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Nous avons examiné dans le présent ouvrage les avantages et les coûts de la mondialisation, du libre-échange et de l'IED, tant pour les pays de l'hémisphère nord que pour ceux de l'hémisphère sud. Nous nous sommes surtout intéressés aux pays en développement qui ont dû faire face à des coûts d'adaptation beaucoup plus élevés en vue de s'intégrer dans l'économie mondiale, particulièrement pendant la période de transition. Le libre-échange ne se traduit pas systématiquement par un taux de croissance supérieur et une égalisation des revenus. Au chapitre 1, Streeten faisait remarquer que les adaptations nécessaires pour réagir aux nouveaux avantages comparatifs signifient que la politique commerciale devient une « politique d'errance » et qu'elle impose un déplacement constant des travailleurs et des contraintes à la population. Les coûts du déplacement de la main-d'œuvre doivent être évalués en tenant compte des revenus supplémentaires que génère le commerce international. Si le libre-échange comporte effectivement des coûts et des avantages, il doit alors être géré de manière à minimiser les coûts. Une entente internationale sur la gestion de l'économie mondiale pourrait également réduire les pressions exercées par la mondialisation. Il reste à voir si l'Organisation mondiale du travail (OMC) sera en mesure de s'en charger. Le processus de mondialisation continue de susciter la controverse. Les tenants de la mondialisation soutiennent que ce phénomène favorise la croissance ; les opposants sont d'avis que les coûts d'adaptation à payer pour s'intégrer dans l'économie mondiale sont trop élevés et que la pauvreté et les inégalités se sont accrues pendant la période de mondialisation accélérée des années 80 et 90 (voir chapitres 3 et 6). Nous concluons que les tenants exagèrent peut-être la rapidité de la mondialisation et l'incidence positive qu'elle a sur chaque pays. L'absence de consensus quant aux conséquences de la mondialisation sur la croissance et la marginalisation provient de la difficulté habituelle de cerner les causes lorsqu'un certain nombre de forces interviennent simultanément. La technologie de l'information progresse rapidement et vient renforcer la mondialisation (voir notamment les chapitres 1 à 3). Les politiques nationales influent dans une grande mesure sur la croissance, la pauvreté et la marginalisation, indépendamment de la mondialisation. Comme nous l'avons fait remarquer dans l'introduction, on ne peut dire avec certitude si la mondialisation est la cause ou la conséquence de la libéralisation ou des changements dans les politiques nationales. De même, on ne peut, du moins à partir des données empiriques disponibles, départager avec assurance le rôle du processus de mondialisation et celui des politiques nationales dans l'augmentation de la pauvreté (mesurée par des indices de dénombrement), par exemple en Asie du Sud, en Amérique latine et en Afrique. Un certain nombre de facteurs interagissent et se renforcent mutuellement de sorte qu'il est souvent difficile de cerner les effets de chacun, particulièrement lorsqu'il n'existe pas de données empiriques désagrégées. La polémique que soulève la mondialisation relève en partie de ce problème. Elle reflète également le fait que la mondialisation est un processus de changement en évolution constante. Dans les circonstances, on ne peut se tourner vers une approche contrefactuelle pour isoler les effets antérieurs et postérieurs à la mondialisation. Les auteurs du présent document ont montré qu'il existe depuis longtemps des vagues de mondialisation sous forme de libéralisation du commerce et d'investissement direct (voir notamment le chapitre 1). Il est trompeur de présenter les années 60 et 70 comme une période préalable à la mondialisation, comme certains le font. Les années 80 et 90 n'ont été que l'aboutissement d'un processus amorcé au début de l'après-guerre et qui avait lui-même été précédé d'une autre vague importante au XIXe siècle et au début du XXe siècle. L'absence de consensus sur l'incidence de la mondialisation est également attribuable au manque de recherches microéconomiques circonstanciées fondées sur des données fragmentées et détaillées. Le présent ouvrage représente un point de départ et dresse un aperçu quantitatif de la pauvreté, de la croissance et du chômage pendant les années 80 et 90. Cependant, il faudra encore beaucoup de recherches pour tirer des conclusions définitives sur les effets positifs et négatifs de la mondialisation. Nous abordons ci-dessous quelques secteurs de recherche prometteurs, axés sur la microéconomie et sur les politiques, qui pourraient contribuer à rétrécir l'écart entre la théorie et la réalité. Mondialisation, croissance et productivitéLes tenants de la mondialisation soutiennent que la mondialisation favorise la croissance. Les données révèlent plutôt que les taux de croissance, dans la plupart des pays et des régions, sauf en Asie (particulièrement en Asie de l'Est et en Asie du Sud-Est), ont été beaucoup plus bas dans les années 80 et 90 que dans les années 60 et 70. Une recherche empirique rigoureuse, par pays et comparative, est nécessaire pour en expliquer les raisons. Si la croissance ne s'accélère pas avec la mondialisation, les difficultés inhérentes à une plus grande incidence de la pauvreté s'aggraveront, comme l'illustrent les chapitres 4 et 5. Les facteurs déterminants de l'investissement sont encore mal compris. Khan (chapitre 4) indique que les taux d'investissement ont été très élevés pendant l'époque de l'industrialisation fondée sur le remplacement des importations en Asie du Sud. Dans cette sous-région, la stratégie d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations représentait, malgré ses lacunes, un important incitatif à l'investissement. D'aucuns soutiennent que le faible taux de croissance générée par la mondialisation dans cette région est dû à l'incapacité de créer un autre système d'incitatifs pour atteindre ou maintenir un taux d'investissement élevé. L'infrastructure en Asie du Sud est totalement inadéquate par rapport à celle d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est, ce qui explique en partie l'incapacité des pays sud-asiatiques d'attirer de nombreux investissements étrangers directs (IED). Faute d'IED, la compétitivité internationale est difficile à atteindre dans certaines industries. La région de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est a réussi à échapper à ce cercle vicieux en attirant l'IED et en l'utilisant à bon escient grâce à des incitatifs appropriés et à des politiques industrielles stratégiques visant la modernisation technologique. Le dossier de l'Amérique latine est semblable à celui de l'Asie du Sud en ce que l'investissement en vertu de la nouvelle politique commerciale n'est pas parvenu au niveau atteint dans le cadre de la stratégie d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations. Aux fins de la recherche, il faudra donc se demander quels incitatifs sont nécessaires en période de mondialisation pour stimuler une hausse de l'investissement et accélérer ainsi la croissance. L'absence d'IED constitue-t-elle une contrainte majeure à la croissance ? Dans quelle mesure la productivité totale des facteurs (PTF) contribue-t-elle aux taux de croissance élevés en Asie de l'Est et en Asie du Sud-Est ? La baisse des taux de PTF dans les pays de l'OCDE (chapitre 7) donne à penser que ce facteur revêt autant d'importance que les structures politiques inadéquates et l'absence de saine gestion dont il est question au chapitre 4. Il conviendra également de comparer les liens entre les exportations et l'IED qui se créent dans le contexte de politiques orientées vers les exportations et la mondialisation avec ceux issus de la politique de remplacement des produits importés. Les entrées d'IED sont-elles essentielles pour permettre aux pays en développement d'accroître leurs exportations ? Certains soutiennent que les exportations et l'IED représentaient des substituts en vertu de l'industrialisation fondée sur le remplacement des importations mais qu'ils sont complémentaires dans un contexte de mondialisation. Le contournement des tarifs, favorisé lorsque les obstacles tarifaires sont élevés, pourrait se révéler moins utile maintenant que les tarifs nationaux moyens sont en baisse. Cette hypothèse devrait faire l'objet d'études empiriques. Bien que l'IED puisse favoriser la croissance, il peut également comporter des effets négatifs pour les pays hôtes, comme la manipulation ou la distorsion des préférences des consommateurs, l'absence de retombées technologiques à cause des restrictions imposées par les sièges sociaux des sociétés transnationales aux exportations ou aux activités de R-D de leurs filiales (voir Chang, 1996), l'introduction de technologies à très forte densité de capital et les salaires élevés, qui ensemble limitent les effets positifs sur la création d'emplois (voir chapitre 7). Bien que d'un point de vue juridique et technique, l'IED ne constitue pas une dette (et ne figure pas dans les données statistiques sur les dettes), elle représente une dette dans les faits. Les bénéfices tirés des opérations d'IED dans les pays en développement sont généralement transférés au siège social de la transnationale et aux actionnaires1. Les résultats des recherches menées sur les effets des entrées de capitaux (IED, flux financiers, prêts, etc.) dans les pays en développement sont beaucoup moins abondants que ceux portant sur les effets du 1 C'est le point de vue du professeur Sir Hans Singer de l'Institute of Development Studies (University of Sussex). commerce. Dans les années 60, la plupart des pays en développement accordaient peu d'importance à l'IED et aux sociétés transnationales. Aujourd'hui, le pendule a basculé et l'IED apparaît comme une panacée. Il faut mener des enquêtes empiriques pour déterminer les avantages et les inconvénients de l'IED, des flux financiers et des sociétés transnationales dans les conditions actuelles. Dans quelle mesure les mouvements de capitaux à court terme causent-ils une instabilité macroéconomique, une appréciation des taux de change et une baisse des exportations et du taux global de croissance ? Quels sont l'efficacité et les effets distributifs de la libéralisation des marchés financiers ? Quelles sont les répercussions pour les pays en développement du pouvoir monopolistique et oligopolistique des marchés financiers mondiaux ? (Voir Berry et al., 1996). Mondialisation et inégalitésTrès peu de recherches s'intéressent aux liens de causalité entre les inégalités croissantes dans les revenus, d'une part, et certaines réformes économiques et les changements technologiques, d'autre part. On sait peu de choses à l'heure actuelle sur les effets précis du commerce, de l'IED et des flux financiers ainsi que de la concurrence internationale accrue sur la répartition des ressources entre les pays et à l'intérieur de ceux-ci, sur l'efficience et la croissance, et sur les inégalités et le chômage. Inégalités entre les paysExaminons d'abord les inégalités entre le Nord et le Sud. Les recherches récentes se sont concentrées sur l'incidence du commerce sur les inégalités dans les revenus entre le Nord et le Sud et sur la répartition des revenus (voir Freeman R., 1993, 1995 ; Slaughter, 1993 ; Krugman et Lawrence, 1994 ; Lawrence et Wood, 1994, 1997). Les chapitres 1 et 7 mettent en évidence la controverse qui entoure l'incidence des exportations des pays en développement sur le marché du travail dans le Nord. Le rôle des changements technologiques dans l'élargissement des écarts dans les revenus entre les pays, et l'étendue de ces changements, demeurent également imprécis. Les disparités dans la diffusion et l'utilisation de la technologie de l'information tendent à influer sur la répartition des salaires entre travailleurs spécialisés et non spécialisés. Si les avantages de la nouvelle technologie de l'information sont exploités par les plus avancés des pays en développement et les grandes entreprises, faut-il en conclure qu'il y a élargissement de ces écarts dans le Sud et entre le Nord et le Sud ? À elles seules, d'autres recherches empiriques désagrégées peuvent expliquer de façon adéquate l'importance relative de différents facteurs qui interviennent dans les inégalités croissantes entre le Nord et certaines régions du Sud. Il conviendrait également d'examiner si la dichotomie entre le Nord et le Sud est encore valable compte tenu de l'intégration rapide de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est dans l'économie mondiale. Les opposants à la mondialisation soutiennent que l'intégration dans l'économie mondiale divise le monde en deux clans : pays riches et pays pauvres, les premiers sortant gagnants au détriment des seconds. Cette hypothèse demande une évaluation empirique. Krugman et Venables (1995) présentent un modèle simple en vertu duquel la différenciation régionale dépend de l'interaction entre les économies d'échelle et les coûts de transport. Au moyen d'une analyse par étapes, ils démontrent qu'une baisse des coûts du transport dans la première étape de l'intégration dans l'économie mondiale peut profiter aux pays riches au détriment des pays pauvres. Cependant, dans la seconde étape, marquée par une accélération de la mondialisation et une baisse supplémentaire des coûts de transport, les avantages pour les pays riches, sous forme de revenus plus élevés, peuvent s'éroder et les revenus des pays pauvres peuvent commencer à augmenter au détriment des pays riches. Ainsi, la première étape se caractérise par la divergence et la seconde, par la convergence des revenus et des structures économiques. Ce modèle n'a encore fait l'objet d'aucune validation empirique ; des recherches sont donc nécessaires. La plupart des théories supposent une mondialisation complète impliquant la mobilité totale de tous les facteurs de production, de travail et de capital. Or, dans les faits, une telle mondialisation est impossible. La libre circulation du capital ne s'accompagne pas de la libre circulation de la main-d'œuvre ni de l'intégration des marchés du travail. La simple théorie ne parvient donc pas à prédire de façon fiable les effets de la mondialisation. Il est possible que le caractère incomplet de la mondialisation exacerbe les inégalités internationales existantes. Inégalités à l'intérieur des paysOn a peu exploré les effets de la libéralisation du commerce et de la mondialisation sur les inégalités à l'intérieur des pays. Au chapitre 2, James aborde la question en supposant que ceux qui tireront parti de la mondialisation sont les grandes entreprises étrangères en milieu urbain plutôt que les petites entreprises en milieu rural. Cette hypothèse doit être vérifiée au moyen de recherches empiriques pour différents pays et régions. De toute évidence, il est moins probable qu'elle s'avère dans les pays où les liens entre grandes et petites entreprises sont étroits. Les recherches devraient donc être orientées vers les causes qui soustendent les inégalités à l'intérieur des pays. De quelle façon et dans quelle mesure la libéralisation du commerce et la propagation de la technologie contribuent-elles aux inégalités salariales et aux écarts dans les revenus dans les pays en développement ? Quelle influence la mondialisation a-t-elle sur les entreprises, les travailleurs, les consommateurs et les producteurs ? Se traduit-elle par une réduction des prix des produits pour favoriser les consommateurs et améliorer leur bien-être ? Quels groupes sociaux, ruraux ou urbains, à revenu élevé ou à faible revenu, sont susceptibles d'en profiter ? Les liens entre la pauvreté et la répartition des revenus dans le contexte de la mondialisation méritent une analyse supplémentaire. Aux chapitres 4 et 5, Khan fait remarquer que l'incidence de la pauvreté (mesurée par dénombrement), qui avait baissé constamment dans les années 70 et 80, a augmenté dans des pays comme l'Inde et la Chine pendant les années 90, période de mondialisation accélérée. L'incidence de la pauvreté en Inde s'est accrue après la mise en place des réformes économiques. Le fait que l'augmentation de la pauvreté coïncide avec la libéralisation du commerce s'explique par l'augmentation du prix relatif des aliments et la réduction de l'écart entre les prix intérieurs et mondiaux des aliments en raison de la libéralisation. Existe-t-il d'autres raisons ? La libéralisation du commerce, les entrées d'IED et les réformes économiques peuvent-elles expliquer l'augmentation de la pauvreté ? Les politiques visant l'agriculture, par exemple, jouent-elles également un rôle ? Mondialisation et emploiIl existe de nombreuses études sur l'incidence de la libéralisation du commerce sur l'emploi dans le Nord, mais peu d'études sur les effets directs et indirects de la libéralisation du commerce, de l'IED et des flux financiers mondiaux sur la création d'emplois dans les pays en développement. Il est probable que la mondialisation influera de façon significative non seulement sur la répartition des emplois à l'échelle mondiale, mais sur leur nature et leur qualité (voir chapitre 7). Les pays en développement pourraient, en principe, rehausser leur avantage comparatif en améliorant leur compétitivité grâce au faible coût de leur main-d'œuvre et à leurs compétences relativement fortes. Cependant, beaucoup soutiennent que l'avènement de la nouvelle technologie de l'information et son utilisation dans les pays industrialisés dans des industries à fort coefficient de main-d'œuvre, telles que celle du textile et du vêtement, pourraient bien faire disparaître l'avantage comparatif des pays en développement et leur compétitivité sur le plan des exportations. À l'heure actuelle, rien ne permet de supposer un retour généralisé de ces industries dans le Nord. Cependant, si tel devait être le cas, les pays en développement pourraient perdre chaque année des milliards de dollars de revenus d'exportation et, partant, des emplois. La concurrence mondiale peut avoir un effet négatif net sur les emplois traditionnels, d'autant plus que ce sont surtout les secteurs manufacturiers modernes et à grande échelle ainsi que, dans une moindre mesure, le secteur des services qui sont mondialisés (voir plus bas). Une telle concurrence favoriserait la baisse des salaires et de la sécurité sociale des travailleurs dans les secteurs structurés ou formels des pays industrialisés et des pays en développement. La question est donc de savoir si l'on peut réaliser le plein emploi à un niveau salarial qui engendre des revenus suffisants pour stimuler et maintenir la demande de façon significative. Les recherches sur l'incidence de la mondialisation sur l'emploi devront porter sur : i) les prix relatifs des facteurs ainsi que les coûts du capital et de la main-d'œuvre ; ii) le coefficient d'emploi des produits d'exportation (la création d'emplois supplémentaires par les exportations nécessite non seulement une croissance à fort coefficient de main-d'œuvre, mais également des exportations à fort coefficient de main-d'œuvre) ; iii) le rôle de l'IED dans les niveaux et la composition des échanges commerciaux ainsi que leurs effets directs et indirects sur l'emploi ; iv) les facteurs déterminants de l'avantage comparatif des pays, par exemple, la base de ressources humaines, l'avantage coût-prix et la capacité d'absorber la nouvelle technologie de l'information. Mondialisation et petites entreprisesEn principe, la libéralisation du commerce et des importations de produits finis et de matières premières peut avoir des effets à la fois favorables et négatifs sur les petites et moyennes entreprises. Les effets seront bénéfiques si la libéralisation du commerce améliore l'accès de ces entreprises aux intrants rares, aux biens d'équipement et à la technologie. En revanche, ils peuvent être négatifs si les produits finis importés sont vendus à des prix inférieurs à leur coût (dumping), que les PME ne sont pas toujours en mesure de concurrencer. Au chapitre 3, Berry fait remarquer qu'à court terme les PME peuvent être particulièrement vulnérables à la concurrence accélérée des importations résultant de la libéralisation du commerce et de la mondialisation. Comme ces entreprises génèrent beaucoup d'emplois, une source importante d'emplois serait perdue, si elles disparaissaient devant la concurrence étrangère. Une baisse de la demande des produits fabriqués par les PME peut également découler d'un changement dans les préférences des consommateurs, qui se tourneront davantage vers les produits importés au détriment des produits locaux. À Sri Lanka, la libéralisation du commerce semble avoir produit un tel changement ; ainsi, les PME ont été incapables de concurrencer les prix à cause du dumping et les grandes entreprises ont profité de la libéralisation des importations de matières premières et acculé à la faillite un certain nombre de petites entreprises (voir OIT-ARTEP, 1987 ; Osmani, 1987). Des recherches sont donc nécessaires pour évaluer l'incidence de la libéralisation du commerce sur les structures industrielles des pays en développement. La mondialisation profite-t-elle uniquement à la grande industrie qui déjà tire partie des économies d'échelle et est orientée vers les exportations ? Quel a été le taux de disparition des PME pendant la vague de libéralisation des années 80 et 90 ? Ces disparitions peuvent-elles s'expliquer par la concurrence mondiale accrue et le retrait des mécanismes de protection conçus pour ces entreprises ? S'il est vrai que la mondialisation favorise la grande industrie, contribuera-t-elle à élargir le fossé entre le secteur moderne et le secteur non moderne ou informel (généralement de petite taille) ? Quelles répercussions tout cela aura-t-il sur les inégalités salariales et les écarts entre les revenus dans les pays en développement ? Mondialisation et technologieLe présent ouvrage souligne la relation bidirectionnelle entre la mondialisation et la technologie. Premièrement, la technologie est l'un des principaux moteurs de la mondialisation. En retour, la mondialisation transforme la façon dont la technologie est produite et diffusée. Au chapitre 2, James souligne deux tendances contradictoires : la dispersion de la technologie et sa concentration par les sociétés transnationales dans leur pays d'origine. La mondialisation de la technologie peut se définir de plusieurs façons ; notamment, elle désigne i) l'exploitation des innovations nationales dans les marchés mondiaux ; ii) le partage des risques et des coûts de la recherche industrielle transfrontalière par les institutions publiques et commerciales ; iii) la création d'innovations dans les pays (voir Archibugi et Michie, 1997). Les deux premiers éléments font consensus, mais le troisième prête à controverse. Mondialisation de la technologie ?On croit généralement que les sociétés transnationales mondialisent la R-D pour profiter des économies d'échelle puisque la technologie de l'information permet un contrôle mondial de la R-D et le sourçage des connaissances scientifiques et technologiques (voir Cantwell, 1995). D'autres soutiennent également que la diffusion de la technologie de l'information et la mondialisation permettent aux sociétés transnationales de disperser leurs activités à l'échelle planétaire pour répondre aux besoins du marché mondial, plutôt qu'à ceux des marchés régionaux ou nationaux du pays hôte. Par ailleurs, de nombreux auteurs (Patel et Pavitt, 1991 ; Freeman C., 1995 ; Patel, 1995) soutiennent que la mondialisation de la R-D ne se fait pas à une échelle appréciable. Patel (1995) montre que la majorité des inventions brevetées provenant des 500 plus grandes entreprises du monde s'effectuent dans le pays d'origine des entreprises. Des estimations préliminaires indiquent que les sociétés américaines transfèrent leurs activités de R-D à l'étranger dans une proportion inférieure à 10 p. 100 et que ce taux se situe à moins de 2 p. 100 dans le cas des sociétés japonaises (Freeman C., 1995, p. 17). Comme une partie de la R-D qui se pratique à l'extérieur des États-Unis et du Japon se fait dans d'autres pays industrialisés, les pays en développement pourraient ne pas profiter de l'emplacement de cette recherche. Cette controverse réside également dans l'absence d'études empiriques par secteur d'activité et produit, en particulier en ce qui a trait aux répercussions de la mondialisation de la technologie pour les pays en développement hôtes (voir chapitre 2). À l'heure actuelle, on ne sait pas exactement comment ce phénomène changera la nature des innovations par les sociétés transnationales dans les pays en développement. Les sociétés transnationales se concentrent-elles davantage sur des produits mondiaux destinés aux marchés mondiaux plutôt que sur les produits nationaux ? Dans l'affirmative, quelles répercussions cette stratégie a-t-elle sur la R-D et le développement des produits dans les pays en développement ? Ces pays sont-ils susceptibles d'être privés des avantages des innovations technologiques et du processus de création d'emplois qui en découle ? Nous comprenons encore mal la façon dont la mondialisation influe sur la nature et l'emplacement des innovations. Rôle des politiques technologiques nationalesQuel est le rôle exact des politiques technologiques dans une économie en mondialisation ? Beaucoup d'auteurs soutiennent qu'en dépit de la mondialisation, la technologie demeure spécifique aux pays et repose sur les compétences, capacités et caractéristiques culturelles du pays. Par ailleurs, le rôle accru des sociétés transnationales dans la R-D visant les produits mondiaux, dont nous venons de parler, peut laisser présager que les politiques technologiques nationales deviendront de moins en moins pertinentes. On affirme que les avantages des innovations soutenues par les gouvernements dans l'industrie sont susceptibles de passer à d'autres pays en vertu de la mondialisation. Une politique technologique visant à favoriser les innovations nationales risque donc de perdre sa raison d'être. C'est peut-être pourquoi de nombreux pays industrialisés mettent moins l'accent sur la création de technologies et plus sur la réglementation des droits de propriété intellectuelle et industrielle afin de s'assurer qu'ils retirent des bénéfices suffisants de la technologie existante dans les marchés internationaux (voir Archibugi et Michie, 1997, p. 17). Étant donné la mondialisation accrue et la domination des sociétés transnationales, les capacités technologiques nationales peuvent revêtir moins d'importance que celles de l'entreprise pour les besoins de la concurrence internationale. La concurrence accrue sur les marchés internationaux semble inciter les entreprises à mettre davantage l'accent sur la qualité que sur la rentabilité, facteurs liés aux prix et aux coûts. Dans l'avenir, les politiques industrielles et technologiques devront davantage prendre la forme de mécanismes gouvernementaux visant à inciter les entreprises à adopter des innovations qui améliorent la qualité. Malgré le techno-globalisme, l'intervention gouvernementale demeurera essentielle dans différents secteurs, notamment l'infrastructure, l'éducation, les communications et les partenariats entre l'industrie et les universités. Marchés mondiaux et innovationsOn ignore encore si le cadre des structures intégrées et des marchés mondiaux résultant de la mondialisation favorisera ou non les innovations technologiques. Selon le point de vue néolibéral, la concurrence dans les marchés nationaux et internationaux stimulera l'innovation. On suppose que les interventions gouvernementales donnent lieu à des inefficacités plus grandes que celles qui résultent des imperfections du marché. Cependant, l'expérience historique de nombreux pays en développement, par exemple la Corée et Taïwan, démontre également que l'environnement protecteur de la période d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations a permis d'appréciables innovations. La façon dont les forces du marché susciteront l'innovation et la mesure dans laquelle elles y parviendront, dépendront entre autres choses de la nature de l'industrie et de la structure du marché. Certaines industries sont plus mondialisées que d'autres et peuvent donc souffrir d'une plus grande concurrence mondiale. Augmenter le coefficient de savoir de la production équivaut à accroître les coûts de production pour les entreprises, et l'incertitude (Mytelka,1994). Mondialisation et politiques gouvernementalesDans plusieurs chapitres du présent volume (notamment les chapitres 1 et 3), on affirme que la mondialisation associée au laisser-faire peut être néfaste surtout dans les pays en développement. Dans certaines circonstances, la mondialisation peut s'accompagner d'une expansion des services gouvernementaux et publics. Au chapitre 1, Streeten soutient que, contre toute attente, il peut exister des liens positifs entre la taille du gouvernement et la mondialisation (dans les rapports des termes de l'échange à l'IED) en raison des pressions exercées pour indemniser les groupes sociaux touchés par la mondialisation. De plus, les gouvernements peuvent être appelés à dépenser davantage au titre de biens publics tels que l'éducation et l'infrastructure lorsque la concurrence mondiale s'intensifie. En raison de la mondialisation, les pays en développement et les pays industrialisés perdent le contrôle de leurs politiques macroéconomiques. Par exemple, la libéralisation des flux financiers et de la circulation des capitaux et l'ouverture des marchés de capitaux supposent que les opérations financières des gouvernements deviennent de plus en plus interdépendantes, ce qui se répercute sur les taux d'intérêt dans de nombreux pays. En outre, le pouvoir croissant des sociétés mondiales et leur liberté de déplacer des capitaux et la production d'un pays à un autre limitent le contrôle qu'exerce l'État-nation sur sa politique industrielle. Il devient donc urgent d'harmoniser les politiques gouvernementales avec les stratégies d'investissement étranger des grandes sociétés et les nouvelles conditions externes de l'aide et du commerce. Pour ce faire, des innovations institutionnelles comparables aux innovations économiques et technologiques sont nécessaires. La question du rôle du gouvernement dans la création de nouvelles technologies de l'information et de l'accès à celles-ci, particulièrement dans les pays peu intégrés dans l'économie mondiale, offre beaucoup de possibilités de recherche. Malgré la mondialisation, une certaine intervention gouvernementale stratégique et des politiques publiques peuvent être nécessaires pour l'adaptation, le développement et la diffusion des nouvelles technologies. Il est probable que les politiques publiques joueront un rôle crucial dans la création d'un environnement approprié. En outre, il faut d'abord évaluer les capacités technologiques actuelles de chaque pays à différents paliers pour déterminer la possibilité de bond technologique. Peu d'entreprises du secteur privé peuvent entreprendre cette tâche. Bien que ces entreprises prennent des décisions microéconomiques en fonction d'une quelconque notion de choix et de faisabilité, c'est à un organe central qu'il revient d'examiner comment ces systèmes microéconomiques correspondent à un cadre macroéconomique qui fournirait la base de la planification de l'investissement et de la consommation (Enos, 1991). Opposés aux approches néolibérales et néo-schumpétériennes de la politique de haute technologie pour le développement industriel, Schmitz et Cassiolato (1992) font remarquer qu'on a porté moins d'attention aux échecs du marché qu'aux échecs gouvernementaux. L'expérience récente des pays industrialisés montre que les marchés demeurent incapables de compenser le chômage engendré par la technologie. Dans le processus de mondialisation, les stratégies des sociétés transnationales et des entreprises mondiales concernant la R-D, le développement et le transfert de la technologie contribueront manifestement de plus en plus à déterminer la nature et la diffusion des innovations technologiques. Dans les pays en développement, les dépenses du secteur privé au titre de la R-D demeurent très faibles et la majeure partie de la R-D est soutenue par des fonds publics. Cependant, compte tenu de la baisse des fonds publics dans les pays en développement en vertu de la mondialisation et des programmes d'ajustement structurel, le processus d'innovation dans ces pays pourrait bien ralentir. L'expérience de nombreux pays, particulièrement d'Afrique et d'Amérique latine, montre comment un grave endettement limite les possibilités d'investissement dans les nouvelles technologies. Pourtant, ces nouveaux investissements sont essentiels pour relever le défi de la mondialisation.
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