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La région de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est forme la zone la plus densément peuplée de l'économie mondiale contemporaine. Au cours des dernières décennies, elle a également été la plus dynamique. Dans le présent chapitre, nous analyserons sa performance au cours du processus accéléré et planétaire de mondialisation de l'économie qui s'est amorcé au début des années 801. Malgré une performance économique nettement supérieure à la moyenne dans l'ensemble, les résultats obtenus ne sont certes pas uniformes 1 Dans le présent chapitre, la notion de mondialisation est identique à celle du chapitre 4 sur l'Asie du Sud. Comme il en a été question dans ce chapitre, la mondialisation de l'économie est enclenchée depuis longtemps. Cependant, ce processus s'accélère depuis le début des années 80. La « période de mondialisation » à laquelle nous faisons souvent allusion dans le présent chapitre devrait plutôt être appelée « processus accéléré de mondialisation de l'économie ». Par souci de concision, nous avons remplacé cette longue expression par « période de mondialisation ». dans toute la région. Nous avons distingué quatre types d'expériences dans les pays les plus importants de toute la zone. La république de Corée et Taïwan font partie des nouveaux pays industrialisés (NPI) de premier palier d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est qui ont adopté une stratégie de développement ouverte sur le monde extérieur depuis les années 602. Hong-Kong et Singapour sont généralement assimilés à ces deux pays pour avoir adopté la même stratégie. Cependant, nous avons exclu ces deux cités-États de notre étude parce qu'elles ont depuis longtemps atteint le statut de pays à revenu élevé3. Les inclure n'apporterait rien ou presque à notre analyse de l'expérience de la Corée et de Taïwan, d'autant plus qu'en raison de leur statut de cité-État, elles risquent d'être considérées comme atypiques et non représentatives. Dans la deuxième catégorie, on retrouve les NPI de deuxième palier, à savoir l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande. Autrefois, leurs stratégies de développement s'appuyaient en partie sur un régime d'industrialisation fondé sur le remplacement des importations. Avec la progression de la mondialisation, ces pays ont considérablement modifié leurs stratégies de développement, afin de mieux s'intégrer dans l'économie mondiale. La Chine forme à elle seule la troisième catégorie. Sortie de son isolement il y a une dizaine d'années, elle a procédé à une transition restreinte et s'est progressivement intégrée dans l'économie mondiale à partir du milieu des années 80. Enfin, la quatrième catégorie est représentée par les Philippines, dont les stratégies de développement ont donné des résultats différents de ceux des pays précités d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est. Jusqu'au milieu des années 90, sa performance au chapitre de la croissance économique et de la répartition des revenus a été lamentable. 2 Comme il en sera question plus loin, la stratégie d'ouverture que ces pays ont adoptée par le passé ne signifie pas qu'ils rejetaient le protectionnisme au profit du libre-échange. Ils étaient ouverts au commerce extérieur en ce sens qu'ils ne faisaient pas de discrimination contre les exportations. Même si certaines industries cibles ont bénéficié de mesures d'encouragement, celles qui vendaient leurs produits sur le marché intérieur n'ont pas été traitées différemment de celles qui vendaient leurs produits à l'étranger. 3 La Banque mondiale inclut ces deux territoires dans la catégorie des pays à revenu élevé. D'après la Banque mondiale (1996c), le PNB par habitant de ces territoires est semblable ou supérieur au revenu moyen des 25 pays à revenu élevé de moins d'un million d'habitants. En fait, Taïwan tomberait dans la catégorie des pays à revenu élevé suivant la classification de la Banque mondiale, si ce territoire était reconnu comme pays, bien qu'il serait l'avant-dernier du groupe. En 1994, son revenu par habitant représentait 54 p. 100 de celui de Hong-Kong, et 52 p. 100 de celui de Singapour. Notons que les Nations Unies incluent Hong-Kong et Singapour dans la catégorie des « pays en développement », classification avec laquelle les autorités de ces pays semblent être d'accord. Ces quatre groupes sont représentatifs des réactions de la plupart des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est à la mondialisation des marchés. Ces sept pays réunis constituent le tiers de la population des pays en développement (PED). Nous avons exclu de la présente étude le Viêtnam, le Laos, le Cambodge et la Corée du Nord en raison du manque de renseignements pertinents à leur sujet4. Au cours des dernières années, le Viêtnam a fait d'importants progrès vers une intégration accrue dans l'économie mondiale et son taux de 7,4 p. 100 par an entre 1988 et 1995 (FMI, 1996, p. 123) est également très impressionnant, mais nous ne possédons aucune statistique nous permettant d'analyser son expérience et de la comparer aux sept autres pays déjà précités. À l'instar de ce que l'on observe en Asie du Sud, c'est à peu près au début des années 80 que le processus de mondialisation a commencé à s'accélérer. Un facteur déterminant de cette accélération a été l'élimination des deux obstacles majeurs entravant la circulation internationale des biens, des services, des capitaux et de la technologie, à savoir la stratégie d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations dans les PED de même que les politiques éminemment autarciques des économies socialistes centralisées. Les sept pays de la région de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est ont enregistré des taux de croissance élevés dans les années 70 (voir tableau 1) et tous, à l'exception de la Chine, ont réussi à s'intégrer relativement bien dans l'économie mondiale, comme en fait foi le rapport commerce-PIB pendant cette période. Si l'on exclut la Chine et Taïwan, les paiements extérieurs de ces pays ont connu de sérieux déséquilibres vers le début des années 80. C'est donc dire que leur intégration dans l'économie mondiale a débuté par l'implantation de programmes de stabilisation et d'ajustement structurel qui ont souvent entraîné une baisse de la croissance à court terme. À l'exception des Philippines, tous ont réussi à atteindre un taux de croissance annuel élevé durant une décennie et demie, jusqu'au milieu des années 90. Ainsi, le taux de croissance du PIB a connu une hausse en Chine et en Thaïlande, tandis qu'il diminuait légèrement en Corée, à Taïwan, en Indonésie et en Malaisie, demeurant tout de même très élevé partout en regard du taux de croissance moyen des PED. Pour les Philippines, les années 80 et le début des années 90 ont été marqués par un ralentissement très net de la croissance 4 Le Myanmar appartient-il à l'Asie du Sud ou du Sud-Est ? Cette question ne fait pas l'unanimité. Même si l'on considérait qu'il faisait partie de l'Asie du Sud-Est, il ne serait pas logique de l'inclure dans la présente étude, faute de renseignements pertinents et du fait qu'il a pendant longtemps adhéré à des politiques d'autarcie dont il commence à peine à se sortir. Les Îles du Pacifique (incluant la Papouasie-Nouvelle-Guinée) sont exclues des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est dans le présent chapitre. du PIB. La Corée, Taïwan, l'Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et la Chine, constituant la région de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est aux fins de la présente étude, sont considérés comme des pays ayant réussi au plan économique durant la période de mondialisation de l'économie, comme en témoigne leur excellente croissance fondée sur une intégration accélérée dans l'économie mondiale5. La réduction de la pauvreté durant cette période de mondialisation accélérée est moins uniforme. Six pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est ont réussi à réduire la pauvreté dans les années 70. Au cours des années 80 et 90 cependant, la réduction de la pauvreté dans ces pays a été moins uniforme que par le passé et ne correspondait nullement à leur taux de croissance. La première section retrace la performance des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est avant les années 80 et 90. Nous abordons la nature des déséquilibres auxquels ils ont dû faire face au début de la période de mondialisation accélérée et les adaptations qu'ils ont dû effectuer pour les surmonter. Dans la deuxième section, nous traitons de la performance de ces pays au regard de la croissance et de leur intégration dans l'économie mondiale pendant la période de mondialisation. La technologie de l'information a largement contribué au succès des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est au cours de cette période. Dans cette section, nous discutons également de la performance économique des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est, tout en insistant davantage sur les NPI de premier palier. Dans la troisième section, nous analysons les conséquences de la performance économique de ces pays sur la répartition des revenus et la réduction de la pauvreté au cours des années 80 et 90. Dans la dernière section, nous présentons brièvement nos conclusions. PerformanceTous les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est ont connu des taux de croissance très élevés au cours des années 70 (tableau 1). Au cours de cette décennie, la Chine, dont le taux de croissance est le moins élevé des sept pays à l'étude, a tout de même connu une croissance plus rapide que la moyenne des pays en développement (5,2 p. 100 par année), soit un taux de 60 p. 100 plus élevé que le taux de croissance en Asie du Sud (3,5 p. 100 par année). 5 Comme nous le verrons plus loin, Taïwan est le seul pays où le rapport exportations-PIB a baissé au cours de la période de mondialisation, tous les autres ayant réussi à accroître leur rapport. Le marché des exportations de Taïwan a connu une baisse, mais sa propension à exporter a déjà été très élevée. Le rapport exportations-PIB est tout de même demeuré très élevé au cours des dernières années.
Les pays qui ont enregistré la plus forte croissance parmi les sept pays, les NPI de premier palier, ont enregistré des taux de croissance à deux chiffres, un fait sans précédent dans l'histoire. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, les stratégies de développement que ces pays ont adoptées avant les années 80 n'étaient pas uniformes. L'une des caractéristiques de tous ces pays est le fort taux d'investissement garanti par des taux d'épargne intérieurs, très élevés durant les années 70 (tableau 2). À la fin de la décennie, les taux d'investissements et les taux d'épargne dans tous ces pays étaient beaucoup plus élevés que dans les autres PED. Une autre caractéristique propre à tous ces pays est le haut niveau de développement du capital humain de base. Dès 1970, ces pays avaient atteint un taux de scolarisation primaire beaucoup plus élevé que celui des PED au niveau de développement comparable, allant de 80 p. 100 en Indonésie, à 89 p. 100 en Chine, et à 100 p. 100 en Corée, à Taïwan et aux Philippines6. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer l'évolution remarquable de ces NPI de premier palier de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est et, jusqu'ici, elles ne font pas l'unanimité (voir Amsden, 1979 ; Wade, 1990 et 1996b ; Banque mondiale, 1993a). Cependant, c'est un fait bien documenté que la clé de leur succès ne réside pas dans des politiques de laisserfaire adoptées dans un contexte de libre-échange, mais plutôt dans une aide bien ciblée, l'octroi de crédits subventionnés et d'autres incitatifs à l'intention d'industries à potentiel élevé. Les principales différences entre la stratégie standard d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations adoptée ailleurs et les interventions de ces pays sont les suivantes : i) la stratégie d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations est très arbitraire et fait en sorte que certaines initiatives sont protégées de façon très aléatoire, alors que les NPI de premier palier favorisent systématiquement les entreprises à potentiel élevé ; ii) contrairement aux pays ayant adopté une politique d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations, ces NPI n'ont pas instauré de politiques discriminatoires envers les exportations. La protection des industries cibles avait un caractère d'ouverture dans la mesure où le taux de change effectif des exportations était souvent plus élevé que celui des importations. Ces pays ont également évité de surévaluer leur taux de change, rendant inévitable l'adoption de restrictions quantitatives universelles sur les importations et la promotion de technologies limitant l'emploi en ramenant le prix des biens d'équipement sous la normale. La dépendance envers le contrôle quantitatif des importations n'a été ni assez généralisée, ni assez rigide pour poser de sérieux problèmes d'approvisionnement et n'a pas favorisé la mise en place d'un système de protection totalement, et accidentellement, arbitraire. Les NPI de deuxième palier, l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande, ont adopté une stratégie se rapprochant davantage de la politique d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations jusqu'à la fin des années 70 ou au début des années 80. Cependant, comme le montre l'analyse d'Amsden sur la Thaïlande (Amsden, 1993), l'aide apportée aux industries à cette époque a été rigoureusement ciblée afin de favoriser l'efficacité, contrairement à ce qui s'est passé en Asie du Sud et dans bien d'autres pays en développement où cette aide a été arbitraire. 6 Les taux de scolarisation étaient de 67 p. 100 en Asie du Sud et de 68 p. 100 en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. En Amérique latine, considérablement plus riche à l'époque, il était de 95 p. 100. Ces données proviennent de la Banque mondiale (1995c). Au cours des années 70, la croissance des NPI des deux paliers a contribué à réduire la pauvreté. En Corée et à Taïwan, cette réduction découle en grande partie d'une redistribution égalitaire des terres qui a entraîné une forte croissance de l'emploi et un accès élargi au capital humain. La croissance des années 70 a également favorisé la réduction de la pauvreté en Malaisie et en Thaïlande, grâce à un accès élargi aux terres, facilité par la relative élasticité et la relative importance de l'offre. Dans le cas de la Malaisie, des mesures de redistribution basées sur l'appartenance ethnique ont peutêtre également facilité l'accès aux terres. De plus, comme en Corée et à Taïwan, la croissance a favorisé la création d'emplois en Malaisie. En Indonésie, l'incidence de la pauvreté rurale s'est accrue pendant un certain temps, entre 1970 et 1976, surtout à cause de la hausse du prix du riz, la principale source d'énergie alimentaire des pauvres, que le pays importait. On a atténué le problème en créant un programme accéléré visant à rendre le pays autosuffisant en riz et en adoptant des politiques propices à l'agriculture et à l'économie rurale. Depuis, on associe la croissance à la réduction de la pauvreté. En Chine, le rythme de croissance économique a été plus lent que dans les six autres pays de la région au cours des années 70, bien qu'on y ait observé les taux d'investissement et d'épargne les plus élevés. En dépit d'une utilisation généralement inefficace de ses ressources, la Chine affiche un taux de croissance économique relativement élevé, grâce au volume important des investissements. Des politiques rigoureusement égalitaires, souvent imposées arbitrairement, au prix d'une diminution des incitatifs et de l'efficacité, ont réussi à maintenir à un faible niveau les inégalités dans la répartition des revenus. Cependant, les revenus peu élevés ont généralisé la pauvreté. Les Philippines ont réussi à enregistrer une assez forte croissance dans les années 70, grâce à d'importantes entrées de capitaux après le premier choc pétrolier. Cependant, la croissance n'a pas allégé la pauvreté à cause des inégalités extrêmes dans le système de répartition des terres agricoles et de la stratégie d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations, peu propice à la création d'emplois. Khan (1997) fournit un excellent compte rendu de l'expérience philippine. À plusieurs périodes entre la fin des années 70 et le début des années 80, dans tous les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est, sauf en Chine et à Taïwan, les paiements extérieurs ont connu de sérieux déséquilibres (tableau 3). La Corée, la Thaïlande et les Philippines, pays importateurs de pétrole, ont été aux prises avec ce problème plus tôt, surtout en raison des deux chocs pétroliers. L'Indonésie et la Malaisie, pays exportateurs de pétrole, l'ont connu plus tard, après le boom pétrolier. Le déséquilibre des paiements
extérieurs a frappé soudainement la Corée, l'Indonésie et la Malaisie, tandis qu'il s'est manifesté plus graduellement en Thaïlande et aux Philippines. Ce problème a atteint des proportions insoutenables, obligeant tous ces pays à mettre en place des programmes de stabilisation et des réformes dans les politiques commerciales. En Chine, le taux de déficit extérieur le plus élevé ne représentait que 1,8 p. 100 du PIB (en 1980). Ce pays avait cependant entrepris une réforme systémique en profondeur en 1979, en commençant par une transformation complète de l'organisation de son agriculture et de ses institutions agricoles. Au milieu des années 80, le programme de réforme de la Chine changeait de cap pour se tourner vers une croissance fondée sur les exportations et une intégration accélérée dans l'économie mondiale. Depuis le choc pétrolier, les excédents extérieurs qu'avait connus Taïwan ont été freinés deux fois seulement, en 1975 et en 1980. Cependant, la réforme du régime commercial au profit d'une plus grande ouverture aux importations et aux flux de capitaux a été amorcée en raison des pressions exercées par les partenaires commerciaux des pays industrialisés. Ainsi, le processus accéléré de mondialisation de l'économie dans les années 80 coïncide avec une réforme généralisée des pratiques commerciales et des politiques économiques des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est. La Corée et Taïwan ont instauré des politiques visant la libéralisation des importations, rendue possible en raison de la maturation d'industries naissantes qui avaient pu bénéficier de politiques favorables à leur développement au cours de la décennie antérieure. Cela a également entraîné une restructuration complète du marché des exportations. Le maintien d'un niveau de compétitivité très élevé à l'échelle internationale a constitué la pierre angulaire de la stratégie de développement fondée sur les exportations. Les NPI de deuxième palier, l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande, ont également opté pour des politiques de libéralisation à grande échelle de leurs pratiques commerciales et complété leur transition en passant d'une industrialisation axée sur le remplacement des importations à des politiques de développement axées sur les exportations. Une fois encore, cette transition a été possible grâce à la relative efficacité de leurs industries, qui avaient profité, dans les années antérieures, des incitatifs ciblés de la stratégie d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations appliquée de façon cohérente. Ces pays ont libéralisé leurs politiques d'investissement, une réforme qui a beaucoup encouragé l'investissement étranger direct (IED). La structure des exportations s'est complètement transformée au cours du processus d'intégration dans l'économie mondiale et cette transformation a été facilitée par le maintien d'un haut niveau de compétitivité sur les marchés internationaux. Au milieu des années 80, la Chine s'est résolument engagée dans des stratégies de croissance axées sur les exportations, en modifiant complètement ses programmes d'encouragement à l'exportation, tout en continuant de contrôler et de réglementer une bonne partie des industries et du commerce. Certaines politiques ont joué un rôle majeur dans le processus de transition, notamment les rajustements du taux de change, des subventions bien ciblées aux industries d'exportation et la libéralisation massive de l'investissement étranger. Les réformes réalisées aux Philippines au cours des années 80 n'ont pas donné d'aussi bons résultats. Leurs industries, dont le développement était assujetti à une stratégie aveugle d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations et qui ne faisaient face à aucune concurrence, n'ont pas fait l'objet d'une réforme en profondeur. Le pays a continué d'appliquer des politiques discriminatoires contre les exportations. L'instabilité politique, la stabilisation inefficace des déséquilibres macroéconomiques et un manque de compétitivité sur les marchés internationaux sont autant de facteurs qui ont contribué à réduire la part des Philippines dans le marché mondial des exportations et à retarder l'intégration de ce pays dans l'économie mondiale et son accès aux avantages qui en découlent, jusqu'au début des années 90. Croissance et intégration dans les années 80 et 90Intégration dans l'économie mondialeDans la présente section, nous examinons comment les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est ont su tirer parti de la mondialisation accélérée depuis le début des années 80 et dans quelle mesure leur intégration accrue dans l'économie mondiale a contribué à leur croissance. Entre 1981 et 1993, la croissance des exportations de ces pays a atteint un taux annuel moyen de 11,2 p. 100 par rapport à 5,3 p. 100 pour l'ensemble des PED7 et à 5,4 p. 100 pour le monde (Banque mondiale, 1996, p. 80). Pendant cette période, la part de l'IED détenue par les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est s'est également accrue rapidement. En 1994, ces pays ont obtenu 54 p. 100 de l'IED effectué dans tous les PED (Banque mondiale, 1996b, p. 84). Les tableaux 4, 5 et 6 mettent en lumière certaines caractéristiques de l'intégration accélérée des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est dans l'économie mondiale. Parmi les NPI de premier palier (tableau 4), la Corée a continué d'accroître son rapport exportations-PIB entre 1980 et 1994, tandis que Taïwan enregistrait une baisse. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, le rapport exportations-PIB de Taïwan était exceptionnellement élevé en 1980. En effet, le taux de croissance annuel de ses exportations dépassait de plus du double le taux de croissance des exportations mondiales. Les
7 Il n'existe pas d'évaluation du taux de croissance des exportations des PED ne faisant pas partie des pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est, mais il est de toute évidence beaucoup plus faible.
exportations des NPI de deuxième palier ont grimpé en flèche, particulièrement au début des années 90. Les exportations de la Chine ont connu une hausse spectaculaire ; entre 1980 et 1994, le rapport exportations-PIB a quadruplé. Ce n'est qu'aux Philippines que le taux de croissance des exportations a été inférieur au taux mondial pendant 1980–19908, il n'a commencé à augmenter rapidement qu'au début des années 90. La croissance des exportations s'est également caractérisée par la part accrue des biens manufacturés et la diminution des exportations de produits primaires. Dans les NPI de premier palier, la proportion des exportations de biens manufacturés par rapport aux exportations totales était déjà élevée au 8 Pour un compte rendu de la faible performance des Philippines à ce chapitre, et à d'autres, voir Khan (1997). début des années 80, période où la mondialisation a commencé à s'accélérer. Au cours des 15 dernières années, ce rapport a encore grimpé. Le changement survenu dans le rapport des exportations de biens manufacturés aux exportations totales cache des changements spectaculaires dans la composition des exportations de biens manufacturés des NPI de premier palier. À titre d'exemple, mentionnons que, de 1980 à 1993, les exportations de machinerie et d'équipement de transport par rapport à l'ensemble des exportations se sont accrues en Corée (passant de 20,3 p. 100 à 42,3 p. 100) ainsi qu'à Taïwan (24,7 p. 100 à 44,2 p. 100) (tableau 4). Les NPI de deuxième palier ont connu des changements spectaculaires au regard de la composition de leurs exportations, au profit des biens manufacturés, et particulièrement des produits manufacturés perfectionnés. La part qu'occupe la machinerie (incluant l'équipement de transport) dans l'ensemble des exportations a grimpé de 11,5 p. 100 en 1980 à 40,5 p. 100 en 1992 en Malaisie et d'environ 6 p. 100 à plus de 27 p. 100 en Thaïlande (tableau 4). En Chine, la composition des exportations a également changé : non seulement les exportations de biens manufacturés ont augmenté de façon remarquable par rapport à l'ensemble des exportations, mais entre 1980 et 1995, les exportations de machinerie et d'équipement de transport par rapport à l'ensemble des exportations sont passées de 4,7 p. 100 à 21,1 p. 100 (Chine, SSB, 1996, p. 581). Les Philippines ont également diver-sifié leurs exportations de façon substantielle, mais l'importance de cette diversification soulève des réserves. Les exportations de biens manufacturés de pointe représentent en grande partie des activités à faible valeur ajoutée qui s'exercent dans des zones franches industrielles et comportent un taux élevé d'intrants importés et très peu de liens avec le reste de l'économie (Khan, 1997). Une troisième particularité de la croissance des exportations dans les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est est la part accrue des exportations vers d'autres PED, d'Asie plus particulièrement, et la moins grande dépendance envers les pays de l'OCDE au plan des exportations. Seules font exception la Thaïlande et les Philippines. Cette tendance comporte pour principal avantage le fait que le rythme de croissance des pays de l'OCDE sera beaucoup plus lent dans les années à venir que celui des PED, d'Asie plus particulièrement, qui continueront vraisemblablement à figurer aux premiers rangs de l'ensemble des pays du monde pour ce qui est de la croissance. Ce résultat est également directement lié à la réforme des politiques dans les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est et les autres PED durant la période de mondialisation. Ces pays, à l'exception des NPI de premier palier, surévaluaient leur monnaie nationale, rendant leurs produits d'exportation peu attrayants pour les autres pays de la région en regard des produits d'exportation des pays de l'OCDE. Comme le montre le tableau 6, la plupart de ces pays ont considérablement réduit la valeur de leur monnaie en termes réels depuis le milieu des années 80. Alors que, dans l'ensemble, les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est reçoivent une part croissante de l'IED effectué dans les PED, la situation est tout autre pour les pays pris individuellement. L'IED présente non seulement l'avantage d'augmenter le capital d'investissement, mais également celui d'ouvrir l'accès à la technologie, à la gestion et aux marchés internationaux. Jamais dans leur histoire, la Corée et Taïwan n'ont très bien accueilli l'IED ni n'en ont été dépendants. Cette tendance s'est maintenue en Corée, mais s'est atténuée à Taïwan pendant la période de mondialisation. Ces deux pays présentaient un taux d'épargne assez élevé, de sorte qu'ils n'ont jamais eu à compter sur les capitaux étrangers. La Corée a préféré acquérir des connaissances technologiques par l'entremise de licences, tandis que Taïwan a opté pour la participation directe aux sociétés transnationales de certains secteurs industriels au cours des dernières années. Exprimé en proportion de l'investissement global, l'IED a été généralement plus élevé dans les NPI de deuxième palier et particulièrement en Malaisie (tableau 7). Cependant, c'est en Chine que la croissance de l'IED a été la plus spectaculaire au cours des dernières années. En 1994, la Chine
a obtenu 42 p. 100 de l'IED de l'ensemble des PED. Aucun de ces pays n'avait un besoin pressant d'IED pour augmenter son capital d'investissement. L'intérêt premier de l'IED est qu'il leur permettait d'avoir accès à la technologie, à la gestion et aux marchés. Un facteur déterminant a permis aux six pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est de tirer profit de la mondialisation : leur capacité de maintenir une bonne compétitivité sur les marchés internationaux, en stabilisant les coûts unitaires de main-d'œuvre dans les opérations de change, malgré une croissance des salaires réels. Plusieurs facteurs ont permis d'atteindre cet objectif : croissance rapide de la productivité, faible taux d'inflation intérieur par rapport au taux mondial et ajustement du taux de change9. Dans ces pays, la productivité du travail a augmenté rapidement en raison de l'investissement majeur dans le capital humain et de la structure globale des incitatifs favorisant l'investissement dans les activités socialement bénéfiques. Les NPI des deux paliers ont réussi à réduire l'inflation à un taux beaucoup plus bas au cours des années 80 et 90 qu'au cours de la décennie antérieure (tableau 8). Le taux d'inflation en Chine a été plus élevé au cours des années 80 et 90 que dans les années antérieures, mais les rajustements audacieux des taux de change ont stabilisé les coûts unitaires de la main-d'œuvre dans les opérations de change. Les Philippines n'ont pas réussi cette stabilisation faute d'avoir pu améliorer la productivité du travail et juguler l'inflation (voir Khan, 1997).
9 Le modèle analytique sous-jacent et les données sur la Corée et la Malaisie sont présentés dans Mazumdar (1993). Les données sur la Chine figurent dans Khan (1996b). Ces pays étaient à la fois en concurrence avec d'autres pays sur les marchés internationaux et en concurrence entre eux. La situation aurait pu prendre l'allure d'une inféodation si chaque pays n'avait pas restructuré la production et les exportations en fonction de l'évolution des avantages comparés. Croissance économiqueLes six pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est qui ont réussi à s'intégrer dans l'économie mondiale ont tous connu une hausse marquée du taux de croissance durant le processus de mondialisation (tableau 1). Les Philippines, qui n'ont pas su profiter de la mondialisation accélérée de l'économie, ont connu une période de stagnation durant les années 80, et ce n'est qu'en 1994 qu'elles ont commencé à s'en sortir. Au cours des années 80, la Corée a connu un taux de croissance annuel du PIB presque aussi élevé qu'au cours de la décennie précédente. À Taïwan, la croissance s'est considérablement ralentie durant cette période, tout en demeurant très élevée par rapport à la norme internationale. Au début des années 90, le taux de croissance dans ces deux pays a encore diminué, mais il était tout de même 3,6 fois supérieur au taux de croissance moyen du PIB à l'échelle mondiale. Comme nous l'avons observé précédemment, Taïwan a connu pendant des années un revenu par habitant qui lui permettait de figurer parmi les pays à revenu élevé, suivant les critères de la Banque mondiale. La Corée, que la Banque mondiale place en tête du peloton des pays à revenu moyen supérieur, est le prochain pays important à faire partie des pays à revenu élevé. Ces pays ont enregistré un essor sans précédent dans bien des domaines pendant longtemps, mais il est peu probable que leur économie continue de croître à ce rythme. Leur croissance au cours de la période de mondialisation doit être considérée comme exceptionnelle, quelle que soit l'échelle de comparaison. Parmi les NPI de premier palier, la Thaïlande a affiché un taux de croissance constant de son PIB au cours de la période de mondialisation. Avec un taux d'accroissement démographique qui a chuté à 1 p. 100 par année, la croissance annuelle du revenu par habitant a atteint plus de 7 p. 100 dans ce pays. Les taux de croissance du PIB en Indonésie et en Malaisie ont fléchi légèrement du début jusqu'au milieu des années 80, en raison du repli à court terme provoqué par les politiques de stabilisation. Par la suite, le taux de croissance a crû à un rythme constant dans ces pays. La Chine a joui d'une croissance sans précédent pendant la période de mondialisation. Jamais dans l'histoire, plus du cinquième de l'humanité n'a enregistré un taux de croissance du PIB de plus de 10 p. 100 (environ 9 p. 100 du PIB par habitant) pendant 15 ans ; comme nous le verrons, cette croissance n'a toutefois pas profité de façon uniforme aux 1,2 milliard de Chinois. Les Philippines représentent le seul pays de la région à l'étude à faire exception à la règle de croissance élevée. Pendant la période de mondialisation, on y observe en effet une croissance négative globale du revenu par habitant et un PIB par habitant inférieur en 1995 que pendant les années 80. La croissance remarquable des six pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est pendant la période de mondialisation est le résultat de stratégies de développement qui ne peuvent être analysées adéquatement dans le cadre de la présente étude. Elles représentent en quelque sorte le prolongement de celles adoptées dans les années 60 et 70, dont nous avons brièvement parlé dans la première section, ainsi que des changements apportés à la suite d'une plus grande intégration dans l'économie mondiale. Ces changements ont contribué à améliorer l'efficacité. Les réformes axées sur l'ouverture ont amené les NPI de deuxième palier, et la Chine plus particulièrement, à une meilleure utilisation des ressources. Le maintien des politiques d'encouragement à l'épargne et à l'investissement et les programmes d'aide ciblés ont favorisé une forte croissance. Technologie de l'informationLa diffusion rapide de la technologie de l'information facilite le processus de mondialisation. Cette technologie, qui englobe les industries électroniques, les télécommunications et les services informatiques, dont les ordinateurs, les semi-conducteurs, les logiciels et les systèmes informatiques, réduit le coût des communications internationales et facilite la circulation de l'information. La technologie de l'information a donc joué un rôle de premier plan dans la mondialisation accélérée de l'économie. Une étude récente de la Banque mondiale a examiné le rôle de la technologie de l'information dans le développement de l'Asie de l'Est sous trois différents aspects10. Premièrement, il s'agit d'un secteur industriel à croissance rapide où l'élasticité de la demande par rapport au revenu est élevée. L'avantage comparatif dont un pays peut se doter dans un secteur donné de l'industrie constituera probablement une excellente source de revenus d'exportation. Deuxièmement, la technologie de l'information favorise l'accroissement de la productivité en améliorant l'efficacité administrative et 10 Voir Hanna, Boyson et Gunaratne (1996). Ce rapport présente des études de cas sur la technologie de l'information au Japon, en Corée, à Taïwan, à Hong-Kong et à Singapour. technologique. Troisièmement, la technologie de l'information contribue à l'efficacité économique globale par la modernisation de l'infrastructure dans les secteurs des transports et des communications. La technologie de l'information présente une caractéristique importante : il est possible pour des pays qui disposent de facteurs de production très variés de disposer d'un avantage comparatif dans certaines sphères d'activité, et la plupart des composantes de cette technologie sont facilement transférables. Certains procédés, tels que l'assemblage de composantes microélectroniques et de cartes-mères d'ordinateurs, peuvent intéresser les pays dotés d'une abondante main-d'œuvre peu ou non spécialisée, comme c'est le cas en Malaisie et aux Philippines, tandis que d'autres nécessitent une main-d'œuvre spécialisée, dont disposent notamment la Corée et Taïwan. La technologie de l'information ne permet pas nécessairement de rehausser la production dans tous les pays. Elle peut être complémentaire ou entrer en concurrence avec d'autres facteurs de production. On peut concevoir que certaines techniques de production faisant appel à la technologie de l'information remplaceront la main-d'œuvre et ne seront donc pas appropriées dans les PED où la main-d'œuvre est abondante, en Indonésie par exemple, mais conviendront parfaitement aux PED sur le point de connaître une pénurie de main-d'œuvre, comme ce sera vraisemblablement le cas en Corée et à Taïwan. Il n'est pas toujours facile d'obtenir de l'information sur le degré d'adoption de la technologie de l'information dans les PED. Cependant, les données disponibles donnent à penser que de tous les PED, les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est sont ceux qui se réservent la meilleure part du marché de la technologie de l'information. En 1993, la Corée et la Malaisie se partageaient respectivement 9,5 p. 100 et 7,5 p. 100 du marché mondial des exportations de microcircuits électroniques, 4,7 p. 100 et 8,6 p. 100 du marché des diodes et des transistors, 6,1 p. 100 et 2,6 p. 100 du marché des périphériques utilisés dans le traitement automatique des données. La Corée détient 3,1 p. 100 du marché des ordinateurs. Singapour et Hong-Kong, deux pays à revenu élevé de la région, occupent une place importante sur le marché mondial pour ces produits de la technologie de l'information. La Thaïlande, la Chine et les Philippines ont également intégré le marché mon-dial des exportations dans le secteur de la technologie de l'information. Tous les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est réunis détiennent 31,4 p. 100 du marché mondial des exportations de microcircuits électroniques, 27,7 p. 100 du marché des diodes et des transistors, 38,8 p. 100 du marché des périphériques de traitement automatique des données et 28,4 p. 100 du marché des ordinateurs (données tirées du chapitre 2). Nous ignorons quelle part du marché détient Taïwan, mais il est clair que l'ensemble des pays de la région sont devenus les producteurs et exportateurs de technologie de l'information les plus importants après les pays de l'OCDE. Le tableau 9 donne un aperçu, établi à partir des renseignements disponibles, du taux d'utilisation de la technologie de l'information dans quatre pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est, en 1989. Ce taux est de toute évidence très élevé en Corée en regard de celui des PED et demeure significatif par rapport à celui de certains pays de l'OCDE. Taïwan a manifestement atteint un niveau similaire de développement, bien que nous ne disposions pas d'information à ce sujet. En comparaison, les autres pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est utilisent peu la technologie de l'information. Même à l'intérieur de l'Asie de l'Est et de l'Asie du Sud-Est, les stratégies de développement de la technologie de l'information varient selon les pays. La stratégie de la Corée se rapproche probablement de celle des NPI de premier palier. En 1992, la Corée a adopté un plan directeur dans ce secteur avec pour objectifs : d'augmenter le nombre d'ordinateurs personnels et de terminaux, pour le faire passer de 2,2 millions à 10 millions d'ici l'an 2001 ; d'accroître sa part du marché des ordinateurs produits localement, pour la faire passer de 3 p. 100 à 50 p. 100 ; de développer des puces DRAM de 256 Mbit d'ici trois ou quatre ans ; d'élaborer des réseaux d'information numériques à large bande pour les téléphones cellulaires ; de créer un centre qui établira un code de liaison standard en langue coréenne et d'autres langues (Hanna, Boyson et Gunaratne, 1996, p. 87). La stratégie adoptée pour atteindre ces objectifs dans le secteur de la technologie de l'information, semblable à celle autrefois utilisée pour le développement industriel,
consiste notamment à obtenir un appui ciblé de grande portée. Au départ, ces industries sont protégées contre la concurrence des producteurs étrangers déjà établis. On sait par ailleurs que le marché intérieur ne peut à lui seul suf-fire au développement technologique. La protection dans ce secteur n'est donc pas centrée sur le commerce intérieur ; les programmes d'aide sont également axés vers le développement du marché des exportations. L'approvisionnement gouvernemental garantit un marché minimum. Le soutien du secteur public à la R-D est passé de 64 p. 100 du total de la R-D effectuée dans ce secteur en 1980 à 20 p. 100 au début des années 90. On a encouragé le recours à la technologie de l'information dans l'administration publique, afin de promouvoir la demande intérieure. Une politique fiscale visant à favoriser la R-D dans le secteur privé, des politiques d'encouragement à l'automatisation de l'industrie et des investissements dans le capital humain nécessaire à la promotion de la R-D sont autant d'initiatives mises de l'avant pour susciter le développement de la technologie de l'information11. Le cas de l'industrie des semi-conducteurs aux Philippines se situe à l'opposé de cette stratégie globale de développement de la technologie de l'information appliquée à l'augmentation de la productivité et de l'efficacité dans tous les secteurs de l'économie. En 1987, les intrants importés représentaient 76,3 p. 100 de la valeur des exportations dans ce secteur d'activité. La production représentait 10,2 p. 100 des exportations, mais seulement 0,4 p. 100 de la valeur ajoutée et 0,14 p. 100 de l'emploi12. L'industrie est faiblement liée au reste de l'économie en raison de son développement en enclaves suscité par l'IED ; les incitatifs sont en effet suffisants pour attirer les investissements dans ce pays, mais ne favorisent pas l'intégration des nouvelles industries au reste de l'économie. Bien que le développement de ce secteur soit très profitable pour les Philippines, le volume et la valeur des exportations de l'industrie des semi-conducteurs témoignent du fait que l'apport réel à l'économie du pays est considérablement exagéré. La Malaisie représente peut-être un cas intermédiaire où l'on a également fait la promotion de la technologie de l'information en attirant l'IED, mais il semble dans ce cas-ci que l'on ait davantage réussi à créer des liens avec l'économie interne en favorisant une diffusion plus rapide de la technologie de l'information. Malheureusement, le manque de données ne nous permet pas d'analyser cette question en profondeur. 11 Voir Hanna, Boyson et Gunaratne (1996, p. 90-92) pour un compte rendu des stratégies adoptées en Corée. 12 Voir Krugman et al. (1992, p. 12) à ce sujet. Malheureusement, aucune information plus récente n'est disponible. Évolution de la pauvretéDans la présente section, nous tentons de cerner les tendances de l'incidence de la pauvreté dans les pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est pendant les années 80 et 90, période qui correspond au processus accéléré de mondialisation. Comme nous le verrons plus loin, les résultats obtenus en matière de réduction de la pauvreté sont moins homogènes d'un pays à l'autre que ceux observés au plan de la croissance. La pauvreté se mesure notamment par le nombre de personnes qui vivent sous un seuil donné de revenus ou de dépenses par habitant, main-tenu constant pendant une certaine période. Les seuils de pauvreté ne sont pas établis suivant le même niveau de vie dans tous les pays. Même si ces seuils sont souvent ancrés à un apport alimentaire minimum acceptable, à titre d'indicateurs du niveau de vie, ils diffèrent d'un pays à l'autre pour différentes raisons, notamment à cause de variations dans les normes d'alimentation, les coutumes alimentaires et les critères d'évaluation des besoins non alimentaires. Il est donc impossible de comparer les niveaux de pauvreté absolue d'un pays à l'autre. Même si on avait pu établir un seuil de pauvreté uniforme pour tous les pays, il est loin d'être sûr que cela aurait changé quoi que ce soit aux tendances observées. Nouveaux pays industrialisés de premier palierLa Corée et Taïwan comptent parmi les pays où la répartition des revenus est la plus égalitaire et où l'incidence de la pauvreté absolue est la plus faible. En effet, l'incidence de la pauvreté, en vertu de toute norme absolue raisonnable, a atteint des niveaux tellement bas en Corée et à Taïwan que les estimations à ce chapitre se sont raréfiées dès le début des années 80. Peu de données donnent à penser que la forte croissance observée dans ces pays pendant la période de mondialisation a entraîné une augmentation des inégalités. En Corée, le coefficient de répartition des revenus de Gini aurait diminué, passant de 0,389 en 1980 à 0,345 en 1985 et à 0,336 en 1988 (Korea Labor Institute, 1992, p. 126). Le salaire horaire réel dans les industries a augmenté de 9,3 p. 100 par année entre 1982 et 1990 (Korea Labor Institute, 1992, p. 65). Pour Taïwan, il n'existe aucune estimation directe des changements dans la répartition des revenus, mais on sait que les revenus réels dans le secteur manufacturier ont augmenté à un taux annuel de 4,4 p. 100 entre 1979 et 1985 et de 9,4 p. 100 entre 1985 et 1990 (BAD, 1994, p. 207). Le taux de chômage dans ces deux pays a baissé entre 1985 et 1990 (BAD, 1994, p. 207). Même si aucune estimation directe n'est disponible, il est presque certain que l'incidence de la pauvreté absolue, suivant tout critère raisonnable, a diminué dans ces pays. Nouveaux pays industrialisés de deuxième palierLes tableaux 10, 11 et 12 illustrent l'incidence de la pauvreté en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande, au cours des années 80 et début des années 90. L'incidence de la pauvreté dans ces pays a diminué au cours de cette période, mais l'étendue de cette baisse et la forme qu'elle a prise varient de l'un à l'autre. En Indonésie, l'incidence de la pauvreté, tant dans les régions rurales que dans les zones urbaines, n'a cessé de diminuer durant la période à
l'étude. Cette tendance a ceci de particulier qu'entre 1981 et 1987, période marquée par la stabilisation et la baisse du taux de croissance du PIB, la pauvreté a diminué à un rythme plus rapide que par la suite, une période de forte croissance et d'intégration rapide dans l'économie mondiale. On a réussi à réduire la pauvreté durant la période de stabilisation grâce à la concentration du repli financier dans les secteurs à fort coefficient de capital et à des programmes ayant peu de répercussions négatives sur la croissance de l'emploi. De plus, la gravité du repli a été atténuée grâce à la collaboration des bailleurs de fonds et des créanciers qui ont assuré une entrée continue de ressources nettes. Plus récemment, le ralentissement du taux de réduction de la pauvreté a été attribué à l'isolement des pauvres dans les foyers reculés de pauvreté que les programmes publics ont de la difficulté à atteindre. L'incidence de la pauvreté en Malaisie a diminué plus rapidement que dans les autres NPI. Dès le début des années 90, la pauvreté était devenue négligeable en milieu urbain et réduite à un très bas niveau en milieu rural. On a réussi à réduire la pauvreté du début jusqu'au milieu des années 80, période de stabilisation et de réduction de la croissance, grâce à une meilleure répartition des revenus. La croissance accrue depuis la fin des années 80 ne s'est pas accompagnée d'une détérioration significative de la répartition des revenus, de sorte que le rythme de réduction de la pauvreté a été maintenu (voir Samudram, 1996). En Thaïlande, l'incidence de la pauvreté s'est d'abord accrue au début de la période de mondialisation, puis elle a enregistré un recul. Durant toute cette période, on a noté une réduction substantielle de la pauvreté, bien qu'une partie du potentiel de réduction résultant d'une forte croissance économique ait été annulée par une augmentation des inégalités dans la répartition des revenus. Ainsi, une étude récente (Medhi, 1996) signale que de 1988 à 1990, environ 36 p. 100 de la réduction possible du nombre de pauvres qui aurait pu résulter de la croissance des revenus, sans changements distributifs, a été neutralisée par les changements négatifs survenus dans la répartition des revenus. D'après cette étude, des exercices de simulation auraient démontré qu'à la fin des années 80, une diminution massive de la protection effective découlant directement d'une plus grande intégration de la Thaïlande dans l'économie mondiale, a contribué à réduire la pauvreté. La croissance plus forte enregistrée pendant la période de mondialisation a également contribué à canaliser plus de ressources dans des programmes de réduction de la pauvreté. Depuis le milieu des années 80, les dépenses publiques effectuées dans les services économiques et sociaux ont augmenté rapidement, ce qui a eu des répercussions bénéfiques chez les pauvres. Chine13La Chine s'est engagée dans une réforme en profondeur de l'économie rurale en 1979 et sa remarquable croissance jusqu'au milieu des années 80 est en bonne partie attribuable à la croissance de cette économie. Au milieu des années 80, la Chine a apporté des changements qualitatifs à sa stratégie de développement ; ainsi, d'une économie rurale, elle est passée à une économie orientée vers les exportations. Au cours de cette période, l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale s'est accélérée. On observe une diminution marquée de l'incidence de la pauvreté en Chine rurale jusqu'au milieu des années 80. Par la suite, le taux de réduction a ralenti considérablement pour se stabiliser complètement au début des années 90 (tableau 13), d'où une augmentation du taux de pauvreté absolue. Dans les régions urbaines de la Chine, l'incidence de la pauvreté a diminué constamment jusqu'à la fin des années 80. Dans les années 90, on constate en revanche une augmentation des cas de pauvreté extrême. Dans l'ensemble, le bilan de la Chine pour ce qui est de la réduction de la pauvreté durant le processus accéléré d'intégration dans l'économie mondiale a été médiocre, contrastant avec sa remarquable croissance au cours de la même période. La réduction asymétrique de la pauvreté, avant et après 1985 en Chine rurale, s'explique en grande partie par un ralentissement de la croissance des revenus personnels (variable prise en compte dans le calcul du seuil de
13 La présente analyse des tendances de la pauvreté en Chine est basée sur l'étude détaillée de Khan (1996c) que nous ne pouvons reproduire ici en raison d'un manque d'espace. pauvreté). Avant 1985, les revenus personnels avaient rapidement augmenté en raison du taux de croissance élevé de la production agricole et d'une nette amélioration des termes de l'échange dans le secteur de l'agriculture. Cette croissance a été suffisamment marquée pour faire contrepoids à une certaine augmentation des inégalités dans la répartition des revenus personnels. Après 1985, le taux de croissance des revenus personnels a considérablement fléchi, en raison de la réduction de la croissance de la production agricole et du déclin ou de la stagnation des termes de l'échange dans le secteur de l'agriculture. La hausse des revenus personnels n'était plus suffisamment forte pour annuler l'effet des inégalités croissantes. Comme la plupart des pauvres de la Chine vivent dans les régions rurales, la baisse du taux de réduction de la pauvreté rurale s'est répercutée sur le taux à l'échelle du pays. Jusqu'à la fin des années 80, le taux de croissance du revenu personnel dans les régions urbaines de la Chine a été assez élevé pour annuler facilement l'effet d'une augmentation modérée des inégalités. Depuis, la croissance des revenus personnels s'est accélérée, mais elle ne peut toutefois pas faire contrepoids à l'augmentation marquée des inégalités dans la répartition des revenus. L'étude de la situation en Chine souligne le fait que le taux de croissance du PIB est un piètre prédicateur du taux de croissance des revenus personnels, une variable importante dans l'évaluation de la pauvreté. Ceci est dû en partie aux politiques macroéconomiques relatives au taux de capitalisation et en partie aux changements dans les termes de l'échange sectoriels qui jouent un rôle important dans le transfert de la croissance globale à la croissance sectorielle. Le taux d'industrialisation sans précédent qu'a connu la Chine au cours du processus d'intégration dans l'économie mondiale (1984-1994) a contribué à concentrer les revenus de deux façons importantes. Premièrement, l'élasticité de l'emploi par rapport à la production dans le secteur manufacturier a chuté, passant de 0,62 entre 1978 et 1984 à 0,27 entre 1984 et 1994, même si des études empiriques ont démontré que la croissance des exportations de biens manufacturés était concentrée dans les secteurs de production à fort coefficient de main-d'œuvre. Ce paradoxe pourrait trouver son explication dans la situation initiale des industries manufacturières, surtout les entreprises d'État et collectives, où l'emploi a augmenté au-delà des impératifs d'efficacité en raison de la politique sociale d'emploi garanti. Les réformes économiques dictées par la mondialisation de l'économie ont rendu de plus en plus difficile le maintien de ce système de protection sociale camouflée. Les entreprises d'État et collectives en quête d'une plus grande efficacité et ouvertes aux investisseurs étrangers ont donc commencé à éliminer les surplus cachés de main-d'œuvre pendant la période de mondialisation. Ce processus a atteint sa vitesse de croisière après que l'on eut progressivement légiféré. La faible élasticité de l'emploi par rapport à la production observée est le résultat de deux effets divergents : i) une assez forte élasticité du marché de l'emploi mesurée selon une intensité constante de l'emploi par travailleur et ii) une augmentation de l'intensité de l'emploi attribuable à une réduction du chômage camouflé dans les industries. Ce processus favorise certainement l'efficience et l'on peut faire valoir que ses effets distributifs négatifs pourront être atténués par des politiques sociales appropriées, telles que la mise en place d'un système structuré d'assurance-chômage ou un programme accéléré de travaux publics. Deuxièmement, on constate que la croissance est fortement concentrée dans les plus riches provinces côtières et de l'Est, régions où il est plus facile d'attirer l'IED. Ces tendances sont étroitement liées aux réformes visant à faciliter l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale, sans politique compensatoire pour protéger les sans-emploi et les régions plus pauvres. Certains aspects de la politique de développement ont contribué à l'incapacité de faire contrepoids aux déséquilibres provoqués par l'intégration accélérée de la Chine dans l'économie mondiale. Ainsi, les pressions exercées pour atteindre un taux de capitalisation toujours plus élevé a constitué un obstacle au transfert de la croissance du PIB à la croissance des revenus personnels. Les changements dans la composition des dépenses et crédits publics, qui favorisent les zones urbaines des provinces les plus riches au détriment des régions rurales, ont empêché de soulager la pauvreté en général. La politique permettant aux entreprises d'État et collectives de se défaire de la main-d'œuvre sous-employée afin de mieux s'intégrer dans l'économie mondiale n'a pas été assortie de mesures adéquates de protection des sans-emploi. Tandis que la tolérance implicite de la migration a été bénéfique pour les pauvres, la discrimination encore exercée contre les migrants est néfaste pour eux14. Les changements effectués dans les établissements d'enseignement et de santé n'ont pas été complétés par des mesures compensatoires telles que l'allocation de fonds publics qui auraient rendu ces services accessibles aux pauvres15. 14 Il y a eu un vaste mouvement migratoire des régions rurales vers les villes en Chine, alors que la migration était auparavant assujettie à l'application stricte d'un système de permis de résidence. On a assoupli la réglementation régissant l'obtention de permis de résidence et toléré les mouvements migratoires, mais les migrants n'ont pas eu accès aux services publics tels que l'éducation aux enfants, les soins de santé et le logement. 15 Ces services étaient autrefois offerts par des institutions collectives. Après leur démantèlement, aucune disposition adéquate n'a été prise pour que les administrations locales, ou autres organismes, prennent la relève. PhilippinesÉtant donné le taux de croissance lamentable enregistré aux Philippines jusqu'au début des années 90, il est peu probable que ce pays réduise son taux de pauvreté. Il est donc assez étonnant de constater que l'incidence de la pauvreté a malgré tout diminué, bien que faiblement, entre 1985 et 1991 (tableau 14). Un regain de croissance en 1994 a contribué à la réduction de la pauvreté dans les régions urbaines. Le rapport entre la croissance, les inégalités et la pauvreté varie suivant les périodes. Entre 1985 et 1988, le taux de croissance du PIB réel par habitant se situait à 12 p. 100. D'après différentes enquêtes sur les revenus et les dépenses des familles (1985, 1988, 1991), la consommation réelle par habitant a été stagnante, témoignant de l'incapacité de transférer le taux de croissance globale du PIB à l'augmentation du niveau de vie des ménages. L'incidence de la pauvreté a toutefois diminué en raison d'une meilleure répartition des dépenses en milieu rural. Entre 1988 et 1991, la croissance du PIB par habitant a été presque nulle, tandis que les inégalités dans la répartition des revenus ont augmenté, d'où l'augmentation de l'incidence de la pauvreté. L'intégration accélérée dans l'économie mondiale, obligeant un rajustement rapide à la baisse du taux de change, semble avoir contribué à l'appauvrissement des Philippines. Selon Balisacan (1996), une simulation à partir d'un modèle macroéconomique révèle qu'une dévaluation de 5 p. 100 augmente le rapport de pauvreté rurale calculé par dénombrement de 1,9 point de pourcentage et le rapport de pauvreté urbaine de 2,5 points de pourcentage. Comme la production agricole est plus exportable que la production industrielle aux Philippines, la dévaluation fait monter considérablement les prix dans les régions rurales. L'amélioration connexe des termes de l'échange ne profite guère aux pauvres des régions rurales qui sont
généralement des travailleurs ou de petits agriculteurs sans terres, acheteurs nets de produits alimentaires. Les pauvres des régions urbaines font également face à une hausse du prix des aliments plus forte que leurs gains nominaux. ConclusionAu cours des années 80 et au début des années 90, les six pays d'Asie de l'Est et d'Asie du Sud-Est ont mieux réussi à s'intégrer dans l'économie mondiale en augmentant leur part du marché mondial des exportations et de l'IED. Le succès des NPI des deux paliers a été considérablement facilité par l'efficacité relative des industries que les anciennes politiques de développement avaient favorisées. Ces politiques leur ont permis d'être compétitifs sur les marchés internationaux marqués par la libéralisation des échanges commerciaux. Leur capacité de soutenir la concurrence à l'échelle internationale est un autre élément fondamental qui leur a permis de mieux s'intégrer dans l'économie mondiale. Ces pays ont également connu une forte croissance économique durant la période de mondialisation parce qu'ils ont su préserver les éléments positifs de leurs anciennes politiques de développement et les renforcer par une réforme axée sur l'amélioration de l'efficacité, mise en œuvre dans le cadre de leur intégration à l'économie mondiale. L'accent mis sur la technologie de l'information, plus particulièrement dans les NPI de premier palier, a été un autre facteur important de leur intégration à l'économie mondiale et de la forte croissance économique. Leur croissance durant la période de mondialisation ne s'est pas accompagnée d'une croissance significative des inégalités dans la répartition des revenus. Par conséquent, tous ont connu une réduction continue de l'incidence de la pauvreté. La Chine a réussi de façon remarquable à accroître sa part du marché mondial et sa part d'IED grâce à un changement radical dans sa politique de développement davantage orientée vers les exportations et le maintien de la compétitivité sur les marchés internationaux. L'utilisation plus efficace de ses ressources, combinée à une augmentation soutenue des taux d'investissement intérieur, lui a permis d'enregistrer un taux de croissance très élevé du PIB. Ce processus a cependant donné lieu à une forte augmentation des inégalités et à un ralentissement de la réduction de la pauvreté, situation que la Chine avait déjà connue avant son intégration dans l'économie mondiale. Les Philippines n'ont pas réussi à profiter du processus de mondialisation faute d'avoir pu soutenir la concurrence sur les marchés internationaux et d'avoir réussi à sortir assez vite du régime inefficace d'industrialisation fondée sur le remplacement des importations. L'instabilité politique et l'absence d'une stratégie de développement cohérente ont entraîné une diminution du taux d'investissement et une stagnation prolongée du PIB dont le pays ne fait que commencer à s'extirper. Il est bon de souligner que certains éléments de la mondialisation peuvent avoir des effets de redistribution asymétriques selon les circonstances. La libéralisation du commerce et les rajustements du taux de change semblent avoir amélioré la répartition des revenus en Thaïlande mais avoir été nuisibles à la population pauvre des Philippines. Il faut également être prudent avant de prétendre que les effets distributifs négatifs qui se sont fait sentir en Chine et aux Philippines sont attribuables à l'intégration accélérée de ces pays dans l'économie mondiale. Dans le cas de la Chine, les effets distributifs négatifs, attribuables aux distorsions initiales de ses industries, se sont révélés transitoires. Ils auraient pu être annulés par des politiques compensatoires au cours de la période de transition16. Aux Philippines, la pauvreté persistante est principalement liée à un faible taux de croissance. Si les Philippines avaient réussi à mieux s'intégrer dans l'économie mondiale, la croissance de ce pays aurait assurément été plus forte. 16 Force est de reconnaître que ces politiques compensatoires auraient pu modifier le processus de mondialisation. Des investissements publics régionaux plus équilibrés auraient peut-être modifié le volume et le type d'IED. De même, une politique assurant une meilleure protection sociale aurait pu réduire le taux de capitalisation et le taux de croissance. |
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