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Denis Turgeon

ID: 31166
Added: 2003-06-04 10:13
Modified: 2007-09-11 14:43
Refreshed: 2012-02-10 15:18

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From Napoleon to Radarsat: examining the Nile delta


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1998-02-10
Pour reconstituer l'évolution du delta du Nil au cours des deux derniers siècles, un étudiant de l'Université du Québec à Rimouski compare les cartes de Napoléon aux images satellites actuelles. Sa recherche devrait permettre de mieux estimer les retombées futures des activités humaines dans cette région.


En Égypte, le delta du Nil est un peu le garde-manger du pays. Près de 60 millions de personnes habitent cet écosystème unique. Ses lagunes et ses terres humides, les dernières du nord-est de l'Afrique, sont des milieux de première importance pour la pêche et l'aquaculture. Or, sous la pression humaine et l'action de facteurs naturels, ces ressources indispensables sont menacées. Pour prévenir leur disparition, une équipe de chercheurs du Canada, des États-Unis et de l'Égypte s'est donné pour mission de tenter de comprendre l'évolution du delta du Nil depuis sa formation.

Daniel De Lisle, étudiant au doctorat en océanographie à l'Université du Québec à Rimouski, fait partie de cette équipe internationale avec son directeur de thèse Georges Drapeau, géologue à l'INRS-Océanologie. Daniel De Lisle est spécialiste en télédétection. Il s'est intéressé à l'application des images satellitaires à l'étude de l'évolution côtière des Îles-de-la-Madeleine. Son expertise est essentielle dans un tel projet, et faire le saut des dunes des Îles aux dunes du Nil est un défi stimulant pour le jeune homme. C'est avec enthousiasme qu'il décrit l'approche originale du groupe de recherche: «Pour concevoir l'avenir de cette région, il faut étudier l'évolution morphodynamique du delta, c'est-à-dire comprendre comment s'est développé et modifié dans le temps et l'espace cet écosystème. Pour y arriver, nous avons besoin d'une composante verticale, obtenue par l'étude de carottes de sédiment, et d'une composante horizontale fournie par les images satellitaires comme celles provenant de RADARSAT.»

L'information stratigraphique que révèle l'étude d'une carotte de sédiment permet de remonter dans le temps, au début de la formation du delta, il y a environ 10 000 ans. Pour cela, la collection de carottes de sédiment du National Museum of Natural History de la Smithsonian Institution de Washington est mise à profit par l'équipe de recherche. Cette collection de plus de 85 échantillons couvre toute la partie nord du delta, d'Alexandrie à Port-Saïd. C'est Daniel J. Stanley, co-directeur de D. De Lisle et l'un des conservateurs de la Smithsonian Institution, qui est responsable de l'étude sédimentologique du delta.

Les cartes de Napoléon comme témoins

Mais comment peut-on déterminer l'évolution horizontale de la région, puisque les satellites n'observent notre planète que depuis quelques dizaines d'années? «En comparant les images satellitaires récentes avec les cartes anciennes, explique D. De Lisle. Bien sûr, on ne peut reculer de plusieurs siècles. Mais il existe des données cartographiques fiables de la région du Nil remontant à près de 200 ans.» Et quelle est cette source fiable? «Les cartes de Napoléon. Lorsque ce dernier marcha «sur» l'Égypte, il fit faire des relevés précis et détaillés de la faune, de la flore et de la géographie du delta du Nil, sa nouvelle conquête. Et ses cartographes firent un travail remarquable, sans savoir que ce dernier se retrouverait numérisé, deux siècles plus tard, dans l'ordinateur de Daniel De Lisle.

Mais avant de faire de ces cartes anciennes des fichiers informatiques destinés à la modélisation, notre jeune chercheur a dû consulter les documents originaux à la Bibliothèque du Congrès, à Washington. Là, dans une salle spéciale, ganté de blanc, surveillé par une caméra et accompagné d'un employé, D. De Lisle a fait un voyage dans le temps. Les grandes cartes jaunies, percées çà et là par les termites, ont révélé un environnement très différent de l'actuel delta du Nil. Il a constaté qu'en deux siècles, la lagune de Maryut avait été asséchée sur près de 75 p. cent de sa superficie. Cette terre gagnée sur l'eau a servi à développer l'agriculture pour la population grandissante de l'Égypte.

Au delè des cartes, le terrain

De retour à Rimouski avec des copies des cartes napoléoniennes, D. De Lisle avait la tâche d'intégrer cette information aux données satellitaires dans un système d'information géographique (SIG), lequel permet de synthétiser l'évolution des lagunes et des terres humides du delta du Nil. Par la modélisation de l'évolution récente de l'écosystème, l'équipe de recherche souhaite déceler les modifications plus subtiles qu'une simple comparaison de cartes ne peut révéler. Informatique et satellites, voilà des outils qui semblent éloigner le chercheur d'aujourd'hui du savant d'autrefois obligé de travailler sur place, avec de l'eau à mi-cuisse, peinant à travers les roseaux sous un soleil de plomb.

«Au contraire, rétorque Daniel De Lisle. Si les satellites peuvent rendre compte des conséquences d'une intervention humaine à grande échelle, comme la construction du barrage Aswan en 1964, ils ne peuvent nous révéler la dynamique actuelle des interventions humaines à petite échelle. Or l'un des buts de cette recherche est justement de déterminer la part de retombées dues à l'activité humaine de celle des facteurs naturels responsables des modifications du delta. Et pour comprendre cette dynamique, il faut aller sur le terrain.»

C'est ainsi que, grâce à une bourse du CRDI, Daniel De Lisle a parcouru, pendant trois mois, sur la terre et sur l'eau, l'écosystème des lagunes du delta du Nil. À son arrivée en Égypte, le 15 février, il était bien préparé sur le plan scientifique. Mais il avait un doute quant au sens d'une remarque du comité du CRDI à propos de son projet. Ce comité avait souligné dans son évaluation «une sous-estimation de la synergie nécessaire pour réaliser le projet en Égypte». Il devait comprendre rapidement le sens de cette phrase...

Pour sa première journée de travail, Daniel De Lisle avait prévu un trajet d'étude de 35 km, sur une route droite, du moins selon la carte. Un fois sur place, il vit que la route était sinueuse, parsemée de cratères pouvant engloutir la camionnette. Une opération qui devait prendre deux heures en nécessita dix. Le sens de la synergie commença à s'éclaircir! Après trois semaines, le plan de mission était même sérieusement compromis. «À ce rythme, c'était impossible d'accomplir le travail prévu, admet-il. J'ai du faire preuve de leadership, être ferme sur la question des délais et des objectifs. Et négocier.» Négocier avec les pêcheurs, les conducteurs, les guides, bref avec tout le monde, même la police, malgré les autorisations qu'il possédait. Il faut avouer qu'un Nord-Américain se promenant avec des cartes satellites, un appareil photo et un système de positionnement GPS a plutôt l'air d'un agent secret que d'un océanographe. C'est ainsi qu'un étudiant égyptien collaborant au projet a dû convaincre un policier en civil des intentions pacifiques du Canadien, qui venait de photographier la station de pompage d'El-Mex, une station vitale pour l'une des lagunes, donc une cible militaire.

Une fois la synergie établie, le projet fut profitable pour tout le monde. «De ma part, les scientifiques égyptiens ont obtenu un transfert technologique, affirme Daniel De Lisle. De leur part, j'ai profité d'un transfert de connaissance.» Ce qu'il a constaté pendant ces trois mois, c'est une lutte constante entre la nature et l'être humain. En certains endroits, on essaie d'empêcher l'ensablement des zones de pêche des lagunes en construisant des écrans, un peu comme nos clôtures à neige. Alors qu'ailleurs, les gens tentent de prendre possession des rives instables des lagunes en construisant des maisons illégales et ce, malgré la police des lagunes qui patrouille en zodiac. Bien d'autres exemples pourraient illustrer cette dynamique actuelle des interventions humaines à petite échelle qui, dans leur ensemble, ont des conséquences non négligeables sur l'évolution du delta.

Depuis son retour d'Égypte, Daniel De Lisle travaille sur les données satellitaires, sédimentaires et cartographiques desquelles devrait émerger un modèle pertinent pour concevoir l'avenir des fragiles lagunes et terres humides du delta du Nil. Cependant, son plus grand défi est de tenir compte du facteur humain, qui y joue un rôle depuis 5000 ans.


Source: Interface, a bi-monthly magazine of popular science, published by l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS) with support from the Province of Quebec's Ministry of Industry, Commerce, Science and Technology.

To find out more about the researcher Daniel De Lisle



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