur de stratégies de développement intégrées. Dispenser de tels services est cependant coûteux et des recherches complémentaires sont nécessaires pour évaluer les coûts et bénéfices associés aux différents services non financiers. Des études sont également nécessaires pour définir quelle est la meilleure structure institutionnelle pour fournir ces services : les IMFs doivent-elles dispenser elles-mêmes ces services ou doivent-ils être fournis par des ONGs distinctes avec lesquelles les IMFs travailleraient en partenariat ?

Nos résultats ont aussi montré que les IMFs attribuent des prêts plus élevés lorsque l'ancienneté des groupes de prêt augmente. Cela peut être justifié par l'usage des mécanismes incitatifsdynamiques dans la mesure où le nombre de prêts attribués croit en général avec l'âge du groupe. Nous avons également montré que l'âge du groupe avait un impact négatif sur le taux de remboursement. Cela nous conduit à penser que les IMFs doivent mettre en place de nouveaux mécanismes incitatifs pour leurs emprunteurs expérimentés.

Un autre point important de cette étude est que les IMFs ont tendance à attribuer des prêts plus importants aux groupes les plus homogènes en terme d'âge. Cependant, nous avons vu que l'homogénéité des groupes n'affectait pas la performance de remboursement de façon significative. Nous n'avons pas soulevé la question relative à l'influence positive de l'homogénéité du groupe en terme derisque sur le taux de remboursement (Ghatak, 1999). Néanmoins, l'étude de Zeller (1998) comme celle de Sharma et Zeller (1997), sur des données de Madagascar et du Bangladesh, mettent en évidence l'influence négative de ce type d'homogénéité sur le taux de remboursement. Comme l'homogénéité est recherchée lors de la formation des groupes de prêt par de nombreux programmes de microfinance, des recherches complémentaires doivent être entreprises pour définir quel type d'homogénéité peut influencer de manière positive la performance de remboursement des emprunteurs.

Le succès des programmes de microfinance sur la mise en place des prêts aux populations pauvres tient en grande partie à une méthodologie appropriée. L'influence négative du montant du prêt et de l'ancienneté des groupes de prêt sur le taux de remboursement nous incite à penser que cette méthodologie devient incomplète pour une clientèle plus expérimentée.

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