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ID: 31284
Added: 2003-06-04 14:44
Modified: 2003-06-04 14:48
Refreshed: 2012-02-10 15:18

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Organic farming challenges cotton


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1998-12-18
Souleymane Ouattara (Syfia)
Avec son éternel sourire, ses manières doucereuses et un début d'embonpoint, Yemboani Thombiano passerait facilement pour un “mollasson”. C'est tout le contraire. Président du groupement paysan de Kantambari, un village situé à près de 300 km de Ouagadougou, dans l’est du Burkina, cet homme de 30 ans adopte volontiers un ton guerrier pour marteler ses convictions.


“Nous barrerons la route au coton”, dit-il, en arpentant, le visage radieux, son champ de sésame d'un hectare, à l'entrée du village. C'est sa toute nouvelle passion. Avec ses petites fleurs blanches, ses capsules et feuilles jaunies, le sésame ne paie pas de mine. Seulement 23 ha sont emblavés dans le village. Quant au soja, domaine réservé des femmes, il démarre lui aussi discrètement : à peine une douzaine d'hectares. Il n’empêche, à Kantambari, le nombre des “paysans aux doigts verts” augmente chaque jour, au grand dam des agents de la société cotonnière. Leurs "campagnes de sensibilisation" n'ont rien pu contre l'"entêtement" de ces grands riziculteurs à refuser le coton.


Dépités, ils traversent le village à toute allure sur leurs grosses motos pour aller semer leur “bonne parole” plus loin. Région fertile, l’est du Burkina constitue la nouvelle terre promise de la Société des fibres textiles. Dès 1997, soit deux ans après la relance du coton dans cette zone, la Sofitex enregistrait une production de près de 1510 t de coton-graine dans trois provinces. Malgré ces résultats encourageants et la confiance en l’avenir de l'or blanc matérialisée par la construction d’une usine d’égrenage d'une capacité de 200 tonnes-jour, de nombreux paysans font défection. Affamés ou ruinés, suite à la mauvaise pluviométrie de l'année dernière, ils se rabattent sur les cultures vivrières ou réduisent leurs superficies en coton.


Yemboani et les siens ne veulent pas en arriver là. Non seulement, ils refusent systématiquement de cultiver le coton, mais ils invoquent des raisons purement écologiques pour justifier leur choix. "Quand on apprend qu'il y a une maladie dans le village d'à côté, on fait tout pour éviter qu'elle vienne chez soi. Nous entendons dire que dans certaines régions du Burkina les paysans ne se reposent pas, même en saison sèche. Ils font du zaï (ndlr : cultures traditionnelles dans des poquets) pour pouvoir se nourrir", dit Yemboani.


Avec d'autres membres de son groupement, il a effectué un voyage d'études à Bingo dans le centre du pays. Ce qu'il en retient ? "Nous avons vu des terres pauvres et avons noté les efforts des paysans dans leur lutte pour la survie. Le problème du voisin peut être le tien demain. Il ne faut donc pas attendre demain pour lutter mais commencer aujourd'hui.".


Petits résultats, grande satisfaction !


Si les jeunes de Kantambari font preuve de tant d'assurance, ils le doivent en partie à un allié qui ne paie pas de mine lui non plus : l'Association pour la recherche et la formation en agro-écologie. L'Arfa milite pour un "environnement sain et durablement productif". Depuis l'année dernière, elle fait la promotion du sésame et du soja biologiques dans le Gourma, la Komandjari et la Gnagna, trois provinces de l'est du pays.


L’introduction de ces spéculations a permis à l'Ong de faire des affaires sans trahir ses convictions. “Le sésame a besoin de deux intrants : l’homme et sa daba", explique Ludovic Thombiano, un animateur d'Arfa, pour justifier le choix des cultures biologiques. Puis il ajoute : “Les engrais chimiques nourrissent la plante au détriment du sol tandis que la fumure organique que nous vulgarisons à travers les fosses fumières nourrit les deux. L'agro-écologie consiste à exploiter la terre sans lui faire du mal".


Malgré leur enthousiasme, les troupes des "conquérants verts" restent clairsemées : seulement 600 producteurs pour les trois provinces. Les superficies emblavées atteignaient à peine 500 ha l'année dernière. Mais les pionniers pavoisent déjà.


“Pourquoi le coton est-il si fort ? demande Yemboani. C’est parce qu’il a un marché sûr à l’exportation. Ce que vous cultivez, on vous l’achète. Aujourd’hui, pour nous, le sésame c’est pareil. Arfa nous l’achète à 200 F cfa le kilo pour l’exporter en Europe. Et puis, il y a le marché intérieur. Nous sommes vraiment libres de vendre à qui nous voulons”.

Le sésame et le soja présentent d'autres avantages : ils se contentent volontiers des terres marginales et leur calendrier de culture ne concurrence pas celui des autres plantes vivrières. Djiguinda Thombiano, un solide gaillard au torse nu, constate : “Nous les villageois, nous sommes capables de transformer le sésame en huile, pas le coton. Nos femmes l’utilisent dans la sauce. Et puis quand on travaille dans un champ de sésame et que les enfants pleurent, on peut leur donner à manger pour calmer leur faim. Cela n’est pas possible avec le coton”.


Avec 200 000 F de gains pour les plus gros producteurs, le sésame n’a pas énormément enrichi ceux qui le cultivent mais il ne les a pas appauvris non plus. Yemboani Thombiano remarque aussi qu'en cas de mauvaise pluie ou d’attaques d’insectes, les producteurs de coton font des cauchemars. “Avec le sésame, on dort bien et on ne risque pas de perdre sa charrette, son lit ou son vélo”. Ces propos provoquent l'hilarité.


Débouchés et autonomie.


Son succès, le sésame le doit à une chaîne d’achat bien rodée mise en place par Arfa. L'Ong garantit l'enlèvement de la production immédiatement à la récolte à un prix fixé d'avance. Pour se lancer dans l'aventure du sésame et du soja biologiques, l’Arfa a bénéficié d'une subvention de près de 20 millions cfa de l’Association de financement des organisations paysannes. Cette somme sert aussi bien à équiper les paysans en fosses compostières qu’à promouvoir le reboisement.


Pour les avocats des cultures biologiques, petit sésame grandira bien vite. A Kantambari, le riz cultivé en abondance dans les bas-fonds permet aux paysans de bouder le coton. Cette année, Yemboani a récolté près de 8 t de paddy sur sa rizière de 3 ha. Pour rien au monde, il ne voudrait abandonner cette culture qui le nourrit et l'enrichit. Mathieu Sawadogo, le directeur d'Arfa se réjouit de ces bonnes dispositions. La survie de son Ong en dépend. “Voyez vous, beaucoup d’Ong vivent de mendicité auprès des bailleurs de fonds. Mais cela prendra fin un jour et il faut se préparer à être autonome. Le sésame et le soja biologiques nous permettront d'y parvenir à coup sûr”.



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