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L’horticulture est, avec la pêche, la principale activité pratiquée par les habitants de la zone des Niayes au Sénégal. Une faible partie du cheptel national, de l’ordre de 3 %, est exploitée dans cette zone, mais le mode de production est plus moderne que dans les zones extensives. Cette tentative de modernisation oriente le système de production vers une intensification qui sollicite beaucoup d’intrants. Les producteurs tentent de répondre à cette demande par le recyclage de différents types de déchets. L’observation du système de production à travers les pratiques culturales et d’élevage ainsi que l’évaluation de ses performances suscitent des interrogations relatives à la dynamique des processus d’interaction, les objectifs visés, le taux d’exploitation du potentiel et les contraintes rencontrées. Pratiques agricoles dans le système horticulture-élevage Agriculture Les techniques culturales pratiquées dans la zone des Niayes ne privilégient pas la mécanisation et le système n’est pas moderne. Le travail de la terre est essentiellement manuel. Les autres opérations impliquent physiquement les acteurs à tous les niveaux depuis les semences jusqu’aux récoltes. La description du système agricole permet de constater la prévalence de l’utilisation du fumier comme engrais qui occupe une place importante dans le processus d’amendement des sols et constitue le premier maillon de l’intégration horticulture-élevage. Le fumier est utilisé pour améliorer la texture des sols et leur pouvoir de rétention. Il leur apporte également la matière organique indispensable à la croissance des végétaux. C’est dire l’importance des déjections fécales récupérées dans les élevages de la zone des Niayes qui constituent un instrument majeur d’intégration entre l’horticulture et l’élevage. L’utilisation de la matière organique est cependant contrainte par l’insuffisance de cette matière et aussi par des problèmes d’accès ( coût élevé et difficultés de transport ). Sa qualité n’est pas optimale et ne satisfait pas les besoins en nutriments de la plupart des cultures maraîchères. Élevage L’élevage a une dominante intensive ou semi-intensive. Il concerne un faible pourcentage du cheptel national. Son extension s’oppose aux contraintes spatiales. Les terres de parcours sont les plus sollicitées pour absorber les flux démographiques. Les Niayes hébergent également des troupeaux des zones environnantes. L’importation d’animaux des zones extensives vers les grandes agglomérations permet aux producteurs d’atteindre les grands marchés. Pour l’élevage des ruminants, il existe un système extensif avec pâturage dans les espaces résiduels, les couloirs des exploitations maraîchères. Ces animaux sont parqués la nuit. Le système semi-intensif fait intervenir des pratiques de supplémentation le soir après le pâturage. Le système intensif met en stabulation les animaux pour leur apporter les ressources alimentaires nécessaires pour la production de lait ou de viande. Ce système joue un rôle important dans l’approvisionnement des villes. C’est également une source d’emploi non négligeable pour des immigrants. La zone des Niayes est la principale région avicole intensive du Sénégal. Son climat et la présence des marchés urbains ont favorisé l’implantation d’ateliers de production intensive de poulets et d’œufs. L’aviculture urbaine contribue beaucoup à l’intégration de l’horticulture et de l’élevage dans cette zone. La fiente de volaille est un engrais de choix dont l’appréciation du taux de satisfaction des besoins requiert une évaluation quantitative et qualitative. L’utilisation des farines d’origine animale telles que la poudre d’os et la farine de sang pour l’alimentation du bétail est une autre possibilité exploitable dans le cadre d’une bonne interaction entre différentes cultures. Les abattoirs produisent des déchets comme le sang, les os, le contenu digestif des ruminants, qui pourraient être utilisés aussi bien dans l’enrichissement d’engrais organiques que dans l’alimentation du bétail. Cette dernière option est cependant limitée par les risques de contamination microbienne, notamment la maladie de la vache folle. La farine de poisson est déjà utilisée dans l’alimentation de la volaille. Les ateliers de transformation artisanale du poisson rejettent des déchets à base d’écailles et d’arêtes de poisson utilisés comme engrais. Présence de l’arbre La zone des Niayes recèle des espaces forestiers peu importants, situés à Mbao et dans le littoral atlantique. Ce sont des refuges et des niches alimentaires pour le bétail en divagation ; ils représentent un premier niveau de recyclage des éléments nutritifs par dépôt de matière organique au sol et par prélèvement des feuillages d’arbres par les ruminants. Les forêts fournissent également des feuilles d’arbres recyclables dans la préparation de fumier en association avec les déjections fécales des animaux domestiques pour l’amendement de surfaces maraîchères. Ces forêts souffrent de dégradation quelquefois très avancée, mais le plus grand danger est la déforestation au profit de l’extension des zones habitées. C’est tout le problème de la progression des villes au détriment de l’espace rural périurbain indispensable à un développement de l’agriculture urbaine. L’arboriculture fruitière est très développée. La zone des Niayes produit 19 500 tonnes de fruits, soit près de 11 % de la production totale ( ministère de l’Agriculture, direction de l’Horticulture, 1993 ). Cette région est la deuxième productrice de fruits derrière la Casamance. La production fruitière est une importante source de revenus pour les producteurs. Son expansion est de nos jours favorisée par une crise de la production céréalière qui demande la recherche de ressources alimentaires alternatives. L’utilisation des arbres comme haie vive et brise-vent est une pratique courante en horticulture. Mais le système de gestion du couvert arbustif n’est pas optimal. Les exploitations horticoles sont mises en défens par des haies vives arbustives ; le salane est l’espèce la plus souvent utilisée. Les épineux sont également plantés. Ces arbres protègent les champs en contribuant à sa sécurité. Comme brise-vent, ils protègent les cultures en enrichissant également les sols d’azote et de matière organique. Ils retiennent les sols et constituent un moyen efficace de lutter contre l’érosion éolienne et hydrique. Les phénomènes de dégradation et l’urbanisation n’ont pas épargné la strate arbustive de la zone des Niayes. Mais la présence d’espèces fourragères arbustives dans les exploitations horticoles permet de valoriser des terres exposées aux différentes formes d’érosion. Les arbres fourragers ont été récemment introduits dans certaines exploitations maraîchères. Le genre Leucaena en particulier est en train de se propager dans la région de Dakar. Leur introduction répond à des objectifs multiples : alimentation du bétail, amendement des sols, protection contre l’érosion éolienne et hydrique, délimitation de parcelles. Ces espèces ont contribué à améliorer les performances horticoles, mais leur utilisation dans l’alimentation du bétail est embryonnaire, leur installation est encore insuffisante et leur mise en place est à promouvoir. Productions halieutiques Entièrement bordées par le littoral atlantique, les Niayes couvrent la moitié des 718 km de côte maritime du Sénégal. Cette façade atlantique est poissonneuse et fait des Niayes la première région halieutique du pays. La pêche représente la première activité économique de la population. Dans plusieurs zones, les producteurs maraîchers associent d’ailleurs la pêche aux cultures maraîchères. Cette intégration offre des possibilités de recyclage. Les résidus de traitement des fruits de mer sont utilisés comme engrais sur tout le littoral atlantique. Ces résidus sont issus d’ateliers de transformation artisanale du poisson. Les principaux centres de débarquement sont Saint-Louis, Kayar et Hann. La transformation artisanale concerne le fumage, le salage et le séchage. Des 130 000 tonnes de poissons annuellement pêchés au Sénégal, 90 % sont traités et exportés ( Marchés tropicaux, avril 1997 ). Leur traitement engendre ainsi des sous-produits qui sont recyclés en farine d’origine animale et en engrais. Des recherches s’avèrent nécessaires pour évaluer la qualité de ce produit et préciser son mode d’utilisation. Flux des intrants et intégration horticulture-élevage L’intensification de l’élevage et celle de l’agriculture s’imposent comme la réponse la mieux adaptée à la contrainte spatiale qui limite l’expansion de l’agriculture urbaine au Sénégal. Cette option n’est pas sans conséquences sur la disponibilité des intrants, qui s’avère le principal facteur limitant les performances de l’horticulture et celle de l’élevage en zone périurbaine. Ce système est déterminé par l’état des sols, le besoin d’amendement et l’utilisation des résidus de culture. Si les semences sont souvent d’un coût prohibitif, les engrais sont aussi d’accès difficile, ce qui oriente les producteurs vers l’utilisation de résidus d’élevage pour améliorer l’état des sols. Le cheptel reçoit une rétroaction en termes de résidus de cultures recyclables dans l’alimentation des ruminants et des animaux de trait. Quelles sont les caractéristiques et les contraintes de ce système qui illustre une solide interaction entre l’horticulture et l’élevage dans la zone des Niayes du Sénégal ? État et systèmes d’amélioration de l’état des sols Le Sénégal est peu doté en ressources pédologiques de qualité. Les principaux types de sols rencontrés dans la zone des Niayes sont présentés dans le tableau 4. Ces sols de formations sableuses littorales sont constitués de cordons, terrasses et dunes du littoral et de la Grande Côte surtout, enserrant des sols argilo-sableux dans les bas-fonds. Ils sont essentiellement composés de sols minéraux bruts peu fertiles, pauvres en limon et en matières organiques. Tableau 4. Les caractéristiques géologiques et morphopédologiques de la zone agroécologique des NiayesLa problématique de la gestion des ressources en sols, notamment les conditions d’exploitation et d’occupation par les activités rurales ( culture, pastoralisme, foresterie ), dépend de plusieurs facteurs : aptitude pédologique, conditions du relief, conditions climatiques, possibilités d’irrigation, densités démographiques et pratiques socioculturelles. Ces paramètres de base varient d’une région à l’autre. Des études réalisées par l’USAID ( 1990 ), la SAED ( 1994 ) et la direction de l’Agriculture ( 1994 ) montrent que les terres arables ne représentent que 19 % de la superficie du pays ( 3,8 millions d’hectares ). Les surfaces moyennes cultivées annuellement oscillent autour de 2,5 millions d’hectares ( 65 % des terres arables ) dont 98 % en pluvial et 2 % en irrigué. Les taux d’exploitation les plus élevés se rencontrent dans le bassin arachidier ( 81 % ), les Niayes ( 65 % ) contre seulement 40 % en Casamance et au Sénégal Oriental. Les principales contraintes à l’utilisation des sols ont notamment trait à la salinité, la faible capacité de rétention d’eau, l’érosion éolienne et l’érosion hydrique. Elles pèsent sur l’utilisation agricole de la plupart de ces sols. Malgré quelques constantes, les problèmes liés à la gestion et à l’utilisation des sols se posent différemment, selon les régions. Les principales causes de dégradation des sols et les facteurs limitant leur utilisation sont présentés dans le tableau 5 pour la grande région agricole naturelle des Niayes. Tableau 5. Principales contraintes à l’utilisation des terres dans la région des NiayesLe système d’amendement des sols : utilisation des engrais Les cultures maraîchères occupent une place essentielle dans la zone des Niayes. Leur développement est surtout lié à la présence de l’eau et des engrais minéraux et organiques. Traditionnellement et pendant longtemps, les agriculteurs ont utilisé de façon systématique le fumier organique pour augmenter la productivité des cultures et maintenir la fertilité de leurs terres cultivées. La bonne intégration de l’agriculture et de l’élevage observée dans les systèmes agraires constitue une illustration concrète de cette situation ( Pelissier, 1966 ; Garin et al., 1990 ; Lericollais, 1972 ). De nombreux travaux sur la fertilisation des cultures maraîchères ont été réalisés dès 1961 à Bambey sur sol dior et se sont poursuivis dans la vallée et le delta du fleuve Sénégal ( sol alluvionnaire ) et à ndiol ( sol sableux dunaire ), dans les Niayes, sur sol noir humifère plus ou moins salé et à Séfa ( sud de la Casamance ) sur sol ferrugineux tropical lessivé à concrétions. Les principales recommandations sont reprises dans le tableau 6. Tableau 6. Recommandation en matière de fertilisation des cultures maraîchèresCes données démontrent combien sont exigeantes les cultures légumières. Ce qui pose un réel problème de disponibilité en intrants d’origine végétale ou animale. Concernant les engrais chimiques, la formule 10-10-20 est communément utilisée, à doses variant entre 150 et 600 kilogrammes à l’hectare selon les cultures. Les engrais organiques sont très diversifiés, mais le problème de la qualité se pose. Dans la zone des Niayes, les résidus de récoltes sont principalement utilisés pour l’alimentation du bétail, ce qui engendre un sérieux problème de disponibilité de la biomasse. D’autres résidus tels que les sous-produits de la pêche constituent des sources de matière organique pour le développement de l’horticulture dans la zone. Il faut signaler que la fertilisation minérale est abondamment utilisée dans la zone des Niayes comparativement au reste du pays, comme la zone du bassin arachidier. Les risques encourus pour la non-valorisation de l’engrais apporté, conjugués au déficit hydrique des cultures céréalières résultant de la sécheresse et du faible pouvoir d’achat des paysans, ont entravé l’utilisation des engrais minéraux. Un autre aspect est le coût prohibitif des intrants qui limite énormément leur utilisation en milieu réel. La quantité de fumier susceptible d’être collectée et valorisée pour les cultures à l’échelle de l’exploitation, du village, du terroir ou de la région dépend de l’effectif du bétail présent, de leur importance relative et de leur mode de gestion. Des enquêtes réalisées dans des villages ( Ndiamsil-Seesène ) de la zone nord du bassin arachidier ont montré qu’un troupeau composé de 30 animaux de trait et de 407 animaux élevés de façon extensive a produit annuellement, respectivement 43 et 149 tonnes de matière sèche de fumier ; 70 % du total est produit en saison sèche ( Sagna-Cabral, 1989 ). Des résultats comparables ( 1,8 tonnes de fumier par tête, annuellement ) ont été obtenus dans le bassin arachidier par Fall et al., ( 1994 ), alors que les animaux élevés en embouche bovine à Sébikotane ont donné des quantités de fumier plus importantes ( 3,5 tonnes par animal, annuellement ). Ces résultats et les caractéristiques chimiques du fumier produit sont présentés dans le tableau 7 et indiquent la diversité des produits obtenus en milieu réel. Tableau 7. Caractéristiques chimiques du fumier produit dans sept exploitations suivies à Ndiamsil-Seeséne ( nord du bassin arachidier )Le taux de cendres insolubles varie de 10 à 35 % ; alors que celui des déjections fraîches est d’environ 5 % ( Ganry et Badiane, 1998 ). Ce taux élevé de cendres insolubles diminue notablement la valeur fertilisante du fumier. L’action des termites et les mauvaises conditions de stockage qui induisent des pollutions diverses sont à l’origine de ce fait. La teneur en azote est correcte, par contre les taux de phosphore et surtout de potassium sont faibles. Les taux de calcium et de magnésium, à l’exception du fumier ovin dont les valeurs sont relativement élevées ( 2 % environ ), ne présentent pas de différences notables par rapport aux valeurs couramment observées. La grande dispersion des valeurs obtenues à l’analyse pour un même type d’animal montre qu’il est nécessaire d’être prudent dans l’interprétation d’un échantillon aussi restreint, et souligne que la qualité minérale du fumier est très dépendante non seulement de l’alimentation de l’animal, mais aussi des conditions de stockage dans l’exploitation. Par ailleurs, ces différences révèlent la possibilité, voire la nécessité, d’améliorer la qualité du fumier produit en milieu paysan pour accroître son efficacité. L’amendement des sols est souvent une nécessité pour des cultures maraîchères exigeantes en éléments nutritifs. Un certain nombre d’espèces, type manioc, pastèque, melon, semblent être plus sobres ; mais leur culture est une cause sérieuse de détérioration des sols. La définition d’une stratégie de régénération des sols est une question clé pour améliorer les rendements agricoles dans la zone des Niayes. Utilisation des résidus de cultures maraîchères pour l’alimentation du bétail La récolte des cultures maraîchères laisse sur le champ une biomasse utilisée par le producteur pour nourrir le bétail. L’importance des résidus de cultures maraîchères pour l’alimentation du bétail est reconnue par les producteurs. La disponibilité des résidus provenant des cultures maraîchères n’est pas contrôlée. On peut l’estimer à partir de la mesure du rapport produit-sous-produit. Ce rapport montre la supériorité, quelquefois multiple, des résidus comparativement aux produits. L’évaluation préliminaire des résidus horticoles est présentée dans le tableau 8. Tableau 8. Évaluation des sous-produits disponiblesPour certains produits, les statistiques agricoles actuelles ne permettent pas d’estimer la production nationale. La fane de haricot semble être le produit de plus grande valeur. Elle est totalement récupérée et fait l’objet d’un marché à l’échelle nationale. Par exemple, les quantités produites dans la vallée du fleuve Sénégal sont acheminées vers la région de Dakar pour l’alimentation du cheptel urbain. La paille d’oignon est également très prisée ; elle est ramassée par les producteurs pour l’alimentation des moutons de case. Les autres sous-produits horticoles sont faiblement utilisés. On observe une trop grande déperdition de résidus qui sont brûlés, enfouis ou dispersés par les vents dans les champs. Les producteurs n’élèvent pas souvent des animaux pour assurer le recyclage de cette biomasse. Le problème du transport et de la conservation de ces sous-produits est aussi une des contraintes à leur utilisation. Les données sur la composition chimique et la valeur nutritive des sous-produits sont insuffisantes. Mais les éleveurs reconnaissent la valeur hautement nutritive des fanes de haricot et d’oignon, des résidus de manioc et de tomate. Le tableau 9 donne la valeur nutritive de quelques résidus. La fane de pomme de terre est comparable à un foin de bonne qualité alors que les résidus de patate, de haricot et de manioc sont plus proches de concentrés type son de mil et graine de coton. Tableau 9. Qualité des résidus de cultures maraîchères ( g/kg MS )Production de fourrage autour des céanes pour l’alimentation du cheptel urbain La prolifération d’espèces herbacées de nature graminéenne autour des céanes permet au producteur d’exploiter cette biomasse comme fourrage. L’herbe est commercialisée sur le marché des villes pour alimenter le cheptel urbain. Cette activité peut apporter 2 500 à 5 000 francs CFA par jour au collecteur itinérant. Les quantités de ce produit et l’importance de cette filière restent à évaluer. Traction animale La traction animale est un phénomène très répandu dans la zone périurbaine des Niayes. Elle s’explique par l’existence d’un réseau routier assez dense, mais insuffisamment ramifié pour atteindre des zones de production reculées. Les particularités topographiques, caractérisées par l’existence de dunes de sable, limitent également l’accès des véhicules aux périmètres maraîchers. L’animal n’intervient pas dans le travail de la terre, mais il est souvent la seule solution susceptible d’apporter une réponse à l’épineux problème du transport des intrants, du déstockage des produits et de la mobilité du producteur. Les espèces animales utilisées en priorité sont le cheval et l’âne ; la taille de ce cheptel est faible, allant de une à cinq bêtes par exploitation ( Fall et al., 1994 ). La gestion du cheptel de traction animale ne fait pas l’objet d’une planification particulière. Le parcage se fait dans les arrière-cours des habitations et les animaux sont nourris avec les résidus de cultures maraîchères. Il n’existe pas de prophylaxie contre les principales maladies sévissant dans la zone. Le développement de la traction animale est limité par des contraintes liées au système d’exploitation du cheptel de traction. La charge de travail est souvent excessive. Les carences alimentaires ont une forte prévalence. On ne note pas, à proprement parler, l’existence d’un plan d’alimentation. L’animal reçoit les restes éventuels. Les monogastriques ont peu accès aux céréales qui devraient constituer une importante partie de leur régime alimentaire. Le suivi sanitaire fait défaut sauf en cas d’épizootie. Les animaux de trait ont la charge de tout le travail de transport dans les zones horticoles. Il s’agit du transport des producteurs et des produits, celui des intrants et la traction du matériel de labour. Leur rôle est donc incommensurable dans l’accès aux intrants, le travail de la terre et le déstockage des produits notamment leur transport du champ au marché primaire. Ces animaux sont mieux adaptés à l’enclavement et à la mauvaise qualité des routes. Leur intervention n’arrive cependant pas encore à régler de façon satisfaisante le problème de la distribution des intrants et des produits. Dans certaines zones, notamment dans la région de Louga et dans le Gandiolais, les problèmes de transport de la production et l’absence de structures de conservation sont les principales causes de pertes par détérioration des produits. Un potentiel inexploité Optimisation de l’utilisation de la matière organique La zone des Niayes héberge 3 % du cheptel national bovin, soit 33 100 têtes, ainsi que 179 000 ovins et caprins, 17 100 équins et asins et 5 220 000 volailles ( DIREL, 1996 ). Quoique numériquement faible comparativement aux autres régions, ce cheptel pourrait contribuer davantage, et de façon significative, à l’amendement des sols. La gestion de la stabulation pourrait ainsi favoriser la récupération et la gestion des déjections fécales. Les données préliminaires disponibles au Laboratoire national d’études et de recherches vétérinaires ( LNERV ) ( Fall et al., 1994 ) permettent d’évaluer à 115 850 tonnes par an la quantité de fumier produite par les bovins. Ces quantités pourraient amender près de 11 585 hectares ( à raison de dix tonnes par hectare ) ou autant d’exploitations si l’on considère que la majorité des petits exploitants ont une surface moyenne d’un hectare. En d’autres termes, il serait possible, grâce à une gestion rationnelle du fumier provenant du cheptel bovin, de satisfaire les besoins en matière organique de la totalité des surfaces fruitières et maraîchères de la zone des Niayes. Des travaux de recherche devraient tenter d’évaluer les quantités de fumier produites par les petits ruminants, les équidés et la volaille. Mais force est de constater que ce potentiel n’est pas utilisé à bon escient. L’accès au fumier est encore limité par une gestion extensive à semi-intensive du cheptel et par un taux de déperdition quantitative et qualitative non négligeable du fumier. Le flux de résidus de culture comme ressource alimentaire pour le bétail La quantification des résidus de récoltes d’origine maraîchère dans la zone des Niayes est en cours, mais on peut dire que leur biomasse est importante. Cette matière végétale n’est pas utilisée à bon escient. Pourtant elle aurait pu contribuer davantage à lever les contraintes alimentaires qui limitent les performances des ruminants dans une zone de pâturage réduite et résoudre le problème de l’alimentation d’un cheptel de trait indispensable. Elle aurait pu également promouvoir une diversification pastorale dans le sens du développement de la cuniculture et de l’élevage d’animaux de basse-cour comme les dindes et les canards, sans oublier les possibilités de vente de fourrage dans le marché urbain pour alimenter un cheptel urbain assez important. Utilisation des ressources alimentaires non traditionnelles pour le bétail Les sous-produits d’abattoirs ne font pas l’objet d’une collecte et d’une transformation adéquates pour être recyclés dans l’alimentation du bétail. Il s’agit de récupérer et de traiter les os, le sang et le contenu digestif provenant des abattoirs. Pourtant, ils représentent un potentiel très bien utilisé dans les pays développés, jusqu’à un passé récent ( de nos jours, les risques de contamination par la maladie de la vache folle limitent les possibilités de leur exploitation ). Mais il serait possible de recycler les éléments nutritifs qu’ils apportent dans l’horticulture. Contraintes à l’intégration horticulture élevage Les possibilités d’intégration entre l’horticulture et l’élevage dans la zone des Niayes sont limitées par de nombreuses contraintes. Le foncier Le système de gestion de la terre ne facilite pas l’accès au petit exploitant, car il ne favorise pas l’investissement. Les terres de haute valeur font l’objet d’une forte culture que la loi sur le domaine national n’arrive pas à contrôler. Cette situation est aggravée par une forte compétition qui, souvent, favorise l’urbanisme au détriment de l’agriculture urbaine. L’expansion démographique, renforcée par l’exode rural, aggrave ainsi les difficultés d’accès à la terre. La majorité des exploitations sont petites : leur surface est insuffisante pour intégrer l’agriculture et l’élevage in situ. La sécurité Le développement de l’élevage fait face à un grand problème de sécurité à l’échelle du terroir : il existe en effet des risques importants de vol de bétail. Les exploitations sont peu protégées par des haies vives insuffisamment étanches. Le gardiennage est coûteux, mais indispensable à la protection des investissements agricoles et pastoraux. D’ailleurs, la plupart des exploitations ne sont pas mixtes. La contrainte liée à la sécurité apparaît comme une des premières causes de non-intégration entre l’horticulture et l’élevage dans la zone des Niayes. Les acteurs Contrairement aux agriculteurs du bassin arachidier, les horticulteurs de la zone des Niayes intègrent moins l’élevage à leurs activités. On note une spécialisation plus poussée de l’agriculture, même si les deux activités sont présentes. L’existence du métayage ou la promotion de l’emploi agricole ne favorisent pas la diversification d’activités telles que l’implantation de l’élevage à côté de périmètres horticoles. Les « agriculteurs du dimanche » ne s’engagent pas fermement dans la voie de l’intégration. L’exiguïté du marché et la faiblesse du pouvoir d’achat La commercialisation est une contrainte qui limite le développement des filières horticoles et pastorales. L’écoulement des produits périssables n’est pas complet et les revenus du producteur insuffisamment lucratifs. Le caractère cyclique de la production entraîne un défaut de couverture de la période de contre-saison. Les problèmes de gestion des sous-produits à recycler L’association de l’horticulture à élevage n’étant pas une pratique très répandue à l’échelle de l’exploitation dans la zone des Niayes, il se pose un problème de transport des sous-produits vers les centres d’élevage. Cette opération est réalisée par les charrettes avec un certain taux de déperdition. Comme les fruits et les légumes frais, les sous-produits des cultures maraîchères sont humides. Il est souvent nécessaire de procéder à une conservation rapide avant détérioration. Le séchage est la méthode de conservation la plus répandue. Les sous-produits ne sont cependant pas protégés, ce qui cause d’importantes pertes de biomasse. L’impact des technologies disponibles et la demande de nouvelles technologies Les technologies intégrant l’horticulture à l’élevage n’ont pas fait l’objet d’une vulgarisation satisfaisante. En ce qui concerne l’amendement des sols, on connaît des problèmes sur les plans de la maîtrise de la qualité et des modes d’utilisation du produit, des techniques d’association avec l’engrais minéral et de la préparation du compost. Sur le terrain, on observe une demande d’encadrement. L’utilisation de résidus de récoltes requiert une connaissance des résidus utilisables, leur évaluation quantitative, les méthodes d’utilisation et les risques de toxicité. La traction animale demande également des investigations pour une amélioration de la gestion du troupeau de trait et du matériel de traction. L’information des producteurs Certaines technologies n’ont pas fait l’objet de diffusion auprès des producteurs. D’autres ont connu de faibles taux de passage. Les causes du faible taux de passage des technologies sont multiples. Si leur inadéquation ou inadaptation peut être la principale cause de la faible performance, la faiblesse du dispositif d’information des utilisateurs est un facteur qui limite leur diffusion. |
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