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Bill Carman

ID: 27957
Added: 2003-04-15 15:38
Modified: 2004-10-30 23:59
Refreshed: 2012-02-10 19:06

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Conclusion générale: Quelle agriculture urbaine pour le Sénégal ?
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Safiétou T. Fall et Abdou Salam Fall

Après une revue du potentiel et des contraintes de l’agriculture urbaine dans les principales villes du Sénégal, il est possible de globaliser l’analyse et de se prononcer sur les grands enjeux de ce système : les villes agricoles sont-elles réellement en sursis ? La question posée concerne la viabilité du système et son impact sur l’expansion des villes. Quelle est l’étendue du risque écologique ? Est-il possible de concilier le développement de l’agriculture urbaine et l’urbanisation des villes ? L’agriculture urbaine est-elle un moyen d’améliorer la sécurité alimentaire et de lutter contre la pauvreté ?

L’agriculture urbaine : une donnée permanente dans des villes en expansion

Nous avons observé une solide implantation des différents domaines de l’agriculture dans l’espace périurbain. Dans la zone de Dakar, le système pastoral intensif se consolide depuis plus d’une dizaine d’années. Le cheptel est minoritaire numériquement, mais les rendements de production de viande et de lait y sont plus importants que partout ailleurs au Sénégal.

En ce qui concerne l’horticulture, les espaces interstitiels périurbains représentent une importante partie des surfaces cultivées et ils produisent un gros tonnage de légumes destinés à l’approvisionnement des villes. Les acteurs sont composés de migrants venant de zones rurales ou même de pays limitrophes, mais sous contrat avec des résidents qui tirent leurs moyens de subsistance du métayage. En ville, l’élevage de moutons et d’animaux de la basse-cour est une des caractéristiques sociales qui marque les familles sénégalaises. Ce cheptel urbain est à prendre en considération dans l’évaluation des apports sur le plan des ressources alimentaires ou des revenus, mais aussi sur celui du rôle social que joue l’élevage.

On peut donc affirmer que l’agriculture urbaine est une activité qui représente une importante source de revenus pour la population urbaine et suburbaine. De fait, l’agriculture urbaine s’est bien implantée; il convient alors de l’accepter et de ne pas marginaliser la population qui en tire son revenu ou minimiser sa contribution à l’approvisionnement des villes.

Les trois études de cas portent sur les trois villes structurantes de la zone écologique des Niayes. Si le Gandiolais au nord et, dans une moindre mesure, le centre de la zone des Niayes ( Thiès ) sont marqués par un déficit hydraulique, cela est moins vrai pour sa partie septentrionale, notamment Dakar et sa région qui occupe la première place dans la production horticole. Mais en ce qui touche les surfaces cultivées, Thiès et Dakar se valent avec des superficies respectives de 3 594 ha et 3 598 ha, pendant que Saint-Louis totalise 1 531 ha, soit deux fois moins.

L’horticulture est caractérisée par sa diversité de cultures. Cet aspect est plus marqué à Dakar qui réalise en outre une meilleure pérennité de sa production. Thiès reste le bastion de la production fruitière, tandis que Saint-Louis, et précisément le Gandiolais, s’est spécialisé dans la production d’oignon. De même, on peut relever que la floriculture est plus présente à Dakar qu’à Thiès et Saint-Louis.

À propos du marché, on note une large convergence de la production vers Dakar où se concentrent les plus grands marchés légumiers et fruitiers ( Thiaroye, Castors, Sandika à Pikine ). La saturation de Dakar contraste avec la pénurie en produits maraîchers et fruitiers dans les autres localités. C’est aussi à Dakar qu’il y a une forte concentration de l’élevage intensif, en particulier des fermes avicoles et des unités de production de lait de vache. L’élevage est assez répandu à Thiès, notamment vers Pout, mais faible à Saint-Louis.

Les acteurs impliqués dans l’agriculture urbaine et périurbaine sont d’abord les peuples autochtones, résidents des zones écologiques favorables à l’horticulture et à l’élevage. Cette catégorie d’acteurs est dominante à Thiès et à Saint-Louis. En revanche, Dakar est plus « bigarrée », avec notamment les migrants, alors que sa banlieue est plus homogène avec une dominante d’autochtones, concurrencés cependant par les « paysans du dimanche ». Dans l’agglomération de Dakar, du centre-ville de Rufisque et sa banlieue, les acteurs proviennent d’horizons divers. La location et le métayage sont les statuts fonciers dominants. La spécialisation ethnique est plus marquée dans la mise en valeur des ressources et la chaîne de production. Dans l’ensemble, les conditions de travail restent précaires, notamment chez les petits producteurs caractérisés par un dénuement matériel et une incertitude dans la gestion de l’infrastructure hydraulique de base. Les jeunes sont les plus nombreux, en particulier pour les travaux horticoles.

Dans les zones de Thiès et de Saint-Louis, les acteurs résident pour la plupart dans le milieu. Les propriétaires fonciers sont les plus nombreux. Le recours à la main-d’œuvre infantile et aux autres aides familiaux est une pratique générale. Les producteurs sont des adultes plus ou moins jeunes. Les migrants en provenance du centre du pays sont peu nombreux.

La précarité de l’agriculture urbaine et périurbaine vient de la progression de l’urbanisation qui ronge les terres de culture, notamment à Dakar et à Saint-Louis intra muros. À défaut d’être perçue dans sa fonction structurante de l’urbanisation, l’agriculture urbaine et périurbaine continue de se faufiler dans les interstices et les espaces non occupés. Mais combien de temps pourra durer cette résistance ? Le paradoxe est que ses principaux représentants en font un passe-temps de fin de semaine en lui injectant des ressources tirées d’autres secteurs, notamment le tertiaire, et ce faisant, sa valeur ajoutée reste précaire et peu attrayante pour les faiseurs de richesses et les preneurs de risques en investissements à moyen ou long terme.

Mais le développement de ce secteur nécessite une bonne évaluation et un contrôle du risque écologique ainsi qu’un bon arbitrage entre les activités pour une utilisation harmonieuse de l’espace.

Le risque écologique

La zone de Saint-Louis est la moins consommatrice de produits chimiques. Celles de Dakar et de Thiès présentent des risques écologiques évidents. Les produits chimiques ne sont pas utilisés à bon escient. Il semble difficile pour des acteurs en majorité illettrés de cerner le danger qu’ils représentent. Une gamme importante de pesticides est utilisée dans l’agriculture maraîchère dans la zone des Niayes. Dans cette étude exploratoire, près de 123 produits ont été receusés, dont la moitié dans la région de Dakar, la plus forte consommatrice de produits chimiques. Thiès et Saint-Louis en consomment modérément, alors qu’à Louga une telle consommation est quasi absente.

Les familles chimiques les plus utilisées sont les produits organophosphorés, avec une utilisation de 43,6 % dans la région de Dakar, suivis des pyréthrinoïdes carbamates et des organochlorés avec des pourcentages respectifs de 18,1 %, 14,5 % et 10,9 %. Les doses et les délais d’attente ne sont pas souvent respectés alors que l’adaptation ou la résistance des parasites aux produits encourage les producteurs à faire des mélanges ou à pratiquer le surdosage. Ces produits se déposent dans l’environnement immédiat, c’est-à-dire sur les produits, les sous-produits, la terre et l’eau, constituant ainsi un danger potentiel pour le consommateur.

L’utilisation des eaux usées est un danger préoccupant dans l’espace périurbain de la zone de Dakar. Les principaux canaux d’évacuation des eaux usées subissent des dérivations vers les champs. La grande Niaye de Pikine et les périmètres de Cambérène semblent être les zones les plus affectées par cette pratique. L’utilisation des eaux usée provenant du déstockage des fosses septiques est courante. L’évaluation du préjudice sanitaire reste à faire. Le danger écologique que court l’agriculture urbaine est réel. Il interpelle les pouvoirs publics pour une suppression vigoureuse de ces pratiques. La législation sanitaire devrait être revue pour définir de meilleures conditions d’utilisation des substances chimiques. Enfin, une surveillance plus rigoureuse des importations de produits chimiques semble être incontournable, alors que la libération des prix et la flexibilité des règles d’importation sont effectives. Ce domaine de santé publique mériterait une dérogation ou, pour le moins, une meilleure attention de la part des pouvoirs centraux et locaux.

La compétition pour l’espace

La compétition pour la valorisation de l’espace est une des principales données qui caractérisent l’implantation de l’agriculture en zone urbaine. Elle se déroule actuellement en faveur de l’urbanisation au détriment de l’agriculture. De nos jours, les horticulteurs et exploitants pastoraux se tiennent sur la défensive, préférant la solution de l’intensification, soit l’augmentation du rendement à l’unité de surface, au lieu d’évoluer vers l’occupation d’un espace plus grand.

L’évolution du patrimoine bâti atteste visiblement de cette situation, même si le manque de statistiques ne permet pas d’illustrer ce constat. Autour de Dakar en effet, les grandes Niayes de Pikine, Cambérène et M’Bao enregistrent un recul des espaces cultivés, alors que le remblayage des cuvettes et la vente des parcelles pour l’habitation se fait à un rythme qui inquiète quant à la viabilité du système agricole urbain. L’évolution de la démographie, fruit d’une forte natalité et des migrations, valorise le coût des terres et encourage ainsi une forte spéculation.

Il est pourtant possible de maintenir un équilibre entre l’urbanisation et l’agriculture si l’on prend en considération l’importance de l’agriculture urbaine dans ses fonctions structurantes d’amélioration de la qualité de la vie et dans le processus d’approvisionnement des villes. Sa contribution à l’assainissement de l’espace périurbain justifie la recherche de cet équilibre. En effet, la mise en valeur d’espaces verts, facteur de désengorgement et d’absorption des déchets urbains, devrait sensiblement contribuer à une amélioration de l’environnement urbain.

Un système agricole urbain régionalisé

On observe une certaine régionalisation de l’agriculture urbaine. Cette régionalisation se fait par culture, conduisant à une certaine spécialisation des terroirs.

À Dakar, la culture du chou, du haricot vert et la floriculture, ainsi que l’élevage laitier intensif et l’aviculture industrielle confèrent à la zone un rôle de pointe dans l’exportation de ces produits. Thiès est remarquable par le développement de l’arboriculture fruitière, de la culture du chou et de la carotte. On assiste à une certaine modernisation du système de culture qui place cette région au premier plan de la production horticole du Sénégal. Les zones de Louga et du Gandiolais se distinguent par la production de l’oignon qui contribue à fournir un fort pourcentage de la demande nationale. Les problèmes de conservation limitent cependant la portée de cette production qui, étalée, pourrait quasiment assurer la satisfaction de la demande en oignons du Sénégal. Saint-Louis est spécialisée dans la production et la transformation de la tomate, la culture du haricot vert et de la patate. Cette région a cependant une production inférieure à sa capacité à cause de la dégradation des sols et des contraintes après-récolte.

Le système de production offre ainsi une spécialisation des régions qui est la base d’une bonne organisation de la production.

Renforcer les potentialités régionales de l’agriculture urbaine pour mieux contribuer à la sécurité alimentaire

Les potentialités régionales de l’agriculture urbaine mériteraient d’être renforcées en levant les contraintes spécifique à chaque terroir. L’application de nouvelles techniques aiderait également à moderniser le système.

L’eau

Dans toutes les régions, l’eau est un facteur majeur qui limite le développement de l’agriculture urbaine. Le déficit se mesure en termes de stock d’une part, mais aussi en termes de qualité ; la salinisation affecte les nappes d’eau à différents degrés de Dakar à Saint-Louis. Le développement de techniques culturales économes en l’eau est une stratégie prioritaire à mettre en œuvre. Ces techniques portent sur le système d’exhaure et d’arrosage ciblant de façon sélective l’appareil racinaire des plantes, ou la promotion des techniques de recyclage de l’eau à l’échelle de l’exploitation. Il serait également temps de penser aux méthodes de rétention de l’eau de pluie qui pourraient partiellement diminuer le déficit. L’association de différentes espèces végétales à trois étages ( Nitis, 1992 ) – herbacé, arbustif et arboricole – pour rentabiliser l’utilisation de l’espace, mais aussi faire profiter des eaux à différents niveaux d’enracinement, pourrait aider à rentabiliser davantage les stocks d’eau utilisés en horticulture. Les solutions de fond et à long terme proviendront d’une juste utilisation des stocks des grands cours d’eau. La pertinence des investissements demandés devrait être reconsidérée pour décider de la nécessité de reconduire le projet du canal du Cayor.

Le foncier

La compétition pour l’espace semble irréversible. Cette compétition pénalise actuellement l’agriculture urbaine. C’est pourquoi l’intensification est une des réponses apportées à la réduction des surfaces arables pour assurer une augmentation des productions agricoles. La planification urbaine devrait, à la place d’une expansion plutôt sauvage des villes, définir un plan d’occupation de l’espace qui puisse préserver le maintien de périmètres horticoles et d’exploitations pastorales autour des villes. Cette solution semble d’ailleurs incontournable, même si elle implique une translation ou une extension de l’interface ville-village.

Dans les localités rurales proches des grandes agglomérations, les difficultés d’accès à la terre limitent les possibilités des migrants à investir dans les terres qui leur sont louées. Le caractère social qui caractérise le système d’appropriation des terres rend la question foncière particulièrement difficile. Les propriétaires par héritage ne sont pas aptes, le plus souvent, à assurer une valorisation optimale de la terre comme les immigrants. Une valorisation plus importante des filières agricoles urbaines pourrait offrir un cadre incitatif permettant le retour à la terre des fils du terroir.

L’accès aux facteurs de production

Les producteurs de toutes les régions étudiées ont déploré les difficultés d’accès aux facteurs de production. Dans le domaine de l’horticulture, petits instruments agricoles, semences, engrais et pesticides ne sont pas toujours disponibles à prix abordables. En ce qui concerne l’élevage, les animaux, l’aliment de bétail et les petits instruments expliquent la faible implantation numérique de l’élevage dans les zones périurbaines.

La région de Dakar, qui est aux portes ferroviaires, portuaires et aéroportuaires du Sénégal et qui bénéficie d’un certain nombre de points de vente, semble être mieux dotée en intrants que les autres régions. L’accès aux intrants agricoles est l’un des secteurs qui souffrent le plus du désengagement de l’État. Les petits producteurs, qui bénéficient souvent d’une faible latitude financière, sont les plus pénalisés. Une solution de rechange consisterait à promouvoir une meilleure organisation des producteurs pour assurer la distribution et faciliter l’accès aux semences, engrais et autres facteurs de production. Ainsi, il s’avère nécessaire de nuancer le désengagement de l’État pour lui confier non pas une mission de substitution, mais un rôle de facilitateur permettant d’accompagner les acteurs et de s’assurer de la bonne réalisation des missions d’intérêt public.

La transformation et la conservation des produits

L’application des technologies après-récolte pour assurer une bonne conservation des produits de la ferme n’est pas encore populaire. Ces problèmes figurent parmi les premiers auxquels le gouvernement du Sénégal devrait apporter une solution satisfaisante. Des projets d’investissement sont d’ailleurs en préparation. Mais on continue d’assister, impuissant, à la détérioration d’une importante partie des produits horticoles mis sur le marché, alors que le lait et la viande provenant des zones rurales périurbaines sont souvent mal conservés. Le coût des investissements pourrait être un facteur prohibitif ; des techniques artisanales de conservation utilisant l’énergie solaire dans le cas de l’oignon, par exemple, pourrait être diffusées plus largement.

La commercialisation des produits agricoles

La commercialisation de denrées hautement périssables est souvent problématique, dans un environnement économique très marqué par la crise économique et les programmes d’ajustement structurel. Il existe une certaine demande urbaine en fruits et légumes et en produits d’élevage à satisfaire. Mais le pouvoir d’achat des citadins ne semble pas offrir un cadre de valorisation optimal aux différentes filières de l’agriculture urbaine. La région de Dakar, où se concentre près de 20 % de la population du Sénégal, est l’un des principaux marchés intérieurs qui accueillent les produits provenant de toute la zone des Niayes.

L’exportation est une option en progression, mais l’essor attendu de ce secteur après la dévaluation n’est pas encore réellement observé. Seuls quelques grands exploitants parviennent, en s’installant sur le marché, à satisfaire les conditions de qualité des produits exigées par les pays du Nord. Les petits producteurs, majoritaires, tentent d’intégrer le cercle des importateurs par l’intermédiaire de grands exploitants. La commercialisation des produits pourrait davantage stimuler les performances agricoles par une meilleure organisation des filières et une amélioration des conditions de transport et de conservation des produits.

L’agriculture urbaine : moyen de lutte contre la pauvreté et instrument pour la création de richesses ?

Le milieu rural est la principale localisation de la pauvreté au Sénégal, mais le processus d’urbanisation s’accompagne également d’une importante dégradation des conditions de vie des citadins. Le milieu urbain est caractérisé par la promiscuité, le chômage et l’insécurité alimentaire entre autres facteurs de pauvreté. L’environnement est un indicateur fiable qui mérite d’être pris en considération dans l’évaluation de la pauvreté. À ce titre, l’agriculture urbaine peut aussi être considérée comme un facteur d’amélioration du cadre de vie, si l’on tient compte de son rôle dans la purification de l’atmosphère, son embellissement et l’absorption des déchets divers.

L’agriculture urbaine est un pourvoyeur d’emplois en milieu urbain beaucoup plus pour les migrants ou les résidents temporaires que pour les natifs des villes, en tout cas dans le circuit de production. Dans la commercialisation au détail, au niveau des marchés, on observe une implication assez dynamique des femmes qui assurent presque tout le circuit de distribution des produits horticoles dans les marchés. L’agriculture urbaine contribue ainsi de façon indéniable à l’approvisionnement des villes et à l’augmentation des produits alimentaires disponibles dans les marchés urbains. Ces produits ne sont pas souvent accessibles aux plus démunis, ce qui explique une importante prévalence de la malnutrition dans les villes et les espaces périurbains.

La pratique de l’agriculture dans les villes de la zone des Niayes pourrait expliquer leur bonne position dans la classification des départements du Sénégal en fonction de leur pauvreté ( Fall A.S. et al., 1997 ) notamment pour le cas de Dakar, Rufisque et Thiès. Dans ces localités, la pêche est une activité importante qui génère des revenus, mais l’horticulture et l’élevage sont considérés également comme des activités qui influencent positivement le niveau de vie des citadins.

L’agriculture urbaine est un moyen de lutter contre la pauvreté, non seulement pour les citadins, mais aussi pour les migrants qui profitent de leur passage dans l’espace périurbain pour accumuler des fonds pour émigrer vers les pays développés. Elle est aussi un facteur de croissance distributive lorsque l’accès aux moyens de production est garanti par une politique volontariste visant le grand nombre et par une bonne cohabitation entre de fortes productivités et des logiques de durabilité.

Genre et jeux des acteurs dans le système agricole urbain

L’observation de la pyramide de l’âge et du sexe des acteurs de l’agriculture urbaine montre l’intervention de différentes catégories sociales. Dans toutes les régions horticoles, les hommes sont en grande majorité les chefs d’exploitation. Ils sont responsables des cultures et ont la charge du commerce au gros et au demi-gros, en particulier l’exportation des produits d’une région à une autre. Dans les régions de Dakar et de Thiès, les femmes ne sont généralement pas propriétaires d’exploitation. Elles n’interviennent pas non plus dans les opérations culturales. En revanche, elles assurent la distribution et la commercialisation des produits agricoles dans les marchés urbains et ruraux. À Saint-Louis, les hommes sont généralement chefs d’exploitation ; seule une minorité de femmes, nanties du droit à l’héritage, sont propriétaires de petites exploitations dans la langue de Barbarie. Par contre, elles sont actives dans les différentes opérations culturales tout en s’occupant du déstockage et de la vente en détail des récoltes. Le travail des enfants est remarquable dans la zone de Saint-Louis. Ils sont nombreux dans chaque exploitation à prendre en charge l’arrosage et la récolte des produits. En ce qui concerne l’élevage, femmes et enfants élèvent des petits ruminants et s’occupent des animaux de la basse-cour.

L’analyse de la répartition des acteurs montre une prédominance des hommes à l’échelle de l’exploitation, alors que les femmes et les enfants s’activent dans la commercialisation, tout en assumant quelques tâches comme l’arrosage, le désherbage et la récolte. Mais on s’interroge sur le profit réel que tirent les groupes sensibles, femmes et enfants, de leurs activités agricoles. Les enfants sont pénalisés, car ils ne vont plus à l’école. Ils travaillent dans des conditions de sécurité non optimales. Les femmes assument un travail physiquement lourd qui leur apporte des revenus susceptibles d’améliorer le budget familial. Mais elles ne semblent pas en profiter suffisamment, comme le montre l’observation de leur niveau de vie et leur plus forte vulnérabilité.

Promouvoir l’intégration entre l’horticulture et l’élevage : concilier
agriculture urbaine et gestion de l’environnement

Le système agricole urbain montre une intégration insuffisante entre l’agriculture et l’élevage. Le sens de l’intégration est beaucoup plus orienté vers un soutien de l’élevage à l’horticulture. Ce soutien se manifeste d’une part par la production de fumier, qui représente une méthode de choix pour l’amendement des sols, et d’autre part, par le rôle multiple de la traction animale qui assure tous les types de transports dans des zones souvent fortement enclavées. La rétroaction se mesure en termes d’accès aux résidus de récoltes qui représentent une importante biomasse, mais dont la récupération demeure insuffisante et limitée par un taux de perte très important. Pourtant, cette intégration semble être la seule voie de développement de l’horticulture, en l’associant à une protection du milieu contre une utilisation excessive d’engrais. Elle constitue aussi un moyen de faire l’intensification à moindre coût en régénérant les sols.

L’intégration de l’horticulture et de l’élevage repose sur le principe de recyclage des déchets et des éléments nutritifs qui semble être une voie prioritaire à suivre pour assurer le renouvellement des ressources naturelles et garantir la durabilité du système agricole urbain. Cette voie requiert le développement de programmes de recherches pour évaluer les termes du recyclage et proposer des méthodes efficaces de recyclage à différents niveaux. C’est en somme une promotion de l’agriculture biologique émergente qui pourrait constituer une des conditions de durabilité de l’agriculture urbaine. La recherche et le développement devraient répondre à la demande technologique dans ce domaine.







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