International Development Research Centre (IDRC) Canada     
Web Archives > Publications > Archive > Reports > Archives > Events Archive >
 Topic Explorer  
Reports
     About Reports
     Archives
       Events Archive

IDRC's 40th anniversary

Subscribe

Free Online Books

Free Online Books
 People
Denis Turgeon

ID: 31244
Added: 2003-06-04 13:17
Modified: 2003-06-04 13:20
Refreshed: 2012-02-10 15:18

Click here to get the URL for the RSS format file RSS format file


Prev News 22 of 27 Next

Young Africans: a new target for cigarette manufacturers


Subscribe to IDRC Bulletin


1998-05-28
Abdoulaye Diari Diallo & Denise Williams (Syfia)
(SYFIA-Guinée) Les fabricants de cigarettes ne manquent pas de souffle. Alors qu'au Nord, ils commencent à reconnaître leurs responsabilités dans les maladies tabagiques, ils mènent au Sud des campagnes de publicité ravageuses en direction des jeunes.

Marché prometteur, impunité totale : tous les coups sont permis en Afrique pour pousser les jeunes à fumer. Les fabricants de cigarettes ne s'y donnent même pas la peine de faire preuve d'imagination ou d'humour comme en témoigne ce florilège de slogans recueillis en Guinée. Banal : "Le goût intense des bons moments". Aguicheur : "Avec la cigarette, on est convoité par toutes les belles filles". Fumeux : "Fumer redonne du courage au travail". Thérapeutique : "La cigarette chasse le complexe et la timidité". Gonflé : "La cigarette donne de la puissance au corps et à l'esprit". Romantique : "Fumer rend indéfectible les liens entre deux conjoints". Tordu : "La cigarette procure du plaisir dans la fidélité"...

Ces messages, débités par les fourgonnettes des fabricants qui sillonnent le pays, font mouche. "Pour être à la page, il faut absolument fumer car la cigarette est indissociable de notre époque", entonne un jeune étudiant de Conakry. La méthode de séduction est directe : lors de ces tournées, de jeunes créatures en tenue spéciale distribuent aux jeunes des gadgets (tee-shirts, bics, porte-clés et, bien sûr, cendriers, briquets et autres articles pour fumeurs)."Nous travaillons avec les filles car elles peuvent convaincre facilement les jeunes à épouser notre marque", déclare un importateur de cigarettes. "Rien qu'en voyant ces belles demoiselles, confirme un de ses collègues, tu es tenté de les aborder. Alors si elles viennent vers toi pour te proposer une cigarette, tu ne peux pas résister à leur offre."

Détaillants, étalagistes et marchands ambulants reçoivent eux aussi leur lot de babioles pour l'achat de quelques cartouches. C'est surtout lors des grosses rencontres populaires, matchs ou concerts, que les firmes essaient de marquer des points en faisant des adeptes. A l'occasion d'un seul spectacle, un jeune peut récolter une dizaine de paquets de cigarettes gratuits, autant de tee-shirts et de parapluies ! A lui ensuite de faire la promotion auprès de ses amis.

Les fabricants font la loi.

Ces stratégies commerciales ont été mises au point par les marques pour contourner la loi guinéenne, qui, depuis 1988, interdit la publicité en faveur des cigarettes par tous les médias. Tandis que ces derniers y vont de leur refrain aussi "gentil" qu'inefficace : "La cigarette tue comme elle se consume", les importateurs se sont reconvertis dans le sponsoring. Les marques déroulent ostensiblement leurs banderoles lors des manifestations officielles. Commentaire d'un fonctionnaire :"Le gouvernement a fait perdre beaucoup d'argent aux médias. Pour rien ! Car la consommation de tabac depuis, au lieu de diminuer, s'est accrue considérablement".

Le marché de la marque Winston, par exemple, fabriquée par l'Entreprise des tabacs en Guinée (ENTAG) du groupe français Bolloré, a pendant longtemps été protégé par le gouvernement guinéen. En échange de quoi la firme sponsorisait la Fédération guinéenne de football en équipant les joueurs et en payant leurs déplacements. Mais face à la concurrence des marques américaines, deux fois moins chères, qui entraient en contrebande par les frontières terrestres, ENTAG a vu ses ventes se consumer gravement. Le gouvernement a dû ouvrir les frontières.

"La Guinée est devenue le dépotoir de toutes sortes de cigarettes venues d'Europe et d'Amérique", constate un jeune apparemment allergique à la fumée. Pas moins de cinquante marques s'y disputent le marché. La concurrence est si vive que fumer est à la portée de tous. Un paquet ordinaire ne coûte que 175 F cfa, à peine plus que le plat de riz quotidien, et la plupart des fumeurs le font durer deux jours et plus. Seule la luxueuse Dunhill atteint 500 F cfa le paquet.

Les campagnes guinéennes sont le terrain idéal des opérations publicitaires. Les dangers du tabac y sont peu médiatisés et les jeunes particulièrement perméables aux sirènes de la modernité. Persuadés qu'une cigarette aux lèvres les rend irrésistibles, c'est pour eux une glorieuse faveur de se la faire allumer par une fille, fut-elle payée pour cela. En outre, dans les villages, ils peuvent acheter les "mèches" au détail par quatre ou cinq.

Les vieilles personnes n'apprécient guère cette mode. Le tabac est à leurs yeux un facteur de dépravation des moeurs tout comme l'alcool. "De notre temps, tu comptais sur les doigts d'une main ceux qui chiquaient le tabac. Ils étaient même menacés d'excommunication", rappelle l'une d'elles. Quelques villages ont cherché à résister en interdisant la cigarette mais le résultat ne semble guère probant car fumer devient alors un exploit pour les jeunes . Erudits, sages et imams prient dans les mosquées pour protéger les enfants de ce fléau. S'il leur faut absolument un vice, disent certains, qu'ils prennent de la cola, acceptée par tous et dont l'arbre plaît à Dieu.

Certains marabouts ont recours à une "solution" pour le moins originale pour désintoxiquer les fumeurs. Ils écrivent des versets du Coran sur des planchettes puis lavent l'encre avec de l'eau qu'ils recueillent dans une bouteille. Le fumeur est prié d'en boire une gorgée chaque matin. Un fonctionnaire assure avoir réussi à se sevrer ainsi. Le remède fait sourire les jeunes, conscients que le mieux placé pour arrêter de fumer, c'est encore le fumeur lui-même.

En Guinée, la plupart des jeunes âgés de 15 à 30 ans fument. Les filles s'y mettent aussi. C'est de leur part une réaction à l'angoisse, diagnostiquent les sociologues. L'emploi est rare, le mari aussi. Alors la cigarette devient un moyen de chasser soucis et ennuis, d'alléger un peu le poids de la vie . "Ma copine fume et moi qu'est-ce que je peux faire sinon la suivre ? ", lâche, fataliste, un jeune homme.

La crise est un terreau fertile pour le tabac.

Abdoulaye Diari Diallo & Denise Williams


Top of Page

Prev News 22 of 27 Next



   guest (Read)(Ottawa)   Login Home|Careers|Copyright and Terms of Use|General Infomation|Contact Us|Low bandwidth