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Bill Carman

ID: 27937
Added: 2003-04-15 14:27
Modified: 2005-01-25 15:56
Refreshed: 2012-02-10 19:06

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Chapitre 6. Intégration de l’horticulture et de l’élevage : études de cas
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Abdou Salam Fall, Ibrahima Cissé, Maty B. Diao et Safiétou T. Fall

L’agriculture urbaine à Dakar

L’agriculture urbaine se faufile dans différentes zones de Dakar en tirant profit des microclimats et des espaces naturels. Elle est discontinue et tend à se spécialiser. Les zones de production horticole sont concentrées dans les villages traditionnels qui entourent la ville, notamment Ouakam, Hann, Yeumbeul. Les grands quartiers d’extension en périphérie de Dakar ( Pikine, Thiaroye ) et le long des grands axes routiers comme la route de Rufisque sont d’autres zones de production horticole, non moins importantes. Les quartiers de Hann ( Yaraax ), Thiaroye et Yeumbeul constituent des fragments de la grande Niaye de Pikine. Leurs particularités demeurent les mêmes du point de vue physique ( constitution pédologique et affleurement ou faible profondeur de la nappe phréatique, essences végétales, etc. ) et du point de vue des pratiques agraires. Les mêmes cultures s’y retrouvent, avec une dominance de la laitue, du chou et de l’oignon. Cependant, leur durabilité reste compromise à cause du développement fulgurant de l’habitat et de la pression démographique. C’est ainsi qu’actuellement toutes ces zones sont « à la merci » des promoteurs immobiliers dont le seul souci est de bâtir la ville qui, en fait, est en chantier.

Les Niayes de Pikine : un paysage de type azonal menacé par la construction

Alors que l’agglomération urbaine de Dakar ploie sous la force de la croissance démographique, des flux migratoires réguliers et d’un style d’aménagement improvisé et peu prospectif, dans la proche périphérie de la capitale sénégalaise, notamment sur ses bordures, gît un îlot dont les caractéristiques écologiques rappellent allègrement la partie sub-guinéenne. Ce sont les Niayes de Pikine, espace de repliement d’une horticulture urbaine, ravitaillant directement la ville en divers produits frais, tout en interpellant la conscience des aménagistes, comme pour réitérer cet appel à préserver ces poumons, sans lesquels, cette conurbation perdrait l’espoir de « respirer ».

Un paysage atypique

Les Niayes de Pikine constituent la plus grande partie des Niayes de Dakar. Elles sont limitées au nord par le Golf nord ( Guédiawaye ), au sud par la Patte d’oie, à l’est par la ville de Pikine et enfin à l’ouest par la commune de Cambérène. C’est aussi la partie la plus évasée, où la présence de l’eau est plus permanente que dans le reste de la zone littorale des Niayes septentrionales ( vers Thiès et Saint-Louis ). L’eau affleure toute l’année, occasionnant le développement d’une végétation luxuriante, caractérisée par des essences propres à la partie sub-guinéenne ( basse Casamance ). On y rencontre le palmier à huile ( Elaeis guineenis ), le cocotier ( Coconuis nicifera ), des espèces graminèennes du genre mbarax ( Fragmites vulgaris ), un tapis herbacé de nénuphars ( Phyloxerux vernicularis nguphea lotus ). Le paysage est de type azonal à cause d’un milieu « relique » offrant des conditions écologiques qui sont celles du sud du pays. Les sols sont hydromorphes, gorgés d’eaux, parce que constamment submergés par la nappe phréatique. Du point de vue minéralogique, ce sont des sols minéraux à pseudo glaye qu’on retrouve dans la partie humide, tandis que sur les parties exondées, c’est un sol dior caractérisé par un substrat très poreux et une végétation moins exigeante en eau.

Les cocotiers marquent la zone la plus basse des Niayes ( partie submergée ) et les zones de contact avec les flancs dunaires. Du point de vue topographique, le relief est complexe parce que constitué d’abord de zones très basses à végétation aquaphile et constamment noyées par la nappe phréatique. Ensuite, on observe une autre partie moins basse, caractérisée par une fluctuation des immersions d’eaux. Enfin, la partie élevée est faite d’amoncellement de sables dunaires.

Au plan géomorphologique, la grande Niaye de Pikine est encadrée par l’erg6 de Cambérène et de Pikine qui constitue les zones d’occupation humaine. Les habitations sont au-dessus des Niayes, surplombant un micromilieu atypique. Les sols sont riches et très humifères. Le climat est de type cap-verdien, caractérisé par des températures douces, favorisées par l’insularité. Dans les grandes Niayes de Pikine, c’est un microclimat plus doux favorisé par la couverture végétale et la présence de l’eau douce provenant de la nappe phréatique des sables quaternaires.

Le système de production

Le milieu a été mis en valeur au plan agricole, particulièrement en maraîchage, arboriculture et aviculture. Au plan topographique, on observe une certaine spécialisation de l’agriculture. En effet dans la partie humide où il y a un affleurement d’eau, la riziculture est largement pratiquée. En période de décrue, une agriculture se développe avec des espèces comme la tomate, le chou ou la patate. Sur les parties hautes dominées par les sols dior, diverses cultures maraîchères sont exploitées : aubergine, laitue, oignon, jaxatu, piment, persil, poireau, fraise. Cette partie est plus valorisée au plan agricole par le moyen des céanes pour l’approvisionnement en eau à une faible profondeur ( deux mètres en période de saison sèche ).

L’arboriculture est dominée par les cocotiers. Ensuite viennent les autres espèces : la papaye, les agrumes ( citron, mandarine, mangue, corossol, sapotier ), les Terminalia catapa ( « guerté tubab » ), les cerisiers, les anacardiers, etc. On note aussi, vers Cambérène et la Patte d’oie, les palmiers à huile où les Manjak tirent des quantités importantes de vin de palme.

La propriété de la terre est privée, avec une gestion coutumière bénéficiant d’une protection du marabout layène ( confrérie religieuse musulmane dont le siège social est à Yoff, village traditionnel à Dakar ). L’imam exploite un champ d’un hectare dans les Niayes de Pikine. Les autres propriétaires, pour la plupart, sont des familles de cette même confrérie, dominante à Cambérène.

En dépit de l’existence d’un plan d’aménagement urbain dans l’agglomération de Dakar, la gestion foncière reste caractérisée par une superposition du droit traditionnel et du droit moderne. Cette situation est la traduction d’un système d’alliance tissé entre les gestionnaires de l’État et les tenants des pouvoirs coutumiers, qui fait en sorte que ces derniers bénéficient du dispositif d’exception dans des sites désignés et réservés à une gestion parallèle au droit moderne. Il en est ainsi des villages traditionnels à Dakar. Sur les sites où se maintient la floriculture, on observe la situation suivante : une partie du domaine national est à gestion traditionnelle ; le domaine national demeure anarchiquement occupé par des prétendants propriétaires tirant leur légitimité du droit de hache ; les horticulteurs paient, soit des redevances à la municipalité en bénéficiant d’un permis d’occuper, soit rétribuent les prétendants propriétaires traditionnels selon des procédés négociés, mais qui restent informels. Une telle situation révèle des dysfonctionnements caractéristiques :

  • une précarité du système d’occupation des terres ;

  • une insécurité importante en raison des risques liés à la cohabitation des horticulteurs avec des réserves et des dépôts de carburant, du passage de trains transportant des produits chimiques, etc. ;

  • une gestion informelle qui rompt avec toute logique de planification urbaine ;

  • des effets négatifs sur la planification de la production : quasi-impossibilité de développer des projets d’investissement durables ; limites intrinsèques de la productivité et faible fertilité entraînant un recours obligé aux matières organiques et une faible teneur en sel dans certaines parties ; défaut de liaisons organiques avec la recherche agricole.

La floriculture

Un autre aspect de l’agriculture urbaine réside dans le développement de la floriculture le long des grands axes routiers et des espaces vides dans certaines cités, en particulier les nouvelles. Ce secteur implique des acteurs de plus en plus nombreux, qui se recrutent dans les tranches d’âge les plus basses. Les sites les plus remarquables sont : le boulevard du Centenaire de la commune de Dakar ( ancienne Route de Rufisque ), l’avenue Bourguiba, le long de l’autoroute ( de l’aéroport à Mbao ), la route de Ouakam, la rue Dial Diop. Des poches de floriculture naissent dans les cités résidentielles, surtout les quartiers habités par les couches aisées ( Fann, Point E, Les Almadies, Mermoz, etc. ) et les nouveaux quartiers ( voie de dégagement Nord, Sacré Cœur 3, etc. ).

La production floricole est en miniature : il s’agit de petits plants dont le maintien de la qualité passe par un traitement phytosanitaire régulier. Les investissements sont généralement faibles. De même, les risques financiers encourus par l’horticulteur ne sont pas importants. Les exploitations ne sont pas de type familial. Les producteurs sont directement gestionnaires des périmètres floricoles. Ils sont d’origines diverses. Ceux qui ont été « socialisés » à Dakar et qu’on retrouve principalement à Hann et dans les villages traditionnels côtoient les migrants sérères, les Saalum-Saalum, etc. Ils recourent à des aides familiaux ou ponctuellement à des ouvriers saisonniers.

La technicité personnelle des horticulteurs est souvent acquise grâce à une longue pratique sur le terrain. Mais il faut noter que la pratique de la floriculture est quelquefois favorisée par la formation professionnelle proposée par l’école horticole de Cambérène, qui intègre un bon nombre de jeunes n’ayant pas franchi le second cycle de l’enseignement secondaire. Les ressources tirées de cette activité sont évaluées entre 50 000 à 150 000 francs CFA par mois. Certains producteurs émergent en formant un groupement d’intérêt économique afin d’avoir un meilleur accès au marché et de gérer les occasions qui se présentent d’offrir leurs services à des institutions qui exigent des règles formelles. Dans certains cas, ces entrepreneurs sociaux gèrent un portefeuille étoffé.

La grande diversité des plantes environnementales et des espèces arbustives facilite la gestion du risque par le producteur. Aussi, on note une rationalisation de l’utilisation des intrants et leur accessibilité. Les fleurs coupées apparaissent comme un nouveau débouché en raison de leur valeur d’exportation, même si leur production se heurte à des exigences de normalisation, domaine dans lequel les artisans présentent encore des lacunes. Les facteurs naturels ( forte luminosité ) constituent un autre obstacle pour le producteur.

Les acteurs

On observe une grande diversité d’ethnies et de statuts d’occupation.

Les propriétaires lébou sont généralement des personnes du troisième âge, ou au-dessus de cinquante ans. Ils exploitent directement leurs terres tout en requérant les services de saisonniers. Ainsi, toutes les formes d’occupation des terres sont identifiables : mbay seddo, confiage, location, employés, salariés. Les propriétaires plus jeunes viennent généralement du tertiaire, secteur où ils se sont d’abord ou simultanément exercés. Il faut noter que cette situation traduit une surpopulation relative durant les décennies antérieures concernant les ménages s’adonnant habituellement à l’agriculture urbaine. La saturation actuelle du tertiaire dans la capitale justifie le retour à la terre, total ou partiel, d’une partie des ménages propriétaires. On peut également observer quelques salariés du secteur public ou privé qui font de l’agriculture urbaine une activité secondaire par l’entremise des contrats avec des saisonniers, employés permanents ou le système de mbay seddo. Une dernière catégorie de propriétaires est constituée de jeunes scolarisés qui, faute de mieux, s’adonnent à l’horticulture sur les terres de leurs parents, minimisant ainsi les charges et évitant le chômage fort élevé en ville.

Les immigrants saisonniers constituent le plus important groupe de population. Ils viennent du bassin arachidier ( Sérères du Sine, Wolofs du Baol ou de Ngaye dans le vieux bassin arachidier ). Divers autres étrangers en provenance de l’Afrique de l’Ouest ( Guinée-Conakry, Guinée-Bissau, Sierra Leone, Liberia ) sont présents sur ce site, en petits groupes ou individuellement.

Les Bissau-Guinéens constituent un groupe distinct au sein des saisonniers ; ils ont la tâche de labourer et désherber.

Les Joola sont un groupe quasi permanent, avec toutefois des migrations pendulaires. Ce sont des hommes et des femmes qui s’adonnent à la riziculture.

Le statut des Manjak est comparable à celui des Joola, car ce sont des gens du Sud qui se spécialisent dans des activités semblables à celles de leur milieu écologique d’origine. En effet, les Manjak et Joola ont l’exclusivité de la pêche, le tilapia étant l’espèce la plus rencontrée. Ils cultivent le riz et fabriquent du vin de palme qu’ils commercialisent. Les gens du sud se retrouvent dans leur milieu naturel. Les autres groupes ethniques leur concèdent bien volontiers ces spécialités.

On peut se demander combien de temps ces activités persisteront lorsqu’on sait l’avancée vertigineuse du front d’urbanisation dans une agglomération en chantier, avec l’autoconstruction en tête de pont, ravissant la vedette à l’habitat planifié des décennies précédentes. En effet, la menace de construction qui pèse sur les parties les plus basses est réelle : Pikine, Thiaroye, Cambérène sont quotidiennement remblayées à des fins d’habitation.

Étude de cas d’un périmètre à Mbao

Lorsque vous empruntez la route de Rufisque, au carrefour de Mbao, des jeunes, davantage de garçons que de filles, bordent la route tout en vous proposant un « arrêt parfumé » grâce aux minuscules bouquets de menthe qu’ils mettent en vente avec enthousiasme comme pour vous rappeler que, quelque soit votre rigueur dans la gestion de votre porte-monnaie ou votre statut social, leur offre est à la portée de toutes les bourses. Sans modifier fondamentalement la ration alimentaire, le bouquet de menthe, communément appelé en wolof nana, donne du goût au thé et à votre boisson ( différents jus de fruit de plus en plus concoctés dans les ménages notamment en ville ). La menthe parfume également les mets. La fraîcheur qu’elle offre donne du baume à tous même à ceux pour qui la vie est un labyrinthe. C’est alors l’exutoire pour quelques instants.

La menthe proposée sur la route de Rufisque, vers le kilomètre 18, annonce une production maraîchère fort variée qui se faufile dans les interstices d’une urbanisation galopante. Les voisins immédiats, notamment des travailleurs des Industries chimiques du Sénégal ( ICS ), sont loin de s’imaginer qu’à quelques dizaines de mètres de leur prestigieuse plate-forme de Mbao se joue la survie de centaines de ménages attendant les revenus de la production maraîchère.

Prendre des repères pour visiter le périmètre de Mbao

Le périmètre jouxtant la forêt classée de Mbao couvre dix hectares. Il est morcelé en 48 parcelles de tailles inégales de 100 à 2 500 m2. C’est une cuvette avec des microreliefs : des zones exondées ( amoncellement et monticule ) et des zones dépressionnaires ( bas-fonds ) qui sont les plus importantes. Trois familles possèdent deux parcelles chacune, tandis qu’une famille a trois parcelles sur le même site. Ces doubles appartenances s’expliqueraient par des dédommagements sous la forme d’affectation tacite de terres sur ce site par l’État, à la suite de valorisation d’autres sites proches, notamment avec l’installation de la plate-forme de Mbao des Industries chimiques du Sénégal. Les propriétaires proviennent de Grand Mbao et de Petit Mbao à l’exception de B. Lô ( qui a acheté ses terres auprès d’un Français ) et de la famille Wade de Thiaroye, quartier proche et abritant l’un des principaux marchés au gros de légumes. Le droit de propriété est un droit de hache acquis par le défrichement des terres à proximité de la forêt classée de Mbao.

Le morcellement résulte en grande partie de l’héritage de familles polygames. Parmi les déclarants propriétaires qui ont en fait un droit d’usage, on compte cinq femmes. Le domaine est réservé au service des Eaux et Forêts qui l’ont laissé libre à l’exploitation pour la population riveraine de Mbao. Les propriétaires exploitant directement les terres sont au nombre de 12 sur 48 parcelles, soit 25 %. Parmi eux, deux sont des femmes. De 1965 à 1989, l’exploitation du périmètre avait été ralentie, voire même abandonnée. C’est la pluviométrie favorable de l’année 1989 qui explique le regain d’intérêt du maraîchage sur ce site.

Le modèle dominant est le métayage avec la location annuelle des terres aux travailleurs saisonniers socé ( une éthnie mandingue ) venant de GuinéeConakry. Le contrat de location, autre forme de valorisation foncière, est d’une durée d’un an renouvelable. Les propriétaires s’arrangent pour diversifier les clients afin de préserver leur droit d’usage. Une centaine de céanes sont creusées dans le périmètre et très peu sont abandonnées.

Que produire à Mbao, ou plutôt que produit-on à Mbao ?

C’est un périmètre spécialisé dans la production du chou et de l’oignon. Les autres cultures sont : le piment, la menthe, l’aubergine, le jaxatu, la fraise, la salade. Les arbres fruitiers ne sont pas diversifiés, car on y observe des papayers en production et quelques manguiers en gestation.

Il y a une sorte de spécialisation ethnique des cultures : les Guinéens sussu font exclusivement du chou et de l’oignon, en alternance ; les Wolofs diversifient plus leurs cultures qui sont généralement : oignon, chou, salade, menthe, basilic, aubergine, jaxatu, en plus de l’arboriculture. C’est aussi chez eux qu’on observe les innovations consistant à tenter des cultures à haute valeur ajoutée ( fraise ), dont la clientèle ciblée est bourgeoise et étrangère, notamment la clientèle du marché Kermel. Il est utile de souligner que la culture de la menthe fonctionne comme un fonds de roulement assurant une liquidité suffisante pour les frais de fonctionnement de l’exploitation. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles ceux qui cultivent la menthe ont besoin de s’approvisionner ou alors ils ont raté une campagne agricole et doivent prendre moins de risques financiers.

La division du travail réintègre les différences et sensibilités ethniques et les spécialisations dans des cultures ou des types d’occupations : les Sérères sont les puisatiers, les Bissau-Guinéens sont laboureurs, les femmes wolofs sont les bana-bana ( revendeurs ), les jeunes vendeurs de menthe sont des Wolofs du Njambur, des Peuls et des Sérères.

La menthe est une culture de rente ponctuelle : elle est peu exigeante en engrais et en produits phytosanitaires et ne nécessite que peu d’investissements. Ses importants besoins en eau sont satisfaits par un arrosage régulier à partir des céanes. La régénération est rapide ( après une coupe, 25 jours suffisent pour la voir régénérer et être prête pour la récolte ) et les boutures sont de longue durée ( un an ). Si les rendements sont moindres durant la période hivernale, il n’en demeure pas moins que la menthe est cultivée en toute saison. C’est un produit accessible à toutes les bourses et de plus en plus présent dans la consommation des citadins et des ruraux. Les bouquets sont vendus le long des routes et des grandes artères à 25  F CFA et 15 F CFA dans les boutiques. La consommation atteint des proportions importantes durant le mois du ramadan, période pendant laquelle les ménages l’utilisent de façon quasi généralisée pour parfumer le bissap, le quinquéliba, le thé et les jus de fruit de toutes sortes. La menthe est donc un marché sûr et insuffisamment satisfait du fait qu’elle se consomme fraîche dans la plupart des cas. Il faut également noter qu’elle fait intervenir beaucoup d’acteurs, de sexes et d’âges différents ; les ressources par plant ou par bouquet sont faibles, mais s’accumulent et se renouvellent. Le planche de 20 m2 peut être vendu de 10 000 à 22 000 F CFA, selon les saisons et les termes de négociation entre les exploitants et les revendeurs.

Le champ de menthe de MB. Bèye : devenir millionnaire en huit mois grâce à la menthe

C’est un champ d’environ 600 m2 contenant 78 plants d’une surface moyenne de 7 m2. Les recettes provenant de la menthe financent la production de ses autres champs. Plus qu’un fonds de roulement, les recettes de la menthe constituent le crédit pour toutes les autres cultures. En développant cette spécialité, en tissant autour de cette activité un réseau solide et fidèle de commercialisation, la menthe, alors considérée comme une culture par défaut, devient une culture à haute valeur ajoutée. Il est vrai que la logique de la diversification est assez systématisée chez ce producteur qui, en s’impliquant directement dans l’activité de production et en faisant les tâches y compris les plus ingrates, développe des innovations par l’introduction de cultures à risque, parce que demandant plus de précaution. C’est le cas de la fraise qu’il développe sur un périmètre expérimental de 500 m2. Cette culture est associée à celle de la salade qui a des supposées vertus d’accompagnement des plantes délicates.

Il a réussi à fidéliser des commerçants bana-bana qui lui achètent, au bord du champ, toute sa production réputée de bonne qualité et qui assurent la vente et la redistribution. Le circuit de commercialisation est maîtrisé. La production des plants de menthe s’étend de juin à janvier, soit huit mois de recettes relativement importantes. Durant la période hivernale, la production de menthe continue même si les rendements deviennent faibles. L’autoconsommation est négligeable en raison, à la fois, de la vocation exclusivement commerciale de l’exploitation et de sa nature individualiste.

En huit mois de production, l’exploitant MB. B. a eu des recettes de l’ordre de 6 825 000 F CFA répartis comme suit :

  • deux mois de production pendant lesquels le prix du plant était à 11 000 F ;
  • un mois où le plant était à 4 000 F ;
  • un mois où le plant était à 6 000 F ;
  • deux mois où le plant était à 9 000 F ;
  • deux mois où le plant était à 10 000 F.

Soit une moyenne mensuelle de 8 750 F par plan.

Les recettes de la menthe ont permis de financer l’implantation d’autres champs : main-d’œuvre, intrants, équipement et d’autres activités ( commerce, élevage, entretien de la famille installée à Thiès, etc.).

Les dépenses réalisées pour la culture de la menthe sont relativement faibles. Pour le cas de MB. B., les frais suivants ont été engagés pour les 78 plants réalisés en 1998 :

creusement de deux céanes : 100 000 F ;
entretien des céanes : 9 000 F × 8 mois × 2 céanes = 144 000 F ;
labour : 3 ouvriers à 22 000 F = 66 000 F ;
repiquage : 3 ouvriers à 20 000 F = 60 000 F ;
désherbage : 5 000 F × 8 mois = 40 000 F ;
produits phytosanitaires : 32 000 F × 8 mois = 256 000 F ;
fumier : 20 000 F × 8 mois = 160 000 F ;
arrosoirs : 3 paires × 3 800 F = 11 400 F ;
personnel permanent : 3 ouvriers à 23 750 F × 8 mois = 570 000 F.
L’ensemble représente des dépenses totales de 1 407 400 F.

Durant la période de production intensive, les bénéfices s’évaluent à 5 417 600 F. De février à mai, on observe une baisse de prix allant jusqu’à 50 %. Cependant, durant cette période, la feuillaison est plus rapide et la durée est de 20 jours, à la différence de la période antérieure où cette feuillaison allait de 25 à 30 jours. Le plant de menthe est vendu à 5 000 F aux grossistes et la coupe est étalée sur une dizaine de jours. Ainsi, seul le tiers des recettes habituelles est réalisé. Le producteur réduit volontiers le nombre de plants au profit d’une jachère. Les frais demeurent sensiblement les mêmes, à l’exception des coûts des intrants qui se trouvent réduits. Les bénéfices réalisés durant ces quatre mois de production s’élèvent approximativement à 902 933 F CFA.

Au total, durant l’année, la menthe rapporte 6 320 533 F. Quatre variétés de menthe sont cultivées : ordinaire, faas, nana menthe, et menthe chinoise. Les deux premières étant les plus prisées.

La culture de la fraise

Elle s’étale sur cinq mois, du repiquage à la récolte, soit de novembre à avril. Dès février, commencent les premières récoltes qui vont jusqu’au mois d’avril avec des productions variant de 2 à 15 kg sur 108 m2 cultivées. Durant la première période, les intervalles de récolte sont de trois à quatre jours. Au bout de trois semaines, la récolte a lieu tous les deux jours jusqu’à la fin du cycle. Durant cette première période de récolte, la production s’élève à 23,5 kg vendus à 78 250 F, soit une moyenne de 3 329 F par kg. Les prévisions s’évaluent à 15 kg en moyenne par jour, sur l’ensemble de la période de récolte. Au total, la production est estimée à 450 kg par mois sur une période de cinq mois, soit 2 250 kg. Selon l’estimation du producteur, le prix moyen par kg est de 1 750 F pour toute la période. La meilleure période pour les ventes se situe au mois de janvier avec des prix allant jusqu’à 8 000 F/kg.

Les recettes sont estimées à 3 937 500 F CFA. La production est vendue au bord du champ, grâce à la mobilité des grossistes qui, à leur tour, desservent le marché Kermel, connu pour sa clientèle de gens aisés, et la Petite Côte à Mbour où sont installées des chaînes hôtelières. La production est variable d’une année à l’autre. Le même producteur avait atteint en 1997 une récolte de 40 kg par jour sur une superficie comparable alors que le prix moyen était faible ( 700 F le kilo ).

Les frais engendrés par cette exploitation de 108 m2 sont de 549 550 F répartis comme suit : semences, 50 000 F ; fumier, 12 000 F ; deux céanes, 70 000 F ; main-d’œuvre, 105 000 F ( deux salaires de temporaires ) et 180 000 F ( nourriture des salariés ) ; engrais, 100 800 F ; pesticide ( Décis ), 18 000 F ; clôture, 16 750 F. On estime l’autoconsommation à 500 g par jour de récolte tandis que les pertes s’élèvent à un kilo à la suite de chaque récolte. Les bénéfices sont estimés à 3 387 950 F sur une période de production de cinq mois annuellement. La culture de la fraise exige un soin méticuleux, une surveillance étroite, une bonne protection contre les intempéries ( vent ), une sécurisation de la production contre les vols et un respect strict des itinéraires techniques.

Afin de faire face aux sollicitations familiales, M. Bèye associe ses cousins et neveux en leur faisant accéder à des parcelles et en leur fournissant des moyens de production : intrants, équipement sommaire, moyens de subsistance. C’est un maillage par le réseau de parenté qu’il réalise autour de son champ devenu large, en louant des terres sous-valorisées et en grignotant sur le périmètre anciennement boisé et pourtant sous garde des forestiers dont l’imposant périmètre est mitoyen. M. Bèye dispose de deux autres champs de 270 m2 et de 90 m2 mis en métayage auprès de ses cousins sur le même périmètre. L’un des champs lui rapporte environ 1 693 975 F pour une période de cinq mois, correspondant à la moitié du bénéfice équitablement partagé avec son cousin qui entretient le champ.

Le second champ est d’un apport plus faible car il rapporte 262 500 F, selon le même système de partage équitable des bénéfices après déduction des charges. Ainsi, il réalise un bénéfice de 5 344 425 F CFA sur sa production totale de fraise. Il dispose en plus d’un autre champ dans un périmètre situé sur la seconde rive de Mbao. Il s’adonne au maraîchage et diversifie ses cultures ( menthe, fraise, chou, tomate, etc. ). Selon les estimations faites, qui ne couvrent pas l’ensemble de sa production, il réalise un bénéfice de 11 664 958 F CFA.

La salade est une autre culture spéculative et constitue l’autre source de fonds de roulement, même si ses plants sont moins durables et sa consommation moins généralisée. Elle est également peu exigeante. Elle est consommée fraîche : la rotation des ventes et la mobilisation de la liquidité sont donc rapides.

Un système de production précaire

La propriété de la terre n’est pas garantie parce qu’elle ne repose pas sur une immatriculation foncière, mais constitue un legs tacite d’espaces à vocation forestière à une population à tradition de gestion foncière coutumière. La transmission du patrimoine de génération en génération hypothèque ce statut provisoire de la propriété foncière et affaiblit sa valeur commerciale. La pression de la construction reste une menace lorsqu’on sait que ce périmètre est une des rares poches à la disposition de l’État pour de futurs projets dont l’installation est prévue à proximité des ICS ou simplement de la ville de Dakar.

Le non-accès au crédit pour les propriétaires exploitants, ainsi que la dominance de la forme d’exploitation par les locataires, sont autant de facteurs qui découragent les investissements durables : le périmètre ne compte aucun forage, les installations matérielles sont sommaires, voire précaires ( trois puits seulement dont deux de type traditionnel et un puits-forage non équipé sur une centaine de céanes de cinq à six mètres de profondeur et d’un diamètre de quatre à cinq mètres ). Aucun des exploitants ne dispose de motopompe. L’habitat réservé aux saisonniers ( surga ) est précaire, car essentiellement constitué de branchages et de paille.

Les céanes sont nombreuses, quoiqu’elles ne se prêtent pas à une utilisation optimale de l’espace potentiellement cultivable. En effet, elles ont des diamètres de six, sept ou huit mètres de profondeur et le volume d’eau reste insuffisant pour combler les besoins. C’est pourquoi on trouve trois à quatre céanes sur un champ de moins de 400 m2. En fait, le dixième du champ est réservé aux céanes dont les risques de comblement sont quasi permanents. L’eau est pourtant la principale contrainte dans cette zone.

La production est essentiellement destinée à la commercialisation et seule une petite partie est réservée à la consommation domestique. Le caractère individualiste de la production maraîchère explique la place quasi marginale et insignifiante de l’autoconsommation. À défaut de pouvoir l’évaluer pour toutes les cultures, nous avons observé que la partie du champ réservée à l’autoconsommation est distincte de la partie à commercialiser, afin d’éviter toute divergence avec les acheteurs de plans entiers de menthe. Aussi, la part de l’autoconsommation évaluée pour la culture de menthe représente moins de 1 % de la superficie totale.

Les interactions entre l’horticulture et l’élevage : des relations à sens unique

Les interactions sont à sens unique : l’utilisation de résidus d’élevage, notamment de la fiente de volaille, des déchets de poulaillers et du foirail et de sous-produits de la transformation du poisson fumé, se fait dans le maraîchage. En revanche, les animaux ne sont pas intégrés dans le système de production malgré les potentialités en alimentation que fournit le milieu. Néanmoins, il a été observé un élevage de petits ruminants pratiqué dans leur quartier d’origine à Grand Mbao et Petit Mbao. La consommation tirée des champs n’est pas importante.

Les acteurs : une forte diversité et une redistribution
inégalitaire des ressources

Environ 150 personnes vivent en permanence sur ce périmètre. Plusieurs catégories socioprofessionnelles y sont présentes et il y a deux types d’exploitants : les propriétaires et les locataires.

Les exploitants propriétaires représentent environ 25 % des exploitants. Ils pratiquent l’arboriculture ( papayers, manguiers ) dans leur exploitation, à la différence des locataires qui ne s’adonnent pas aux cultures fruitières. Les pousses d’agrumes sont de plus en plus présentes dans les exploitations dont les propriétaires se rapprochent du troisième âge, qui alternent ainsi la location d’une partie de leur terre avec les plantations dont l’entretien est moins exigeant et les ressources plus stables.

Les locataires sont à 75 % des Guinéens, les autres proviennent du bassin arachidier, en particulier du Baol et du Saloum. On trouve également des Sérères de Mont Rolland ( Thiès ) ou des villages proches de Mbao ( Mbatal ). La plupart des Guinéens sont originaires de la même zone rurale. Ils sont caractérisés par un style de vie sobre. Généralement jeunes ( entre 20 à 35 ans ), ils vivent seuls. Ils sont presque exclusivement des hommes. Ils habitent les huttes installées sur le périmètre maraîcher durant leur séjour qui peut s’étendre sur deux ans. Les plus fortunés louent une chambre à moins de 5 000 F CFA à Thiaroye. Il s’agit d’une migration temporaire de courte durée, rares étant ceux qui résident au delà de deux saisons. La location est souvent facilitée par des intermédiaires sénégalais travaillant sur le même périmètre. Le loyer varie de 50 000 à 150 000 F CFA par an et dépend de la taille du périmètre et des termes de la négociation.

Les dépendants sont des jeunes Guinéens employés à la fois par les propriétaires sénégalais et les locataires guinéens. Ils sont employés sous un contrat qui dépend du cycle de production. C’est le système du mbay seedo : l’employeur fournit la nourriture et l’hébergement. La paiement se fait soit sous forme de salaire ( entre 10 000 F et 15 000 F par mois pour une campagne de trois mois ), soit sous forme de partage équitable du bénéfice de l’exploitation, à la suite de la vente de la production et après déduction des charges. Les dépendants sont quelquefois utilisés comme gardiens, payés en raison de 300 F par nuit, en particulier durant la période où la production est à maturité. Ils sont très mobiles dans le même site en changeant d’employeurs au gré des campagnes et aussi d’un site à l’autre le long des Niayes. Leur travail consiste à arroser, amender, épandre les produits phytosanitaires, entretenir et surveiller la production. Ils résident en général dans le périmètre.

Les laboureurs sont d’origine bissau-guinéenne et sont disponibles entre septembre et mars. Leur travail consiste à retourner la terre par un labour artisanal au moyen de la daba. Le montant de la paie est d’environ 6 000 à 7 000 F CFA pour un périmètre de 400 m2. Cette rémunération est reçue au cours de l’année, quelque temps avant leur retour au pays d’origine, c’est-à-dire aux premières récoltes du maraîcher. Ils interviennent à la fin de chaque récolte. Ils sont encore plus jeunes ( âgés entre 20 et 25 ans ) que les Guinéens de Conakry, habituellement locataires. Ils sont assez mobiles et n’habitent pas sur le périmètre de Mbao. Dans la grande Niayes de Pikine, ils sont relayés par des Joola de la même tranche d’âge.

On rencontre également des femmes joola, mais seulement dans la riziculture. Les grandes Niayes de Pikine ont à peu près les mêmes caractéristiques que leur milieu d’origine : sol lourd, végétation caractérisée par la présence de palmiers d’où on tire le vin de palme, présence quasi permanente de l’eau qui permet les activités piscicoles.

Les puisatiers font partie d’un groupe à dominante sérère. Leur rôle consiste à déblayer les céanes toutes les fois que des affaissements se produisent ( cela arrive fréquemment ). En fonction du travail ( déblayage à forage de puits ), le salaire peut varier de 1 200 F ( entretien de bord de céanes ) à 30 000 F lorsqu’il s’agit de creuser un nouveau puits. Ils sont employés toute l’année, mais ils ne résident pas dans le périmètre. Ils sont payés à la tâche et généralement dès la fin du travail sollicité.

Les vendeurs de fumier possèdent généralement des poulaillers dans des zones proches de Mbao. Il y a également des charretiers venant du foirail, et les sécheurs de poisson fumé de Mbao. Le sac de 30 kg de fiente de volaille est acheté entre 500 et 750 F CFA. La charge de charrette de fumier ( bouse de vache ) revient à 1 500 F tandis que les restes de poisson ( écailles et têtes de poisson séché ou fumé ) coûtent 125 F la bassine de 10 kg. Produit à proximité des champs, cet engrais organique est la première source de fertilisation utilisée par les maraîchers de Mbao.

Les commerçants bana-bana sont des femmes et des hommes qui achètent au bord du champ de petites quantités de produits pour les convoyer vers les marchés au détail. Les femmes sont des Wolofs habitant des zones peu éloignées. Chez les hommes, certains sont des Guinéens grossistes au marché de Thiaroye. Alors que les femmes n’interviennent pas en amont, les hommes bana-bana nouent un contrat de production en fournissant les intrants aux producteurs, en particulier guinéens, qui leur revendent toute leur production. Ils contrôlent ainsi le marché, ne laissant aux femmes que les récoltes de seconde main ou les petites superficies à faible production. Ils interviennent à distance et sont majoritairement des commerçants sussu installés au marché de fruits et légumes de Thiaroye.

Les coupeurs de menthe se répartissent en trois groupes : les jeunes garçons de 15 à 18 ans, les femmes qui s’associent à leurs propres filles dans la coupe et la vente de la menthe et enfin, les fournisseurs ambulants qui sont des hommes entre 25 et 35 ans. Ils achètent des plants de menthe et se ravitaillent au fur et à mesure de la vente qui se fait partiellement à proximité, au croisement de Keur Massar. Une fois la coupe terminée, le maraîcher continue l’entretien des planches en visant d’autres clients dans les 25 à 30 jours qui suivent, temps nécessaire à la menthe pour être à point pour la consommation. Les autres marchés de vente, généralement contrôlés par les femmes, sont Thiaroye, Sandaga, Tilène, Castors. Les vendeurs ambulants fournissent les boutiques et font du porte à porte dans les quartiers de la banlieue de Dakar.

Tous ces acteurs sont interdépendants et ont souvent des intérêts divergents : la segmentation des terres n’est pas sans susciter des conflits. Généralement, le terrain, ainsi morcelé, appartient à un segment familial composé de plusieurs membres. L’un d’entre eux qui l’exploite se fait concéder ce droit d’usage qui ne se perpétue guère de génération en génération. Il existe aussi des problèmes de délimitation. Ils résultent de l’absence de balise entre les différentes propriétés et sont aussi dus au fait que les terres n’ont pas toutes été exploitées durant la période de forte sécheresse, entraînant ainsi des empiétements quelquefois importants au profit des terrains mis en valeur.

Il arrive que l’exploitation ne génère pas de revenu à la suite d’une mauvaise campagne. Dans ce cas, les conflits entre saisonniers et exploitants sont fréquents. Les dettes sont reconduites d’une année à l’autre. Les tensions sont quasi permanentes, en particulier avant le retour des migrants saisonniers dans leur milieu d’origine. Pour éviter que les locataires ne leur contestent leur droit de propriété qui est en fait plutôt un droit d’usage, les propriétaires procèdent à la rotation des locataires afin qu’aucun ne reste plusieurs années à exploiter le même terrain. Entre employeurs et saisonniers, les risques de vol sur l’exploitation appellent beaucoup de ruses dont le cumul de la fonction d’aide et de celle de gardien durant les périodes de fin de campagne.

Les champs des locataires sussu sont toujours plus rentables et mieux entretenus. Plusieurs facteurs peuvent être évoqués : leur accès organisé aux intrants par leur épargne réalisée grâce à leurs réseaux de parenté à Dakar, notamment des commerçants dans les marchés ; l’exigence de résultat et de qualité en raison de ce type de contrat de confiance et de l’effet d’entraînement sur la chaîne relationnelle ( le capital social devient dès lors un facteur de performance ) ; l’importance du temps de travail réservé à leur champ, contrairement aux exploitants propriétaires qui sont pris par des obligations sociales dans leur quartier à Grand Mbao et Petit Mbao ( le réseau social apparaît comme un facteur de contre-performance ) ; leur robustesse pour le travail physique, sans commune mesure avec celui de néo-citadins qui, pour la plupart, se sont reconvertis dans le maraîchage à la suite d’échecs d’insertion dans la vie professionnelle en ville ; leur jeunesse ( entre 25 et 35 ans ) alors que les exploitants sénégalais ont une moyenne d’âge proche de la cinquantaine.

Enfin, il faut relever qu’une partie importante des acteurs s’investit dans cette activité maraîchère urbaine et périurbaine ( surtout les non-propriétaires ) afin de mobiliser les ressources financières nécessaires à l’immigration vers l’Europe ou les États-Unis.

Biographie d’un copropriétaire

M. Seck
Âge : 50 ans ( né le 20/04/1948 )
Situation matrimoniale : veuf
Nationalité : sénégalaise, résidant à Mbao
Ethnie : Lebu
Profession actuelle : maraîcher à Beul Mbao

De nos jours, j’ai 50 ans. Après avoir étudié à l’école coranique, j’ai fréquenté l’école française jusqu’en CM2. Comme je n’étais pas très doué, j’aidais mes parents dans leurs métiers de pêcheur et cultivateur. Cela ne dura pas longtemps car je fus envoyé à Mbour chez un oncle afin d’apprendre le métier d’électricien. Je suis resté là-bas pendant neuf mois avant de revenir à Dakar. Je suis devenu apprenti puis ouvrier à la société GIA. Puis, je suis retourné à Mbour exercer le métier de pêcheur. Je ne pouvais pas rester longtemps sur place ; de Mbour, où j’ai séjourné deux fois et exercé deux métiers diamétralement opposés, je suis parti pour Thiès où j’ai été pompiste pendant un an. À la suite de cela, je suis revenu à Mbao et, comme j’aimais beaucoup la terre, j’ai travaillé dans les champs à l’actuel emplacement des ICS.

Peu de temps après mon retour à Mbao, j’ai été embauché à la SIPS où j’ai travaillé deux ans. J’étais ouvrier dans cette société et ma situation n’était pas déplorable à l’époque. Cependant, durant mon congé, j’ai décidé de quitter le Sénégal pour partir à l’étranger. Je m’étais préparé durant tout mon séjour à la SIPS en épargnant de l’argent pour réaliser ce projet. Mon objectif était d’aller en Europe où il me semblait que la réussite était beaucoup plus facile qu’ici. Ainsi, je suis parti en Mauritanie, puis j’ai transité par Barcelone et Las Palmas. À Barcelone résidait un de mes frères qui est tailleur ; il m’initia à ce métier et durant cette année passée sur le sol espagnol, je n’ai accompli que ce travail. Un jour, des copains m’ont parlé de la navigation et selon eux on gagnerait plus d’argent. L’idée me plut et avec leur appui, je suis parti à Athènes en Grèce. On m’aida à trouver des papiers pouvant me permettre d’exercer ce métier et trouver également un bateau, ce qui ne fût pas très difficile. Mais le bateau sur lequel je devais embarquer étais amarré à Bruxelles. De ce fait, j’ai quitté la Grèce où je n’ai résidé que le temps de régler mes papiers pour la Belgique.

Au départ, le chef machiniste n’avait pas confiance en mes compétences ; après trois jours d’épreuves, j’ai été engagé et je suis resté neuf mois sur le bateau. Durant ces neuf mois, j’ai fait pratiquement le tour du monde ; je ne me souviens plus du nombre de pays où je suis débarqué. À la fin de mon contrat dans ce bateau, je partis pour la Hollande. C’est là que vont commencer mes problèmes après un séjour d’un mois dans un hôtel. Mes économies se réduisant au jour le jour, je partis pour le Gabon. Mon arrivée là-bas coïncidait avec le refoulement des étrangers et je faillis être obligé de repartir, n’eût été l’alibi que j’avais donné et le billet de retour que j’avais en ma possession.

Après le Gabon, je suis parti à Abidjan. Là, j’ai réappris le métier d’électricien, ce qui me permit de séjourner dix bonnes années en Côte d’Ivoire. Grâce à ma sœur et à son mari qui revenaient de la Mecque, j’ai pu rentrer au Sénégal en 1989 après une longue maladie en Côte d’Ivoire.

Au Sénégal, j’étais un peu désœuvré et je m’ennuyais. C’est ainsi que, sachant que les terres de mes parents et de mes grands-parents où je venais souvent participer aux travaux champêtres étaient toujours disponibles et inexploitées, j’ai décidé de me consacrer au maraîchage qui ne m’était évidemment pas étranger. Ainsi, depuis 1991, même avec du travail sur les chantiers, je me suis dit que je ne quitterais plus ce métier d’agriculteur qui, par ailleurs, me plaît beaucoup. Si de nos jours on me spoliait de ces terres, je chercherais ailleurs car je sais que travailler la terre est un métier noble. J’ai des frères qui sont actuellement en chômage, mais ce métier ne les intéresse pas. Un seul parmi tous mes frères a un métier convenable car il enseigne à l’Université.

Le travail des champs est cependant difficile ; difficulté souvent due à notre manque de moyens pour mettre en valeur nos surfaces. Difficulté liée aussi au manque de crédit et au risque existant en permanence sur les productions. Il suffit de rater une campagne pour se retrouver presque à la case de départ avec des dettes en plus. Ce qui traduit l’état actuel de ma situation comme vous pouvez le constater. Je suis de nos jours déficitaire et je dois 75 000 francs CFA de dettes que j’avais contractées à divers endroits ( parents, surga, laboureurs, etc. ). Mon souhait de nos jours, c’est d’avoir une motopompe qui me faciliterait l’exhaure de l’eau, mais aussi, d’accroître mes surfaces. Ce souhait serait également valable en fait pour tous ceux qui travaillent dans cette dépression car à des degrés moindres, nous sommes tous pareils.

Le travail non plus, quoi qu’on puisse dire, ne nourrit pas son homme. L’essentiel de cette production est dominé par le chou dont les prix sur le marché ont tellement fluctué qu’on retrouve de nos jours le sac de 35 à 40 kg à 2 500 F CFA alors qu’on le vendait récemment 20 000 F CFA. Ceci est imputable au manque de planification de la production lié aux habitudes de certains cultivateurs, notamment les Guinéens qui ne produisent que du chou et occasionnellement de l’oignon, mais également à un manque de stabilisation des produits maraîchers.

Les fournisseurs d’intrants, surtout en semence et en produits phytosanitaires et fertilisants minéraux, ne nous aident pas par rapport aux gros producteurs. Souvent, nous sommes victimes de la mauvaise qualité des intrants, ce qui nous enfonce davantage dans les difficultés et contrairement aux gros producteurs, ils ne nous offrent pas de crédit. Les maigres ressources que nous tirons des champs sont essentiellement réinvesties dedans ce qui fait qu’avec la conjoncture, nous ne pouvons épargner grand-chose et en ce qui me concerne, je ne consomme que 30 % de la production totale de mon champ. Les bénéfices sont utilisés pour le paiement des dettes.

Le seul soutien qu’on a ici est la culture de la menthe. Elle nécessite peu d’investissement et d’entretien, mais, elle assure les besoins ponctuels. En fait, elle est en quelque sorte notre fonds de roulement. Les prix sont également instables, mais on s’en sort mieux qu’avec les autres cultures. Actuellement, en dehors de la salade que je cultive dans l’autre parcelle, je ne fais que de la menthe. La clientèle est régulière et fidèle. Si je parviens à économiser de l’argent et me débarrasser de mes dettes, je compte vraiment disposer d’une motopompe. Les terres que j’ai sous-louées aux Guinéens et qui appartiennent à mes frères et autres parents seront reprises et exploitées même si ces derniers sont de bons payeurs et que nos relations sont bonnes. La location varie en fonction des dimensions du champ ou en fonction des besoins du propriétaire. Elle est annuelle et varie entre 30 000 à 150 000 F CFA. Avec leur production, les Guinéens s’en sortent mieux que nous car les motivations ne sont pas les mêmes, ils se consacrent exclusivement à ce travail, les charges sont minimes chez eux et ils disposent souvent de la solidarité de leur compatriotes basés dans les marchés locaux.

Pour nous aider de nos jours, il faudrait trouver du soutien financier, instaurer une politique de prix stables et bénéfiques pour tous et disposer de moyens suffisants, incluant la bonne qualité des intrants.

Biographie d’un locataire

M. D.
Âge : 31 ans ( né en 1968 )
Situation matrimoniale : célibataire
Nationalité : guinéenne
Éthnie : Malinké
Profession : maraîcher

Je suis venu au Sénégal en prévision de trouver du travail. À mes débuts, il y a de cela trois ans, je voulais faire le même métier que j’exerçais en Guinée c’est-à-dire peintre de carrosserie. Malheureusement, compte tenu des différences qui existaient dans les méthodes de travail entre les deux pays, mes parents adoptifs m’ont suggéré de cesser et de faire autre chose.

Ainsi, j’ai commencé par le métier de commerçant ambulant de légumes au marché de Castors où j’achetais des légumes que je revendais. À cette époque, j’habitais les parcelles assainies qui étaient non loin des exploitations des Niayes. J’y descendais souvent afin d’observer les jardiniers, jusqu’au jour où ayant un peu d’argent avec moi j’ai loué deux carrés à Dalifort. Nous avons été forcés de partir pour des raisons d’urbanisation. À la suite de cela, je me suis retrouvé ici à Beul Mbao, après qu’un propriétaire, Lebu, m’eut loué des parcelles. Je paie 105 000 F CFA par année, soit 35 000 F pour le premier champ et 70 000 F pour le second.

Au début, je cultivais la salade, les oignons et le jaxatu. Très vite, je me suis rendu compte qu’en dehors des oignons, les autres cultures n’étaient pas rentables. Alors, j’ai commencé à alterner chou et oignon qui non seulement ont un bon cycle de production, mais se vendent également bien au marché. Ce choix est aussi motivé par le fait que je suis étranger ici et que mon objectif est de faire de l’argent vite. Contrairement aux Wolofs, nous les Guinéens qui cultivons ici, nous ne faisons pas la culture de la menthe pour la simple et bonne raison qu’elle ne nous semble pas rentable.

Les récoltes de choux sont parfois bonnes s’il n’y a pas trop d’attaques parasitaires. Ainsi, en 1996, j’ai pu récolter 146 sacs de 35 à 40 kg soit 5 tonnes et plus sur moins d’un demi-hectare. En ce mois de janvier 1999, la dernière récolte de choux a donné 72 sacs sur une surface d’environ 400 m2 et une masse financière de 357 800 F CFA. Après déduction des charges notamment les salaires des cinq surga étaient de : 15 000 ( trois ), 12 000 ( un ) et 11 500 ( un ). Aux salaires des surga s’ajoute leur nourriture dont 50 kg de riz par mois. Il faut noter qu’un seul repas est pris au milieu de l’après-midi afin de couvrir le déjeuner et le dîner. Les surga résident sur place toute l’année sauf durant l’hivernage. Leur santé est également entièrement à ma charge. Les autres frais sont le mandat des coxeurs au marché, la taxe municipale ( 25 F/sac ), l’achat des intrants. L’ensemble des charges déduites est évalué durant cette campagne à 96 775 F, pour un bénéfice de 261 025 F.

Les bénéfices sont réutilisés comme suit : 111 025 F soit 42,5 % sont réinjectés dans les champs ; l’ensemble des charges inclus à quoi s’ajoute mon loyer de 3 500 F à Fass Mbao ; je ne réside pas avec les surga. 150 000 F soit 47,5 % sont épargnés. L’argent que j’épargne est confié à mon oncle ( petit frère de mon père ) qui est commerçant. Nous notons réciproquement les entrées et les sorties d’argent afin qu’il n’y ait pas d’erreur. Il peut utiliser l’argent parfois mais après m’avoir demandé l’autorisation. Le travail est dur, mais il faut bien le faire pour avoir de l’argent. Ce que nous déplorons surtout c’est la mauvaise qualité des intrants qui peuvent parfois compromettre toute notre production et le manque de crédit auprès des fournisseurs. Nous entretenons de bonnes relations avec les propriétaires qui nous ont loué ces terres. Ainsi, dans le but de raffermir ces relations, après chaque récolte, je leur fais cadeau d’un sac de choux ou d’oignons accompagné de 5000 francs. De nos jours, mon objectif est d’économiser suffisamment d’argent pour partir en Italie.

Biographie d’un propriétaire

MB. B.
Âge : 42 ( né en 1957 à Notto )
Situation matrimoniale : marié polygame
Nationalité : sénégalaise
Ethnie : Wolof
Profession actuelle : maraîcher

Très tôt, j’ai perdu mon père. J’ai quitté très tôt la demeure familiale pour partir à Thiès chez un oncle pour apprendre le Coran. Je n’ai jamais mis les pieds dans une école française. Après un peu temps passé à Thiès, je suis parti à Colobane dans le département de Gossas dans la région du Sine-Saloum où, en plus de l’éducation coranique, j’ai obtenu mon premier travail comme agropasteur.

À l’âge de dix ans, je suis revenu à Keur Madaro sous la tutelle de mon oncle. Un brave homme qui travaillait aux cultures pluviales et de contre-saison. Là aussi, j’ai continué l’apprentissage du Coran. Je travaillais dans les champs en même temps. J’étais charretier jusqu’en 1975, année où j’ai épousé une première femme.

C’est à partir de ce moment que j’ai commencé réellement à sortir de mon village pour aller chercher du travail ; sauf qu’auparavant, en 1971, j’étais parti à Noflaye ( communauté rurale de Sangalcam ) comme puisatier. En 1976 et 1977, je suis allé à Gniby pour une campagne agricole comme surga, dans le bassin arachidier qui était alors plus prospère.

Après cela, je suis venu à Dakar où j’ai eu un travail dans les ICS comme manœuvre-chargeur d’engrais jusqu’en 1994, où il y a eu des problèmes dans la boîte et avons été licenciés ; d’ailleurs nous avions porté plainte contre ce licenciement abusif et je sais que de nos jours, nous avons gagné le procès et ils doivent nous payer beaucoup d’argent.

Durant tout mon séjour aux ICS, je ne m’étais jamais départi des activités agricoles. Quand j’ai quitté cette boîte, je suis revenu définitivement aux activités agricoles particulièrement l’horticulture. Depuis, mon objectif est de réussir dans l’agriculture, le pastoralisme et le commerce.

Dans le commerce, je m’aventure dans tout ce qui est rentable. Ce secteur d’activité est financé par ce que je gagne dans les champs. Au village, je dispose actuellement d’une cantine de 12 m2 et j’y fais travailler mon frère. Dans le domaine de l’élevage, je dispose d’une vache, de huit moutons ( quatre mâles et quatre femelles ) et quatre chèvres. Souvent, quand l’occasion me le permet, j’achète des bœufs que j’engraisse avant de les revendre.

Maintenant, j’ai trois femmes. Deux résident ici à Mbao et l’autre à Thiès. J’ai également trois enfants. J’ai un ami ici présent avec qui j’ai partagé les moments les plus durs et les plus agréables. Depuis ma tendre enfance à Keur Madaro jusqu’à présent, on est toujours ensemble et je ne lui cache absolument rien. D’ailleurs je lui ai fai quitter le village pour qu’il vienne travailler ici. Actuellement il a son propre champ.

Je sais qu’aujourd’hui je devrais être riche, mais ma première femme m’a beaucoup coûté. Je sais également que ma première sortie m’a fait perdre plus que j’ai gagné. En effet, j’avais laissé derrière moi beaucoup de bétail. En plus de tout cela, je ne sais pas épargner, je suis très généreux. Ce que je ne regrette certes pas, c’est de m’être investi totalement dans les activités agricoles. De nos jours, si les ICS me rappelaient pour travailler, je refuserais pour la simple et bonne raison que je gagne mieux ma vie dans les champs.

Il est nécessaire de s’arrêter sur deux grandes exploitations fermières de manière à illustrer les différences observées dans la zone des Niayes où cohabitent les petites unités d’exploitation agricole et les moyennes ou grandes fermes.

Une grande exploitation : la société SEDIMA

La SEDIMA ( Sénégalaise de distribution de matériel avicole ) est un chef de file dans le domaine de l’aviculture ( tableau 10 ). Ses domaines d’activités couvrent la production d’aliments pour la volaille, de poussins d’un jour, d’œufs à couver, d’œufs de consommation et de poulets à cuire. Elle facilite aux aviculteurs l’accès au matériel avicole par l’importation et la distribution de petits accessoires d’élevage. Cette entreprise approvisionne une grande partie du marché national et s’étend actuellement vers les pays limitrophes. Ses installations sont situées dans la zone de Keur Massar à proximité de Dakar. La SEDIMA s’est engagée dans un important programme d’investissement qui lui a permis d’assurer une constante progression de son chiffre d’affaires. L’importance de la marge brute permet de comprendre l’augmentation de ce chiffre d’affaires qui illustre l’expansion de cette entreprise.

Tableau 10. Fiche synoptique de la SEDIMA

Il reste à exploiter différentes filières de l’agriculture qui pourraient être stimulées par importante production de fiente de volaille.

Une exploitation de taille moyenne : la ferme de W.

La ferme de W. est située à proximité de Bambylor, à 40 km au nord-est de Dakar. L’exploitation vise des objectifs de production intensive de lait. Ses activités s’étendent également à la transformation et à la commercialisation du lait produit. La réforme d’animaux y est une opération permanente, ce qui permet de déstocker des animaux pendant toute l’année alors que le fumier produit ne fait pas l’objet d’une valorisation significative. L’exploitation de W. est de grande taille, avec des effectifs atteignant plusieurs centaines d’animaux et figure ainsi dans le groupe d’entreprises d’élevage intensif qui ont plus de chance d’atteindre la réussite économique dans la zone des Niayes.

Le propriétaire est un homme d’affaires engagé dans les activités commerciales et le transit, mais est passionné d’élevage ; il n’en demeure pas moins performant du point de vue économique, ce qui lui a valu les résultats positifs enregistrés en 1998. La création de cette ferme remonte à moins de dix ans. Les résultats sont à consolider dans le temps, car la durabilité des exploitations laitières a été mise à l’épreuve par un environnement socio-économique difficile. Les investissements consentis par le propriétaire sont importants. Ils sont matérialisés par la construction d’une exploitation moderne, l’achat du noyau de femelles laitières de race exotique et l’acquisition d’un important matériel d’élevage.

Le premier maillon d’intégration entre l’agriculture et l’élevage est illustré par la stratégie mise en place pour alimenter le cheptel. Le système d’alimentation des ruminants est basé sur une utilisation de résidus de récoltes et de sous-produits agro-industriels variés, pour lesquels le producteur a su résoudre les énormes problèmes d’approvisionnement qui en limitent l’accès dans la zone des Niayes.

Cette exploitation est caractérisée par une ouverture à l’innovation technologique, par une utilisation des paquets techniques de la recherche agricole, notamment en ce qui concerne le mode de rationnement des vaches laitières, la pratique des cultures fourragères et l’ensilage des fourrages cultivés. Le poste « aliment et médicaments » consomme plus de 50 % du budget, ce qui montre la nécessité d’une gestion plus rapprochée de l’alimentation des différentes catégories de vaches, en vue de réaliser des économies.

L’intégration entre l’agriculture et l’élevage pourrait être davantage améliorée par une valorisation du fumier produit. Les programmes de recherche en cours visent une évaluation de la quantité de fumier produit. Une première approximation permet d’évaluer à plus de trois tonnes les quantités quotidiennes de fumier, ce qui pourrait soutenir un secteur agricole dynamique dans l’exploitation.

La bonne santé de cette exploitation laitière s’explique par le recyclage d’autres capitaux provenant surtout du transit-transport, secteur dans lequel le propriétaire est actif. La diversification apparaît ainsi comme un moyen de soutien efficace. Les performances observées sont tout à fait louables ( tableau 11 ). Il serait possible de les améliorer encore par une gestion plus rigoureuse de l’alimentation des vaches laitières et une orientation du système de production vers une meilleure intégration de l’agriculture et de l’élevage.

Tableau 11. Bilan estimé de l’exploitation de W. en 1998

L’agriculture urbaine dans la zone de Thiès

Thiès est la première région horticole du Sénégal qui génère 10 à 15% de la production nationale. Les cultures maraîchères, étroitement associées à l’élevage et à la pêche, se mènent dans un cadre marqué par l’urbanisation et une forte densité de population. Ainsi, les étroites relations entre la ville et le village encouragent une urbanisation de l’agriculture qui devient un point fort largement exploité par les producteurs à travers la proximité de marchés lucratifs. Les pratiques horticoles ne sont pas un fait récent dans le milieu. Même si l’on ne peut avancer une date précise sur leurs débuts, force est de constater qu’elles sont d’une longue tradition dans le département de Thiès.

L’activité horticole, dont les deux secteurs importants sont la production légumière et la production fruitière, joue un rôle de choix dans l’économie régionale et même nationale. Ainsi, la région de Thiès joue un rôle prépondérant dans le secteur horticole, considéré de nos jours comme « une nouvelle source de croissance », capable de réaliser les objectifs que l’État sénégalais s’est fixés dans le secteur agricole, notamment : la réduction de l’importation des produits de grande consommation ( oignon et pomme de terre ) ; l’introduction d’espèces à haute valeur ajoutée, destinées à l’exportation et à la rentrée de devises ; la satisfaction des besoins de la population en produits horticoles ; la création d’emplois.

La présence simultanée de l’horticulture et de l’élevage dans le secteur périurbain est une donnée majeure qui caractérise l’agriculture urbaine dans la zone des Niayes, de Dakar à Saint-Louis. L’étude du cas particulier de la principale région horticole du Sénégal devrait pouvoir clarifier sa position dans la chaîne d’intégration des deux activités et en déceler les points forts et les points faibles. Il s’agit ainsi d’évaluer les potentialités horticoles et pastorales permises par le contexte bioclimatique de la région de Thiès, de déterminer les contraintes à l’intégration de l’horticulture et de l’élevage et de caractériser l’état de l’environnement dans les périmètres horticoles de Thiès.

Un cadre géographique et bioclimatique fortement
influencé par la mer

Deux départements de la région de Thiès ( Thiès et Tivaouane ) sont situés dans la zone des Niayes. Carrefour du Sénégal, cette région – notamment le département de Thiès – est le principal point de transit vers les autres régions du pays. Cette position stratégique lui donne une importance particulière, favorisée par les conditions physiques et sociales que lui offre son environnement.

Le climat de la zone appartient au grand ensemble du climat soudano-sahélien. La proximité de l’océan et sa façade nord qui borde la grande côte, constamment balayée par l’alizé maritime issu de l’anticyclone des Açores, lui confèrent un climat doux et favorable, souvent qualifié de climat sub-canarien. Selon la division climatique du Sénégal, ce climat est de type cap-verdien ( Moral, 1977 ). Les précipitations s’étalent sur trois mois, de mi-juillet à mi-octobre. Elles varient entre 300 mm et 500 mm par an, avec une certaine irrégularité interannuelle. Comme partout ailleurs, la dégradation climatique n’a pas épargné cette région. L’anticyclone des Açores contribue beaucoup à l’adoucissement des températures, qui varient de 20,3 °C à 33,1 °C, avec une moyenne de 26 °C. Les températures les plus froides sont notées durant les mois de janvier et février où le minimum peut atteindre 16 C, alors que les températures les plus chaudes sont notées dans la période de mars à octobre ( jusqu’à 35 °C ). L’humidité relative moyenne est de 62 %. Elle est cependant très variable : l’humidité maximale se situe à 87 % et la minimale à 37 %. Les mois où les teneurs en eau dans l’air sont fortes coïncident avec la saison des pluies ; le taux d’humidité peut atteindre 97 % au mois de septembre.

Deux types de vent balaient la région : les alizés, notamment l’alizé maritime de secteur nord-nord-ouest, qui apporte avec lui la fraîcheur et l’alizé maritime en provenance du sud, qui détermine la pluviométrie ; l’harmattan, vent d’est circulant durant la période d’avril à juillet, qui est très affaibli ou pas du tout perceptible au niveau des Niayes ou des terroirs du littoral.

Les facteurs climatiques qui déterminent les pratiques horticoles dans le département de Thiès sont donc très favorables. À l’exception des déficits pluviométriques, tous les autres paramètres climatologiques offrent les bases d’un bon développement de ce secteur.

Comme la majeure partie du Sénégal, la région de Thiès, dans son ensemble, est incluse dans le bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien. Plusieurs formations géologiques résultant des périodes du secondaire, du tertiaire et du quaternaire sont très présentes dans ce milieu. Le relief est assez accidenté, formé de plateaux ( Diass culminant à 108 m d’altitude ), de cuesta ( falaise de Thiès avec une altitude de 126 m ) et de zones dépressionnaires. La partie continentale de la zone contraste avec la frange littorale caractérisée par la présence des systèmes dunaires et des Niayes.

Potentiel pédologique

Appartenant au centre nord du bassin arachidier, la région est caractérisée par une majorité de sols ferrugineux tropicaux, non lessivés. Sur les marges côtières, dominent les sols minéraux bruts. Les sols ferrugineux tropicaux, faiblement lessivés sur sable siliceux, au nord et au centre, caractérisés par des concrétions ferrugineuses sur grès plus ou moins argileux, sont présents au sud-est ; ce sont les sols deck. Dans la zone des Niayes, se remarquent les vertisols dans les vallées asséchées et dans les dépressions interdunes, des sols minéraux à pseudo gley très humifères, parfois même tourbeux.

Un potentiel hydrologique exploitable par l’horticulture et l’élevage

En dehors du lac Tanma, le département de Thiès est dépourvu de système d’hydrologie de surface importante ; seules les Niayes laissent entrevoir, durant la période de la saison des pluies, des formations de mares temporaires dont la durée est déterminée par la pluviométrie. Cependant, la zone n’est pas si pauvre en ressources hydrogéologiques. On peut noter la présence de la nappe des sables quaternaires, constituée de lentilles d’eau perchées sur les cordons dunaires littoraux, de la nappe du maestrichien qui affleure sur la totalité du massif de Diass et de la nappe de l’éocène inférieur, représentée par les calcaires marneux et les marnes blanches dans la falaise de Thiès.

De nos jours, les ressources hydrologiques sont très compromises à cause de la baisse des volumes pluviométriques notée ces dernières années et de la surexploitation ; le risque de rupture de l’équilibre, déjà précaire, qui conditionne l’activité horticole de la région, est grand. En effet, le déficit pluviométrique et l’exploitation non maîtrisée des ressources en eau entraînent l’avancée et la remontée du biseau salé qui, de manière irréversible, peut constituer un facteur limitatif majeur à toute activité horticole.

Une démographie galopante, une forte urbanisation et une population
bien engagée dans l’agriculture

Avec une population régionale de 1 140 000 habitants en 1994, la région de Thiès est la deuxième région la plus peuplée, après celle de Dakar. Le département de Thiès totalisait une population de 367 429 habitants, soit 39 % de la population régionale et une densité de 224,7 habitants au km2. La population est caractérisée par une légère domination du genre féminin avec un ratio de 96/100 et une domination nette de la classe des jeunes ; la classe des 20 ans, représente 57,7 % de la population. En 1995, la population urbaine était de 196 986 soit 54,6 % de la population départementale. La tendance à l’urbanisation s’accentue avec une évolution de 54,6 % à 55,4 % entre 1988 et 1995. Cette population est en majorité active dans l’horticulture et l’élevage.

Un potentiel pastoral en expansion

Le potentiel

La description des caractéristiques géoclimatiques a mis en évidence des particularités climatiques, largement influencées par la mer. Cette douceur du climat favorise le développement de l’élevage, particulièrement en ce qui concerne l’aviculture, l’embouche bovine et ovine et la production laitière intensive. Une diversification par le développement d’espèces non traditionnelles ( lapin, autruche, pigeon, dinde ) est présente, quoique à une échelle réduite. L’expansion de l’élevage est toutefois limitée par une exiguïté de l’espace pastoral en zone périurbaine et par la non-disponibilité des ressources alimentaires.

L’élevage est assez important. En gros, le cheptel départemental représente 4 % du cheptel bovin du pays, soit 120 000 têtes, et 3 % de celui des petits ruminants, soit 200 000 têtes ( Gaye, 1998 ). L’aviculture occupe une place importante avec 70 000 acteurs intervenant dans la production de poulets de chair, dont les effectifs annuels varient de 300 000 à 1 000 000 de sujets. Les pondeuses, dont l’effectif annuel est de 300 000 sujets, occupent une cinquantaine de producteurs. Le système d’élevage traditionnel est principalement extensif. Les animaux sont entretenus sur des couloirs pastoraux. Ils retournent à l’exploitation et reçoivent une complémentation, variable en quantité et en qualité, selon les objectifs de production. Les exploitations sont de tailles variables. On note la présence de grandes exploitations modernes, mais les petits exploitants sont dominants.

Le système de propriété est marqué par les efforts de recyclage des fonctionnaires qui s’investissent dans l’aviculture, l’élevage de petite et moyenne envergure. Une présence non négligeable des marabouts, avec le système des daara, a été observé, alors que les villageois natifs du terroir cèdent davantage de terrains aux autres catégories de propriétaires pour se contenter de l’élevage des petits ruminants et de l’aviculture.

L’intensification de l’élevage connaît un bon développement. Elle concerne la production laitière, l’embouche bovine et ovine et l’aviculture. Cette activité est menée par des fonctionnaires. Les exploitations d’élevage sont en général de petite taille. Dans le domaine de l’aviculture, quelques exploitants élèvent des milliers de têtes. Un important effort d’amélioration des techniques de production est actuellement en cours ; l’amélioration des races, par l’élevage d’espèces exotiques et le croisement avec les races locales pour accroître leurs potentialités laitières ou bouchères, est en train de se généraliser. Toutefois, le système intensif connaît des contraintes qui remettent en cause sa durabilité. La rentabilisation des investissements est souvent remise en cause par un environnement économique difficile, des difficultés liées à l’approvisionnement en intrants et à l’écoulement des produits en particulier.

Les performances

L’élevage est essentiellement extensif ( tableau 12 ). Cependant, avec le développement urbain, la proximité des grands centres urbains, les hôtels et les avantages climatiques, l’élevage intensif se développe, tout particulièrement l’aviculture ( tableau 13 ) et la production laitière.

Tableau 12. Production animale du département de Thiès

Tableau 13. Effectif de la volaille dans quelques fermes avicoles

Les petits producteurs ne sont pas pris en considération, mais ils demeurent très actifs dans la région ; leur effectif varie entre 100 et 200 unités par cycle de production.

Les trois départements de la région déterminent également les secteurs dans le domaine de l’élevage. Dans le cadre de cette étude, on s’intéresse aux deux secteurs ( tableau 14 ) bordant la zone des Niayes que sont les départements de Thiès et de Tivaouane.

Tableau 14. Données sur le cheptel

La région de Thiès est peu dotée de ressources fourragères. C’est le résultat des mauvaises conditions pluviométriques, de l’absence ou de la raréfaction des parcours, en raison de la mise en défens systématique des surfaces horticoles. Cependant, l’élevage, en particulier l’élevage intensif, se développe et les principales sources alimentaires sont les résidus horticoles, montrant ainsi la relation d’intégration entre l’horticulture et l’élevage. Cependant, la rétroaction n’est pas très remarquable, sauf pour l’utilisation des déchets des poulaillers, très prisés dans l’agriculture maraîchère. Le manque de stabulation pour les bovins et les petits ruminants fait que l’utilisation des résidus est très sous-exploitée.

Dans le cadre de cette intégration, il convient de faire attention à l’usage des produits chimiques dans l’agriculture, même si les cas d’intoxication notés sont dus à la consommation de résidus de la variété de manioc soya, qualifiée de très toxique pour le bétail.

On note une certaine organisation des éleveurs regroupés en GIE ( groupement d’intérêt économique ) et en associations. On peut noter les producteurs de bovins, la Maison des éleveurs ( qui regroupe tous les petits groupements villageois avec des représentations aussi bien dans les arrondissements que dans les départements ) et l’Association des aviculteurs de Thiès, etc.

Un système limité par des contraintes structurelles

Le foncier

Les contraintes foncières sont parmi les principaux facteurs limitatifs du développement de l’élevage. La forte urbanisation qui caractérise cette région et la réduction de l’espace pénalisent en premier lieu les animaux, dans une zone majoritairement urbaine et agricole. Les contraintes foncières concernent la qualité des sols, largement dépréciée par la salinité et la présence de cuirasse latéritique. L’accès à la terre est aussi un facteur qui limite l’engagement des jeunes producteurs et celui des catégories sociales défavorisées, obligées de se contenter de différentes formes de location de la terre ou d’un statut d’ouvriers agricoles. Les marabouts détiennent de vastes surfaces, souvent non valorisées dans leur ensemble, à cause de la lourdeur des investissements. Les contraintes foncières ne permettent pas un renforcement de l’investissement dans le domaine de l’élevage.

L’accès aux technologies

La proximité des structures de recherche et de formation agricoles encourage la modernisation du système d’élevage. On observe une amélioration des races bovines et caprines ( pour la production laitière ) et ovines ( pour la production de viande ). L’aviculture industrielle moderne a également connu un développement fulgurant. Des expériences de transformation des produits alimentaires d’origine animale ( viande, lait ) sont tentées autour de Thiès. Toutefois, l’efficacité du système est compromise par un environnement économique difficile. La création d’un noyau d’intensification pastorale devrait être un point de départ qui, en lien avec Dakar, pourrait assurer l’approvisionnement des villes en produits semi-finis.

L’accès aux intrants

L’accès aux intrants est l’un des problèmes les plus sérieux auxquels sont confrontés les éleveurs de la zone de Thiès. Le déficit des ressources alimentaires, qui représentent les deux tiers des dépenses de fonctionnement des ateliers intensifs, compromet sérieusement leurs résultats technico-économiques. À cela, il faut ajouter le manque d’aliments de base et de concentrés et l’accès difficile aux céréales. Une autre difficulté réside dans l’inexistence de cultures fourragères. Les médicaments vétérinaires coûtent cher. Le système de production ne permet pas souvent de rentabiliser les traitements sanitaires.

Thiès : la plus grande région horticole du Sénégal

La supériorité de la région de Thiès dans l’horticulture se traduit en termes de surface cultivée et de production annuelle ( 30 % de la production nationale ). Les performances de production, évaluées en termes de rendement, sont correctes. Cette situation peut s’expliquer par la valorisation d’occasions agroclimatiques certaines et par une importante technicité des éleveurs, mais aussi par une utilisation excessive de produits chimiques pour renforcer le statut des sols et limiter l’attaque catastrophique des parasites. Malgré ces bons résultats dans le secteur horticole, il existe des marges de progrès importantes pour renforcer la place du Sénégal en tant qu’exportateur de produits horticoles vers les pays développés. Mais les caractéristiques structurelles du système de production et ses contraintes autorisent-elles une augmentation significative de la production à court terme ? Quel en sera le coût sur le plan environnemental dans un milieu déjà fortement agressé ?

L’agriculture est l’un des secteurs les plus importants dans le département malgré la présence d’importantes industries. Elle occupe une bonne part de la population active. Cependant, compte tenu de sa dépendance des conditions pluviométriques et des ressources hydrogéologiques, on note une certaine spécialisation au niveau spatial, déterminée par la disponibilité de l’eau. Ainsi, on peut noter deux agrosystèmes distincts, à savoir la zone de Pout-Keur Moussa, spécialisée dans la production fruitière et celle de Keur Séga-Bayakh-Kayar, spécialisée dans la production de légumes ( Gaye, 1998 ).

Les types d’exploitations

Les exploitations sont petites à moyennes, d’une superficie supérieure à un hectare, de type individuel. Les producteurs pratiquent la diversification des cultures en associant l’arboriculture fruitière à l’élevage et à différentes espèces maraîchères ( tableau 15 ). Ces exploitations font l’objet d’investissements encore faibles, mais plus importants que dans le cas de Dakar. On y observe l’installation fréquente de puits avec une amélioration du système d’exhaure par l’installation de motopompes. La lourdeur de ces investissements a encouragé une gestion communautaire. Les limites de la durabilité de ce système interrogent l’efficacité de la gestion communautaire, comparativement à la gestion individuelle du matériel horticole.

Tableau 15. Production maraîchère départementale (  1994/1995  )

Le potentiel et les contraintes

Les caractéristiques agro-climatiques de la région de Thiès favorisent l’horticulture : disponibilité d’eau grâce à la nappe phréatique ; statut de ville carrefour et présence de marchés lucratifs ; importante population urbaine et proximité des grands centres urbains ( Dakar, Mbour, Kaolack, Diourbel, etc. ) ; bon réseau routier même si, dans certains endroits, il mérite des améliorations notables. Mais il existe aussi des contraintes importantes : sols stériles ( caillouteux, latéritiques ), pauvres ( diors ) ; raréfaction de l’eau qui se traduit par un rabattement de la nappe en profondeur ; inaccessibilité au réseau de la Société sénégalaise des eaux ( coût élevé, fréquence de la facturation non adaptée aux cycles de production végétale ) ; remontée du biseau, résultant du manque de précipitations et de la surexploitation des nappes ; difficulté d’accès à la terre et au crédit ; manque de structures de conservation, de transformation et de stockage.

En fonction de la disponibilité de l’eau, de son accessibilité et de la nature pédologique, on note une certaine forme de spatialisation des cultures. Ainsi, les cultures fruitières sont concentrées dans la zone de Pout-Keur Séga ( mangues et agrumes ), caractérisée par des sols latéritiques durs et une nappe phréatique assez profonde ( Paléocène ) dont l’exploitation se fait essentiellement à partir de puits traditionnels ( tableaux 16 et 17 ). La production maraîchère est exclusivement pratiquée dans la frange littorale nord de la région qui coïncide avec la zone des Niayes. Les cultures sont très diversifiées avec, là aussi, une certaine spécialisation dans la production. Les ndiouki sont exclusivement destinés à la production de la carotte et du navet alors que les Niayes et les vallées asséchées sont massivement exploitées pour la production du chou, de l’oignon, etc.

Tableau 16. Production fruitière, Thiès et Dakar

Tableau 17. Production fruitière, département de Thiès, 1986 à 1995

Place au niveau national

Thiès fournit près de 30 % de la production maraîchère nationale. La production fruitière occupe la deuxième place après la Casamance. Dakar et Thiès fournissent entre 12 et 35 % de la production nationale.

Selon la Chambre de commerce ( 1995 ), la campagne 1993/1994 est estimée à 112 137 tonnes de fruits et 14 699 tonnes de légumes ( tableaux 18 à 21 ). Les pertes après-récolte sont évaluées entre 30 et 40 % et sont dues au manque de structures de conservation, de stockage ou de transformation.

Tableau 18. Répartition de la production de légumes au Sénégal (  %  )

Tableau 19. Répartition de la production fruitière (  %  ) selon les espèces à Thiès

Tableau 20. Répartition de la production fruitière selon les espèces au Sénégal ( % )

Tableau 21. Production maraîchère au Sénégal de 1993 à 1995

Un milieu agressé par les pratiques horticoles

La région de Thiès, comme tout le reste du pays, connaît une dégradation des conditions pluviométriques avec des répercussions sérieuses sur la réalimentation des nappes souterraines, sur la dégradation des potentiels pédologigues et sur la dégradation du couvert végétal. Cependant, le premier aspect reste le plus important dans le contexte de l’horticulture, car la survie de celle-ci repose sur l’équilibre des ressources en eau. De nos jours, ces ressources en eau sont très compromises, car les réserves des principales nappes sont presque nulles ou infimes. C’est ainsi que, selon le Conseil supérieur de l’environnement et des ressources naturelles ( CONSERE, 1995 ), la réserve des aquifères majeurs, notamment ceux de Dakar à Kayar, de Kayar à Saint-Louis et du Paléocène Pout-Sébikhotane-Mbao sont respectivement de 45 000, zéro et zéro alors que le Paléocène Est Kayar ( aquifère mineur ) reste très limité.

La surexploitation de ces nappes, dont la réalimentation est essentiellement tributaire d’une bonne pluviométrie, contribue à leur épuisement et à leur contamination par l’intrusion d’eau salée. Ce qui, de toute évidence, portera préjudice à toute pratique horticole, surtout dans les terroirs littoraux dont les eaux d’irrigation sont tirées des lentilles d’eau douce des systèmes dunaires côtiers. La dégradation des conditions pluviométriques et la réduction du volume de la nappe des sables quaternaires contribuent également à la salinisation des terres, phénomène déjà perceptible à certains endroits de la zone ( Kayar, Bayakh, Mboro ).

À cela peuvent s’ajouter les problèmes d’érosion, essentiellement éolienne. La partie occidentale de cette région est dominée par la présence de systèmes dunaires stables ( dunes ogoliennes ) et instables ( cordons littoraux ). Les vents de secteur nord-nord-ouest qui soufflent sur cette région contribuent à l’ensablement des cuvettes maraîchères et à la réduction des surfaces cultivables. C’est la raison pour laquelle plusieurs initiatives ont été prises dans le cadre de différents programmes afin de lutter contre ce fléau.

Le marché

La région de Thiès accueille les plus grands marchés de produits horticoles du Sénégal. L’essentiel des légumes cultivés dans la région est négocié dans les marchés de Mboro et de Diogo, alors que les fruits sont dirigés vers Pout qui recueille aussi un fort tonnage de mangues et d’agrumes venant de l’intérieur du pays. Le marché de Pout fait ainsi partie des principaux centres de débarquement de produits fruitiers. Non loin des zones de production, le marché est alimenté par les Niayes, par d’autres régions, particulièrement la Casamance et par des pays limitrophes comme la Guinée. L’année horticole est divisée en quatre périodes de trois mois, déterminées par la dominance d’une culture fruitière :

  • la période des mandarines dont la région se réserve la quasi-exclusivité de la production ;
  • la période des pastèques dont l’essentiel du produit provient des régions de Kaolack et de Fatick ;
  • la période des oranges dont la plus grande partie provient de la Casamance. La zone en est également productrice ;
  • la période des mangues en provenance de la Guinée, de la Casamance et de la localité elle-même. Cette période est souvent beaucoup plus longue, car les cycles de production entre ces trois lieux d’origine ne sont pas les mêmes.

À côté des grands marchés de produits maraîchers et fruitiers, la région de Thiès présente de nombreux marchés secondaires, ou marchés-relais, dans lesquels les acheteurs préfèrent souvent se rendre à cause de la compétitivité des prix. Dans ces localités, qui sont également pour la plupart des sites de production, se tiennent des marchés hebdomadaires appelés louma.

Grande région horticole, la région de Thiès est l’un des principaux points de distribution des produits maraîchers vers les autres régions du pays, mais aussi vers l’extérieur, notamment vers la Mauritanie et la Gambie. À Mboro, principal point de distribution de la région, on peut remarquer que les principales destinations sont les marchés urbains de Dakar, Thiès, Mbour, Kaolack, Saint-Louis et Tambacounda et l’extérieur du pays, en l’occurrence la Gambie et la Mauritanie. Les principaux produits convoyés sont essentiellement l’oignon, la pomme de terre et le chou. Compte tenu du caractère informel de la commercialisation des produits horticoles et la non-structuration des centres de collecte, la quantification des flux entrant et sortant est difficile et ne peut être basée que sur des estimations.

L’usage des intrants chimiques : une menace sur l’environnement et sur la sécurité alimentaire

L’horticulture en général et les cultures maraîchères en particulier sont très consommatrices d’intrants chimiques pour améliorer les rendements par apport d’engrais minéraux et de traitements phytosanitaires pour réduire les risques d’attaques parasitaires. La localité de Thiès, zone horticole par excellence, n’échappe pas à cette règle. Dans cette zone, notamment à Bayakh, Kayar, Mboro, Darou, Diogo, Fass Boye, Pout et Pire, différents types de pesticides et d’engrais chimiques sont utilisés. Cependant, si l’utilisation demeure intense dans la presque totalité des localités précitées, elle est quasi nulle à Pire, le vivier du manioc. Dans cette localité, on ne fait pas l’utilisation d’engrais chimique ni de pesticides, les cultivateurs privilégiant des méthodes traditionnelles d’amendement des terres.

Par contre, dans les autres localités, différents pesticides, souvent de qualité douteuse, sont à la disposition des maraîchers pour lutter contre les attaques de vers, de papillons et d’acariens. Ils sont disponibles dans des points de vente du village et dans les marchés hebdomadaires, par l’intermédiaire des commerçants itinérants. Il en est de même pour les engrais. Les pesticides les plus fréquemment utilisés sont le Tamaron, le Décis et des poudres diverses constituées en majeure partie de produits organophosphorés. Cette liste est loin d’être exhaustive. Quant aux fertilisants minéraux, ils sont constitués d’engrais ternaires ( NPK ), notamment le 10/10/20, 10/18/46 et l’urée. Chez les grands producteurs, dont la production est destinée à l’exportation, l’usage des intrants chimiques est plus normalisé et l’approvisionnement se fait auprès des grands distributeurs de Dakar, parfois même ceux de l’étranger.

La mauvaise utilisation de ces produits présente un grand danger pour l’environnement et pour la production. L’ignorance du dosage des pesticides entraîne un usage abusif, avec des conséquences sur l’écologie du milieu, notamment la résistance de certains parasites, la contamination possible des nappes phréatiques à faible profondeur. Le pire est la mauvaise connaissance des délais d’attente pour la dégradation des produits utilisés dans le système. Cet aspect, souvent déterminé par les exigences du marché, fait que les productions restent qualitativement douteuses et, par conséquent, menacent la santé des consommateurs.

L’agriculture urbaine dans la zone de Saint-Louis

La ville de Saint-Louis occupe la limite nord de la zone des Niayes. C’est une ville agricole favorisée par la présence du fleuve Sénégal, même si ses échanges avec la mer au niveau de l’embouchure provoquent la salinité de l’eau et des sols. Toutes les activités agricoles sont stimulées par la présence de l’eau. La région de Saint-Louis, qui génère près de 47 210 tonnes de fruits et légumes sur une superficie totale de 3 251 hectares, représente la troisième région horticole du Sénégal derrière Thiès et Dakar ( ministère de l’Agriculture, 1998 ). Si la majeure partie de cette production vient des zones rurales, le secteur urbain produit également une grande partie de la tomate, de l’oignon, du chou et la quasi-totalité de l’arboriculture fruitière. L’élevage est bien représenté dans la ville et ses alentours. C’est l’élevage de petits ruminants, l’aviculture et le développement d’ateliers de production laitière, alors que l’embouche bovine connaît une évolution timide limitée par des problèmes de marché.

Saint-Louis est la ville des pôles :

  • pôle d’industrialisation agricole avec l’avènement des barrages, des aménagements agricoles de grande envergure, des grandes surfaces, des gros investissements qui traduisent une tentative de moderniser l’agriculture et de travailler à plus grande échelle ;

  • pôle de transformation agricole avec la proximité des principales usines de traitement de la tomate industrielle ( la SOCAS à Savoigne ) et de la canne à sucre ( la CSS à Richard-Toll ) ;

  • pôle de projets également avec l’avènement de l’après-barrage qui a vu le développement d’initiatives qui sont actuellement couronnées de succès ou d’échecs à des degrés divers ;

  • pôle d’encadrement agricole avec la présence de la Société d’aménagement et d’exploitation des terres du delta ( SAED ) ;

  • pôle de crédit avec la présence de banques agricoles ;

  • pôle d’espoir enfin, car c’est assurément la capitale des barrages : ces barrages qui ont suscité beaucoup d’espoir dès le milieu des années 70, mais qui sont aussi sous le coup de multiples controverses. On se demande encore si cette option, avec son corollaire de haute intensité de mécanisation fortement consommatrice d’énergie, a été la bonne. Mais ces barrages sont là, qui appellent une valorisation d’infrastructures déjà très coûteuses et une réadaptation des systèmes agricoles intégrés dans toute la vallée du fleuve Sénégal.

C’est dans ce climat socio-économique que l’horticulture et l’élevage ont tenté de se développer en milieu urbain et périurbain. Elles représentent des activités agricoles à part entière qui mobilisent une bonne partie de la population sans compter leur impact sur le marché urbain. Une étude ciblée sur ces deux activités a permis d’évaluer leur envergure, les interactions, les contraintes dont elles font l’objet et leur impact sur l’environnement de la ville de Saint-Louis et sa banlieue.

Un milieu physique de type sahélien, mais fortement influencé par la présence d’eau

Située dans la zone sahélienne, la capitale du Nord jouit de certains avantages climatiques, particulièrement pour le développement de l’horticulture et de l’élevage intensif. En effet, en bordure de l’océan Atlantique, elle reste en permanence sous l’influence de l’alizé maritime qui adoucit les températures. Le climat, de type cap-verdien, est marqué par l’alternance de deux saisons : une longue saison sèche et une saison pluvieuse de trois à quatre mois avec un maximum de précipitations en août et septembre. Les précipitations annuelles varient entre 300 et 500 mm.

Le régime thermique est unimodal avec un minimum au mois de février de 21,2 C et un maximum au mois de septembre de 28,1 C. La présence de l’océan et l’alizé maritime confèrent à la zone une humidité relative assez constante. Le relief est plat dans l’ensemble. Il est marqué par les variations du niveau marin durant le quaternaire et l’évolution du fleuve qui ont entraîné l’édification des systèmes dunaires et la formation des sols. La région formant le delta du Sénégal est caractérisée dans sa partie nord par de nombreuses cuvettes qui sont de nos jours des zones très convoitées pour la riziculture. Par contre, sa partie sud, formant la région naturelle du Gandiolais, est caractérisée par la succession de la trilogie dunes côtières, dunes continentales et couloirs interdunaires. Cette zone est la partie septentrionale de la zone des Niayes.

La végétation est maigre dans son ensemble et subit les conditions précaires de la pluviométrie. Elle est essentiellement composée d’épineux dont les plus représentatifs sont l’Acacia seyal, l’Acacia raddiana et la Balanites aegytiaca. Le tapis herbacé est dominé par les andropogonnées. Dans les cuvettes interdunaires, la végétation de type guinéenne est en voie de disparition. L’hydrologie de la région est marquée par la présence du fleuve Sénégal. Dans le Gandiolais, on peut noter la présence de la nappe phréatique des sables quaternaires, de nos jours largement menacée par la salinité.

Une population jeune à dominante féminine avec une forte tendance à l’urbanisation

La population de la région du fleuve se chiffre au dernier recensement ( 1988 ) à 660 282 habitants, soit 9,6 % de la population nationale. Au recensement de 1976, la population se chiffrait à 514 735 habitants et représentait 10,3 % de l’effectif national. Le taux croissance de 2,1 %, entre 1976 et 1988, est inférieur à la moyenne nationale. En valeur relative, la population de la région du Nord a sensiblement baissé entre 1976 et 1988. Cette baisse est consécutive à l’émigration vers les autres régions, mais aussi vers l’extérieur. La structure de la population est dominée par la tranche des jeunes, qui représentent 59 % contre 57,7 % au niveau national, avec une nette prédominance des femmes qui représentent 53 % de la population ( tableau 22 ).

Tableau 22. Structure de la population : répartition par sexe et grands groupes d’âge dans la région de Saint Louis

La densité moyenne de la région est de 22,3 habitants par km2. À l’intérieur de la région, on note un déséquilibre important dans la répartition démographique ( tableau 23 ).

Tableau 23. Répartition de la population régionale : densité

La majorité de la population ( 73 % ) vit en milieu rural contre 27 % en milieu urbain. Les projections pour 2015 montrent déjà la tendance à une urbanisation de plus en plus accélérée. Ainsi, la population urbaine qui représentait 29 % du total en 1994, passera à 31 % en 2000, à 33 % en 2005 et à 37 % en 2015. Cette urbanisation croissante entraînera des problèmes d’espace et l’extension des villes se fera au détriment des espaces ruraux.

L’horticulture : un secteur en plein essor

Saint-Louis est la troisième région horticole du Sénégal si l’on se réfère aux surfaces cultivées. Elle passe en deuxième place si l’on considère la production totale ( tableau 24 ). Le niveau de production est rehaussé par l’oignon et la tomate industrielle pour lesquels Saint-Louis occupe la première place. Les conditions climatiques, auxquelles s’ajoute la présence du fleuve, sont des atouts favorables au développement de l’horticulture.

Tableau 24. Productions maraîchères et surfaces cultivées dans la région de Saint-Louis

On distingue deux systèmes de production horticole : le système traditionnel concentré dans la zone du Gandiolais et sur la berge du fleuve Sénégal et ses défluents ; et le système moderne en juxtaposition avec la riziculture, dont les éléments les plus représentatifs sont la SAED et la SOCA.

Le système traditionnel est caractérisé par une faible taille des exploitations qui dépassent rarement l’hectare. Elles sont essentiellement concentrées dans le Gandiolais qui est une partie de la zone écologique des Niayes. Elles sont situées dans les dépressions appelées Khour et sur les surfaces pédologiques deck-dior appelées également Mbamb. Ces choix tiennent compte de l’accès plus facile à la nappe phréatique dans les dépressions et de la teneur en argile des surfaces capables de retenir l’eau dont les cultures ont besoin.

Le foncier

L’exploitation des champs par leurs propriétaires est dominante. Le principal mode d’accès à la terre est l’héritage et la succession, qui privilégient les hommes au détriment des femmes qui n’ont pas le droit d’hériter des terres. Il existe très peu de locataires. Le métayage existe; la disponibilité des terres attire les migrants agriculteurs. Les métayers viennent souvent du Saloum, de la Casamance, du Cayor et de la Guinée-Bissau ou de la République démocratique de Guinée. Au niveau de la langue de Barbarie, l’obtention des terres de culture se fait par héritage ( très peu ) et surtout par conquête sur les berges du fleuve en excavant les bordures dunaires.

À Saint-Louis, longtemps sous influence européenne ( française ), le régime foncier est de type moderne. Cela n’exclut pas cependant, du fait que la ville est un site d’eau, que les démunis remblaient certaines parties du fleuve à des fins d’habitation, mais également à des fins agricoles. Dans les quartiers périphériques de la ville, notamment dans le Sor, Khor, Pikine, Darou, et même parfois sur les berges des deux bras du Sénégal, se développe une agriculture maraîchère dont le rôle en tant que support pour les familles n’est pas à négliger.

Les acteurs

Les acteurs de la production horticole traditionnelle sont essentiellement des hommes : des adultes, mais aussi des enfants âgés de 6 à 14 ans qui se chargent de travaux tels que l’arrosage, le désherbage, parfois même les traitements phytosanitaires et le remplissage des bassins d’eau. Ils sont peu scolarisés, leurs parents préfèrant les introduire au maraîchage en vue d’une spécialisation ultérieure dans ce domaine. Les femmes interviennent très peu dans ce système. Les tâches qui leur sont réservées sont souvent la gestion d’un petit lopin de terre dont l’objectif est de remplir la marmite familiale et parfois la commercialisation au détail. Cependant, dans les grandes exploitations ou les systèmes modernes de production, la main-d’œuvre féminine est très prisée, notamment dans les récoltes et le tri des produits.

Les cultures

Les cultures sont variées, mais on observe une nette dominance de l’oignon et du chou dans le Gandiolais et dans les exploitations traditionnelles. Dans les exploitations modernes, par contre, dominent les cultures destinées à l’exportation, notamment la tomate industrielle, le haricot vert, l’oignon, etc. Sur la langue de Barbarie et sur les dunes vives dominent les cultures de décrue telle que la patate, le chou et la carotte.

La production maraîchère suit une certaine logique au niveau spatial. Dans Saint-Louis et sa périphérie immédiate, on cultive surtout la laitue, la betterave, la patate douce et le radis ( tableau 25 ). Dans le Gandiolais domine l’oignon. Cependant, en fonction de la nature pédologique des sols, on note une certaine spécialisation, même si dans toute la région l’oignon et le chou restent les principales productions. Ainsi, la culture de la carotte et du navet est concentrée dans la zone des dunes blanches. Sur les berges du fleuve, le long de la langue de Barbarie, dominent le chou et la patate douce. Dans ce milieu, les cultures sont des cultures de décrues. Au niveau des grandes exploitations, notamment au niveau de Bango, les principales cultures sont le haricot vert et la tomate industrielle qui sont destinés à l’exportation et à la transformation, alors que l’oignon et la pomme de terre sont dirigés vers le marché local et sous-régional ( Mauritanie ).

Tableau 25. Les cultures de la région de Saint-Louis

L’arboriculture fruitière est très présente dans la ville de Saint-Louis où l’arbre fruitier, particulièrement le sapotier, fait partie du décor. Cependant, le véritable site de production fruitière de la zone est Bango, connu par ses nombreux vergers. De nos jours, ces vergers se meurent, paradoxalement par manque d’eau. Ils souffrent également d’une désaffection par leurs propriétaires qui se consacrent davantage à des activités extra-agricoles en ville.

Place de l’horticulture dans le cadre national

Saint-Louis est caractérisée par une forte production d’oignon et de tomate industrielle, alors qu’elle représente la première industrie de transformation des produits agricoles au Sénégal. La production maraîchère totale est très importante ( tableau 26 ). Malgré des contraintes importantes, elle est en croissance et permet d’espérer une contribution plus importante de la région.

Tableau 26. Production maraîchère totale (  tonnes  )

L’oignon est cultivé dans le Gandiolais ( tableau 27 ). Cette production est en nette progression : elle passe de 5 569 tonnes en 1987-1988 à 19 210 tonnes durant la campagne 1997-1998 ( ministère de l’Agriculture, 1998 ).

Tableau 27. Production d’oignon du Gandiolais (  tonnes  )

L’essentiel de la tomate industrielle est produit dans la vallée du fleuve par la SOCAS et la SNTI. Les statistiques sur la production au niveau des petits producteurs sont presque inexistantes ou basées sur des estimations. La production fruitière reste très faible, 100 tonnes dans son ensemble. Au total, Saint-Louis fournit près de 28 % de la production maraîchère totale du Sénégal ( d’après les données du ministère de l’Agriculture de 1998 ) soit 1,5 % de la pomme de terre, 31 % de l’oignon et 10 % de la pastèque. En ce qui concerne la tomate industrielle, les statistiques sont encore imprécises mais Saint-Louis est réputée pour fournir et transformer la grande majorité de la production nationale.

Contraintes au développement de l’horticulture

L’importance de la production horticole est remarquable, mais n’a pas encore atteint son potentiel : de multiples contraintes empêchent leur valorisation. Pourtant, les prévisions de 1993 concernant la période 1994-2000 ( 2 900 ha de surface cultivée pour 43 500 tonnes de production maraîchère ) ont été dépassées en 1995-1996 : ces chiffres ont respectivement atteint 3 251 ha et 47Qz210 tonnes dans la région de Saint-Louis ( ministère de l’Agriculture, 1998 ). La progression constante qui a caractérisé la production de fruits et légumes dans cette région atteste de potentialités qui demandent une meilleure valorisation.

Les principales contraintes qui limitent le développement sont : l’accès aux intrants agricoles et au crédit ; les problèmes de commercialisation ; l’enclavement des sites de production ; et surtout la conservation et la transformation de produits frais hautement périssables. Le cas de l’oignon dans le Gandiolais a encore défrayé la chronique en 1999. Ces contraintes sont prises en considération dans le Plan directeur horticole. La politique gouvernementale en matière de développement de l’horticulture aura du mal à se réaliser sans une prise en charge plus conséquente de la zone de Saint-Louis.

L’élevage : une activité à développer

L’activité agricole est plus orientée vers les productions horticoles et rizicoles que pastorales. Mais l’élevage est quand même représenté : il mobilise en majorité les Peuls en zone sèche et à proximité du fleuve Sénégal. Cette activité inclut la production de viande, de lait et d’œufs alors que le travail et la production de matière organique déterminent de façon significative les performances de l’horticulture.

Un système d’élevage limité par l’absence d’entrepreneuriat

Le département de Dagana, qui comprend la ville de Saint-Louis, héberge près de 17 % et 12 % du cheptel départemental de bovins et de petits ruminants respectivement. La situation périurbaine de ce cheptel n’est pas documentée, mais l’activité pastorale est très représentée à Saint-Louis et ses environs. Cette activité connaît encore une envergure limitée si l’on s’en tient aux caractéristiques du système de production. Il est à prédominance traditionnelle avec une majorité de Peuls et associé à la riziculture et à l’horticulture. Pourtant le foncier ne semble pas être une contrainte importante. L’accès à la terre est déterminé par le mode traditionnel, mais c’est son mode d’exploitation, essentiellement extensif, qui limite les performances de production.

Le mode d’appropriation et de gestion des troupeaux est collectif et essentiellement basé sur la cellule familiale qui offre une main-d’œuvre non rémunérée, sinon dans le cadre de l’autoconsommation. Le taux d’exploitation du cheptel ( 10 % ) est proche de celui du niveau national. Il est exploité pour sa production de lait, de viande, de travail et de matière organique, qui joue un rôle très important dans le système de fertilisation des terres en zone sèche particulièrement. Les races exploitées sont locales et caractérisées par un faible potentiel de production laitière. Les performances de production sont en général médiocres : faible taux de reproduction, faible production laitière et taux de mortalité encore élevé ( tableau 28 ).

Tableau 28. Effectifs du cheptel (  unité = tête  )

Développement du potentiel pastoral

Saint-Louis recèle un potentiel énorme qui pourrait améliorer l’offre en lait, en viande et en œufs au Sénégal. L’eau est un des atouts majeurs à associer aux facteurs de production. La mise en œuvre de mesures techniques et économiques devrait contribuer à développer l’élevage dans la zone de Saint-Louis.

Organiser et systématiser la collecte des résidus de récoltes et favoriser l’accès aux sous-produits agro-industriels

Cette région regorge de ressources alimentaires utilisables pour nourrir le bétail mais qui sont pour le moment sous-utilisées. Il s’agit de résidus de récoltes ( paille de riz et sous-produits de cultures maraîchères ) et de sous-produits agro-industriels ( résidus de traitement du riz, de la tomate et de la canne à sucre ). La diversification des systèmes de cultures avec l’introduction de l’arachide et du coton devrait d’ailleurs augmenter la disponibilité des sous-produits. Il s’agira d’en faciliter l’accès à l’éleveur pour qu’on ne les incinère plus dans les champs.

Introduire et développer les cultures fourragères

Les cultures fourragères produisent une biomasse qui, recyclée par la production animale, permettrait d’améliorer la production de viande et de lait. Leur implantation requiert cependant de l’espace, de l’eau et des intrants au même titre que les autres activités agricoles. Elles génèrent des produits de qualité qui se valorisent essentiellement dans les systèmes de production intensive. Cette option ira de pair avec une intensification même progressive de l’élevage. Le volet socio-économique sera un levier important à tirer pour soutenir la modernisation de l’élevage.

Lever la contrainte spatiale

Il sera indispensable de lever la contrainte spatiale pour allouer à l’élevage l’espace dont il a besoin pour se développer dans le delta du fleuve Sénégal. Il semble que cette activité pastorale n’ait pas été prise en considération dans les plans d’occupation de l’espace. La rectification de cette situation est toujours en cours pour faciliter l’accès du bétail à l’eau et aux résidus de cultures abandonnés dans les champs.

Consentir plus d’investissements pour l’élevage

L’élevage n’a pas bénéficié de crédits pour se développer dans le delta du fleuve Sénégal. Pourtant, la vallée du fleuve a été l’une des régions qui ont le plus bénéficié des investissements agricoles au Sénégal ( Christensen, 1997 ). Il semble que les producteurs ne puissent pas offrir de garanties suffisantes aux banques pour leur permettre de s’engager à soutenir le développement de l’élevage. Pourtant, l’intensification de l’élevage a bien besoin de ces fonds pour le sortir du « système de cueillette » dans lequel il se trouve. Il appartient aux producteurs d’améliorer leur mode d’organisation pour que le système bancaire accepte de leur consentir des crédits dans les limites des spécificités du secteur.

Moderniser le secteur de l’élevage

Les pratiques pastorales sont restées archaïques dans la zone de Saint-Louis. Le système de production est resté traditionnel. Les races ne sont pas améliorées. Les stratégies alimentaires n’améliorent pas le régime des ruminants domestiques par la supplémentation. Les polycarences alimentaires sont courantes et ont des conséquences négatives sur les performances de production. La prévention des maladies concerne beaucoup plus les campagnes de vaccination que la prévention chimique afin d’éviter le développement d’un parasitisme qui est l’un des premiers facteurs de mortalité, surtout chez les jeunes. Il est vrai que des mesures de modernisation portant aussi bien sur l’amélioration des races que sur les stratégies alimentaires, sur la prévention des maladies que sur la gestion des troupeaux, auraient des conséquences sur les coûts de production. Ces mesures devront donc s’accompagner d’une certaine maîtrise des filières économiques pour offrir des débouchés aux produits.

Intégration élevage-horticulture

L’élevage est bien intégré à l’horticulture, surtout dans les zones sèches. Cette intégration se manifeste par l’utilisation de fumier organique comme principal engrais et la traction animale comme principal moyen de transport qui assure le transport des hommes et des produits.

La matière organique est d’origine multiple, mais provient principalement des ruminants, des chevaux et des ânes. La fiente de volaille n’est pas disponible par suite d’un développement limité de l’aviculture industrielle, mais elle est très appréciée par les producteurs. La matière organique est recyclée in situ par parcage du bétail dans les parcelles en jachère ou en attente d’exploitation en saison sèche. La traction animale est indispensable au travail de la terre dans des exploitations à faible taux d’investissement caractérisées par l’absence de mécanisation. Les chevaux sont utilisés pour les diverses opérations culturales ( labours, semences, etc. ). Les animaux de traction sont également utilisés pour le transport des intrants et la distribution des produits à travers des zones sableuses et assez enclavées.

Les champs donnent en retour des résidus consommables par les animaux. Dans le delta du fleuve Sénégal, les fanes d’oignon, les feuilles de chou, les fanes de haricot et de tomate sont utilisées pour engraisser le bétail. La vallée étant une zone de forte production agricole, notamment en riz et canne à sucre, les résidus ( pailles et mélasse ) sont commercialisés pour l’alimentation animale. Mais l’accès du producteur à ces ressources demeure limité par un taux de ramassage des pailles encore insuffisant, ce qui les expose à des pertes diverses par incinération ou dispersion par les vents, alors que les éleveurs de la vallée du fleuve ne profitent pas de la mélasse, une source d’énergie de haute valeur pour les ruminants domestiques. Ce concentré exporté vers les autres régions, mais surtout vers d’autres pays.

L’horticulture vient appuyer cette fourniture en fourrage. Les résidus de haricot vert, de tomate et d’autres sous-produits horticoles sont largement utilisés, au point où certaines grandes exploitations se sont lancées dans leur commercialisation.

Multiplicité de résidus, mais utilisation encore faible

L’intégration élevage-horticulture est insuffisante : elle n’exploite pas les énormes potentialités des deux secteurs. Une intégration adéquate permettrait de combler la demande en engrais minéraux et aussi de pallier le déficit fourrager dont sont victimes certains éleveurs. Cette intégration est limitée par le faible niveau de production et par des contraintes liées au transport et à la conservation des résidus de cultures maraîchères. Le producteur n’est pas suffisamment informé des stratégies d’intégration, surtout en ce qui concerne l’utilisation des résidus de récoltes pour l’alimentation du bétail.

Horticulture et environnement

L’environnement physique de la région de Saint-Louis est fragile et souvent victime des aléas climatiques et des caprices du fleuve. À cela s’ajoutent les activités d’origine anthropique, surtout agricoles. En dehors des problèmes de salinisation des terres et de la remontée du biseau salé en aval du barrage de Diama, le véritable problème vient des exploitations agro-industrielles situées en amont du barrage. En effet, l’utilisation massive d’herbicides et d’engrais chimiques, notamment dans la riziculture, contribue à la pollution des eaux du fleuve – qui approvisionne la ville de Saint-Louis en eau « potable » à partir de la station de Bango –, d’où la nécessité de construire un canal émissaire pour les eaux de drainage avant de les déverser directement dans le fleuve, afin de préserver la santé de la population.

Par ailleurs, les itinéraires techniques appliqués dans le système de production horticole, surtout dans le Gandiolais, contribuent à la dégradation de l’environnement du milieu. Au niveau de la langue de Barbarie, la conquête des espaces cultivables par excavation des bordures dunaires constitue un risque majeur de rupture de ce cordon dunaire séparant la mer et le fleuve.

La mauvaise utilisation des produits phytosanitaires par les maraîchers constitue également un danger. Pourtant l’utilisation des pesticides dans le Gandiolais n’est pas aussi importante qu’au niveau des Niayes du Sud ; les produits sont peu nombreux ( voir le tableau 29 ), mais les pratiques d’utilisation présentent de grands risques, non seulement pour l’écologie, mais aussi pour la production et les sous-produits horticoles, avec des conséquences pour les consommateurs et les animaux.

Tableau 29. Liste des pesticides répertoriés chez les maraîchers de la zone de Saint-Louis

On constate la prédominance des organophosphorés, suivis des pyréthrinoïdes. Les pesticides organophosphorés, caractérisés par leur toxicité élevée, nécessitent des précautions dans leur utilisation notamment dans les dosages et dans la manipulation pour les traitements. L’analyse des cibles montre également que les insectes et les acariens sont dominants dans le parasitisme des végétaux. L’utilisation des organochlorés est quasi absente dans l’agriculture maraîchère, du moins pour les zones étudiées. Cependant, leur utilisation est courante dans la vallée du fleuve et particulièrement dans le delta. Compte tenu de leurs impacts néfastes sur l’environnement, leur contrôle et leur surveillance sont plus que nécessaires.

Les traitements se font de deux manières : avec l’utilisation de pulvérisateurs manuels ou, tout simplement, par saupoudrage des cultures avec la main. Cette dernière pratique reste très courante dans toute la zone. Dans les deux cas, on note une absence totale de matériel de protection ( gants, masque, combinaison, etc. ). Les connaissances sur les dosages, les rémanences et le respect des délais d’attente avant récolte sont très insuffisantes et accroissent ainsi les risques d’intoxication.

La faible utilisation des produits phytosanitaires dans le Gandiolais ne traduit pas une volonté d’orientation vers l’agriculture biologique, mais reflète plutôt une difficulté d’accès aux intrants à cause de leur coût parfois élevé et surtout de l’enclavement des sites de production par rapport aux sources d’approvisionnement. L’essentiel de l’approvisionnement en intrants se fait dans les marchés hebdomadaires, qui ne garantissent pas la qualité des produits, ainsi que dans quelques points de vente de Saint-Louis ( à 20 ou 30 km ) et à Louga ( à 70 km ).

La réalisation des barrages, en particulier celui de Diama dont la fonction est de juguler la remontée de la langue salée, pose de réels problèmes, souvent soulevés par les agriculteurs en aval de cette structure: salinisation des terres consécutive aux apports d’eau marine à partir de l’exutoire du fleuve, dégradation des peuplements de cocotiers au niveau de Bango et dans pratiquement tout le Gandiolais.

La dégradation du climat constitue également un des facteurs de dégradation de l’environnement. La réduction des volumes pluviométriques a entraîné la baisse des nappes phréatiques, principales sources d’approvisionnement en eau des maraîchers, la remontée du biseau salé et la dégradation de la couverture végétale. Sur la langue de Barbarie, ce déficit pluviométrique a entraîné une forte mortalité des peuplements de filaos destinés à stabiliser le système de dunes vives. De nos jours, avec la présence des vents du nord, on assiste à l’ensablement de certaines cuvettes maraîchères, notamment au niveau de Mouït et de Darou Mboumbaye dans le Gandiolais.

Différents facteurs contribuent donc à la dégradation de l’environnement : facteurs physiques comme l’ensablement et la salinisation des terres, qui conduisent à s’interroger sur l’adéquation des barrages ; facteurs climatiques comme la baisse de la pluviométrie et l’avancée du désert. L’influence de ces deux facteurs pourrait être atténuée par une gestion optimale des stocks d’eau du fleuve Sénégal.

Une intégration horticulture-élevage encore timide

L’élevage est encore loin d’atteindre le niveau de développement de l’horticulture, même si cette dernière pouvait encore améliorer ses performances. De nombreuses occasions devraient favoriser le développement simultané des deux secteurs. Il s’agit de la disponibilité de l’eau et des terres et de l’existence d’un climat favorable allié aux pratiques ancestrales des producteurs. L’intégration entre l’horticulture et l’élevage est encore timide et largement orientée dans le sens d’apports de l’élevage à l’agriculture. La rétroaction par une gestion optimale des résidus de cultures maraîchères est à promouvoir pour que les charges en alimentation du bétail puissent être atténuées.

Les nouvelles politiques devraient encourager l’intégration des deux secteurs, qui apparaît comme un compromis susceptible d’apporter une solution à l’épineux problème d’accès aux intrants. La matière organique, par exemple, devrait jouer un rôle plus efficace dans le système d’amendement des sols par l’amélioration des systèmes d’alimentation des ruminants et la protection, voire le compostage du fumier.


6 L’erg est un ensemble dunaire assez vaste. Retour







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