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Bill Carman

ID: 27933
Added: 2003-04-15 14:02
Modified: 2004-10-30 23:58
Refreshed: 2012-02-10 19:06

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Chapitre 5. Impact du système de production horticole sur l’environnement des Niayes
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Ibrahima Cissé et Safiétou T. Fall

Le système de production horticole fait intervenir différentes techniques et pratiques afin d’obtenir de meilleurs rendements de production. Celles-ci vont des techniques traditionnelles aux techniques les plus modernes, notamment dans le domaine de l’exhaure et de l’irrigation. Cependant, aussi productif soit-il, ce système n’en demeure pas moins une menace pour l’environnement et, par conséquent, pour le bien-être de la population. En effet, la zone des Niayes, de formation fragile, subit différentes agressions émanant de l’occupation anarchique de l’habitat dans la zone urbaine et périurbaine, particulièrement à Dakar, et d’une certaine forme de dopage des cultures par les intrants chimiques, surtout par les pesticides et les engrais minéraux.

Ce dernier aspect – résultant d’une part de l’exiguïté du milieu qui favorise une intensification et, d’autre part, du besoin pressant de satisfaire les demandes d’un marché local et étranger sans cesse croissant – entraîne un problème réel en ce qui concerne l’utilisation de ces produits et leurs conséquences sur les différentes composantes du milieu, tels la pollution des nappes, des sols, de la biomasse végétale et par-dessus tout, les risques pour santé des humains et des animaux.

L’étude du système de production des Niayes nous permet de décrire le système d’utilisation des produits phytosanitaires et des engrais chimiques, notamment en ce qui concerne la détermination des produits utilisés, leur mode et la fréquence de leur utilisation5.

Le flux des intrants chimiques dans l’agrosystème

L’utilisation d’intrants chimiques est une pratique très courante dans la zone des Niayes. Les cultures maraîchères exigent certaines précautions pour réduire les attaques parasitaires par l’utilisation de produits phytosanitaires et pour accroître les rendements par la fertilisation d’engrais minéraux. Avec l’intensification de cette agriculture et devant l’impossibilité d’accroître les surfaces horticoles, surtout dans les milieux urbains et périurbains, un véritable dopage des cultures semble s’opérer.

Le cadre institutionnel

Le flux des intrants chimiques, surtout les substances agropharmaceutiques et produits assimilés, était régi jusqu’à tout récemment par la législation phytosanitaire dont les objectifs consistaient notamment à contrôler et enregistrer les produits devant être mis en vente ou distribués au Sénégal. Force est de constater que, de nos jours, le cadre institutionnel régissant ce secteur a beaucoup évolué grâce à l’adhésion du Sénégal à une dynamique globale et sous-régionale.

Membre de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ( FAO ), le Sénégal s’est inscrit dans le Code international pour la distribution et l’utilisation des pesticides qui a été adopté en 1985 et amendé en 1989. Ce code fixe des règles de conduite pour les acteurs concernés par les pesticides et propose plusieurs points fondamentaux.

À cela s’ajoute le fait que le Sénégal, sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’environnement ( PNUE ) et de la FAO, a signé à Rotterdam la convention PIC ( prior informed consent, Consentement éclairé préalable ) le 11 septembre 1998. Ce traité stipule que les pesticides et produits chimiques dangereux ayant fait l’objet d’interdiction ou de réglementation stricte dans au moins deux pays ne devront plus être exportés sans l’accord du pays demandeur. De même, si un gouvernement choisit d’importer l’une des substances, l’exportateur est obligé de fournir des informations détaillées sur les dangers que ce produit représente pour la santé et l’environnement. L’autre élément important présenté par le PIC est l’interdiction, si nécessaire, de toutes les préparations jugées trop dangereuses pour les agriculteurs.

Au niveau sous-régional, notamment dans le cadre du Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel ( CILSS ), une réglementation commune sur l’homologation des pesticides a été élaborée et est mise en application depuis 1974. À la suite de cette réglementation, un comité sahélien des pesticides fut créé, mais force est de constater qu’il demeure inactif. Au plan national, plusieurs arrêtés et lois furent promulgués sur la commercialisation des produits agropharmaceutiques. Jusqu’en 1984, l’usage et la commercialisation des pesticides étaient régis par deux textes :

  • l’arrêté no 4747 du 22 avril 1971 portant sur la réglementation des emballages utilisés pour le conditionnement des pesticides agricoles formulés au Sénégal ;

  • l’arrêté interministériel no 8322 du 7 août 1973 qui définit les pesticides à usage agricole ou ménager. Cet arrêté prévoit que ces produits ne pourront être mis en vente dans le pays que s’ils ont fait l’objet d’un enregistrement. Il a été remplacé par d’autres lois et décrets parce que jugé insuffisant sur plusieurs points, notamment sur ceux relatifs au contrôle de l’usage et de la commercialisation. Selon les recommandations de la consultation intergouvernementale ad hoc sur la normalisation des critères d’homologation des pesticides de la FAO-OMS ( Organisation mondiale de la santé ) ( FAO-OMS, 24-28 octobre 1977 ), cet arrêté fut substitué par d’autres lois et décrets.

La loi 84-14 du 2 février 1984, abrogeant l’arrêté no 8322 du 7 août 1973, reste relative au contrôle des spécialités agropharmaceutiques et spécialités assimilées. Elle définit les produits agropharmaceutiques et les produits assimilés afin d’établir le champ d’application de cette loi. Elle fixe les conditions de vente et de distribution, les modalités d’agrément et de retrait d’agrément des produits agropharmaceutiques, institue une commission nationale d’agrément des spécialités assimilées et en définit les attributions, assujettit les ventes et la distribution des spécialités agropharmaceutiques à une autorisation administrative préalable, délivrée par arrêté conjoint du ministère du développement rural et du ministère de la santé publique, sur avis de la commission d’agrément des spécialités agropharmaceutiques. L’agrément n’est accordé qu’aux spécialités ayant prouvé l’efficacité et l’innocuité de leurs produits à l’égard de la santé publique, des cultures, des animaux domestiques et sauvages et de l’environnement dans les conditions normales d’emploi ; leur emballage d’origine est hermétiquement scellé et correctement étiqueté et la publicité portant sur ces spécialités ne doit, en aucun cas, mentionner d’emploi non indiqué dans les arrêtés d’agrément. Enfin, elle prévoit les sanctions applicables lorsque les spécialités agropharmaceutiques sont mises en vente ou distribuées de manière non conforme à la loi ou bien encore sont falsifiées ; elle précise les modalités de recherche et de constatation des infractions à la loi.

Suite à la loi 84-14 du 2 février 1984, le décret no 84-503 du 2 mai 1984 portant sur application de cette présente loi stipule les modalités de demande d’agrément, fixe le contenu des arrêtés d’agrément et prévoit que des arrêtés conjoints du ministère du Développement rural et de la Santé publique en préciseront certains éléments.

De 1985 à 1990, trois arrêtés ont vu le jour : l’arrêté no 5381 du 20 mai 1985, l’arrêté no 7780 du 19 juillet 1990 et l’arrêté no 0010015 du 13 septembre 1990. Ces arrêtés portent sur la composition la Commission nationale d’agrément, son mode de fonctionnement et la désignation de ses membres, la composition des dossiers de demande d’agrément des spécialités agropharmaceutiques et des spécialités assimilées.

Plusieurs autres arrêtés sont mis à jour, notamment l’arrêté ministériel no 10777 du 4 août 1992 portant sur la création d’une intermédiaire de recettes au ministère du Développement rural et de l’Hydraulique ( MDRH ) relative au contrôle des spécialités agropharmaceutiques et des spécialités assimilées, la décision ministérielle no 00149 du 11 janvier 1994 portant sur la nomination du gérant de la régie des recettes intitulées « contrôle des spécialités agropharmaceutiques et des spécialités assimilées » et, en dernier lieu, l’arrêté interministériel no 10390 du 2 décembre 1994. Avec la convention de réglementation sur l’homologation des pesticides commune aux États membres du CILSS, tous ces décrets, lois et décisions sont devenus caducs. Ce qui plonge actuellement le Sénégal dans un vide juridique en ce qui concerne la législation phytosanitaire.

Cependant, l’Assemblée nationale n’a pas encore statué sur ce problème, ce qui entrave l’application effective de la convention du CILSS. Ce vide juridique a entraîné un certain désordre dans l’importation, la commercialisation et la fabrication de certains produits phytosanitaires. En effet, la demande d’agrément au niveau national, rendue nulle par la convention du CILSS, est restée sans suite ( même avec une prolongation de deux ans afin de permettre aux demandeurs d’agrément de reconstituer leurs demandes rendues caduques conformément à l’arrêté no 0010015 du 13 septembre 1990 ). Ceci a mené à la mise sur le marché en 1990 de tous les produits autorisés à la commercialisation depuis 1985 ; mais, depuis 1994, aucune liste de produits n’a été approuvée.

Plusieurs conventions importantes ont été ratifiées par le Sénégal pour protéger l’entrée, la formulation, la fabrication et la commercialisation des produits agropharmaceutiques et des spécialités assimilées. Cependant, le chevauchement de toutes ces conventions et le manque de moyens de contrôle ne favorisent pas le respect de ces accords. Ainsi, la relance d’organismes de contrôle au niveau national, surtout au niveau des frontières, et la mise en place d’une Commission nationale de gestion des pesticides et produits chimiques dangereux seraient un appui favorable à la bonne application de ces conventions.

Les sources d’approvisionnement des maraîchers en produits phytosanitaires et engrais chimiques

Les sources d’approvisionnement sont multiples et variées. L’approvisionnement est déterminé à la fois par la taille de l’exploitation, par les moyens financiers disponibles et par le type de partenariat.

Les usines de fabrication de produits chimiques sont peu nombreuses au Sénégal. On en dénombre actuellement deux : les ICS-SENCHIM, à Thiès, et la SPIA, basée à Louga. Par contre, avec la libéralisation et le vide juridique existant sur la fabrication et la commercialisation des produits phytosanitaires et spécialités assimilées, on note une prolifération d’établissements commerciaux de produits agropharmaceutiques. Il s’agit essentiellement de grossistes et demi-grossistes qui importent dans le but de reconditionner les produits avant de les introduire sur le marché, par le biais des revendeurs qui, souvent, procèdent à leur tour à un autre reconditionnement, financièrement plus accessible pour les petits producteurs maraîchers. Les vendeurs ambulants servent toujours de relais entre les points de vente et les localités plus éloignées.

Les pesticides importés sont de provenances diverses, mais on peut noter que l’essentiel vient des pays de l’Union européenne ( Allemagne, France, Grande Bretagne, Hollande ), des pays asiatiques ( Inde, Japon ), d’Israël et des États-Unis. Les grands exploitants, et fréquemment les exploitants moyens, dont les productions sont souvent destinées à l’exportation, sont directement approvisionnés en intrants chimiques par leurs partenaires étrangers. Dans les localités les plus enclavées, l’approvisionnement des petits producteurs se fait dans les louma, c’està-dire les marchés ruraux hebdomadaires. À ce niveau, les produits sont plus accessibles et sont de provenances diverses, mais surtout des pays limitrophes, particulièrement de la Guinée-Bissau, de la Gambie ou de la Mauritanie.

Les sources d’approvisionnement sont assez importantes dans l’agrosystème des Niayes ( figure 8 ), même si l’accès à ces intrants demeure difficile pour certains en raison de l’enclavement et parfois de l’insuffisance des revenus. Toutefois, les produits commercialisés par les revendeurs ambulants et parfois même les grossistes, sont de qualité douteuse. Ceci est dû, sans nul doute, au reconditionnement multiple et à la fabrication artisanale de ces composés agropharmaceutiques.



Figure 8. Les sources d’approvisionnement en intrants chimiques des maraîchers de la zone des Niayes



Les produits utilisés

Les produits phytosanitaires et les engrais chimiques utilisés pour le maraîchage sont divers et variés. Cependant, tous ne sont pas recommandés, surtout les produits phytosanitaires organochlorés. Ceux-ci sont caractérisés par leur toxicité, leur persistance dans les milieux, leur tendance à la bio-accumulation dans les chaînes alimentaires ( PAN-CTA, 1993 ), leur capacité à se déplacer jusqu’à des milliers de kilomètres de leur point d’origine ( Wania et Mackay, 1993 ; Iwata et al., 1993 ; Bommanna et al., 1994 ; Greenpeace, 1995 ) et leurs conséquences sur la santé humaine : troubles neurologiques, cancers, anomalie d’organes de reproduction, déficience mentale chez les enfants, stérilité ( Paje, 1995 ; Greenpeace, 1995 ).

Une gamme importante de pesticides est utilisée dans l’agriculture maraîchère dans la zone des Niayes. Au cours des enquêtes et des visites sur les sites de production et des points de vente de produits phytosanitaires, on a dénombré 123 produits commercialisés. Dans les zones de production, on a identifié 55 produits dans la région de Dakar, 10 dans la région de Thiès ( sauf les grandes exploitations ), 5 à Louga et 13 à Saint-Louis. La forte utilisation et la diversité des produits à Dakar s’expliquent par la concentration des points de distribution. La faible utilisation au niveau de la région de Louga est liée surtout à l’enclavement des zones maraîchères ( Lompoul et Potou ). Dans certaines localités, l’utilisation de produits phytosanitaires est quasi absente. C’est le cas de Pire, dans la région de Thiès, spécialisée dans la production du manioc, très peu parasité dans ce milieu.

La classification des familles chimiques des produits utilisés est largement dominée par les produits organophosphorés avec une utilisation de 43,6 % dans la région de Dakar, suivis des pyréthrinoïdes, carbamates et organochlorés avec des pourcentages respectifs de 18,1 %, 14,5 % et 10,9%. La formulation dominante dans l’agrosystème des Niayes est composée de concentrés émulsifiables ( EC ). Suivent ensuite les poudres mouillables ( WP ), les poudres sèches ( DP ) et les granulés ( GR ). Dans la région de Dakar, les formulations utilisées se présentent comme suit : EC, 56,36% ; WP, 18,18 % ; DP, 10,9 % et GR, 5,4 %.

Selon la cible, c’est-à-dire les parasites ou les ravageurs visés, les pesticides sont très diversifiés. On trouve des produits phytosanitaires spécifiques destinés à l’élimination d’une attaque déterminée, ou des associations de produits ayant plusieurs objectifs. Toutefois, on note une prédominance des insecticides dans toute la zone des Niayes même si, dans certains points, notamment la région de Dakar, les fongicides et les insecticides acaricides occupent une bonne place.

Dans la région de Dakar, on a pu obtenir les types de pesticides utilisés selon la cible : insecticides, 34,54 % ; acaricides, 1,8 % ; fongicides, 16,36 % ; herbicides, 1,8 % ; insecticides acaricides, 30,9 %; insecticides nématicides, 1,8 % ; insecticides acaricides nématicides, 3,6 %.

L’usage des produits phytosanitaires est largement dominé par les produits organophosphorés qui sont, pour la plupart, des substances chimiquement apparentées et possédant une toxicité aiguë. Cependant, la faible utilisation des organochlorés – qui traduit, dans une certaine mesure, le respect des réglementations sur l’interdiction ou la restriction de l’usage de ces produits, qualifiés souvent de polluants organiques persistants ( POP ) ( PAN, 1995 ) – constitue une réelle menace pour l’environnement des Niayes et pour la santé de la population en contact avec ces produits. Leur persistance élevée fait qu’ils s’accumulent dans les chaînes alimentaires.

Les engrais chimiques sont beaucoup utilisés dans le maraîchage afin de compenser les déficits et carences des végétaux en matières minérales. La qualité et la quantité des engrais minéraux utilisés différent en fonction de la nature pédologique du substrat, de la taille de l’exploitation et des types de cultures. Les engrais les plus fréquemment utilisés sont l’urée, le 10-10-20, le 10-10-15, le 06-20-10, le sulfate de potasse, les engrais foliaires. Le schéma des sources d’approvisionnement de ces fertilisants reste le même que celui des produits phytosanitaires.

Les dépenses engendrées sont variables, allant de zéro chez les petits producteurs, à des millions de francs chez les grands exploitants. Chez les petits producteurs, la non-utilisation de fertilisants chimiques est palliée par l’usage de fumier organique, essentiellement composé de résidus avicoles. Dans la zone de Pikine, l’utilisation des eaux résiduaires, piratées à partir des systèmes d’évacuation des effluents domestiques, est courante.

Les modes d’utilisation

Les modes d’utilisation des pesticides et des engrais chimiques diffèrent des petits producteurs, qui sont plus traditionnels, aux grands producteurs, plus modernes. On distingue :

  • L’utilisation par aspersion, qui est pratiquée par les maraîchers de très petites surfaces, consiste à traiter les attaques parasitaires à l’aide d’un seau contenant le pesticide et de branchages comme aspersoir. Quand il s’agit de poudre, le saupoudrage est fait à la main, sans gants ni masque de protection. Cette façon de travailler est courante dans la grande Niaye de Pikine, mais surtout sur les berges du fleuve Sénégal, sur la langue de Barbarie et dans le Gandiolais.

  • Le traitement par pulvérisation à partir d’un pulvérisateur manuel ou motorisé est le plus répandu dans la zone des Niayes. Il est appliqué aussi bien par les petits exploitants que par les moyens exploitants.

  • Le traitement par association avec l’irrigation au goutte-à-goutte consiste à injecter directement les produits phytosanitaires et les engrais solubles dans le système d’irrigation. Cette méthode est exclusive aux grands exploitants et à quelques moyens exploitants.

Les fréquences d’utilisation

Les fréquences d’utilisation des produits phytosanitaires et engrais chimiques varient d’un producteur à un autre.

Chez les grands producteurs, le traitement phytosanitaire est plus régulier et est conditionné par les attaques parasitaires. Quant aux engrais, un programme d’application est rigoureusement suivi en fonction des types de cultures. Par contre, chez les petits producteurs, la fréquence d’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais chimiques reste tributaire de la disponibilité d’argent. Chez ceux-ci, le traitement phytosanitaire est plus souvent déterminé par l’obtention du produit que par les attaques. Il est fréquent d’observer chez eux des traitements préventifs. Toutefois, il faut remarquer qu’en période de forte attaque parasitaire, les traitements peuvent se faire jusqu’à trois fois la semaine.

Impacts du système horticole et risques de dégradation de l’environnement des Niayes

La zone des Niayes joue un rôle important dans la production horticole du Sénégal. Compte tenu des conditions physiques et d’un contexte socio-économique favorable du milieu, plusieurs objectifs sont assignés à cette zone, notamment l’amélioration de la sécurité alimentaire, la sécurisation des revenus, la conquête des marchés extérieurs et la gestion des ressources naturelles. Cependant, en plus des problèmes de croissance démographique galopante et d’urbanisation qui entraînent une réduction inéluctable des surfaces de production, en particulier dans les zones périurbaines, se posent de réels problèmes de dégradation des ressources naturelles liés au système de production horticole.

Gestion des ressources hydrogéologiques

Caractérisée par la présence de la nappe des sables quaternaires, la zone des Niayes est une importante réserve hydrogéologique qui a longtemps suppléé l’alimentation en eau de la population, particulièrement dans la ville de Dakar. De nos jours, ce potentiel souffre d’une surexploitation qui se manifeste par un rabattement progressif en profondeur de la nappe. La manière dont la ressource est exploitée provoque cette surexploitation. En effet, l’exploitation de l’eau de la nappe, de plus en plus mécanisée grâce à l’utilisation de motopompes dans les « céanes » et des forages individuels dans les grandes exploitations, réduit le volume de la ressource dont la réalimentation est tributaire des conditions pluviométriques. Cette réduction de la nappe s’accompagne d’une intrusion des eaux marines qui relèvent la salinité des eaux de la nappe et les rendent impropres à la consommation et à l’usage à des fins agricoles.

Cependant, la détérioration physico-chimique de la nappe de la zone des Niayes n’est pas seulement attribuable à la surexploitation ou à l’intrusion du front marin. En effet, la forte densité de population dans l’agglomération de Dakar – notamment dans ses banlieues où les conditions d’hygiène et de salubrité ne sont pas des meilleures et où la nappe est à une faible profondeur et la porosité du substrat importante – a déjà contribué à la pollution nitratée de la nappe sous l’environnement semi-urbain avec une teneur moyenne de nitrate de 200 mg/l dans la zone de Yeumbeul ( Tandia et al., 1997 ). En outre, la nappe est menacée d’une pollution liée à l’usage d’intrants chimiques et à une utilisation abusive du fumier organique dans la production maraîchère. Les fortes quantités d’engrais minéraux et organiques ( usage des eaux résiduaires domestiques ) et de pesticides peuvent contaminer la nappe et compromettre davantage la qualité de l’eau et ces diverses utilisations. La majeure partie des usagers ignorent le danger des produits phytosanitaires, surtout des produits persistants ( les organochlorés ), ce qui constitue une menace réelle pour les ressources en eau.

Dans le cadre de la promotion de l’agriculture biologique, une attention particulière doit être portée à l’utilisation efficace et rationnelle des engrais organiques, car tout excès peut entraîner, d’une façon inéluctable, la contamination de la nappe par les nitrates.

Gestion des sols et conservation de la végétation

La zone des Niayes est dominée par la présence de sols pauvres : sols diors, sols minéraux bruts d’apport qui constituent les formations dunaires. La dégradation des sols est à la fois liée à la dégradation des conditions pluviométriques et à la longue pratique de l’agriculture, particulièrement sur les sols diors.

Le développement du maraîchage, sur pratiquement tous les types de sols de la zone des Niayes, conduit à une dégradation partielle de plus en plus importante du couvert végétal, notamment par le défrichement de certaines forêts classées, comme au niveau de Mbao, dans la région de Dakar, par le déboisement des périmètres de protection des dunes vives pour l’exploitation des ndiouki sur l’axe Mboro-Lompoul. Ceci contribue en outre à l’appauvrissement des sols, à leur dégradation par l’érosion hydrique et éolienne et au comblement des dépressions jouxtant les systèmes dunaires. À cela s’ajoute la surexploitation des dépressions qui, avec le déficit pluviométrique de la région, a entraîné par endroits une salinisation des terres. Sur la langue de Barbarie, les excavations du système dunaire – caractérisé par son instabilité – pour remblayer le fleuve et gagner des espaces cultivables, doivent faire l’objet d’une attention particulière afin de parer à d’éventuelles ruptures de la langue.

L’usage abusif des pesticides, outre les dommages qu’il engendre dans l’environnement, entraîne des problèmes écologiques qui se traduisent par une certaine forme de résistance des parasites ; ceci a favorisé une « endémicité » de certaines formes de parasitisme.

Conclusion

La zone des Niayes joue un rôle important dans la production horticole du Sénégal. À elle seule, elle produit 80 % de la production nationale. De nos jours, en tenant compte de ses conditions écologiques favorables au développement de ce secteur, la zone des Niayes est considérée comme le moteur de la relance du développement horticole et le point central de la réalisation des objectifs assignés à cette filière ( croissance de la production, amélioration de la sécurité alimentaire, approvisionnement des marchés intérieurs surtout en produits habituellement importés, accroissement des revenus des acteurs, création d’emploi, etc. ).

Cependant, au delà des prouesses économiques que laisse entrevoir la filière horticole dans cette région naturelle, de réels problèmes d’environnement et d’écologie se manifestent. La région des Niayes est un milieu fragile dont les pratiques agricoles, particulièrement l’horticulture, sont menacées à tous les niveaux. Avec l’intensification du système de production horticole, l’usage des intrants chimiques et organiques reste très important dans la zone et n’est pas sans conséquence sur le milieu, surtout sur la nappe phréatique, la production et la santé de la population.

Les fortes doses d’engrais minéraux et organiques utilisées contribuent à la pollution de la nappe phréatique des sables quaternaires par les nitrates, ce qui peut entraîner diverses pathologies chez les animaux ( Davidson et al., 1964, 1965 ; Bennet et al., 1968 ; Blood et Henderson, 1971 ; Olson et al., 1972 ; ), parmi lesquelles la méthémoglobinémie chez les jeunes et des cancers chez les adultes ( Colmy, 1945 ; Lijinski et al., 1970 ).

Au delà des problèmes que posent les fertilisants, les pesticides ont également des conséquences négatives sur l’agrosystème des Niayes. En effet, plusieurs types de produits phytosanitaires sont commercialisés et utilisés dans cette zone, sans respect des normes d’utilisation requises ; ceci pose le problème de la qualité de la production horticole. Ainsi, les risques de pollution par les pesticides sont grands, notamment par les pesticides persistants qui représentent 10 % de l’ensemble des pesticides utilisés dans ce milieu. L’ignorance de la rémanence des produits utilisés par la plupart des petits producteurs, principaux fournisseurs en légumes frais des marchés intérieurs, constitue également un grand risque pour la santé des consommateurs.

En dehors des problèmes liés à l’usage des produits chimiques, existe également le problème de la réduction des volumes de la nappe phréatique, conséquence du manque de précipitations et surtout à sa surexploitation qui se traduit par un rabattement de la nappe en profondeur et une remontée du biseau salé à certains endroits. S’ajoutent les déboisements partiels, surtout au niveau des périmètres de fixation des dunes vives dont la remobilisation contribue ipso facto au comblement des cuvettes maraîchères proches.

Dans le cadre d’une bonne gestion intégrée et d’un développement sain et durable de la zone des Niayes, une attention portée au paramètre environnemental demeure une nécessité. Aussi peut-on recommander :

  • la mise en œuvre de campagnes d’information et de formation sur l’utilisation des produits phytosanitaires et fertilisants ;

  • un contrôle qualitatif sur les niveaux de contamination des produits et sous-produits horticoles par les pesticides ;

  • un contrôle du niveau de pollution des nappes phréatiques par les fertilisants et par les résidus de produits phytosanitaires ;

  • une protection des zones sensibles, notamment les dunes vives et les maigres forêts classées ;

  • une amélioration des systèmes d’irrigation chez les petits producteurs et une plus grande implication de la recherche dans ce secteur qui, malgré son rôle dans les activités socio-économiques, est toujours marginalisé ;

  • un renforcement du dispositif juridique de contrôle des produits agropharmaceutiques ;

  • une révision de la fiscalité sur l’importation des produits phytosanitaires afin de réduire leur utilisation, en portant une attention particulière aux aspects écologiques.

5 Dans la deuxième phase, une étude approfondie sera entreprise en collaboration avec la DPV afin de déterminer les teneurs résiduelles des pesticides utilisés dans l’agro-écologie des Niayes, ce qui permettra à toutes fins utiles de dégager des voies et des solutions pour une gestion saine et durable des ressources naturelles de ce milieu. Retour







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