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Bill Carman

ID: 27904
Added: 2003-04-15 12:28
Modified: 2004-10-31 0:00
Refreshed: 2012-02-10 19:06

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Introduction
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Safiétou T. Fall

Les effets de la crise de l’agriculture dans la détérioration des conditions de vie de la population rurale remettent en cause la pertinence des politiques agricoles. De même, les conséquences de la précarité de cette situation d’insécurité alimentaire se font sentir avec une particulière acuité en milieu urbain, quand on sait le rôle déterminant des campagnes dans l’approvisionnement des villes.

L’agriculture urbaine devient ainsi une option qui tente de répondre au problème de l’amélioration de la sécurité alimentaire des citadins face à la faiblesse des performances des systèmes de production rurale. Très diversifiée, elle demeure un des secteurs d’absorption de l’exode rural et connaît des performances de production qui réhabilitent sa pratique dans la hiérarchie des activités socio-économiques dans les villes ( Tinker, 1998 ).

Le programme agricole du Sénégal, qui vise l’augmentation de la production agricole avec une amélioration de la sécurité alimentaire comme conséquence, fonde beaucoup d’espoir sur l’horticulture et l’élevage. Ces secteurs en pleine expansion enregistrent une croissance positive, contrairement aux autres filières agricoles qui ont du mal à impulser le développement du secteur primaire.

La zone des Niayes polarise près de 80 % de la production horticole. L’élevage est également présent dans le système périurbain et urbain, mais ne concerne que 1 % des bovins et 3 % des petits ruminants. En revanche, l’aviculture industrielle est très représentée dans cette zone. Mais on assiste à une modernisation de l’élevage dans la zone des Niayes avec une intensification de l’aviculture et l’implantation de fermes laitières souvent associées à l’horticulture.

Si, durant la dernière décennie, les programmes agricoles ont souvent été contraints par une infrastructure macro-économique défavorable et des conditions climatiques difficiles, l’un des principaux facteurs de contre-performance a été le caractère archaïque des systèmes de production. On observe une appropriation encore insuffisante des nouvelles techniques agricoles alors que le taux de passage de nouvelles technologies générées par la recherche a été insuffisant ( AFID-USAID, 1993 ).

Au Sénégal, la crise du secteur primaire, principale source d’approvisionnement en produits alimentaires des populations, est une des causes majeures de la progression de la pauvreté. Mais si le milieu rural est la principale localisation de la pauvreté, la population urbaine vit les affres d’un déficit alimentaire chronique, qui n’est pas sans conséquences sur le statut alimentaire des citadins dont les principales sources d’approvisionnement sont les campagnes.

Les contre-performances de l’agriculture rurale et le déficit alimentaire encouragent depuis plusieurs décennies le développement d’une activité agricole urbaine et périurbaine dont les principaux domaines sont l’horticulture et l’élevage. La contribution de cette agriculture urbaine à l’approvisionnement des villes n’est pas encore évaluée, mais elle est déjà très importante dans d’autres villes africaines, atteignant près de 70 % en Afrique de l’Est ( Maxwell, 1995 ) alors qu’elle occupe souvent plus de 30 % de la population urbaine ( Mougeot, 1995 ). Elle représente donc un élément-clé dans la sécurité alimentaire des villes en expansion et constitue un facteur de régulation de chômage endémique aggravé par l’exode rural.

La diversité biologique et la pluralité du système de production des Niayes ont déjà été décrites ( Bâ Diao, 1991 ; Fall et al., 1993 ). Cette diversité biologique n’est pas mise à profit pour améliorer les performances du système de production. Les acteurs n’intègrent pas suffisamment les activités agricoles et pastorales. Peu de producteurs donnent une égale importance à l’élevage, comparativement à l’horticulture. Les potentialités qu’offre le recyclage des différents éléments nutritifs de l’horticulture vers l’élevage justifient le développement de technologies dans ce sens.

La population d’origine rurale immigrée dans les Niayes a conservé des habitudes agraires et ses membres sont les acteurs potentiels de zones de cultures souvent réduites. Les villes africaines représentent cependant un important potentiel de consommation. Dakar, Thiès, Louga et Saint-Louis abritent la majorité des centres de commercialisation ruraux et urbains. La présence de grands centres urbains explique également l’important pouvoir d’achat des populations, ce qui constitue un stimulant de l’agriculture urbaine.

Mais ces activités agricoles ne sont pas sans conséquences sur un environnement urbain marqué par la promiscuité et par une compétition entre l’agriculture et l’urbanisation pour l’occupation de l’espace. Au centre de cette problématique se pose avec acuité la question de gestion de l’espace et des déchets urbains pour l’amélioration du cadre de vie dans les villes.

Ainsi, l’intégration des activités agricoles périurbaines apparaît comme une réponse à la pauvreté, un compromis pour concilier les objectifs d’amélioration de l’offre alimentaire et de protection de l’environnement urbain.

Dans ce contexte, l’espace destiné aux activités agricoles urbaines et périurbaines connaît un rétrécissement qui contraste avec leur expansion et leur importance dans la sécurité alimentaire des villes. Ainsi, il devient urgent de rationaliser le système horticulture-élevage en milieu périurbain en le développant dans une infrastructure qui puisse améliorer les performances technico-économiques. Il sera dès lors possible de prendre en considération les mutations sociales intenses qui s’opèrent dans un cadre de vie amélioré, parce que respectueux de l’environnement.

Il s’agit d’améliorer la capacité de l’agriculture urbaine à satisfaire les besoins alimentaires de la population en augmentant sa productivité. Les contraintes spatiales imposent alors une intensification de la production. L’utilisation d’intrants chimiques à forte dose semble être une option imparable. Mais les risques de détérioration du milieu exigent l’examen d’autres solutions dans le sens d’un recyclage des éléments nutritifs au sein de systèmes mixtes intégrant l’horticulture, l’élevage et la pêche. Il sera donc important de développer des techniques biologiques d’intégration entre l’horticulture et l’élevage ; ce système, faible consommateur d’intrants parce que basé sur le recyclage des déchets, permettra d’améliorer la production tout en protégeant l’environnement.

Cette vision du développement agricole urbain est peu répandue au Sénégal. Il existe une minorité d’agriculteurs dits « biologiques » qui s’efforcent de promouvoir des pratiques culturales peu utilisatrices d’intrants chimiques. Ce groupe cherche à se fortifier, mais se trouve confronté à un manque d’encadrement technique et à une insuffisance d’informations et de technologies dans ce domaine.

Le programme horticulture/élevage tente de répondre à cette demande pour contribuer au développement d’un système contraint par l’espace, la démographie et les insuffisances technologiques.


Méthodologie

Une approche multidisciplinaire a été appliquée pour explorer les différentes facettes du système de production urbain des Niayes. L’équipe de chercheurs, composée d’agronomes et de zootechniciens, s’est associée à un socio-anthropologue et à un géographe pour collecter et analyser des données biologiques et socio-économiques. Un travail intensif a été entrepris sur le terrain, en procédant simultanément à la collecte des données et à leur analyse.

Les approches participatives ont été mises en œuvre pour mettre l’accent sur les représentations des acteurs, à l’aide d’entretiens semi-directifs. Des visites répétées ont permis à l’équipe de procéder à des observations précises sur le terrain.

Des études de cas concernant trois villes horticoles ( Dakar, Thiès et Saint-Louis ) ont été menées sous la forme de monographies centrées sur l’agriculture périurbaine et urbaine. Un travail collectif, qui a duré une dizaine de jours par site, a permis de dégager les grandes lignes caractéristiques du système de production urbain, alors que des approfondissements ont été effectués par des binômes selon des axes de recherche définis en commun.

Ainsi, l’analyse monographique a été combinée à des investigations sur des sous-thèmes transversaux, ce qui a permis : de se pencher à la fois sur le maraîchage, l’arboriculture, la floriculture et l’élevage ( dans la zone à l’étude, la foresterie est de faible ampleur ) ; d’analyser les itinéraires techniques, le système d’approvisionnement et d’écoulement ainsi que le jeu des acteurs dans les filières et les logiques d’interactions entre agriculture et élevage en zone périurbaine ; d’éviter le biais des saisons, par des observations sur le terrain faite sur une période d’un an par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs ayant une connaissance des sites d’étude ; de procéder à des mises en commun périodiques en facilitant l’élaboration d’hypothèses de recherche et des théorisations intermédiaires ; de comparer les données et les analyses avec celles de l’équipe basée en Gambie, travaillant en réseau sur la même problématique.

Dans la phase exploratoire, des investigations ont été menées dans la zone des Niayes dans le but : de caractériser l’état des secteurs horticoles et pastoraux dans les villes ; de déterminer les interactions existantes entre l’horticulture et l’élevage ; de procéder à une typologie des exploitations ; d’étudier les contraintes qui limitent les performances du système pour proposer des recommandations sur un modèle intégré de gestion du système ; d’évaluer les conséquences environnementales du développement de l’agriculture urbaine sur le cadre de vie des citadins.







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